Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #24

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Julien Chaumond à Nicolas Truelle en passant par Philippe Jost et d’autres, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Julien Chaumond (X 03), hugger
Julien Chaumond

Entré à l’X en 2003, Julien en sort dans les Télécom qui l’envoient faire de la recherche sur les bases de données à Stanford, où il rencontre un des fondateurs de youtube. En 2013, il quitte les Telecom pour co-créer Glose à New York. De retour à Paris, il passe un an chez Stupeflix une start-up qui est acquise par Gopro. Après quelques mois au Ministère des finances, il se met à son compte en créant avec Clément Delangue et Thomas Wolf (X 03) Hugging Face, une plate-forme d’IA initialement destinée aux ados (d’où son nom et son logo) et développant maintenant des outils open source sur laquelle la communauté d’apprentissage automatique (machine learning) collabore sur des modèles, des jeux de données et des applications.

Parmi les initiatives remarquables de Hugging face, on peut citer la création des librairies open source comme transformers ou datasets, et surtout le développement d’une plateforme collaborative appelée le Hub qui est un service similaire à GitHub mais spécifique pour l’IA.

Après avoir levé 40 M$ en 2021 et 100 M$ en 2022, Hugging face récidive en levant 235 M$ en 2023 auprès d’un impressionnant tour de table d’acteurs clés de l’IA comme Amazon, Google, Intel ou Nvidia, ce qui la valorise autour de 4,5 G$. Ouverte et agnostique contrairement à son concurrent Open AI, Hugging face a des clients prestigieux comme Meta, Pfizer ou Renault. Avec près de 200 salariés, moitié à New York, moitié à Paris, Julien montre que la vieille Europe a encore quelques atouts sur le plan intellectuel ! Bravo Julien, continue !!

  • Alexei Grinbaum (X 99), philosophe
Alexei Grinbaum

Né en 1978 à St Pétersbourg, alors appelée Léningrad, fils d’Oleg Greenbaum, docteur en philologie, Alexei fait ses études secondaires au célèbre lycée 239 et commence sa formation universitaire au SPbGU (Санкт-Петербургский Государственный Университет). Il entre à l’X en 1999 pour y faire des études avec la promo 97, en tant qu’auditeur du Programme international et soutient sa thèse de doctorat en philosophie des sciences au Centre de recherche en épistémologie appliquée de l’X en 2004. La même année, il obtient une maîtrise au Département de physique des hautes énergies et des particules élémentaires de l’Université de St Pétersbourg !

Après une formation complémentaire au CNRS Nancy, il entre au CEA en 2006 comme directeur de recherche. Il est depuis peu président de son Comité opérationnel pilote d’éthique du numérique et co-rapporteur pour les avis sur les questions éthiques de l’IA générative et des agents conversationnels.

Physicien et philosophe, Alexei donne depuis des années des cours sur les questions éthiques liées aux nouvelles technologies liées à la mécanique quantique, nanotechnologies, intelligence artificielle et robotique, à l’ENSTA (2008-20), à l’université d’Evry (2015-19) et à l’INRIA (2017-21), à Pasteur (2016-22) ainsi qu’à Centrale (depuis 2017), Paris-Diderot (depuis 2019) et plus récemment Sciences Po, Dauphine et Cachan. Il est également membre du CNPEN (comité national pilote d’éthique du numérique) et expert à la Commission européenne.

Alexei a écrit de nombreux articles et plusieurs ouvrages qui sont tout à fait d’actualité, dont Mécanique des étreintes : intrication quantique (2014, la Jaune et la Rouge de septembre 2014), Les robots et le mal (2019) et, tout récemment, suite au succès de ChatGpt, Parole de machines, dialoguer avec une IA (2023). On aimerait avoir son avis sur son compatriote Igor Bredev, dont le hasard nous a conduit à parler plus bas (cf infra) ?

  • Philippe Jost (X 80), reconstructeur
Philippe Jost (c) Romaric Toussaint

Né en 1960 de parents professeurs d’allemand et de lettres classiques, Philippe entre à l’X en 1980 et en sort dans l’Armement. A sa sortie de l’X, en plus de l’Ecole nationale supérieure des techniques avancées (ENSTA), mû sans doute par un sentiment de prédestination, il passe 3 ans à l’Ecole du Louvre avant d’entrer à la direction générale de l’Armement (DGA) en 1985. Il passe en 1995 à la division force nucléaire de l’état-major des armées. Après une formation complémentaire à la Harvard Kennedy School of Government suivie d’une année au Centre des hautes études de l’Armement en 1998, Philippe est nommé en 1999 sous-directeur de la politique d’exportation de la DGA puis sous-directeur des affaires industrielles en 2001. En 2005, il est nommé chef du service des affaires industrielles et de l’intelligence économique et, en 2006, directeur des plans, du budget et de la gestion de la DGA. A partir de 2013, Philippe quitte la DGA pour enseigner les mathématiques.

Après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019, dont beaucoup de gens peinent à croire qu’il s’agit vraiment d’un accident, Philippe est nommé bras droit du général Georgelin qui dirige avec maestria l’Établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. A la suite du décès accidentel du général Georgelin le 18 août dans les Pyrénées, Philippe lui succède le 7 septembre avec pour tâche de rouvrir la cathédrale comme prévu fin 2024. Nous lui souhaitons un plein succès.

A l’heure des ignobles critiques concernant le don de 10 M€ de Bernard Arnault (X 69) aux Restaurants du Cœur, il n’est pas inutile de rappeler que notre généreux camarade a contribué pour 200 M€ aux travaux de restauration de Notre-Dame.

  • Sarah Lamaison (X 12), décarboneuse
Sarah Lamaison

Originaire du Pays basque, où elle participe régulièrement à l’Université d’été de l’association Du Pays Basque aux Grandes Ecoles, Sarah entre à l’X en 2012 après une prépa à Sainte-Geneviève. Elle s’y spécialise en chimie organique, tout en participant au binet Raid multisport.  Sortie dans le corps des Ponts, elle passe un Master en économie à Paris-Saclay. Elle passe quelques mois à l’Université de Californie à San Diego en 2015 puis part à Cambridge en 2016 pour étudier la photosynthèse artificielle. De retour à Paris, elle fait sa thèse au Collège de France sur les techniques catalytiques de conversion du CO2 puis, infatigable, elle part à Stanford en 2020 pour un post-doctorat de chimie industrielle. 

En janvier 2021, Sarah pose son baluchon et crée avec David Wakerley, qu’elle a rencontré à Cambridge, la société Dioxycle, un pionnier de la chimie durable installé en France et en Californie, qui vient de faire une levée de fonds de 17 M$ auprès de grands investisseurs spécialisés.

Dioxycle s’appuie sur des technologies d’électrolyse révolutionnaires pour convertir les émissions industrielles de CO2 en produits chimiques utiles, notamment en éthylène, avec une efficacité énergétique et économique sans précédent. Son ambition est de recycler plus de 600 Mt de CO2 chaque année. C’est énorme mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des 3.000 Gt que l’espèce humaine a déversées dans l’atmosphère depuis le début de l’ère industrielle, auxquelles nous ajoutons 30 Gt chaque année. C’est toutefois un bon début quand on sait que les seules solutions pour se débarrasser du CO2 sont planter des arbres, mais les hommes en détruisent plus, le capter dans les océans, mais le solde est-il positif ou l’enfouir sous terre, mais est-ce durable ?

Sarah a reçu en 2020 le prix Jeunes talents L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science et fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Toutes nos félicitations et nos vœux de réussite. L’avenir de la planète en dépend !

  • Thierry Schwab (X 66), galeriste
Thierry Schwab devant le Plaideur de David Daoud

Né à Paris en 1947, fils de Marc Fontenoy, avocat devenu auteur-compositeur, Thierry fait ses études aux lycées Claude Bernard puis Louis le Grand avant d’intégrer l’X en 66. Après 2 ans chez IBM puis 4 ans dans le Groupe Maurice Vidal, il se met à son compte en 1975 comme consultant en informatique et en organisation et crée en 1982 Picodata, une société de conseil et de service en informatique, dont une filiale nommée Webnet deviendra l’une des premières entreprises françaises d’ingénierie internet.

Grand amateur d’art et de poésie, Thierry, qui avait créé en 1996 Bonjour Poésie, un site web consacré à la poésie francophone, cède sa société en 2008 et ouvre en 2011, aidé de son fils Edouard, une galerie spécialisée dans l’art contemporain, qui n’hésite pas à innover en exposant des tableaux peints par IA !

J’habite depuis longtemps à deux pas de sa galerie qui est au 35 rue Quincampoix, tout près de Beaubourg mais il a fallu que Jean Sousselier (X 58, président de X Mines Auteurs) envoie aux membres de XMA une invitation au vernissage de l’exposition David Daoud (Réminiscences, jusqu’au 23 septembre) pour que je le découvre ! Mais je le reverrai le 25 novembre au Salon du livre polytechnicien (Mairie du VIème) où il aura un stand en tant qu’éditeur (L’ombre rouge) et en tant qu’auteur de romans de fiction qui font réfléchir, comme Un si lointain passé : recueil de nouvelles étranges, dont Jean d’Ormesson a beaucoup aimé la première et deux romans visionnaires dans lesquels l’IA joue un grand rôle : L’étrange histoire d’Igor Bredev, un robot russe demandeur d’asile en France ; Optima 2121 : le monde dans 100 ans, si proche, si différent. Quand je pense qu’au début de ma carrière, on préparait sérieusement des Réflexions pour 1985. Même Thierry Gaudin (X 59) peut aller se rhabiller avec son groupe Prospective 2100 !

  • Nicolas Truelle (X 80), apprenti
Nicolas Truelle

Né en 1961 à Belfort où son père Yves Truelle (X 47, Supéléc, mort en 2018) dirigeait l’usine d’Alsthom, Nicolas entre à l’X en 80 après une prépa à Louis le Grand. Il en sort dans le corps des mines qui l’envoie à l’Ecole des mines, où il ressent, nous dit-il, sa première vraie émotion économique pendant le cours de Claude Riveline (X 56, ma lettre du 16 mai). Il commence sa carrière de fonctionnaire en 86 à la DRIR et au SGAR de Haute Normandie. Il passe en 89 à la direction générale de l’Industrie et devient l’année suivante directeur de cabinet du directeur général. Il pantoufle chez Sanofi en 92 comme directeur d’un établissement avant d’en devenir DRH en 95, puis Pdg de Sanofi Pasteur en 97 et adjoint au directeur Europe en 99. Il quitte la santé en 2000 pour entrer chez Via Location comme DG puis président du directoire. Il change à nouveau d’activité en 2010 en devenant associé de Weinberg Capital qui a pris le contrôle de Via Location.

En 2015, Nicolas, qui était devenu peu avant administrateur de l’Arche, association qui accompagne les handicapés adultes, décide de quitter délibérément le secteur capitaliste pour entrer dans le secteur philanthropique en devenant directeur général des Apprentis d’Auteuil. L’objectif de cette fondation chrétienne qui vient de fêter son sesquicentenaire est, nous dit-il, « accompagner jeunes et familles fragilisés, les accueillir, participer à leur éducation, à leur formation et à leur insertion sociale et professionnelle ». Il est cousin éloigné de Jacques Truelle, diplomate français récemment célébré par le Mémorial de la shoah pour son action en faveur des juifs persécutés pendant la guerre, alors qu’il était en poste à Bucarest. Bon sang ne saurait mentir !

Père de 7 enfants et grand-père de 4 garçons, Nicolas a été nommé chevalier de la Légion d’honneur l’année dernière. Toutes nos félicitations pour cet honneur mérité et tous nos vœux de réussite dans ses fonctions dont l’importance croit exponentiellement, comme on le voir en ce moment avec les problèmes des Restos du Cœur.

Laura Chaubard inaugure l’exposition Poincaré

Actualités

  • Les petits papiers : tel est le titre de la page que la Jaune et la Rouge consacre dorénavant à mes portraits. Pour commencer, vous pouvez trouver dans le numéro d’août-septembre les portraits de Sébastien Bohler (X 92, ma lettre du 21 juin) et de Pascale Sourisse (X 81, ma lettre du 22 avril). Merci à Michel Berry (X 63), président du comité éditorial, qui a décidé, après mûre réflexion, d’adhérer à la branche lévy-lambertiste du Parti d’en rire 😊. Je suis certes, comme Pierre Dac, pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour, mais je ne qualifierais pas mes papiers de hilarants ! En tout cas, avec 180 portraits au compteur à ce jour depuis le début de l’année dernière, l’avenir de cette nouvelle rubrique est assuré au moins jusqu’à mon centenaire !
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  • Technocratisme, tel est le titre du nouveau livre d’Alexandre Moatti (X 78, ma lettre du 26 janvier). Sous-titré Les grands corps à la dérive, ce livre nous propose une plongée dans le monde de la technocratie, dont il retrace l’histoire et dénonce les dérives. La moitié des dirigeants du CAC 40, trois présidents de la République sur quatre depuis 30 ans sont issus des grands corps. Ceux-ci avaient jusqu’ici peu été étudiés en tant que tels. Ceux qui connaissent Alexandre ne seront pas étonnés que son analyse soit engagée, bien que lui-même soit membre d’un des corps qu’il fustige : relisant les 30 dernières années au prisme de l’action de ces corps, il montre leur intrication ontologique avec le néo-libéralisme. Elève de Maurice Allais (X 31) et fondateur de X Sursaut, lointain successeur de X Crise, je connais les défauts du libéralisme que je considère pourtant, pour paraphraser Churchill, comme le pire des systèmes à l’exception de tous les autres.
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  • L’exposition sur Henri Poincaré (X 1873, ma lettre de juin), modèle du savant universel, a été inaugurée le 7 septembre par Laura Chaubard (X 99), DGA de l’X et sans doute DG par intérim en attendant la nomination du successeur d’Eric Labaye (X 80), Frédéric Brechenmacher, professeur d’histoire des sciences et Kees Van der Beek, nouveau directeur de la recherche, avec l’intervention de la chorale des élèves dirigée par Me Patrice Holiner, dans des chants de carva que Poincaré a pu entendre dans sa carrière d’enseignant à l’X ! Vous pouvez lire dans Les Echos du 15 septembre un bel article sur cette exposition ouverte en semaine de 9 h à 17 h jusqu’au 22 décembre. Félicitations à Olivier Azzola et à toute l’équipe du Mus’X pour ce beau travail complété par un catalogue de 113 pages en vente sur place ou en s’adressant à la Sabix.
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  • La Maison Poincaré, le lieu où les maths prennent vie, ouvre ses portes le samedi 30 septembre. Ce n’est pas un hasard du calendrier si elle est inaugurée en septembre comme l’expo du Musix car on fête cette année le sesquicentenaire de la promo de Poincaré ! Sur 900 m2 en plein centre de Paris, divisés en 7 espaces (modéliser, devenir, partager, inventer, connecter, visualiser, respirer), on peut découvrir l’influence des mathématiques sur notre société et dans notre quotidien. Un bon complément à l’exposition temporaire du Musix ! Cliquez ici pour plus de détails.
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  • La cinquième chaine nous présentait le 12 septembre Patrimoine, de vieilles pierres très précieuses, un documentaire de 52’ de Valentine Amado donnant le portrait de quelques entrepreneurs passionnés par la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine. On y voyait notamment Kleber Rossillon (X 73, ma lettre du 25 février) dont la société gère pas moins de 12 lieux culturels,aussi variés que le musée de Montmartre, la grotte Chauvet 2, le château de Suscinio, la tour de Crest, le château de Murol, le site de Waterloo ou le train de l’Ardèche.
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  • Le Laboratoire interdisciplinaire de l’X (LinX) organise un colloque sur L’anthropocène, la fin de l’homme ? les 28 et 29 septembre à l’X (Amphi Becquerel). On se demande si le point d’interrogation n’est pas de trop ? 😊 Cliquez ici pour plus de détails.
Sylvie Benzoni, drectrice de l’Institut Poincaré
Kleber Rossilllon dans son train de l’Ardèche

Courrier des lecteurs

  • Cher camarade, je me permets de te signaler notre camarade Florian Coupé (X 06), qui je crois mérite de figurer dans ta longue liste. Il y a eu de nombreux reportages sur la Cyclodyssee cet été… personnellement je trouve que les valeurs de dépassement de soi, de rencontre et d’aventures méritent d’être montrées en exemple ! Bien à toi. Nathalie Charles (X 84). Tes désirs sont des ordres ! HLL
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  • Merci pour ces intéressants rappels, mais JJSS n’est-il pas pour le XX° siècle un prototype de la « légèreté » française, avec ses qualités et défauts…? Jean de Bodman (X 69).
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  • Cher camarade, cher Hubert, Merci pour tes portraits, toujours très vivants et intéressants. Tu demandes de signaler d’éventuels X-traordinaires, as-tu entendu parler de Henri Grimond (46), à l’origine du projet actuel du Tunnel sous la Manche ? Il est malheureusement décédé, il n’aurait peut-être pas aimé être mis en aucune sorte de lumière, mais j’ai toujours trouvé qu’il était X-traordinaire. Amicalement, Gérard Cohen (X 70). Bien noté, merci, je le mets sur la liste d’attente. HLL
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  • Cher Hubert, Merci beaucoup d’avoir ainsi croqué notre portrait ! C’est un beau cadeau. A très vite pour plus de nouvelles sur les qubits! Très belle journée, Pierre Desjardins (X 08).
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  • Merci Hubert pour la bio, et tous les portraits passionnant que tu as faits. Je reçois déjà des courriels de camarades, preuve s’il en était besoin que tu as une belle audience ! Camaradement. Ivan Gavriloff (X 81).
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  • Merci cher Hubert de ces riches moissons estivales. Torpeur et canicule n’ont donc pas raison de ton énergie inépuisable ! Découvreur de talents si divers, à la plume si affûtée. Amicalement. Philippe Georges (X 79)
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  • Merci pour ce portrait spécial [JJSS] très intéressant… Olivier Herz (X 79).
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  • Merci de cet excellent portrait de JJSS. Tu m’apprends beaucoup de choses que je ne connaissais pas de lui. Michel Marx (X 57).
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  • Bravo cher Hubert pour le portrait de ce personnage [JJSS] ; j’ai croisé sa route lorsque j’étais à la Délégation à l’Aménagement du Territoire et je vais essayer de t’en faire le récit – pour toi. F. de Wissocq (X 53). Avec plaisir HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne rentrée !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Démographie, groupe hélas en léthargie

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #23 Spécial JJSS

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

A l’approche du centenaire de sa naissance, il nous a paru opportun de consacrer un numéro spécial à Jean-Jacques Servan-Schreiber, alias JJSS, né le 13 février 1924, mort le 7 novembre 2006.

  • Jean-Jacques Servan-Schreiber (X 43), journaliste
Jean-Jacques_Servan-Schreiber en 1968 par Ron Kroon Anefo

Jean-Jacques est né le 13 février 1924 à Paris, d’Emile Schreiber, dit Servan-Schreiber, d’une famille juive originaire de Prusse Orientale, cofondateur des Echos avec son frère Robert, et de Denise Brésard, infirmière diplômée. Ainé de 5 enfants, il sera suivi par Brigitte (Gros), Bernadette (Gradis), Christiane (Collange) et Jean-Louis. Reçu à l’X en 1943 après des études secondaires brillantes au lycée Janson de Sailly et une prépa en pleine guerre au lycée Champollion de Grenoble, il passe en Espagne avec son père pour éviter le STO et arrive à l’Ecole de l’air, réfugiée à Marrakech, qui l’envoie dans la base de Craig à Selma (Alabama). Il n’obtient son brevet de pilote de chasse qu’en avril 45, trop tard pour participer aux combats. Celui qu’on appellera gentiment JJSS, et plus méchamment Kennedillon, Turlupin ou Zorro, entre à l’Ecole en octobre 1945 comme tous les X 42 et 43, ainsi que l’explique Gérard Brunschwig (X 43) dans la Jaune et la Rouge de septembre 2001. Il commence sa carrière en 1948 en essayant de vendre un petit avion français au Brésil, sans grand succès. Mais il en revient comme correspondant de journaux brésiliens et réussit à se faire remarquer par Hubert Beuve-Méry qui l’engage en 1949 – à 25 ans ! – comme éditorialiste au Monde, un journal alors aussi redouté que respecté. Mais la lune de miel ne dure pas, JJSS, atlantiste, se fâche avec Beuve, neutraliste et il fait quelques bourdes, comme d’affirmer le 27 juin 1950 que les USA n’interviendront pas en Corée, 4 jours avant qu’ils le fassent ! Ce ne sera pas sa seule erreur : n’avait-il pas prévu que de Gaulle, à l’égard duquel il éprouvait une hostilité irrépressible, ne resterait pas longtemps au pouvoir après mai 1958 ? Mais ceux qui avaient prévu les évènements de mai 68, la crise financière de 2008 ou l’attaque de l’Ukraine par Poutine en mars 2022 peuvent lui jeter la première pierre !

Création de l’Express

En 1953, tout en faisant des tournées de conférences aux USA et en reprenant ses éditoriaux dans le Monde, il crée l’Express avec Françoise Giroud, qui sera nommée en 1974 secrétaire d’Etat à la condition féminine, alors rédactrice en chef de Elle, sur le modèle de The Economist. L’équipe comprend son cousin Jean-Claude, codirecteur, Philippe Grumbach, rédacteur en chef, sa sœur Christiane Collange, qui assure la direction de Madame Express – elle lui rendra un magnifique hommage mortuaire en 2006 – et quelques pointures comme Louis Armand (X 24), Alfred Grosser, Simon Nora, sa future épouse Léone Georges-Picot, Alfred Sauvy (X 20 S) ou Pierre Viansson-Ponté et des journalistes pointus comme Michèle Cotta.

D’abord supplément hebdomadaire gratuit des Echos destiné à mettre en orbite Pierre Mendès-France, alias PMF, l’Express devient rapidement un hebdomadaire indépendant. François Mauriac, qui venait d’avoir le prix Nobel de littérature, devenu persona non grata auprès des lecteurs du Figaro suite à ses articles critiquant l’intervention de la France au Maroc et la déposition du sultan, y crée dès 1953 son Bloc-notes. Jean Daniel rejoint rapidement l’équipe, suivi par Jean-Paul Sartre. André Malraux y est régulièrement interviewé. La saisie du numéro 54 en mai 54, juste après le désastre de Dien Bien Phu, pour empêcher la publication d’indiscrétions sur un voyage des généraux Ely et Salan aux USA, donnera à la diffusion de l’Express un coup de pouce appréciable ! Albert Camus le rejoint en 1955 pour son 2ème anniversaire qui le voit transformé en quotidien pour tenter de remettre en selle PMF, tombé en février après seulement 8 mois de gouvernement, grâce au scrutin proportionnel, dont on voit les inconvénients en Israël et que certains rêvent de ressusciter en France ! Mais c’est Guy Mollet qui est nommé et l’Express redevient rapidement hebdomadaire.

Lieutenant en Algérie

Lieutenant en Algérie

En 1956, – punition du ministre de la guerre Maurice Bourgès-Maunoury (X 35) contre ses éditoriaux hostiles à la guerre d’Algérie ou simple application de la loi ? -, JJ est appelé à servir en Algérie. Lui qui avait été breveté pilote de chasse, se retrouve à la tête d’une compagnie d’infanterie à Rivet, dans la Mitidja. Malgré ses préventions, il prend ses fonctions d’officier très sérieusement et en revient début 57 avec un livre qui met les pieds dans le plat en parlant de tortures et met en fureur le camarade Bourgès-Maunoury. Lieutenant en Algérie, publié d’abord en feuilleton dans l’Express, lui vaut une inculpation pour atteinte au moral de l’armée. Opposé aux méthodes du général Massu, le général Pâris de Bollardière, qui prend la défense de JJSS dans le Monde, écopera même de 60 JAR (jours d’arrêt de rigueur).

En juin 1958, un entretien de Jean Daniel avec Krim Belkacem, un chef du FLN, lui vaut aussi sec une saisie de l’Express par le camarade Pierre Guillaumat (X 28), ministre de la guerre et une rupture brutale avec André Malraux, devenu ministre de la Culture, suivie peu après de sa rupture en 1960 avec Sartre puis en 1961 avec Mauriac qui retourne au Figaro Littéraire, critiquant l’antigaullisme obsessionnel de JJ et n’hésitant pas à qualifier l’Express d’anticlérical, antimilitariste, anarchiste et érotique ! Il rompra aussi en 1963 avec PMF qui essayait de placer sa maitresse Marie-Claire de Fleurieu, fille de Robert Servan-Schreiber, à la présidence des Echos dans le cadre de la bagarre sanglante entre les Robert et les Emile au sujet du contrôle des Echos, qui sera finalement acquis par Pierre et Jacqueline Beytout, mettant fin bêtement à plus d’un demi-siècle de direction des Echos par la famille Servan-Schreiber.

Mais la politique le démange. Après avoir essayé d’être candidat du parti radical en 1956 à Paris, la dissolution de 1962, suite à la motion de censure relative au référendum sur l’élection du président au suffrage universel, va lui fournir une première occasion : il se présente à Yvetot, dans le pays de Caux (Seine Maritime), où se trouve la maison familiale de Veulettes, sans succès. Sur la base de bruits laissant entendre que de Gaulle va anticiper l’élection présidentielle prévue en 65, il tombe dans le piège et décide de mettre en orbite dès octobre 63 Gaston Defferre, député-maire de Marseille, et lance à cet effet avec Simon Nora et Olivier Chevrillon l’opération Monsieur X, qui fera long feu. Rien à voir avec notre chère Ecole !

En 1964, après l’échec d’un projet de fusion avec le groupe de Jean Prouvost (Paris Match…), JJ transforme avec succès l’Express en News magazine avec l’aide de son jeune frère Jean-Louis, qui créera en 1967 l’Expansion et reprendra en 1997 Psychologie Magazine. Il embauche Claude Imbert comme rédacteur en chef et de nombreuses jeunes femmes comme Christine Clerc, Michèle Manceaux ou Catherine Nay suivent la piste de Michèle Cotta qui explique dans ses mémoires avoir obtenu de nombreuses révélations de la part d’hommes politiques en jouant de son charme féminin. Très consciencieux, JJ s’occupait personnellement du recrutement : son épouse Sabine ne dit-elle pas dans ses mémoires qu’il les a toutes essayées !

Le défi américain

Le défi américain

Puis en 1967, c’est la sortie du Défi américain, résultat de ses réflexions sur le sursaut requis par la France et l’Europe pour faire face au dynamisme des USA. Paru simultanément dans 8 langues, ce livre a un énorme succès avec plus d’un million d’exemplaires vendus en un an mais aujourd’hui la réussite insolente des Amazon, Apple, Facebook, Google, Microsoft, Space X ou Tesla montre qu’il faudrait remettre l’ouvrage sur le métier…

En 1969, après le départ de de Gaulle suite à l’échec de son référendum sur la décentralisation, JJ appuie, bien que Pompidou soit mieux placé, la candidature d’Alain Poher, appuyé par le Parti radical valoisien qui, pour le remercier, lui confie les fonctions de secrétaire général. A l’automne 69, le congrès de Nantes est l’aboutissement d’une sorte d’OPA sur ce vieux parti sclérosé, à l’image de l’OPA, très appréciée par l’Express, que venait de lancer BSN sur Saint-Gobain. Cent jours après, comme annoncé, JJ sort le Manifeste radical qui sera publié peu après sous le titre de Ciel et terre et sera, comme le Défi, un grand succès de librairie et le mettra sur le devant de la scène médiatique avec, par exemple, un débat A armes égales avec Valéry Giscard d’Estaing (X 45) en mars 1970 sur la 1ère chaine ou une interview par George Herman dans Face the Nation sur CBS.

Conscient des risques d’interférence, pour éviter que la ligne éditoriale de l’Express puisse être influencée par ses actionnaires, il décide alors, avec l’aide d’Olivier Chevrillon, d’en modifier les statuts en prévoyant que le directeur, nommé par les actionnaires, soit accepté par les trois collèges des cadres, des journalistes et des employés. Sage réforme qui aurait pu éviter 6 semaines de grève au JDD en 2023 ! Pour la petite histoire, la cheville ouvrière de cette réforme, Olivier Chevrillon, quittera l’Express en 1972 avec Claude Imbert et Michèle Cotta pour créer le Point après une grave crise de management, qui le verra refuser de continuer à payer sans barguigner les dépenses personnelles que JJ facturait à l’Express depuis l’origine, un pognon de dingue dirait-on aujourd’hui…

 Député de Lorraine

Mais il lui faut un siège de député. Après avoir envisagé de se présenter à Grasse, il se présente en juin 1970 à Nancy contre le gaulliste Roger Souchal qui avait cru bon de démissionner pour protester contre le passage de l’autoroute de l’Est par Metz. Il sera élu avec 55 % des voix, après une campagne somptuaire appuyée par l’Est Républicain et financée nolens volens par l’Express, l’abus de bien social n’était pas loin… Ironie de l’histoire, il y aura bien une liaison Nancy-Langres mais l’autoroute de l’Est passera finalement par Metz et pas par Nancy !

Mais un siège, ça va, deux sièges, bonjour les dégâts ! Celui qui se fait appeler député de Lorraine et qui avait juré de ne s’occuper que de la Lorraine, montre vite son cœur d’artichaut : suite au décès du suppléant de Jacques Chaban-Delmas, une élection partielle va avoir lieu en septembre 70 à Bordeaux. Ce sera une simple formalité, Chaban, premier ministre, sera forcément réélu. N’écoutant pas ses amis, JJ décide de se présenter contre Chaban ! Montrant son indépendance par rapport à son actionnaire, l’Express ne ménage pas ses critiques. Peine perdue, ce sera la Berezina ! Chaban sera réélu au premier tour avec 63,5 % des voix contre 16,6 % à JJ.

Malgré cette claque, JJ rebondit et se fait nommer au congrès de Suresnes en octobre 71 président du Parti radical en défendant une alliance centriste avec Lecanuet et Giscard contre Maurice Faure partisan de l’union avec le PS et le PCF. Dans la foulée, il crée le Mouvement réformateur avec Jean Lecanuet, entrainant le départ des Fauristes qui créent le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) et le dépérissement du parti radical.

Après la mort de Georges Pompidou en avril 74, JJ envisage de se présenter à l’élection présidentielle mais préfère sagement s’allier avec Giscard, comme le fait Chirac, pour barrer la route à Chaban et éviter l’élection de Mitterrand. Ce ne sera que partie remise, grâce à la trahison de Chirac en 81…

Ephèmère ministre

JJ ne sera pas premier ministre, poste que Giscard confie à Chirac mais il aura un poste créé spécialement pour lui : ministre des Réformes. Il aura un beau ministère rue de Varenne et René Mayer (X 47) sera son directeur de cabinet. Mais le 7 juin, parait au JO un décret annonçant la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique, contre lesquels JJ multipliait les articles dans l’Express depuis des mois. JJ ne peut s’empêcher de critiquer publiquement l’auteur de cette décision, Jacques Soufflet, ministre de la défense. Résultat : nommé le 28 mai, il est démis de ses fonctions le 9 juin. Ministre 13 jours, pas un record pour le Guinness, loin de Léon Schwartzenberg ou de Thomas Thévenoud, partis après 9 jours !

JJ reste néanmoins proche de Giscard et le conseille avec Michel Pinton (X 68) pour la création de l’UDF en vue de faire pièce au RPR que Chirac a créé après avoir quitté brutalement Matignon en 1976. Peu après, il décide de vendre ses actions de l’Express à Jimmy Goldsmith, flamboyant homme d’affaires britannique et il est battu en Lorraine aux législatives de 1978.

Le défi mondial

En 1979, JJ, qui croit toujours à son étoile, quitte l’UDF pour créer une liste Emploi Egalité Europe qui aura moins de 2 % aux Européennes ! Il sort en 1980 Le défi mondial qui aura un succès d’estime bien inférieur au Défi américain et crée en 1982, avec l’appui de François Mitterrand, le Centre mondial Informatique et Ressources humaines qui disposera d’un important budget pour initier les jeunes à l’informatique et aura une action très foisonnante mais, comme l’Institut Auguste Comte, liquidé par Mitterrand en 1981, il sera liquidé au bout de 4 ans au profit du nouveau plan Informatique pour tous.

JJ part alors pour Pittsburgh où il a été nommé président du comité international de l’Université Carnegie-Mellon, avec ses 4 fils qui suivront tous des brillantes études dans cette université. Revenu en France, il est malheureusement victime d’une maladie neurologique qui diminue progressivement ses capacités intellectuelles et s’éteint en 2006 à Fécamp.

Celui qui voulait tout changer

JJSS avait épousé Madeleine Chapsal en 1947, Georges Bidault étant témoin. Séducteur impénitent, après une liaison orageuse avec Françoise Giroud, il a épousé en 1960 Sabine Becq de Fouquières qui lui donnera 4 fils : David, filleul du général de Bollardière, neuropsychiatre, mort prématurément en 2011, Emile, filleul de Gaston Defferre, cogniticien et journaliste, Franklin, ingénieur électrique et journaliste, et Edouard, filleul de Madette Balick, mathématicien. Quatre garçons brillants, dont les œuvres écrites rappellent que Schreiber signifie scribe. Il y a d’ailleurs peu de Servan-Schreiber qui n’ont pas sacrifié au démon de l’écriture, depuis les fondateurs des Echos jusqu’à mes petites-cousines Catherine et Sylvie Servan-Schreiber. Bon sang ne saurait mentir !

Allée JJSS à Paris 16ème

Madeleine Chapsal, qui s’est occupée d’élever ses enfants, lui a consacré un livre en 2004 : L’homme de ma vie. Jean Bothorel a écrit sa biographie en 2005 : Celui qui voulait tout changer, les années JJSS, qui a fait l’objet d’une recension par Louis-Aimé de Fouquières (X 77, frère de Sabine) dans la Jaune et la Rouge de mai 2005. Il a écrit de nombreux livres dont Lieutenant en Algérie (1957), Le défi américain (1967), Le manifeste radical (1970), Le défi mondial (1981), Le choix des juifs (1988) et deux livres de mémoires : Passions (1991), et Les fossoyeurs (1993). Lors de son décès en 2006, de nombreuses personnalités lui ont rendu hommage dont Valéry Giscard d’Estaing, Robert Badinter ou Samuel Pisar. Son nom a été donné en 2016 à une partie de la contre-allée de l’avenue du président Wilson (Paris 16ème).

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #22

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Guillaume Boissonnat à Zuzanna Stamirowska, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Guillaume Boissonnat-Wu (X 09), colorant
Guillaume Boissonnat

Guillaume est né en 1989 à Nancy d’un père ingénieur et d’une mère dentiste. Il quitte Nancy en 2007 pour faire sa prépa à Louis le Grand. Entré à l’X en 2009, il fait ensuite une thèse au labo de chimie organique de l’Ecole supérieure de Physique et de Chimie industrielle (ESPCI) et obtient un PhD à l’Université Pierre et Marie Curie (2013-16).

Tout juste diplômé, Guillaume entre en 2016 comme directeur scientifique et industriel chez Pili, société de biotechnologie qui vient d’être créée avec pour ambition de décarboner l’industrie de la couleur, qui est très polluante. Pili conjugue la productivité de l’industrie chimique avec la renouvelabilité du végétal pour faire face au défi d’une production de couleur propre, sans pétrochimie, en utilisant des micro-organismes qui transforment efficacement la biomasse en pigments par le processus de fermentation – comme la bière, l’insuline ou les vitamines disponibles aujourd’hui.

Guillaume fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Il est marié (pour ne pas l’oublier, il a accolé à son nom patronymique celui de son épouse 😊) et père d’une petite fille. A ses moments perdus, il milite au PS comme secrétaire fédéral à l’écologie. Candidat malheureux sur la liste socialiste des municipales dans le 15ème et aux régionales d’île de France, nous lui souhaitons bonne chance pour les prochaines, l’écologie a besoin de gens sérieux !

  • Elisabeth Cunin (X 80), habilleuse
Elisabeth Cunin

Très cosmopolite dans sa jeunesse, Elisabeth a grandi en Australie, au Royaume Uni et au Japon. Arrivée en France après le bac, elle entre à l’X en 1980 après une prépa à St Louis et se perfectionne ensuite à l’ENSAE, à Sciences Po et à Dauphine où elle obtient un DEA d’économie et finance internationale en 1985. Elle commence sa carrière comme consultante chez McKinsey (85-90), puis enchaîne les postes de responsabilité dans la grande distribution et le textile : DG de DIA France, filiale de Promodès (90-96), directrice supply chain chez Dior (96-98), responsable des projets d’Etam à l’export (98-01), PDG de Vivarte (2001-05), DG d’Etam Lingerie (05-11), PDG de Comptoir des Cotonniers et Princesse Tam Tam (11-13), PDG de Camaïeu (13-18).

Après ce grand tour de piste, Elisabeth trouve en 2019 chaussure à son pied en succédant au gendre de Patrick Mulliez, à la présidence de Kiabi, numéro un français du prêt-à-porter avec plus de 10.000 employés, une pépite de la galaxie Mulliez.

Passionnée de théâtre, de littérature et du Japon, Elisabeth est administratrice de Mercialys (foncière créée par Casino) depuis 2012 et des ONG Solidarité femmes accueil et 1001 Fontaines depuis 2020.

  • Pierre et Matthieu Desjardins (X 08), jumeaux quantiques
Matthieu et Pierre Desjardins

Après des études au Lycée Henri IV, Pierre et Matthieu entrent à l’X en 2008. Pierre passe quelques mois à Casablanca en 2012 pour Planet Finance, créée par Jacques Attali (X 63) puis part à Columbia pour faire un MS en physique quantique puis passe quelques mois au labo de photonique quantique du MIT. De retour à Paris en 2016, il entre comme consultant chez Roland Berger.

A sa sortie de l’X, Matthieu passe un MS à la Freie Universität de Berlin en 2013 puis enseigne la physique à l’Université Pierre et Marie Curie pendant 3 ans avant de préparer un Phd en physique quantique à l’ENS (2013-17). Il y poursuit ses recherches jusqu’en 2019 tout en participant au programme Challenge+ de HEC.

Les jumeaux se retrouvent fin 2019 pour créer la société C12 Quantum Electronics qui a pour objectif de développer des processeurs quantiques fiables pour accélérer les tâches informatiques complexes, dans des domaines aussi variés que la chimie, la santé ou l’industrie. C12 se base sur un qubit de spin hébergé dans des nanotubes de carbone 12. Cet isotope du carbone dénué de spin nucléaire (à ne pas confondre avec le C14 radioactif utilisé en datation) est capable de réduire considérablement les erreurs des ordinateurs quantiques actuels. Elle est hébergée dans un laboratoire du CNRS et s’appuie sur les travaux du labo de physique de l’ENS.

C12 fait partie de la sélection de 100 start-ups pour demain parue dans Challenges en 2021. Elle a levé 8 M€ en 2021. Fort heureusement, Pierre et Matthieu ne sont pas de vrais jumeaux homozygotes et ne sont pas intriqués, ce qui fait qu’on peut les voir simultanément 😊

  • Ivan Gavriloff (x 81), nucléariste
Ivan Gavriloff

Né d’Irène et Nicolas Gavriloff, ingénieur des mines de Saint-Etienne, Ivan entre à l’X en 1981après une prépa au Lycée Descartes à Tours. Il commence sa vie professionnelle chez Havas pour s’occuper de recherche. En 1986, il crée Kaos Consulting, société de conseil en innovation, dont il est Pdg. Très éclectique, il est nommé en 2019 directeur scientifique de BWBW (Better We Better World, soutenu par le Dalai-Lama) après avoir été cofondateur de Nickel (1ère marque de soins pour homme), winamax.com, horoscope.com, Bio Diner Minceur et, tout dernièrement, Naarea (Nano Accessible Affordable Ressourful Energy for All).

Présidée par Jean-Luc Alexandre, Centrale-Supelec, ancien VP d’Alstom et DGA de Suez, Naarea a déposé un brevet pour développer des petits réacteurs nucléaires à neutrons rapides, aux sels fondus, fonctionnant avec du thorium et recyclant des déchets nucléaires, à partir d’un modèle conçu pour le spatial par Daniel Heuer, directeur de recherche au CNRS. Dénommé XAMR, ce réacteur, qui ressemble en beaucoup plus petit au surgénérateur Superphénix mis en service en 1986 et malheureusement démantelé en 1997, est lauréat de l’appel à projets Réacteurs Nucléaires Innovants du plan d’investissement France 2030.

Colonel de la réserve citoyenne, père de 3 enfants, Ivan est aussi enseignant, conférencier, écrivain et essayiste, avec des œuvres aussi variées que Une fourmi de 18 m, ça n’existe pas (2011, avec Bruno Jarrosson, la créativité au service des organisations), La dernière pilule (2014, théâtre d’anticipation), Oui, c’est encore possible (2019, avec Jean-Luc Alexandre, atteindre d’ici 2030 les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies) ou Hashtag 2065 (2022, le premier meurtre commis par une intelligence artificielle a déjà eu lieu !).

Ivan fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Il envisage de lever 2 milliards d’euros sur 5 ans pour industrialiser ses réacteurs. Nous lui souhaitons plein succès. A cœur vaillant, rien d’impossible !

  • Louis Jacquart (X 04), mobile
Louis Jacquart

Né en 1985, Louis entre à l’X en 2004. Il poursuit ses études à l’Ecole des Ponts en 2007 et, comme si cela ne lui suffisait pas, se dépêche de faire l’ENA en 2009 avant qu’elle ne soit supprimée. Il passe alors 4 ans à la Direction du budget où il s’occupe de culture puis de collectivités locales. Il passe 2 ans à l’Agence du service civique comme secrétaire général puis directeur général par intérim puis 3 ans à l’Agence de la mobilité de la Mairie de Paris, une agence dont il ne semble pas que l’objectif soit de faciliter la circulation dans Paris !

En 2020, Louis est nommé directeur général du musée Picasso. Alors que son prédécesseur Erol Ok était resté 7 ans, il en part au bout de 2 ans, en même temps que son président Laurent Le Bon, qui y était resté 7 ans et est nommé président du Centre Pompidou, poste occupé par Alain Seban (X 83) de 2007 à 2015.

Après ce bref épisode culturel, Louis se retrouve en 2022 à la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) comme adjoint de Pauline Lavagne d’Ortigue, cheffe de la mission Innovation Publique. Vous vous demandez à quoi peut servir cette administration ? Eh bien, son site internet nous explique qu’elle a été créée en 2015 pour placer le citoyen au centre de l’action publique. A cet effet, elle apprend aux fonctionnaires à travailler autrement et a inventé la facilitation : « un dispositif de co-construction au service de l’administration, qui met en place un cadre, des méthodes et des processus afin de permettre à un groupe d’opérer en intelligence collective avec l’objectif de favoriser l’émergence de solutions par le déroulé d’une méthodologie précise et la participation active des membres ». J’offre un exemplaire dédicacé de La Rationalisation des Choix Budgétaires (PUF, 1975), au premier qui m’expliquera comment ce gloubi-boulga permettra de réduire le déficit public !

  • Stanislas Polu (X 04), superintelligent
Stanislas Polu (c) Sequoia

Entré à l’X en 2004, Stanislas y brille dans l’équipe de rugby sans négliger l’entrainement au marathon. Après un MS en informatique à Stanford en 2009, il passe un an chez Oracle avant de participer à la création de la société Totems à San Francisco, achetée en 2015 par Stripe. Il passe en 2019 chez OpenAI, le créateur de ChatGPT.

Montrant qu’il y a aussi une vie dans la vieille Europe, il revient à Paris en 2022 pour créer la société Dust, dont l’objet est de développer des algorithmes d’intelligence artificielle générative basés sur des grands modèles de langage (LLM), avec son complice Gabriel Hubert, un Supelec rencontré à Stanford, qui l’avait déjà suivi chez Totems et chez Stripe avant de partir chez Alan. Emmanuel Macron leur a fait l’honneur de les recevoir à l’Elysée le 8 juin.

Dust vient de réaliser une première levée de fonds d’amorçage de 5 M€ pilotée par Sequoia Capital et fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Nous lui souhaitons un grand succès, tout en espérant qu’une super-intelligence artificielle ne réussira pas un jour à dominer l’humanité, contrairement aux prévisions de certains Cassandre, dont certains écrits d’Ivan Gavriloff cité plus haut !

  • Philippe Saint-Gil (X 43), écrivain
La meilleure part par Philippe St Gil, joué par Gérard Philipe

Né en 1923 à St Didier au Mont d’Or (69), Philippe Saint-Gil, de son vrai nom Philippe Gillet, fils de Pierre Gillet contrôleur général de l’armée puis chef d’entreprise, est reçu à l’X dans la promo 43 après des études secondaires à Janson de Sailly. Du fait de la guerre, il n’entre à l’Ecole qu’en octobre 1945 comme tous les X 42 et 43, ainsi que l’explique Gérard Brunschwig (X 43) dans la Jaune et la Rouge de septembre 2001.

Marié en 1957 avec Janine Couder, écrivain, Philippe a une vie professionnelle mouvementée : il débute comme ingénieur chez Sofra (46-55) puis passe chez Poliet et Chausson, dont son père est président (55-56) puis passe 20 ans dans les constructions métalliques chez Voyer où il finit DGA (57-78). Il est ensuite vice-président de Progress (79-88) puis chargé de mission chez Egor (89-91) puis Arco (92-97).

Membre de la société des Gens de lettres, Philippe a écrit de nombreux romans, souvent tirés de ses propres expériences professionnelles, comme La meilleure part (1954), couronné par l’Académie française, dont Yves Allégret a tiré un film en 1955 avec Gérard Philipe, Michèle Cordoue et Gérard Oury. Pour la petite histoire, le film se passe dans les Alpes alors que le vrai barrage avait été construit au Maroc où la France a construit de nombreux barrages pendant le Protectorat, comme Bin El Ouidane, mis en service en 1954 ! Considérait-on déjà la colonisation comme un crime contre l’humanité ?

On peut aussi citer La machine à faire des dieux (1956), Le barrage (1969), Romantismes (1975), Le prince noir (avec Janine St-Gil, 1977) ou Le vendredi des banquiers (1981), où il retrace les affres d’un chef d’entreprise qui apprend à la veille du pont du 14 juillet que son pool bancaire rejettera son échéance le mardi suivant. Il a également écrit des poèmes dont Dialogues à une voix, couronné par l’Académie, prix Jean Cocteau. Gérard Pilé (X 41) l’a interviewé dans la Jaune et la Rouge de mai 1995 et Christian Marbach (2015) lui a consacré un article dans la Jaune et la Rouge de novembre 2009 et une mention dans Portraits de polytechniciens (2015). Il est mort en 2009.

  • Zuzanna Stamirowska (M 13), polonaise
Zuzanna Stamirowska

Née à Katowice (Pologne) en 1989 d’un père et d’une mère ingénieurs-architectes, Zuzanna y fait des études secondaires au Lycée Copernic où elle passe son bac franco-polonais en 2008. Elle travaillera pendant 2 ans pour une ONG (2007-08). Elle part en France pour faire un bachelor à Sciences Po Paris sur le campus de Dijon puis un master (2008-13), tout en suivant les études de l’Ensae et en faisant un master à l’X (2011-13) où elle obtient le Prix du Centre de Recherche de la Promotion 2009 ! Non contente de tous ces diplômes, Zuzanna fait une thèse de doctorat à Paris-Sorbonne sur la prévision de la structure et de l’intensité du commerce maritime à l’aide de l’intelligence artificielle (2015-20) qui donne lieu à diverses publications dont Network effects govern the evolution of maritime trade (PNAS mai 2020).

Bardée de toutes ces peaux d’âne, Zuzanna fonde en 2020 Pathway, société deep-tech qui développe une technologie d’intelligence artificielle en temps réel pour extraire de la valeur des données de flux d’événements. Utilisée notamment par les leaders des industries de la chaîne d’approvisionnement et de la logistique, comme La Poste ou DB Schenker, Pathway permet de transformer et utiliser des données en temps réel et à grande échelle. Les benchmarks ont montré que Pathway est le moteur de traitement de données le plus puissant du marché à l’heure actuelle.

Pour implanter Pathway en France, Zuzanna a bénéficié de l’incubation au Drahix, grâce auquel elle vient de lever 4,5 M$ de capitaux d’amorçage. Elle dit : « Le Drahi-X Novation Center nous a aidé sur la phase d’itération avec des mentors pertinents. Grâce au programme, nous avons pu côtoyer d’autres entrepreneurs ambitieux qui partagent le même état d’esprit. Le réseau de l’X est un levier majeur pour notre croissance ». 

Mariée et mère de 2 enfants, Zuzanna fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Pomyślnych wiatrów (bon vent), chère Zuzanna !

Actualités

Le sacre du printemps par Jane Graverol 1960 * Musée de Montmartre
  • Un bon point à Roland Lescure (X 87), ministre de l’industrie, qui a décidé de ne pas participer aux journées d’été d’EELV en raison de la participation du rappeur Médine qui vient de publier un message sur X (anciennement Twitter) à caractère antisémite. Bravo, cher Roland. De toute façon, si tu veux rencontrer des vrais écologistes, ce n’est pas chez EELV que tu en trouveras ! Ni chez les voyous des Soulèvements de la Terre (cf infra) !!
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  • Une exposition dans le musée de Montmartre, créé par Kleber Rossillon (X 73, notre lettre de février 2023). Vous pouvez voir dans ce charmant écrin situé 12 rue Cortot, en haut de la butte Montmartre, une exposition originale sur les Femmes surréalistes. On y trouve des œuvres d’une cinquantaine d’artistes dont Nusch Eluard, Dora Maar ou Lee Miller. C’est jusqu’au 10 septembre. Courez-y !
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  • Un mauvais point à Didier-Roland Tabuteau (X 78, notre lettre du 31 mars 2022), pour la décision du Conseil d’Etat, dont il est vice-président, de rejeter en référé le 11 août le décret de dissolution des Soulèvements de la terre. Les optimistes peuvent dire que le Conseil d’Etat jugera l’affaire sur le fond à l’automne mais le mal est fait : désobéissance civile, sabotages et manifestations violentes sont considérés en haut lieu comme non répréhensibles.
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  • Une reprise du spectacle de Gala Vinogradova (D 14, notre lettre de mars 2022) qui joue le Journal d’Audrey à partir du 5 octobre au Théâtre des Mathurins : une émouvante biographie croisée de Audrey Hepburn et d’Anne Frank. Cliquez ici pour réserver.
Gala Vinogradova

Originaire du Caucase, sur la mer Caspienne, entre l’Arménie et l’Ouzbekistan, française et israélienne, elle prépare une nouvelle pièce, cette fois scientifique, Voyante et Physicien, qui interrogera l’intelligence des êtres vivants vis à vis de l’IA, effleurant la physique quantique. 

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Courrier des lecteurs

  • Je viens de lire avec intérêt et avec plaisir les portraits n° 21 et j’ai découvert dans vos notes votre très gentille, et amusante, mention en avant-première de mes 3 publications Amazon. Je vous en remercie cordialement ! Stéphane Berrebi (X 76).
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  • Cher camarade, tu m’honores, et je serai ravi de consulter tes portraits, fort bien faits. Cordialement. Ivan Gavriloff (X 81).
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  • Merci cher Hubert pour ta nouvelle moisson d’X traordinaires et pour ton humour ! Jacques Marvillet (X 61).
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les-moi !

Merci d’avance et bonnes vacances ou bonne rentrée !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #21

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Allouche à Ybert, voici la dernière moisson de polytechniciens qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé, une moisson abondante pour occuper vos longues soirées d’été…

  • Cyril Allouche (X 95), quantiste
Cyril Allouche

Originaire de Marseille, Cyril fait sa prépa au Lycée Thiers et entre à l’X en 1995. A sa sortie de l’X, il passe 2 ans au service de recherche de Philips qui lui fait faire un Phd en sciences informatiques à l’Université Paris-Saclay. Il passe à nouveau 2 ans chez GE comme architecte de systèmes médicaux puis encore 2 ans, c’est son rythme (!), chez Thalès pour s’occuper de systèmes d’identification biométrique, puis 3 ans chez Cap Gemini suivis, pour faire la moyenne, de 1 an chez Murex, puis, comprenant tout très vite, 1 an chez KDS et 1 an chez Accor. Enfin décidé à poser son bâton, il entre en 2013 chez Bull qui est absorbé par Atos dont il est nommé VP en charge du département de calcul quantique qui se retrouve en 2020 rattaché à Eviden suite à la scission d’Atos en 2 groupes. 

Lecteur de Jules Verne dans sa jeunesse et cavalier passionné, Cyril est marié à une normalienne en Philosophie et père de 3 enfants. Il est à l’origine de 13 brevets, dont 5 brevets en imagerie médicale déposés pendant son PhD ! Il a été membre du comité de pilotage de haut niveau pour les technologies quantiques de la Commission européenne.  Il vient d’être nominé au Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin, ainsi que plusieurs jeunes camarades qui suivent. Toutes nos félicitations ! 

  • Guillaume Autier (X 97), courtier
Guillaume Autier

Né en 1977 à Dunkerque, Guillaume entre en 1997 à l’X dont il sort administrateur de l’Insee. Après l’Ensae, il fait l’Institut des actuaires en 2002, ce qui lui vaut le Prix d’actuariat de la Scor, puis l’ENA en 2005 (promo Romain Gary). Il passe alors 3 ans à la direction générale du Trésor, puis autant au cabinet d’Eric Woerth, ministre du travail, avant d’entrer en 2011 à la banque Paribas pour s’occuper du financement du secteur des assurances à Paris puis à Londres. Il la quitte en 2017 pour devenir DGA de Meilleurtaux, un courtier immobilier créé en 1999, dont il devient DG en 2018 puis président en 2020.

Guillaume a écrit en 2016 une note pour l’Institut Montaigne : « Retraites, pour une réforme durable ». Macron ne l’a malheureusement pas lue ! Hostile au suivisme, il admire Tesla et Glenn Gould et vient d’écrire : « En déclarant que l’Europe devait se donner l’objectif de répliquer Open.ai à horizon 5 ans, Bruno Le Maire vient de donner une nouvelle illustration de ce qu’on peut appeler le syndrome Johnny Hallyday… dont l’objectif était qu’on parle de lui comme de l' »Elvis français… Google a ringardisé le Minitel, ChatGPT est en train de ringardiser Google. Ce que nous devons construire n’est pas ChatGPT, mais tout autre chose : ce qui va ringardiser ChatGPT !… Visons la médaille d’or, pas le podium ! ». As-tu une idée, cher Guillaume ??

  • Joëlle Barral (X 01), googliste
Joelle Barral

Après des études au Lycée Hoche à Versailles, elle intègre l’X en 2001. Partie à Stanford, elle obtient en 2010 un Phd en génie électrique, suivi d’un Post-Doctoral Fellowship en Medical Device Design & Entrepreneurship en 2011. Spécialisée dès le début dans l’application du numérique à la santé, elle entre alors comme senior software engineer chez Heartvista, spin off de l’Université de Stanford spécialisée dans les maladies du coeur, où elle dépose plusieurs brevets et développe un progiciel d’IRM pour l’évaluation des cardiopathies ischémiques et valvulaires. Elle passe en 2014 chez Verily, société sœur de Google dédiée aux sciences de la vie, comme lead software, avant devenir en 2022 engineering director puis directrice de la recherche en IA chez Google Deepmind. Revenue à Paris après 20 ans en Californie, elle supervise les équipes de la région Europe-Afrique-Moyen-Orient dédiées à la recherche fondamentale, ainsi que les équipes globales de Google dédiées à l’application de l’IA à la biologie.

Joëlle a reçu en 2019 le Prix Pierre Faurre, prix décerné en souvenir du major de la 60, qui était membre de l’Académie des Sciences et Président du Conseil d’administration de l’École, mort prématurément en 2001. Elle fait partie des Friends of Ecole polytechnique et a été élue en 2020 au conseil d’administration de l’AX.

  • Paul Benoit (X 95), carnotiste
Paul Benoit

Fils de Jean-Louis Benoit, informaticien (X 64) et d’une mère japonaise, Paul fait sa prépa au Lycée Carnot (tiens-tiens…) et entre à l’X en 1995 et continue en 1998 à l’Ecole des Télécom. Il passe 2 ans chez Stockho comme directeur de projets puis 7 ans à la Société Générale comme ingénieur R&D. Il saute le pas en 2010 en fondant avec Miroslav Sviezeny la société Qarnot computing dont il est président.

Baptisé en hommage à Sadi Carnot (X 1812), père du second principe de la thermodynamique, Qarnot propose de la puissance de calcul haute-performance bas carbone et souveraine en s’appuyant essentiellement sur la valorisation de la chaleur fatale informatique et sur une approche distribuée, en déployant principalement ses serveurs dans des bâtiments existants capables de valoriser la chaleur dégagée par les ordinateurs. Dans cette optique, Qarnot a développé un radiateur-ordinateur (QH.1) et une chaudière numérique (QB.1) qui embarquent des processeurs informatiques comme sources de chaleur. Parmi ses récents succès commerciaux, on peut noter que Qarnot a été choisi par IMG pour le rendu du film d’animation Les Minions 2 , ainsi que par Natixis pour ses besoins de calculs en position de risques, sur les sujets de performances, de sécurité et de coût et a conclu en Finlande un gros marché d’infrastructure au sein d’un réseau de chaleur…

Qarnot vient de faire une levée de fonds de 35 M€ pour déployer ses data centers nouvelle génération et pour doubler son chiffre d’affaires et recruter 50 salariés.

Marié et père de 4 enfants, Paul a été champion du pôle Systematic de la région Ile de France en 2021 et fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin 2023. Bravo Paul !

  • Isabelle Braun-Lemaire (X 90), douanière
Isabelle Braun

Née à Aix en Provence, Isabelle entre à l’X en 1990. Elle fait ensuite l’Ensae et un DEA d’analyse macro-économique à l’Ehess. Elle passe 6 ans à l’INSEE (1997-2001) où elle s’occupe notamment des comptes nationaux trimestriels, puis 8 ans à la direction générale des finances publiques (2001-09), en charge du programme Copernic (Programme de modernisation du SI fiscal autour du « compte fiscal » du contribuable). Elle passe ensuite 4 ans au ministère du travail (2009-12), en charge du financement et de la modernisation de la formation professionnelle (vaste programme !), Après 2 ans (2012-15) au CISIRH (Centre Interministériel de Services Informatiques relatifs aux Ressources Humaines), en charge de feu l’ONP (Opérateur National de Paie des fonctionnaires), elle entre au ministère des finances comme directrice des ressources humaines (2015-17) puis secrétaire générale (2017-19) avant d’être nommée directrice générale des douanes et droits indirects en août 2019.

Isabelle explique les objectifs des Douanes en matière de Mixité, diversité et jeunesse dans la Jaune et la Rouge de décembre 2021. On compte sur elle pour que ce qu’elle appelle l’administration de la frontière et de la marchandise empêche un peu mieux les personnes et les produits indésirables de s’introduire dans l’hexagone. Vaste programme !!

  • Paul Josse (X 43), santon
Paul Josse

Paul est né en 1924 à Paris, de Pierre Josse, président de section au Conseil d’Etat. Après des études aux lycées Rollin (Paris) et Blaise Pascal (Clermont-Ferrand), Paul entre à l’X en 1943, dans la même promo que Saint-Gil ou JJSS (portraits à venir) ou l’Amiral Bloch (notre lettre 19). Sorti dans ce qui était alors les Ponts colo, il est détaché en 1950 aux Chemins de fer de la France d’outre-mer et dirige le Chemin de fer Dakar-Niger jusqu’en 1959, ce qui lui permet d’affirmer que les Français n’ont pas à rougir de l’œuvre accomplie en Afrique, au contraire. Il quitte l’Afrique en 1959 pour être nommé ingénieur en chef des Ponts à Saintes jusqu’en 1964 avant de devenir adjoint du directeur des transports terrestres (1964-68), ce qui le conduira à travailler avec moi à la RCB (rationalisation des choix budgétaires).

Paul a aussi enseigné à l’Ecole des Ponts (il a écrit un manuel d’économie des transports) et a occupé d’éminentes fonctions administratives, dont la direction du Syndicat des transports parisiens, devenu STIF puis IdF Mobilité, entre 1971 et 1982 (il est le père de la carte orange, devenue pass Navigo).

S’intéressant aussi à la politique, il est élu conseiller municipal de Buc en 1965 puis maire de Saintes (1971-77), intermède de droite entre deux longs règnes socialistes. A ce titre, il lance la restauration des quartiers anciens et de l’Abbaye aux Dames et se bat avec succès pour que l’autoroute A10 Paris-Bordeaux (l’Aquitaine) passe par Saintes et y ait un échangeur.

Ingénieur général des Ponts et Chaussées, commandeur de la Légion d’honneur et du Mérite et officier du Mérite agricole, Paul avait épousé en 1948 Janine Bouffandeau, saintaise, qui lui a donné 4 enfants : Catherine, François, Isabelle et Philippe, conseiller d’Etat.

Paul est mort en juin 2018 à Saintes où un grand hommage lui a été rendu à l’Abbaye aux Dames où se tient chaque année un magnifique festival de musique classique. Une grande artère est-ouest, l’avenue de Saintonge, a été rebaptisée avenue Paul Josse.

  • Vincent Levita (X 86), investisseur
Vincent Levita

Vincent entre à l’X en 1986 et en sort administrateur de l’Insee. Il passe 13 ans chez Corporate Value Associates puis 3 ans chez Axa comme directeur de la stratégie et de l’innovation puis de l’infrastructure. Il crée en 2008 Infravia Capital Partners, pour investir dans les infrastructures avant de s’étendre en 2018 aux entreprises de la tech puis aux métaux critiques avec la création d’un nouveau fonds de 2 G€.

Vincent ajoute aujourd’hui une quatrième corde à son arc en achetant Oreima, une société qui gère 2 G€ d’immeubles de qualité, principalement à Paris. Etant moi-même fondateur d’une société d’investissement immobilier, aujourd’hui vendue à des Chinois, je suis admiratif du parcours de Vincent et je pense, comme lui, qu’il n’est pas idiot d’acheter maintenant, alors qu’on est plutôt en bas de cycle. Ne disait-on pas naguère qu’il fallait acheter au son du canon et vendre au son du violon ? Vincent nous dit : j’aime quand un plan se déroule sans accroc. C’est ce que nous lui souhaitons !

  • Isabelle Panet (X 97), géographe
Isabelle Panet

Née en 1977 à Villeneuve d’Ascq d’un ingénieur et d’une enseignante, Isabelle fait ses études au lycée François 1er de Fontainebleau puis au lycée Saint-Louis. Elle entre à l’X en 1997 puis intègre l’IGN où elle se spécialise en géodésie et géophysique interne. Elle soutient en 2005 une thèse de doctorat à l’Institut de Physique du Globe, suivie d’un post-doctorat au Geographical Survey Institute of Japan de 2006 à 2008, ce qui lui vaut le Prix de thèse du Comité National Français de Géodésie et Géophysique et le Best Student Paper Award du Geophysical Journal International en 2007.

Elle entre en 2008 au Laboratoire de Recherche en Géodésie de l’IGN, puis dans l’équipe de Géodésie de l’Institut de Physique du Globe qu’elle dirige depuis 2019. Son travail porte sur l’exploitation des observations de gravimétrie satellitaire pour détecter les signatures gravitationnelles des redistributions de masses en profondeur à l’intérieur de la Terre, souvent inaccessibles par d’autres méthodes géophysiques. Elle caractérise ainsi de manière originale des processus dynamiques liés au cycle sismique et à la convection mantellique.

Isabelle vient de recevoir le grand prix scientifique Del Duca (275.000 €) pour ses travaux sur les variations du champ de gravité autour de la ceinture de feu du Pacifique et l’identification de signaux associés à des mouvements profonds susceptibles d’impacter la sismicité des zones de subduction. Ses méthodes d’analyse ont ainsi permis de mettre en évidence des variations de gravité d’origine profonde dans les mois précédant le séisme du 11 mars 2011 au Japon (Mw 9.0) et le séisme du 27 février 2010 au Chili (Mw 8.8). Nous lui adressons toutes nos félicitations.

  • Alexandre Tisserant (X 99), kinéiste
Alexandre Tisserant

Né à Nancy, Alexandre passe sa jeunesse près d’Annecy. Entré à l’X en 1999, il en sort dans les Télécom, absorbées depuis lors par le Corps des mines. Après 2 ans à l’école des Télécom, il passe quelques mois au service informatique de l’Institut Pasteur puis 3 ans au service du premier ministre chargé de développer mon.Service-Public.fr, 4 ans à la direction du budget entre 2007 et 2014, entrecoupés par 2 ans chez Always Innovation à San Francisco (2009-11), 1 an à la direction financière de la Mairie de Paris (oui, il y en a une !) et 2 ans au cabinet d’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au numérique (2015-17).

Passant dans le privé, il entre en 2017 chez CLS Group (Collecte Localisation Satellites), filiale du CNES à Toulouse, afin de lancer le projet Kinéis, dont l’objet est le développement et le lancement de 25 nanosatellites dédiés à la connectivité spatiale de l’internet des objets, qui pourront servir aussi bien à suivre les animaux sauvages qu’à surveiller les zones de pêche. Nommé président de Kinéis, Alexandre a levé à cet effet 100 M€ en 2020.

Joueur de jazz à ses moments perdus, Alexandre fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Chapeau Alexandre !

  • Thomas Ybert (X 02), bioimprimeur
Thomas Ybert et son imprimante à ADN ERIC PIERMONT AFP

Entré à l’X en 2002, Thomas fait ensuite Agro dont il sort en 2007 avec un diplôme de biologie moléculaire. Il fait ensuite un Phd à l’X puis passe 4 ans comme doctorant chez Sanofi Aventis puis encore 4 ans chez Total dans la branche de biotechnologie, avant de sauter le pas en 2014 en co-fondant DNA Script avec Sylvain Gariel et Xavier Godron, ses collègues de chez Total, pour relever ce qu’il considère comme l’un des défis majeurs des sciences de la vie : pouvoir écrire de l’ADN aussi vite et aussi simplement que de le lire, un marché qu’il estime à plusieurs G$ d’ici quelques années, notamment pour tester de nouvelles thérapies. Son arme secrète : SYNTAX, la première imprimante ADN alimentée par technologie enzymatique, destinée à remplacer la synthèse chimique de papa, lente et risquée.

Après une levée de fonds de 35 M€ en 2019, il a quadruplé la mise en levant 140 M$ en 2021 auprès de grands investisseurs français, dont la PBI, et américains, dont Fidelity, afin de pouvoir rapidement mettre son imprimante sur le marché.

Thomas est le dernier nominé de la présente lettre (par ordre alphabétique) au Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin.

Actualité

  • Stéphane Berrebi (X 76), suite à sa recension de «Partir en croisade » dans la Jaune et la Rouge de juin-juillet,me raconte sa vie dans une longue lettre et m’écrit : «… je viens de sortir sur Amazon 3 petits livres : Nato Mori, poèmes ; Le Kikivalirsa, essai pataphysique drôle, sous-titré simulationnisme et aliénitude du singlevers au patavers ! et “Management Consulting in the Multiverse” : recueil culte de conseil en management et  investissement à l’intention des civilisations très avancées du multivers (K3) (en anglais). Le second sera lu avec intérêt par les avocats des rares voyous des banlieues qui n’ont pas réussi à échapper à la police. Il y explique que le principe d’Heisenberg interdit de prouver que son client était présent dans le magasin Nike au moment de son pillage !
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  • Laurent-Billès-Garabédian (X 83),ancien président de l’AX,a été renouvelé dans ses fonctions d’administrateur de la Maison des X lors de l’assemblée générale tenue le 28 juin. Celle-ci a également décidé le paiement d’un dividende de 7,95 € à chacune des 8.800 actions. Incidemment, l’AX, qui détient 6.711 actions, achète à 454 € les actions des petits porteurs, ce qui valorise la société à 4 M€. Celle-ci ayant environ 3 M€ de dettes, cela fait, sauf erreur, une valorisation de 7 M€ pour l’immeuble du 7 rue de Poitiers, soit environ 2000 €/m2. Je serais donc prêt à proposer un peu plus que 454 € s’il y a des vendeurs. Je suis en effet prêt à parier qu’un président de l’AX visionnaire suivra un jour la proposition figurant dans mon programme électoral de remplacer la rue de Poitiers, magnifique mais inadaptée, par une GMX (Grande Maison des X) avec tous les services que les Anciens d’une grande école qui se respecte sont en droit de trouver (salles de réunion, bibliothèque, salle de sport, piscine, chambres, restaurant, bureaux de passage…), pourquoi pas sur la Montagne Sainte-Geneviève ?  Le projet, controversé par certains, de création d’un auditorium à la place de la Boite à claque est-il une étape vers sa reconquête ? Ce serait une revanche de la bataille homérique perdue par le groupe GXM en 1976 contre le déménagement de l’X à Palaiseau avec armes et bagages, à l’exception du monument aux morts !
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  • Elisabeth Borne (X 81), première ministre depuis le16 mai 2022, qui avait dépassé la borne d’Edith Cresson en passant une année entière à Matignon (Edith Cresson n’y a passé que 10 mois et demi), vient de franchir une autre borne : elle a tenu le coup plus de 100 jours face à des ennemis plus agressifs que les Européens coalisés contre Napoléon en 1815…
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  • Fabrice Brégier (X 80), ancien directeur exécutif d’Airbus, est nommé président non exécutif de la SCOR, en remplacement de Denis Kessler, son irremplaçable président, décédé le 9 juin 2023.
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  • Bertrand Meunier (X 77), pdg d’Atos depuis 2019, a sauvé sa peau lors de l’AG du 28 juin 2023, avec le rejet des 4 résolutions de Sycomore, actionnaire activiste, tendant à le renverser.
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  • Elon Musk (pas X, mais assez eXtraordinaire quand même), qui a créé Tesla et Space X et vient de racheter Twitter pour 44 G$, va le relancer en le rebaptisant X, tout simplement. J’espère que la marque est déposée par l’Ecole et que nous allons pouvoir délester Elon de quelques millions…

Courrier des lecteurs

  • Bonjour, cher Monsieur, Je suis très touché de votre message (et j’ai dans ma bibliothèque « la vérité des prix », que j’ai lu en son temps avec grand intérêt !). La biographie de mon père est très bien… Philippe Josse, Conseiller d’Etat
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  • Dans cette séquence de Culture Bus sur la ligne de bus 91.10, le musée de l’X (mus’X) passe en premier (de 0’23 à 1’27) :  https://www.youtube.com/watch?v=43PZEwAp1W4. Philippe Moiroud (X 81), Président de la SABIX
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  • Cher Hubert, merci d’avoir signalé le livre exceptionnel de Sébastien Bohler. Je viens de le terminer, et je découvre mille applications de ces concepts, en particulier dans le comportement quotidien de nos congénères. J’enquiquine ma famille à longueur de journée en citant à toute occasion des passages éclairants sur notre comportement et l’influence du striatum. On devrait recommander ce texte à tous nos homme publics, tous nos yaquafaucon qui découvriraient l’insondable vacuité de leurs affirmations « de bon sens ». Bonne continuation à ton œuvre salutaire, Rolland Russier (X 67).
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bon été !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur d’Amusix

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #20

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Bohler à Verdet, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes ou vieux, vivants ou morts, réels ou adoptés, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Sébastien Bohler (X 92), neurobiologiste
Sébastien Bohler

Né en 1970 à Strasbourg, dans une famille de l’Est de la France, Sébastien fait ses études à l’école Européenne de Luxembourg puis au Lycée Kléber de Strasbourg. Il entre à l’X en 92 et passe ensuite un DEA de pharmacologie moléculaire et cellulaire puis une thèse de neurobiologie moléculaire sur le fonctionnement des récepteurs neuronaux impliqués dans la dépendance à la nicotine. Il entre en 2001 comme journaliste au magazine Pour la science et participe à la création de la revue Cerveau & Psycho en 2002. Il collabore à Arrêt sur Images sur FR5 avec Daniel Schneidermann, à la Tête au carré sur France Inter et à 28 minutes sur Arte, puis à l’émission Grand bien vous fasse sur France Inter. 

Conseiller scientifique de l’association Origins créée en 2013 pour réfléchir sur les origines de l’univers, de la vie et de la conscience, Sébastien donne de nombreuses conférences sur la manipulation mentale, le transhumanisme, la fabrication des souvenirs ou les failles cognitives et comportementales à l’origine de la crise climatique planétaire du XXIe siècle.

Enfin, il est un écrivain prolifique. On lui doit une vingtaine d’ouvrages depuis La Chimie de nos émotions (2007) jusqu’à Human Psycho (2022) en passant par Sexe et cerveau (2009), Neuroland (2015) ou Le bug humain (2019). Ce dernier livre, qui a reçu le Grand Prix du Livre sur le Cerveau en 2020, décerné par la Société française de neurologie, analyse la crise écologique massive générée par l’humanité au travers du prisme des neurosciences. Très critiqué par Le Monde et par Mediapart – naturellement, car non politiquement correct – ce livre qui a inspiré Un monde sans fin, BD de Jean-Marc Jancovici (X 81, notre lettre de mars 2022), devrait être lu par tous ceux qui déplorent la destruction programmée de la planète sans essayer de s’attaquer à sa principale cause : l’expansion inconsidérée de l’espèce humaine.

  • Jacques Lesourne (X 48), économiste
Jacques Lesourne CB News

Fils d’officier, né en 1928 à La Rochelle, Jacques Lesourne entre en 1948 à l’X après des études au Lycée Montaigne à Bordeaux. Sorti major dans le Corps des mines, il suit les cours du professeur Allais à l’Ecole des mines de Paris et entre aux Charbonnages de France où il passe un an comme ingénieur du fond avant de partir aux USA pour un an en 1957 grâce à une bourse de la Fondation Rockefeller. A son retour, il devient chef du service économique des Charbonnages et professeur d’économie à l’Ecole des mines de Saint-Etienne et publie Technique économique et gestion industrielle (Dunod, 1958). Préfacé par Maurice Allais, ce pavé de 620 pages deviendra la bible d’une génération d’ingénieurs-économistes, dont votre serviteur. Il crée en 1958 avec Marcel Loichot (X 38) et Robert Lattès la SMA (Société de Mathématiques appliquées), devenue rapidement SEMA par adjonction du E pour Economie, puis Sema-Metra, dont Paribas prend le contrôle en 1972 et qu’il dirige jusqu’en 1975, passant alors la main à Jean Saint-Geours. La Sema qui avait à l’époque plus de 30.000 employés, a aujourd’hui disparu, après avoir sa fusion en 1988 avec Cap, son achat en 2001 par Schlumberger et son absorption en 2004 par Atos.

S’orientant alors vers la recherche et l’enseignement, Jacques devient directeur du projet Interfuturs à l’OCDE dont il tirera Les mille sentiers de l’avenir (Seghers 1981). Il sera aussi professeur d’Économie et Statistique industrielles au CNAM pendant 25 ans, de 1974 à 1998, directeur d’enseignement à l’éphémère Institut Auguste Comte et président de l’Association française de science économique. Pour la petite histoire, il avait accepté de présider le groupe X Démographie que j’ai créé en 1995 mais avait renoncé à prendre ses fonctions suite à ce que nous avions considéré comme une tentative de putsch d’extrême droite. Longtemps dirigé par Christian Marchal (X 58) et dernièrement par Jean-Claude Prager (X 64), ce groupe essentiel est hélas en état de mort cérébrale. Y aura-t-il un candidat pour prendre le relais parmi les auteurs des articles du dernier numéro de la Jaune et la Rouge sur la biodiversité ? Mais, comme aurait dit le général de Gaulle à propos des chercheurs, des observateurs qui alertent sur la biodiversité en péril, on en trouve, mais des réalistes qui dénoncent les dégâts causés par l’explosion démographique humaine, on en cherche !

Poussé par Alain Minc, président du conseil de surveillance de la SA Le Monde, qui cherchait depuis un an un successeur à André Fontaine, Lesourne accepte de diriger Le Monde en 1991, à une époque où ce journal pouvait encore prétendre avoir le statut de quotidien de référence. Excédé par des manoeuvres hostiles, il en démissionne en 1994 pour être remplacé par Jean-Marie Colombani. C’est un euphémisme de dire que cette période de sa carrière n’est pas celle qui lui laisse les meilleurs souvenirs.

Mort en 2020, Jacques était marié et père de 4 enfants. Il avait écrit une trentaine de livres sur l’économie, l’éducation et la prospective, dont les deux livres mentionnés plus haut. Il était commandeur de la Légion d’honneur. Denis Randet (X 59) et Richard Armand (X 57) ont écrit sa notice nécrologique dans la Jaune et la Rouge d’avril 2020, complétée par un article de Christian Marbach (X 56) sur ses relations avec l’X, dans le numéro de mai 2020.

  • Arthur Mensch (X 11), intelligent
Guillaume Lample, Arthur Mensch et Timothée Lacroix, cofondateurs de Mistral AI. (c) David Atlan

Arthur entre à l’X en 2011. Il y est Président du Triathlon Caroline Aigle. Il passe ensuite un master en maths, vision et apprentissage en 2015 à l’ENS Paris Saclay, suivi d’un doctorat sur les modèles prédictifs et techniques d’optimisation pour l’analyse des grands jeux de données IRMf en 2018 à l’Inria Saclay. En 2019 il est chercheur invité au Courant Institute of Mathematical Sciences de l’Université de New York et obtient en 2020 sa dernière peau d’âne en post-doctorat sur transport optimal – optimisation stochastique – apprentissage automatique à l’ENS Paris Saclay. Il passe ensuite 3 ans chez Deep Mind, filiale de Google spécialisée dans l’IA avant de se mettre à son compte avec Guillaume Lample (X 11) et Timothée Lacroix, deux anciens de Meta, maison mère de Facebook, afin de créer Mistral AI, une alternative à ChatGPT, pas moins !

Valorisée 240 M€, Mistral AI démarre sur les chapeaux de roue en réalisant une première levée de fonds de 100 M€, avec l’aide du fonds de capital-risque américain Lightspeed Venture avec des Français comme Xavier Niel, Rodolphe Saadé, JC Decaux, la BPI, et des américains comme Eric Schmidt, l’ancien patron de Google. On est encore loin des 10 G$ déjà engloutis par Microsoft dans Open AI mais Mistral AI compte livrer ses premiers modèles de langage en open source dès le début de l’année prochaine ! Bonne chance, cher Arthur, tu es un vrai Mensch !!

  • Matthieu Rouif (X 05), photographe
Matthieu Rouif

Après une prépa à Ste Geneviève à Versailles, Matthieu entre à l’X en 2005 et y perfectionne ses aptitudes de commando parachutiste. Il passe un stage de recherche en matériaux en 2008 à l’Université de Rio puis parfait sa formation avec un Master of Science de Stanford complété par une formation intensive d’entrepreneuriat à la Stanford Business school en 2009. Muni, de toutes ces peaux d’âne, il se jette à l’eau et crée As-App qui développe avec succès une trentaine d’applis pour iPhone, dont une appli très performante pour stations de ski, tout en travaillant sur le photovoltaïque chez Ineo. Il revend As-App en 2011 pour créer HeyCrowd avant d’entrer en 2014 chez Stupeflix. En 2016, GoPro rachète Stupeflix où il s’occupe des applications d’edition. Il crée en 2019 avec Eliot Andres la société Photoroom, une appli utilisant l’IA générative, utilisée par des dizaines de millions de personnes pour retoucher professionnellement leurs photos sur un simple smartphone.

Matthieu a obtenu une médaille d’argent de LeWeb en 2011, et par deux fois Apple et Google lui ont décerné la récompense de meilleure application de l’année pour PhotoRoom et Replay. Sam Altman, Pdg d’Open AI, fondateur de ChatGpt, de passage à Paris récemment, vient de se déclarer un grand fan de Photoroom, qui est une des start-up lauréates de la première promotion du #FrenchTech2030.  Bravo Matthieu ! 

  • Cyril Rousseau (X 96), trésorier
Cyril Rousseau

Sorti de l’X dans l’Armement, Cyril fait l’ENSTA dont il sort en 2001 à la Délégation générale pour l’armement. Il passe en 2004 au service des affaires internationales de la Direction générale du Trésor et devient en 2006 responsable des opérations de marché à l’Agence France Trésor jusqu’en 2009. Chef du bureau de l’aide au développement et des institutions multilatérales de développement de 2009 à 2011, il rejoint ensuite l’Ambassade de France à Pékin comme conseiller économique et financier. En 2014, il devient directeur délégué du service à compétence nationale nouvellement créé pour soutenir les collectivités locales françaises exposées aux emprunts à risque. De retour à la Direction générale du Trésor en novembre 2015, il occupe successivement les fonctions de sous-directeur des affaires financières multilatérales et du développement et à ce titre vice-président du Club de Paris et membre des conseils d’administration de la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest et du Fonds Vert pour le Climat. Il est nommé directeur général adjoint de l’Agence France Trésor en février 2020 et dg en août 2021.

Si les taux de la dette française montent inexorablement, ce n’est pas la faute à Fitch qui a dégradé notre note à AA-, ni à Voltaire, c’est la faute à Rousseau (Jean-Jacques, pas Sandrine !).

  • Alix Verdet (X d’honneur), journaliste

Après Gustave Eiffel, qui affiche des X sur la tour éponyme, Patrice Holiner, qui les fait chanter dans les églises et Pierre Laszlo qui les décrit d’une plume alerte, notre comité éditorial vient de nommer à l’unanimité polytechnicienne d’honneur Alix Verdet qui les fait défiler d’une main de maître. Jugez-en !

Alix interroge Antoine Compagnon sous l’oeil narquois de Jérôme Bastianelli

Née en 1978 à Moissac d’un père ingénieur agronome et d’une mère HECJF qui lui ont donné un prénom prédestiné, Alix a succédé en 2022 à Robert Ranquet (X 72) comme rédactrice en chef de la Jaune et la Rouge depuis 2022 après avoir fait ses preuves comme rédactrice en chef adjointe depuis 2017. Elle a été en khâgne au Lycée Pierre de Fermat (1996-97), obtenu une licence en lettres modernes à Toulouse II ((1999), suivie d’une maitrise à la Sorbonne (2000), enseigné le français à Meaux (2013-15) et a été journaliste à l’AFCP (2015-17). Outre des qualités professionnelles indéniables, qu’elle a approfondies au CFPJ en 2018, elle a hérité d’un nom patronymique neutre, Verdet, car Jaunet ou Rouget auraient trop marqué une préférence inappropriée à sa haute fonction et Alix de Stercarva était déjà pris du côté de Guermantes…

Après avoir publié un numéro dédié à Proust et les polytechniciens (N° 785, mai 2023), Alix a réussi le tour de force d’en faire défiler les dix auteurs depuis Jérôme Bastianelli (X 90, patron du musée du quai Branly et président des amis de Proust, notre lettre de décembre 2022) jusqu’à Yohan Boulard (X 19) en passant par Antoine Compagnon (X 70, académicien, auteur de Proust du côté juif, notre lettre de mars 2022) et François Mayer (X 45, trompettiste aux Dixieland Seniors, auteur de La digue de sable, qui devrait avoir le prix Goncourt, notre lettre d’août 2022) et bien d’autres. Ce défilé s’est tenu dans un lieu approprié, l’hôtel Le Swann, 15 rue de Constantinople, un lieu éminemment proustien. La maitresse de cérémonie y arborait une tenue qui ne serait pas passée inaperçue chez Madame Verdurin !

Un dernier mot pour ceux qui me soupçonneraient de flagornerie, sachant que je fais des pieds et des mains depuis plus d’un an pour que mes portraits soient publiés dans la Jaune et la Rouge : je crois savoir qu’ils vont l’être enfin, dès cet automne !

Actualités

–        Le prix Maurice Allais (X 31), prix de science économique créé en 2013 par sa fille Christine en hommage à son père, prix Nobel d’Economie 1988, a été décerné le 2 juin dans l’espace Maurice Allais de l’Ecole des Mines de Paris par un jury présidé par le professeur Bertrand Munier à Odran Bonnet (M 11), Guillaume Chapelle, Alain Trannoy et Etienne Wasmer pour un article intitulé « Land is back, it should be taxed, it can be taxed » (European economic review, 2021).

Les lauréats et le jury du Prix Maurice Allais 2023

L’intention des auteurs, reprenant une idée chère à Allais, est de remplacer des taxes existantes par une taxe sur la valeur des terres. On sait hélas qu’en France tout nouvel impôt ne remplace pas les impôts existants mais s’y ajoute…

 

–        Jacques Attali (X 63) sort son 82ème livre : Le monde, mode d’emploi.

Sous-titré Comprendre, prévoir, agir, protéger, il nous explique en préambule : « J’ai rassemblé ici, aussi clairement que possible, sans langue de bois et sans rien cacher des enjeux, tout ce que chacun devrait savoir sur la marche du monde et son avenir. Tout. Des mécanismes du pouvoir aux enjeux de la science. De l’histoire à la technologie. De la finance à la politique. De la géopolitique à l’écologie. De la culture à l’éthique. Des luttes sociales aux combats des femmes et des minorités… Flammarion, mai 2023, 304 p.

Patrice Holiner dirige le te Deum de Charpentier à St Germain des Prés
Valéry Giscard d’Estaing
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  • Valéry Giscard d’Estaing (X 45) donne son nom à la partie du quai Anatole France qui longe le musée d’Orsay, non loin du quai Conti où, ayant voulu être Flaubert ou Maupassant, il avait été élu en 2003 au seizième fauteuil à la place de Léopold Sedar Senghor, avec 16 voix de plus que Balzac !
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  • Patrice Holiner (X X, notre lettre d’octobre) a dirigé avec maestria le 10 juin un concert de l’Orchestre Via Luce et l’Ensemble vocal de l’X dans le Te deum de Charpentier et le Gloria de Vivaldi dans l’abbaye de Saint Germain des Prés. Toutes nos félicitations aux 5 solistes, aux 18 instrumentistes et aux quelques 50 choristes dont nombre de jeunes camarades et à Patrice Holiner, qui a bien mérité son diplôme de polytechnicien d’honneur bien qu’il ait dû renoncer in extremis, sous la pression de je ne sais quel groupe de pression, à entonner la traditionnelle Marseillaise à l’issue du concert. J’ose espérer qu’il ne s’agit pas de ce que Le Monde Campus, (30 mai 2023) désigne par « mal-être des élèves étrangers » ?
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  • Jean-Marc Jancovici (X 81, notre lettre de mars 2022), grand écologiste devant l’Eternel, auteur de Un monde sans fin, BD dont les ventes talonnent celles de Harry Potter voire de la Bible, n’hésite pas à enfoncer le clou dans la plaie en proposant que les habitants des pays développés ne soient autorisés qu’à faire 4 voyages en avion dans leur vie. En quelque sorte, en détournant l’objurgation faussement attribuée à Raymond Cartier, qu’ils aillent plutôt en Corrèze qu’au Zambèze. Adepte du calcul coût-avantages, que j’ai professé naguère, il propose aussi que les décisions soient prises en fonction de leur rentabilité écologique. Il propose ainsi que les vieux soient moins bien soignés que les jeunes, ce que Luc Ferry, qui est quelquefois mieux inspiré, n’hésite pas à qualifier de nazisme, alors que tout le monde sait que l’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé est l’un des critères de choix des traitements lourds dans tous les pays développés, France compris. C’est un rescapé tant du nazisme que d’un lymphome qui le dit !
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  • Marwan Lahoud (X 83), président de l’AX depuis 2019, a fait ses adieux lors de l’assemblée générale de l’AX tenue le 19 juin dans une salle clairsemée de la Maison des X plus 27 en ligne. Outre les résolutions classiques, largement adoptées, l’assemblée a procédé à un sacré rajeunissement en élisant 4 X du 3ème millénaire : Antoine Huard (X 07), Alice Albizzati (X 06), Mathieu Audouy (X 21) et Anne-Laure de Chammard (X 02), tous proposés par le comité de recrutement, et a approuvé la création de 3 nouveaux groupes X, dont le Groupe X actifs de Provence, brillant oxymore, ou le Groupe X féministes d’Afrique noire, théoriquement ouvert aux mâles blancs… J’ai proposé aux 5 battus, Pierre Couveinhes (X 70), qui avait pourtant eu l’onction du comité de recrutement, Marie-Louise Tronc (X 74), Tru Do-Khac (X 79), Patricia Langrand (X 83) et Franck Poirrier (X 79),de créer le Groupe X Refusés, dont je serais naturellement membre de droit vu mes antécédents !
Marwan Lahoud avec son cadeau de départ
Loic Rocard

Réuni le lendemain, le conseil a élu Loïc Rocard (X 91) à sa présidence. J’espère que ce brillant fils de Michel Rocard veillera à la suppression de ce décalage temporel qui date de l’époque des diligences, quand il fallait plusieurs jours pour dépouiller les votes. L’assemblée d’HEC, qui s’est tenue quelques jours avant celle de l’AX, devant plusieurs centaines d’alumni, dont moi, a résolu élégamment cette question en prévoyant une césure de quelques minutes au milieu de l’AG pour permettre au conseil nouvellement élu de choisir son président. J’espère aussi qu’il relancera les grands magnans, que j’avais lancés en 2013 et qui sont tombés en désuétude quelques années après avoir été pris en charge par l’AX, et je l’autorise à mettre en œuvre les autres mesures qui figuraient dans mon programme électoral 🙂

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  • Henri Poincaré (X 1873) et l’École polytechnique : du serpent major à Point K – Henri Poincaré entrait à l’X il y a 150 ans, le 2 novembre 1873. Cette grande figure de la science déborde tout projet d’exposition tant par l’ampleur de son œuvre que par la multiplicité de ses implications sur les scènes scientifiques, le monde technique, le champ philosophique ou la sphère publique. Mais elle permet aussi de porter un regard original sur une École polytechnique alors en pleine évolution : si Poincaré a souvent été célébré comme un savant universel, c’est sous l’angle particulier de sa relation avec son école que l’envisage cette exposition que vous pouvez voir au Mus’X du lundi au vendredi de 9 h à 17 h (et le samedi pour les groupes, sur inscription). Parmi les nombreux trésors exposés, vous pouvez voir ses notes dithyrambiques, sauf en lavis, les vains efforts de Gnouf pour le convaincre d’y aller, son buste par Joseph Cartier, sa silhouette sur la Fée électricité de Dufy, ses nombreuses  démonstrations, dont celle de l’innocence de Dreyfus ou son uniforme d’académicien, qui montre que ce n’est pas lui qui a démontré l’égalité tgX=0 mais Antoine Compagnon (X 70, notre lettre de mai). Cliquez ici pour plus de détails.

Courrier des lecteurs

  • Cher Hubert, je ne manque jamais de lire tes portraits de polytechniciens Xtraordinaires et te remercie pour ce travail de mémoire. Je me permets de suggérer de t’intéresser à Jean-Pierre Brulé (X 50) qui a une page sur Wikipédia. Je ne l’ai pas connu personnellement, mais je suis passé par la division militaire d’IBM qu’il a créée. Amicalement.  Hubert Jacquet (64). Bien noté, merci. HLL.
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  • René Bloch (43), que j’ai à peine connu au Centre d’essais des Landes et bien mieux plus tard quand j’étais conseiller industriel du ministre et lui conseiller du président de General Electric, était Ingénieur général du génie maritime. Au moment de la fusion des corps militaires en corps des ingénieurs de l’armement, il a refusé d’enlever une rangée de boutons à sa vareuse d’où son surnom l’amiral. Après un accident survenu à un missile M4, où les équipes qui sont devenues les miennes quelques années plus tard avaient une responsabilité certaine, Collet-Billon père, théoriquement directeur central de Bloch, envoie une mission d’inspection. Le « roi René » Bloch a interdit l’accès du PC champ de tir aux inspecteurs, tout en les traitant : séjour à la résidence des Écureuils, repas pantagruéliques, réunions de travail avec lui seul. Le rapport d’inspection se concluait : « l’IGA Bloch considère que si sanction il devait y avoir, ce serait lui qui devrait être sanctionné ». Il a été quitte avec une bonne engueulade de son ancien camarade Collet-Billon (X41) également ancien des FFL. Il est vrai que l’IGA Bloch connaît bien les sanctions militaires aveugles. Alors qu’il était le second de Bonte à la Direction des affaires internationales du Ministère des armées, s’apprêtant à prendre la succession de son chef appelé à devenir directeur des constructions aéronautiques, l’affaire des vedettes de Cherbourg les a fait évincer tous les deux. Bonte n’a plus eu que des postes de second rang et Bloch a été exilé à Biscarrosse. Ce fut la meilleure nouvelle jamais arrivée au Centre d’Essais des Landes où j’ai eu l’honneur de commencer ma carrière. Marwan Lahoud (84).
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  • Merci beaucoup pour ce portrait. Pour l’activité média chez Orange que j’ai créée et dirigée pendant 6 ans, avec mes équipes nous avons réalisé plusieurs premières mondiales dont le premier service de télévision de rattrapage sur tous les écrans y compris mobiles et surtout le premier service au monde de Vidéo à la demande à l’abonnement (SVOD) : un Netflix européen avant que Netflix existe… Mille mercis pour ton soutien. Patricia Langrand (83). Bravo pour ta candidature. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre… HLL
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  • Merci cher Hubert ! J’aime beaucoup ces envois où tu nous racontes la vie des X qui le « valent bien » pour m’exprimer comme l’une de nos grandes firmes. J’ai bien ri quand tu as écrit sur Mme Langrand à qui on a préféré « une simple centralienne » pour diriger France Télévisions 🤗. Je ne me lasse pas de lire ta prose ! M-P. Samitier (Fr 2).
  • De manière totalement partiale, mais j’espère, utile, je te signale le parcours de ma femme : Isabelle Mordant, qui mériterait d’apparaître dans ton blog de polytechniciens extraordinaires. Xette 92, elle a dû se dévouer à l’éducation puis l’accompagnement de nos 2 fils et surtout du premier Thomas : atteint d’une maladie génétique rare, ne pouvant ni écrire, ni tenir assis, il a réussi à faire une scolarité de premier plan : bac mention très bien avec 3 ans d’avance, entrée à l’ENS Ulm, concours mathématique. Thomas vient de soutenir sa thèse en géométrie algébrique à Orsay, à 24 ans. Ce parcours exceptionnel a malheureusement été jonché de multiples obstacles, surmontés avec pugnacité et conviction. Isabelle est aussi auteur de l’ouvrage Mystère de la Fragilité, aux éditions du Seuil, qui a reçu le prix Montyon de l’Académie Française. Au-delà du témoignage, ce livre appelle à une évolution du regard de la société sur la différence et à la reconnaissance de la valeur de toute vie. Pour mémoire, notre second est X2018 ! Bien cordialement.  Paul Mordant, X92. C’est fait ! HLL.
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Dernière heure

A peine son successeur Loïc Rocard (X 91) nommé à la tête de l’AX, Marwan Lahoud (X 83) a démissionné de ses fonctions de membre du conseil d’administration de l’AX et en a été nommé président d’honneur, conformément aux usages.

Pierre Couveinhes

De ce fait, Pierre Couveinhes (X 70), premier refusé, a démissionné du groupe X refusés auquel il venait d’être inscrit d’office, pour prendre la place que Marwan venait de libérer.

Je m’étais demandé, comme beaucoup d’entre vous, pourquoi le comité de recrutement avait choisi 5 candidats alors qu’il n’y avait que 4 postes à pourvoir. Voilà l’explication : c’était un coup monté, le comité savait que Marwan allait démissionner !

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Démographie

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #19

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • René Bloch (X 43), amiral

Né à Francfort en 1923 de David Bloch, industriel juif alsacien et de Irma Benjamin, petit-fils du rabbin de Saverne, René Bloch fait ses études à Strasbourg, Paris, Limoges et Alger où sa famille s’est réfugiée au début de la guerre. Il s’engage dans les FFL en 1942, ce qui ne l’empêche pas d’être reçu second au concours de l’X, dont une partie était alors organisée à Alger, dans la promo dite « 43A ». Affecté à l’Ecole des élèves aspirants de Cherchell, il devient officier de la 1re Division de la France libre et prend part à la campagne de Tunisie et d’Italie et au débarquement de Provence à Cavalaire en août 1944. Il n’entre à l’X qu’en septembre 45, avec les promos 42 et 43 A, B et C, comme expliqué par Gérard Brunschwig (X 43) dans la Jaune et la Rouge de septembre 2001.

Sorti de l’X en août 1946 dans le Génie Maritime (GM, devenu Armement), il accumule les peaux d’âne avec une licence de sciences physiques à l’Université de Paris, un master of Art à Harvard en 46, l’Ecole du GM en 47, Supaéro en 48, où il côtoie Serge Dassault (X 46) et le CPA (devenu MBA d’HEC) en 1950, sans parler de l’Advanced management program de Harvard en 68 ! Affecté au Service aéronautique des constructions navales de Toulon en 1952, il s’occupe notamment du développement du Breguet 1150 Atlantic, un grand succès de coopération internationale. Très apprécié par Pierre Messmer, alors ministre des Armées, il devient en 1965 directeur des Affaires internationales puis en 1969 directeur du Centre d’études des Landes, où sont testés les missiles de notre Force de dissuasion, poste qu’il conservera jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 qui le mettra en « disgrâce active ». Il n’aura plus de poste à sa mesure et sera à regret admis à la retraite en 1985. Nommé membre (1987) puis président (1998) de l’Académie de marine, il continuera à œuvrer comme ingénieur conseil pour diverses sociétés. A sa mort en 2016, les honneurs lui sont rendus dans la cour des Invalides avec un vibrant éloge de Jacques Godfrain, président de la Fondation Charles de Gaulle et d’Olivier Dassault, fils de Serge, mort en 2021 dans un accident d’hélicoptère. Emmanuel Hecht, qui vient de lui consacrer une biographie (Perrin, 2023), le qualifie d’ingénieur d’ancien régime ! Il s’était marié à l’âge de 50 ans avec une grande pianiste Lucienne Marino. Il n’avait pas digéré que les ingénieurs du GM deviennent en 1968 ingénieurs de l’Armement et appréciait qu’on continue à l’appeler gentiment Amiral Bloch. Il était Grand officier de la Légion d’honneur et avait reçu de nombreuses décorations étrangères mais la médaille qu’il préférait était Pingouin d’honneur de l’Aéronautique navale !

Alain Crémieux (X 55) lui a consacré une notice dans la Jaune et la Rouge de mars 2017, intitulée la passion de la France. Son successeur à l’Académie de marine, le contre-amiral Jacques Petit a prononcé son éloge funèbre le 18 décembre 2019.

On ne connait pas les liens de René avec son homonyme Albert Bloch, dont il est beaucoup question dans la Recherche, ainsi que dans Proust du côté juif, le dernier livre d’Antoine Compagnon (X 70, cf infra),  ni avec Richard Bloch (X 1872) ou Marcel Bloch (X 1901), deux as de l’aviation dont il parle dans Proust du côté polytechnicien dans la Jaune et la Rouge de mai 2023 (p 32).

  • Gustave Eiffel (X honoris causa)

Gustave Bonickhausen, dit Eiffel, n’est pas polytechnicien mais centralien. Personne n’est parfait ! Mais il a bien mérité de cette confrérie. Jugez-en : il a fait inscrire en lettres d’or sur le bandeau qui court autour du premier étage de la Tour les noms de 72 savants dont 34, soit près de la moitié, seraient sortis de l’X. Si on en enlève les 15 savants nés avant 1775, qui n’ont donc pas pu entrer à l’X, on obtient un ratio de 60 % de polytechniciens. Cet honneur fait à notre école valait bien à Gustave Eiffel d’être nommé X d’honneur, comme l’ont été avant lui Patrice Holiner et Pierre Laszlo.

Les 72 scientifiques de la Tour Eiffel

Ces noms, apparemment classés dans le désordre, sont assez grands pour pouvoir être vus depuis le sol. On ne sait comment Eiffel les a choisis, si ce n’est qu’il n’y a aucune femme, pas même Sophie Germain, et que ce sont uniquement des Français qui ont vécu après la Révolution et qui étaient morts lors de l’inauguration de la Tour, qui célébrait le centenaire de la Révolution, sauf Fizeau et Chevreul, morts peu après. Un autre critère, un peu curieux, est que leur nom ne pouvait faire plus de 12 lettres !

J’offre un exemplaire de Portraits de polytechniciens par Christian Marbach au premier qui me donnera la liste intégrale des 34 X, avec prénom courant et promotion. Mais attention aux pièges : seuls les noms patronymiques sont inscrits sur la Tour et certains prénoms proposés par Wikipedia sont sujets à caution …

Il serait intéressant de savoir si ce travail a été réédité pour le bicentenaire de la Révolution en 1989 ?

  • Nicolas Gaudemet (X 98), iconoclaste
Nicolas Gaudemet

Après le collège Lakanal à Sceaux, puis Louis-le-Grand et Saint-Louis à Paris, Nicolas entre à l’X en 98 et en sort dans le Corps des Ponts – où il suit le MBA de l’Ecole des Ponts Business School. Il complète sa formation à l’Institut Multi-Médias et en IA à Stanford. Il débute sa carrière à la direction du Trésor avant d’être nommé chef de l’audiovisuel public au ministère de la Culture en 2006 puis d’entrer chez Orange où il reste de 2008 à 2017, un record pour ce touche-à-tout ! Il prend en 2017 la tête du pôle Culture de Fnac Darty qu’il quitte en 2018 pour diriger le cabinet de Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’Etat au Numérique. Il rejoint en 2020 Onepointune société de conseil et de technologie créée en 2002 par David Layani, qui vient de le nommer Chief AI Officer, pour accompagner la transformation de l’entreprise et de ses clients dans le domaine de l’intelligence artificielle. 

Nicolas a écrit La fin des idoles, une critique sévère de notre univers médiatique (Ed. Tohu Bohu 2018, prix Jules Renard, 2019, voir la Jaune et la Rouge de juin 2018). Ce roman a été adapté en 2020 en série audio par Nextory. Il a également créé la collection Fidelio chez Plon où il vient de sortir deux opuscules, l’un sur Yukio Mishima et l’autre sur Jim Morrison.

Cliquez ici pour plus de détails sur Nicolas, une véritable idole des médias ! 

  • Patricia Langrand (X83), artiste

Née en 1963 à Marseille de deux professeurs, Patricia Bonnet entre à l’X en 1983. Elle en sort dans les Télécom comme son mari Franck Langrand (X 63) avec lequel elle a un enfant. Elle commence sa carrière chez France Télécom dont elle est directrice du marketing stratégique en 1992. Elle passe en 1996 au ministère des finances comme sous-directeur de l’Électronique grand public, de l’audiovisuel, des réseaux et des télécoms puis pantoufle en 1999 chez Canal+ comme directeur de l’Innovation et directeur technique. Elle revient en 2002 chez Orange comme directrice de cabinet de Thierry Breton puis directrice générale des activités Media. En désaccord avec Didier Lombard (X 62), elle saute à nouveau le pas en 2009 pour devenir vice-présidente exécutive chargée du Business développement, de l’innovation, du marketing et de la communication de Steria.

Patricia Langrand à Art Paris 2023

Patricia quitte Steria en 2015 pour se présenter à la présidence de France Télévision, dont elle était administrateur depuis 2009 mais le CSA lui préfère Delphine Ernotte, une simple centralienne ! Elle se console avec des tas d’activités dont administrateur d’Eurovision Services, Membre du Comité d’Audit des JO de Paris 2024, DG de MMBu et … artiste-peintre ! Paysagiste passionnée, elle a suivi à l’X les cours d’Hervé Loilier (X 67) et peint à ses moments perdus (elle en a !) des tableaux qui rappellent son enfance marseillaise et sa résidence à la Ciotat. Cliquez ici pour plus de détails. Un tel éclectisme suffirait à justifier sa présence dans cette lettre. Mais ce n’est pas tout : elle est candidate au conseil de l’AX. Candidate libre !!

Cette année, il y a 9 candidats pour 4 postes. Je rappelle à ceux qui trouvent normal qu’il y ait plus de candidats que de postes que cette situation est très récente. Jusqu’à ce que je rue dans les brancards pendant plusieurs années – d’où la création de ce blog, qui a maintenant changé de ligne éditoriale – les candidats étaient cooptés par le conseil et tout candidat non coopté était poliment dissuadé de se présenter. Et cela marchait. Sauf avec moi ! A la septième fois, les murailles tombèrent : Serge Delwasse (X 86) a été élu en 2021 alors qu’il était candidat « libre » ! Il subsiste toutefois de l’ancien régime l’existence d’un soi-disant comité de recrutement qui dit pour qui il recommande de voter. Mais pour montrer sa bienveillance envers les électeurs, il recommande 5 candidats, soit un de plus que le nombre de postes mais il en rejette 4 dont Patricia.

Je vous recommande donc de voter pour Patricia, ainsi que pour ses camarades d’infortune : Marie-Louise Casademont (X74), brillante organisatrice du grand magnan 2014, Tru Do-Khac (X79), le seul à m’avoir accompagné à une AG contestable et Franck Poirrier (X79), que je ne connais pas mais qui se dit magouilleur, c’est tout un programme !

  • Jean Peyrelevade (X 58), banquier
Jean Peyrelevade Par Marie-Lan Nguyen

Né en 1939 à Marseille de Paul Peyrelevade, professeur et de Nadia Benveniste, Jean entre à l’X en 1958 et en sort dans l’Aviation civile où il passe dix ans sur les grands programmes de construction aéronautique civile avant d’entrer au Crédit Lyonnais en 1973. Après l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République en 1981, il devient directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy, chargé des questions économiques, jusqu’au tournant de la rigueur de 1983. Puis il a été président de Suez (1983-86), de la banque Stern (1986-88), de l’UAP (1988-93) et du Crédit lyonnais, dont il assure le redressement après la période de fuite en avant de Haberer (1993-2003). Il passe ensuite dans des petites banques d’affaires (Toulouse, Léonardo, Degroof et Petercam) avant de devenir consultant indépendant en 2019, à 80 ans, loin des 62 ans auxquels s’accrochent ses amis du PS, dont il est membre depuis 1964, tout en soutenant Bayrou en 2007 et en faisant partie quelques mois de la petite équipe de conseillers politiques de Macron fin 2015 – début 2016.

Marié en 1962 avec Anne Chavy, qui lui a donné 4 enfants, Jean est diplômé de l’IEP de Paris et a un DES en sciences économiques. Il a enseigné l’économie à l’X de 1969 à 1993 et a été éditorialiste au Nouvel Obs. Il a écrit de nombreux ouvrages dont L‘économie de spéculation (1974), Pour un capitalisme intelligent (1993), France état critique (2011) ou Journal d’un sauvetage (2016). Dans le dernier, Réformer la France, qui vient de paraitre (Odile Jacob, 2023, 276 p), il décrit le fonctionnement du gouvernement Mauroy, selon lui l’unique gouvernement vraiment réformiste de la Ve République. Il propose en conclusion des pistes concrètes pour réformer la France d’aujourd’hui et affirme l’espoir d’une France réformiste, installée sur la voie de la guérison. Tâche apparemment sans espoir quand on voit comment les Français réagissent devant une mini-réforme des retraites ! Mais il est vrai que Guillaume d’Orange disait qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre…

Pour la petite histoire, en 1986, lorsqu’il était chez Suez, Jean avait été séduit par mon projet de banque sans guichet, alors dénommée Télémaque, projet révolutionnaire à l’époque, hélas abandonné suite à un changement de gouvernance. Poursuivi à la Société Générale sous le nom de Dynabanque, il était à son tour abandonné suite à la tentative de dénoyautage de la SG par Georges Pébereau (X 50, frère de Michel) et les « golden papys » avec l’appui de la CDC.

Lorsque j’ai créé X Sursaut en 2005, Jean m’avait accompagné pour mon examen de passage devant le conseil de l’AX réuni un soir au grand complet afin de statuer sur son agrément en tant que groupe X. Le débat était houleux, certains membres éminents étaient opposés à ce qu’ils considéraient comme une immixion des polytechniciens dans le terrain politique en violation des statuts de l’AX. Lassé, Jean s’est levé et a dit : « Messieurs, nous avons eu la courtoisie de venir vous demander votre agrément mais, si vous ne voulez pas nous le donner, nous n’en avons rien à f… ». L’agrément a été obtenu aussi sec !

  • Claude Riveline (X 56), intellectuel

Né en 1936 à Paris d’un père négociant en chaussures, dans une famille originaire de Lituanie, Claude entre à l’X en 56 et en sort dans le Corps des mines dont il est maintenant ingénieur général. Il commence sa carrière en Algérie dans le cadre du Plan de Constantine (61-62) puis fait un tour du monde avec une bourse de la Fondation Singer-Polignac (62-63) avant d’entrer à l’Ecole des mines de Paris comme chef de travaux d’exploitation des mines (63-67) puis comme professeur de gestion (1967-2006), donnant sur la base de ses recherches un cours original de gestion des organisations et d’évaluation des coûts aux ingénieurs civils et au Corps des mines. Il a fondé en 1967 un laboratoire pionnier : le Centre de gestion scientifique de l’Ecole des mines.

Claude Riveline

Parallèlement, Claude a éclairé la vie intellectuelle du judaïsme francophone dès ses premières participations aux Colloques des intellectuels juifs de langue française dans les années 60, côtoyant les plus grandes figures du monde de la pensée de l’après-guerre (Levinas, Neher, Jankélévitch, Wahl, Amado Lévy-Valensi, Léon Askénazi…). Figure majeure de la pensée juive contemporaine, il est un des derniers représentants de l’Ecole française de pensée juive.

Claude a écrit de nombreux ouvrages dont vous pouvez trouver la liste en cliquant ici. Il a aussi écrit de nombreux articles. C’est ainsi qu’il a écrit pendant des années une page « Idées » dans le Journal de l’École de Paris du management, un peu à la manière des Propos d’Alain. 60 de ces pages ont été regroupées en 2006 dans Idées, tome 1, un superbe livre de chevet qui vous fait du bien, selon la Jaune et la Rouge. Le tome 2 est sorti en 2019 avec de nouvelles réflexions éclairantes et malicieuses sur le management…

L’Institut Elie Wiesel a organisé une soirée en l’honneur de Claude le 10 mai à la mairie du XVIème arrondissement avec diverses personnalités dont Michel Berry (X 63) et Claude Trink (X 71).

Actualités

  • Elisabeth Borne (X 81, notre lettre numéro 5) vient de fêter son premier anniversaire à Matignon. Estimant que sa biographe Bérengère Bonte, auteur de La secrète, avait dépassé les bornes en divulguant des secrets, concernant notamment son orientation sexuelle et sa vie familiale, elle a demandé à la Justice que lesdits secrets soient occultés dans les futures éditions. Alors, si vous voulez en savoir plus sur ces secrets inavouables (?), achetez vite La secrète avant que la première édition soit épuisée.

Dépêchez-vous car la publicité gratuite que lui a faite notre Première ministre en la poursuivant a sans doute décuplé ses ventes ! A moins que le livre finisse au pilon si notre Maitre des horloges décide un grand remaniement à l’issue des Cent jours, qui n’ont pas porté bonheur à son prédécesseur il y a 208 ans ?

  • Antoine Compagnon (X 70, notre lettre numéro 1) s’est vu remettre son épée d’académicien le 10 mai à la BNF Richelieu par Michel Zink, de l’Académie française. Une épée en verre (tel Harry Potter !) faite par le joaillier Boucheron, avec un renard déguisé en hérisson sur le pommeau, le rappel de la torsade de la tangente polytechnicienne sur la poignée et, gravée sur sa lame, sa devise Zut, zut, zut, zut, dérivée du début de la Recherche du temps perdu, son livre de chevet.
Antoine Compagnon avec son épée invisible

Un chic à la promo 70 qui faisait partie de son Comité de l’épée.

Dans un habit vert de Balenciaga qui, contrairement à son épée, n’était pas transparent, il a été reçu le lendemain 11 mai au quai Conti pour, selon la coutume, faire l’éloge de son prédécesseur au fauteuil 35, Yves Pouliquen, mort en 2020. Grand opthalmologue, ancien président de la Fondation Singer-Polignac, Yves Pouliquen avait succédé en 2001 à Louis Leprince-Ringuet (X 20 N) élu en 1966 dans ce fauteuil qui avait été occupé de 1918 à 1931 par le Maréchal Joffre (X 1869).

Dans sa réponse, Pierre Nora l’a qualifié de militaire en littérature, en rappelant qu’il était fils d’un général saint-cyrien, petit-fils d’un colonel saint-cyrien et arrière-petit-fils d’un colonel polytechnicien, Charles Compagnon (X 1865), lequel était demi-boursier et fils d’agriculteur – l’aXcenseur social existait déjà sous le second Empire ! –  et qu’il était le mélange d’une érudition impeccable, implacable et d’une sensibilité littéraire qui n’a cessé de l’habiter… avec une place centrale au cœur des intérêts dont l’Académie est dépositaire, la langue, la critique, la littérature, qui rend son arrivée dans cette Compagnie précieuse, nécessaire, attendue.

Toutes nos félicitations et longue vie d’Immortel à ce véritable polytechnicien Xtraordinaire !

  • Patrice Holiner (X d’honneur) dirige un grand concert de l’ensemble vocal de l’X samedi 10 juin à St-Germain des Prés : Splendeur du baroque.

Au programme : Haëndel: Zadok the Priest, Charpentier: Te Deum, Vivaldi: Gloria.

Vous pouvez réserver vos places sur vialuce.fr.

  • Henri Poincaré (X 1873) est à l’honneur au Mus’X qui organise une grande exposition à l’occasion de son sesquicentenaire.

L’exposition ouvre le 5 juin et dure jusqu’à l’automne. Le mus’X est ouvert tous les jours sauf le dimanche.

–        Laure Thibaut née Provost (X 84), née en 1966, professeur de maths à l’Institut Notre-Dame, ancienne élève de Blanche de Castille puis de Louis le Grand, vient de sortir avec son mari Michel un livre qui donne une vision croisée du parcours de deux cadres : Le combat d’une vie, ou comment être polytechnicienne et mère, et s’affranchir des réseaux (Le lys bleu, 2023).

Confrontés aux dysfonctionnements de la société actuelle, Laure et Michel se sont attachés à y faire face tout en conservant leurs valeurs. Comment être une femme cadre supérieure ? Comment concilier vie professionnelle et vie privée ? Comment lutter contre l’emprise des réseaux en privilégiant les compétences ? Autant de questions qu’ils illustrent avec leur vécu, tout en proposant des pistes de réflexion et d’amélioration.

Léonce Verny

Ingénieur du Génie Maritime, Léonce Verny dirigea à partir de 1865 la construction de l’arsenal naval de Yokosuka, permettant au Japon de commencer sa modernisation.

Clément Altman (X 2012) lui a consacré un article dans la Jaune et la Rouge (déc 2014).

Vous pouvez réserver l’ouvrage au prix de souscription de 25 € au lieu de 32 € jusqu’au 31 mai. Cliquez ici pour plus de détails.

François Villeroy de Galhau © Eric PIERMONT © 2019 AFP

Gouverneur de la Banque de France, vient de remettre sa lettre annuelle au Président de la République. Intitulée Comment la France et l’Europe vont vaincre l’inflation, il y insiste sur la priorité qui doit être donnée à la lutte contre l’inflation. Il pense que l’inflation devrait rapidement redescendre sous les 2 % mais n’exclut pas quelques nouvelles hausses des taux de la BCE. Il recommande de sortir absolument du « quoi qu’il en coûte » et de réussir à augmenter les capacités de production grâce à 2 transformations au niveau européen : énergétique/ climatique et numérique, et 2 spécifiquement françaises : transformation publique et surtout, dans un dialogue social relégitimé, transformation du travail, qui doit être collectivement plus abondant, et individuellement plus qualifié et plus attractif.

Courrier des lecteurs

  • Cher Hubert, Bravo pour ce mail très intéressant ! Amitiés. Jean Beunardeau (83).
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  • Cher camarade, bravo pour ces, portraits passionnants. En attendant que quelqu’un se lance dans ton portrait, je ne sais pas si tu as déjà fait celui de Jean Peyrelevade ? Je le connais bien, pour moi c’est un homme remarquable, malgré ses « erreurs de jeunesse » de nationalisations en 81. Je l’ai connu président du Crédit Lyonnais, lis ce qu’il écrit, et le vois de temps en temps. C’est le portrait de Philippe Herzog qui m’y a fait penser (X de gauche de quasiment la même promo). Avec toute mon admiration pour ton énergie débordante et ta contribution à la vie de l’AX et de l’X et des X. Pierre Debray (84). Merci de ton gentil message. Mon portrait a été fait par Pierre Laszlo dans la J et la R de  numéro 776. Reste ma nécro si tu veux mais je ne suis pas pressé 🙂 Concernant Peyrelevade, je l’adore. Je raconterai comment il a convaincu l’AX de donner son agrément à la création de X Sursaut qui suscitait des réactions variées… HLL
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  • Bonjour cher ami, Toujours un grand merci pour vos envois avec ces personnalités judicieusement présentées et si variées. Je vous propose un garçon atypique: Maxime Radmacher, X2014, ancien GénéK au parcours très original et parfaitement réussi. Vous pouvez le joindre de ma part, nous nous connaissons bien…. Bien à vous et bonne continuation. Patrice Holiner (X d’Honneur). Bien noté, merci, je le mets sur ma liste d’attente. Et au 10 juin. HLL.
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  • Je suis tombé, par un hasard de librairie, sur une biographie de l' »AMIRAL » René BLOCH (X 43), homme tout fait remarquable, qui a par ailleurs toujours préféré son titre d' »Ingénieur général du Génie maritime ». Cela pourrait relever d’une hagiographie, mais non, mon admiration de simple lecteur a été sollicitée par la précision, certes parfois un peu trop lassante, de ses hauts faits, guidés par une magnifique personnalité. Amicalement. Georges Jaskulké (55). Merci, je le mets sur ma liste d’attente, juste derrière Gilles Bloch (81). HLL
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  • C’est très bien Hubert, et merci. Avec juste deux erreurs (ce qui est beaucoup pour un polytechnicien !) … Amitiés. Jean Peyrelevade (55).  Merci, j’ai rectifié cf supra). HLL
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  • Cher Hubert, je me sens tout petit (mais tout fier) à côté des camarades de cet opus, qui, effectivement, sortent de l’ordinaire. Merci de ce clin d’oeil sympathique.  Amikhtiés. Rolland Russier (67).
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  • Bonjour Hubert, j’espère que tu vas bien. Qu’il soit « mainstream » ou « bifurquant » , Xtraordinaires apporte à l’élève-ingénieur polytechnicien une galerie de rôle models et de soft skills. Merci à toi pour cet outil ! Tru Do-Khac (X79).  Merci de ton message. Je suppose que les 17 et 18 sont partis dans les spams, pour le plus grand plaisir de Michel Berry qui n’a donné aucune suite au déjeuner tripartite organisé par Marwan Lahoud pour tenter de le convaincre de publier mes lettres dans la Jaune et la Rouge…HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #18

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Jean-Paul Bouttes (X 77), énergéticien
Jean-Paul Bouttes

Fils de Jacques Bouttes (X 52, ingénieur général de l’Armement, président de l’AX de 1982 à 1986) et père de David (X 06), Jean-Paul est né en 1957 à Neuilly sur Seine. Après des études préparatoires à Janson, il entre à l’X en 1977 et en sort dans le corps des administrateurs de l’Insee qu’il quitte rapidement pour entrer à EDF en 1982 où il finit comme directeur de la stratégie et de la prospective et chef économiste en 2007.

JP vient d’écrire un rapport sur La transition énergétique (Fondation pour l’innovation politique, Fondapol, 2 tomes, 2023). Le premier volume rappelle les décisions qui ont permis le déploiement rapide du programme nucléaire français dans les années 1960-75 et rend hommage aux ingénieurs qui, grâce à l’impulsion donnée par le Général de Gaulle et Georges Pompidou, ont été les artisans de cette réussite : Besse (X 48), Giraud (X 44), Guillaumat (X 28), Hug (X 49), Massé (X 16) …

Souveraineté énergétique par JP Bouttes

En s’appuyant sur l’analyse des réussites des Américains et des Chinois, le second volume passe en revue les erreurs qui ont abouti à la situation catastrophique actuelle du secteur électrique et de l’industrie française et décrit les conditions pour qu’un Etat stratège et pédagogue réalise une transition énergétique cumulant coût abordable, sécurité d’approvisionnement et respect de la planète Terre. Vaste programme !

Les travaux de JP résonnent avec ceux de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France. Rédigé par Antoine Armand, député Renaissance, arrière-petit-fils de Louis Armand (X 24), le rapport de la commission pointe six grandes erreurs qui ont conduit la France à accumuler un retard considérable en souveraineté énergétique et en tire six leçons générales et six chantiers opérationnels déclinés en 30 propositions à mettre en avant pour les décennies à venir.

J-P a été conseiller scientifique de l’Inria (1986-93) et professeur chargé de cours de sciences économiques à l’X (1992-2004). Ila également été membre du Comité d’orientation de la Chaire Développement Durable à l’X et professeur invité de North China Electric Power University à Pékin. Parmi ses œuvres, on peut citer une brochure sur L’Europe de l’électricité (IFRI, 2016, avec François Dassa), un livre audio sur L’énergie, histoire et enjeux (Frémeaux, 2022, avec Dominique Bourg) et un gros rapport sur Les déchets nucléaires (Fondapol, 5 tomes, 2022).

  • Philippe Herzog (X 59), eurocommuniste
Philippe Herzog

Philippe est né en 1940 à Bruay-en-Artois. Son père était ingénieur métallurgiste, grand prix de la recherche scientifique nationale, ses grands-parents paternels juifs croates morts à Auschwitz en 1943. Après des études à Nancy puis au lycée Saint Louis, il entre à l’X en 1959 et y crée un groupe de gauche. Il en sort dans le corps des administrateurs de l’INSEE et s’illustre avec la création d’un modèle macroéconomique dénommé ZOGOL (contraction de Herzog et du co-auteur Olive). Il enseigne l’économie comme professeur des universités de 1969 à 2004, notamment à Paris X Nanterre. Membre du PCF dès 1965, il y a un rôle actif au Comité central et au Bureau politique, dirige la revue Économie et politique mais il le quitte en claquant la porte en 1996, en plein XXIXe congrès, en raison de ses divergences sur l’Europe et regrettant que le PC n’ait plus de projet. Il a été député européen, conseiller spécial auprès de Michel Barnier, Commissaire au Marché intérieur et aux Services, membre du Conseil économique et social, membre du Conseil d’Analyse économique. Militant passionné de l’Europe, il est membre du Conseil de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe et président fondateur de l’association Confrontations Europe qu’il a créée en 1991 avec Michel Rocard. Depuis une vingtaine d’années, il poursuit une recherche d’ordre philosophique et historique sur la civilisation européenne.

Philippe a trois enfants de son premier mariage avec Helen. Il s’est remarié en 1994 avec Claude Fischer, fondatrice des Entretiens Européens et Eurafricains et animatrice d’Open world, un Cercle cinéphile.

Il a écrit de nombreux ouvrages dont La France peut se ressaisir (1987), D’une révolution à l’autre (2018) ou Les failles de la raison, pour un nouveau discours de la méthode (2022, la Jaune et la Rouge, avril 2023). Il est chevalier de la Légion d’honneur. Cliquez ici pour plus de détails sur sa carrière. 

  • Robert Hirsch (X 32), grand commis de l’Etat
Robert Hirsch lieutenant à Tours en 1937

Né en 1912 à Paris de Jules Hirsch, industriel et de Naïda Ach, Robert Henry Hirsch fait sa prépa à Janson et entre en 32 à l’X dont il sort dans l’Armée de l’air. Il vole d’abord sur Bloch 200, avec lequel il fait des prouesses en septembre 39 puis sur LeO451. Descendu en flammes par la Luftwaffe en mai 40 sur la route de Montcornet (là ou de Gaulle tentait d’arrêter les Allemands), il poursuit son action jusqu’à l’Armistice puis entre en Résistance sous le nom de Lassus.

Robert Hirsch en fin de carrière

Après la guerre, Robert a différentes fonctions administratives : Préfet de Charente Maritime, directeur général de la Sûreté nationale, période pendant laquelle survient l’affaire des fuites, préfet de Seine inférieure, préfet Igame de la Région Nord. Il est administrateur général du CEA de 1963 à 1970, période d’intense activité tant en matière de nucléaire civil, avec la guerre des filières, gagnée par le PWR américain contre l’UNGG français en 1969, et la mise en service du réacteur à neutrons rapides Phénix en 1973, qu’en matière militaire avec notre première bombe H qui explose dans le Pacifique en 1968. Il devient ensuite Pdg du Gaz de France en 1970, de la Sodern (Société anonyme d’études et de réalisations nucléaires) en 1975, de LEP (Laboratoires d’électronique et de physique appliquée) et de TRT (Télécommunications radio-électriques et téléphoniques) en 1980.

Outre ses fonctions de management, Robert a été Administrateur d’EDF, du CNES, d’Elf-Aquitaine, de La Radiotechnique et Président du Comité permanent des réformes administratives.

Il avait épousé en 1937 Jacqueline Ogé qui lui a donné 5 enfants (par ordre alphabétique !) : Antoine, Brigitte, Catherine, Daniel, Elisabeth. Il avait reçu de nombreuses décorations dont Grand-Officier de la Légion d’honneur et Médaille de la Résistance. Il est mort en 2003 à Gif-sur-Yvette. On trouve deux articles sur Robert Hirsch dans la Jaune et la Rouge mais il ne s’agit que de son illustre homonyme de la Comédie française…

  • Vincent Luciani (X 05), artefacteur
Vincent Luciani

Né à Paris en 1985 d’un père chercheur en physique théorique à l’X, d’origine corse et d’une mère éditrice d’origine iranienne, Vincent fait ses études secondaires à Lakanal (Sceaux) puis sa prépa à Henri IV. Il entre à l’X en 2005 et manifeste rapidement son sens de l’action collective en étant membre de l’équipe de handball, son sens de l’organisation en étant président de l’association Point Gamma (2007) et son sens du concret en complétant son diplôme de l’X par un mastère en management stratégique (HEC 2009), tout en se ménageant des temps de repos pour s’oxygéner sur ses terres corses en arpentant le GR 20.

Après quelques mois comme analyste chez Axa Private equity, devenu Ardian (2009-10), Vincent entre en 2010 chez McKinsey comme project manager pour l’aéronautique puis fonde en 2014 avec Guillaume de Roquemaurel (X 03)  Augusta consulting, société de conseil en marketing et publicité, spécialiste de data driven marketing, qui fusionne en 2016 avec Little big data, spécialiste de data creativity, puis en 2017 avec l’agence de medias Net Booster, cotée sur Euronext, pour devenir Artefact, une alliance unique entre experts du marketing digital et pionniers des technologies data, réunis autour d’une même vision : faire du marketing un service. Pour les annonceurs, comme Accor, Carrefour, Estée Lauder, Orange, l’Oréal ou Seb, Artefact c’est « Art » (intuition et créativité) et « Fact » (Data science) et c’est aujourd’hui un leader dans le conseil et le service en Data et IA avec 1300 collaborateurs.

Marié avec une restauratrice d’oeuvres d’art anciennes, Vincent a deux filles. Il figure sous le numéro 25 dans le Choiseul 100 de cette année (les 100 dirigeants français de moins de 40 ans qui vont compter, selon l’Institut Choiseul). Vincent nous dit : On a le vent dans le dos, notre ambition est de créer un champion français et de le porter à l’échelle internationale. Bon vent, cher Vincent, la France a besoin de jeunes entrepreneurs comme toi, qui n’ont pas froid dans le dos !

  • Rolland Russier (X 67), voyageur
Rolland Russier

Rolland est né en 1948 à Valence (Drôme), dans une famille provinciale aisée. Son père était dentiste et il a 3 grands-parents instituteurs, bonne preuve que les X ne sont pas tous fils d’archevêques ! Il a toujours aimé les chemins de traverse. Il voulait être animateur sportif, il fit beaucoup de ski pendant ses études secondaires à Valence puis en prépa au Lycée du Parc à Lyon. Il réussit quand même à intégrer l’X mais ne fut pas un cocon lambda : GénéK ! Il en parlera dans un prochain livre…

A sa sortie de l’X, passionné non seulement de ski mais aussi de moto, il profite des nouvelles règles (merci mai 68) de remboursement de la pantoufle pour faire l’ENSPM (Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs). Il décide ensuite d’explorer le monde, avec cinq sous en poche comme Lavarède, à la recherche d’aventures et de lieux inattendus, et il a été servi ! Le hasard, un grain de folie aidant, lui fit côtoyer nombre de lieux magiques, mais aussi de précipices, où il faillit plusieurs fois sombrer.

Après 3 ans de voyage autour du monde, Rolland va vivre une passion pour le monde des grands projets de travaux publics et de transport avec Artelia, leader européen de conseil, ingénierie et management de projet, dont il a été un cadre fondateur. Mais il doit commencer par faire le CHEBAP (Centre de Hautes Études du Béton Armé et Précontraint) car son patron lui dit : « Russier, vous êtes polytechnicien, donc vous ne savez rien faire. Il vous faut une école d’application ».

Le bonheur de l’ingénierie, nous dit Rolland, est de voir en vrai le fruit d’années de rêves et de travail. La retraite venue, il vient d’écrire le récit de son voyage initiatique : Incessantes tribulations, sous-titré A la recherche des neiges perdues. Voyage, humour, aventure, insouciance ! Et la découverte de notre monde, beau et chaleureux parfois, souvent sombre ou sulfureux aussi : vaste programme, qu’il prend plaisir à mettre en mots, mêlant insouciance et humour à des pages plus sombres et dramatiques.

  • Pascale Sourisse (X 81), thalèsienne
Pascale Sourisse

Née à Nantes en 1962 d’un père médecin, ancien président de la Société française d’anesthésie et de réanimation et d’une mère également médecin, Pascale Dixneuf prépare l’X à Louis le Grand. Elle intègre l’X à 19 ans et en sort dans les Télécom. Après quelques sauts de puce pour se former à la Compagnie générale des Eaux (84-85), chez Jeumont-Schneider (85-86), France Télécom (87-90) et au ministère de l’Industrie (90-94), elle entre en 1995 chez Alcatel Space. Elle en est nommée PDG en 2001 et devient PDG d’Alcatel Alenia Space en 2005 suite à la fusion avec Alenia Spazio et PDG de Thalès Alenia Space et membre du Comité Exécutif de Thalès après le transfert des activités spatiales d’Alcatel à Thalès dont elle est nommée DG de la division Systèmes d’information et communication sécurisés en 2008 et PDG de Thalès International en 2013.

Pascale est commandeur de la Légion d’honneur et du Mérite. Elle a épousé en 1989 Rémi Sourisse, son camarade de promo, qui lui a donné deux enfants. Elle est administrateur de Renault et de Vinci et membre de l’Académie des Technologies. Solveig Godeluck lui a consacré un article dans le numéro spécial de la Jaune et la Rouge consacré aux Femmes de Polytechnique.

Passionnée de voile, comme tout breton qui se respecte, Pascale sait se faire respecter. Ne l’appelle-t-on pas la dame de fer ? Dixneuf serait d’ailleurs une déformation de Guezennec qui signifie combat en vieux breton !

Notes de lecture

  • L’engagement, par Arnaud Montebourg

Dans cette autobiographie, le démondialisateur raconte comment il a vécu la fermeture des hauts fourneaux de Florange, les déboires de Peugeot, la vente d’Alstom aux Américains, ses actions contre la technostructure, la bataille du Made in France pour une reconquête industrielle, ses démêlés avec Bruxelles et la confrontation avec Macron, Valls et Hollande, menant à la rupture et à la reconversion dans l’apiculture avec Bleu, blanc, ruche

Dédicace d’Arnaud à Hubert

Si nous donnons asile dans notre blog aux mémoires de l’ancien ministre du Redressement productif, ce n’est pas en raison de sa gentille dédicace mais pour sa plume acide contre ceux qu’il appelle le Cercle de la raison et les Enarques bercyens payés à vie pour passer d’un poste à un autre en s’évitant le moindre risque, et surtout pour ses portraits de polytechniciens pas piqués des vers. Jugez-en : Emmanuel Sartorius (X 69), auteur d’un rapport critique sur le groupe Peugeot en difficulté en 2012 : hardi et rusé qui ne s’en laisserait pas conter… guère causant, ne souriant jamais… que son austérité janséniste rassurait… Bernard Esambert (X 54) : un gaulliste pur sucre, amoureux de la France, un homme passionné et délicieux. Ambroise Roux (X 40), extraordinaire bâtisseur de la CGE. Serge Tchuruk (X 58) : tristement célèbre inventeur du concept idiot de la France sans usines. Mais c’est à Patrick Kron (X 73), dont il n’a pas digéré qu’il ait vendu Alstom à General Electric en 2014, qu’il réserve ses plus vives critiques, frisant quelquefois la diffamation : aimant à rappeler qu’il avait été major de sa promotion… une tête de biscuit manqué… un invétéré courtisan… cynique et odieux… tellement antipathique… Mais il n’épargne pas non plus les hommes politiques, y compris ses propres « amis » dont chacun en prend pour son grade, sauf Colbert, créatif et bâtisseur… qui disait que rien n’est impossible… ! C’est ainsi que Manuel Valls est un de ces types qu’on trouvait en quantité au PS de l’époque, François Hollande un excellent sismographe… qui craignait la confrontation et Emmanuel Macron : Comment ai-je pu m’entendre avec ce garçon … déguisé en homme de gauche… qui sortait des arrière-cuisines de la fabrique de l’argent ?

Dans une postface datée de novembre 2022, Arnaud nous dit que la France doit se retrousser les manches sans délai. Bien vu ! Mais il ajoute que ce serait un contresens et une injustice que de faire peser sur ceux qui sont déjà actifs le besoin d’effort supplémentaire… Pour lui, ce sont ceux qui ne travaillent pas, ou pas assez, ou trop peu, qu’il faut remettre au travail…  L’un n’empêche pas l’autre, cf nos voisins allemands et autres !

Courrier des lecteurs

  • Cher Hubert, Merci infiniment pour cette belle évocation de mon père et ton amicale référence à mon livre. Le démarrage se passe plutôt bien … Amitiés, Vianney Bollier (64).
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  • Bonjour Hubert, Merci de m’avoir inscrit sur cette liste. Tu fais un travail remarquable et la lecture des faits d’armes de nos congénères est très enrichissante. Il faudra bien un jour que tu figures dans cette liste ! Amitiés. Jean-Pierre Hauet (64).
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  • Cher ami, Je vous remercie d’avoir pensé à mon père. Daniel Hirsch
  • J’ai découvert X Mines Auteurs (XMA) de façon fortuite, au détour d’un article de la série Dallax de Hubert Lévy-Lambert (53) dans lequel il évoquait XMA et conseillait la lecture d’une nouvelle… Jean-Jacques Lavigne (74). C’était Greta et la malédiction de la fée verte. HLL
  • Bravo et merci de cette nouvelle moisson de portraits passionnants. Je note que : 1/ Bollier, héros tragique, a épousé Noëlle avant d’être arrêté à Noël ; 2/ tu diffuses des preuves de l’existence de D.ieu (dues à un HEC) ; 3/ tu partages l’histoire pionnière de ta courageuse camarade Jennifer ; 4/ tu fais la promotion d’un des actifs de Vivapierre (Village club du soleil à Soustons, proche de Latché) et le président t’en remercie ; 5/ visionnaire l’extrait de la préface de la RCB par Massé ; 6/ https://mgm-ec.fr/ semble passionnant même s’il croit au hasard. Guillaume LL (HEC 82).
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  • Bonjour Hubert, et merci beaucoup ! Je suis très touché et fier que tu aies choisi de faire mon portrait ! Cela va donner un beau coup de pouce à Artefact ! … Encore merci et bravo pour tout ce que tu as fait pour les X, je suis un lecteur régulier de ta tribune. Vincent Luciani (05). Voir ci-dessus. HLL.
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  • Cher camarade, cher Hubert, je suis très touché par ta proposition. Quand je vois la liste impressionnante des camarades qui m’ont précédé, j’ai peur de ne pas leur arriver à la cheville. Mais je ne vais pas bouder mon plaisir. Rolland Russier (67). Voir ci-dessus. HLL.
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  • Cher Camarade, Un grand merci de tes efforts de mémoire toujours passionnants mais qui cette fois m’ont permis de découvrir la vie courte mais si héroïque du beau-frère de ma grand-tante André Bollier. Frédéric Tronel (96). Merci. Je fais suivre ton message à Vianney. HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #17

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • André Bollier (X 38), résistant

Né à Paris le 30 mai 1920, André Bollier intègre l’X à 18 ans. A la déclaration de guerre en septembre 39, sa promo est envoyée dans des écoles d’officiers et André se retrouve artilleur hippomobile. Envoyé au front, il est grièvement blessé le 21 juin 40 dans la région de Vesoul et est sauvé par les Allemands qui le soignent et le renvoient dans ses foyers ! Il commence sa deuxième année en novembre 1940 à Villeurbanne où l’X s’est repliée et entre peu après dans la Résistance à Lyon, où il est chargé d’imprimer et diffuser les Petites Ailes, journal du mouvement Combat, sous le pseudonyme de Vélin.

Bien que pouvant avoir un grand corps, il entre aux Câbles de Lyon à l’automne 1941. Il se marie en avril 42 avec Noëlle Benoit. Arrêté à Noël, il parvient à s’échapper à temps pour assister à la naissance de sa fille en février 43. Entré dans la clandestinité, il est arrêté à nouveau en mars 44 mais parvient encore à se libérer. Quand la Milice attaque en force son imprimerie clandestine le 17 juin 44 avec l’aide de soldats allemands, André tente de s’enfuir mais, grièvement blessé, il retourne son revolver contre lui pour échapper à la torture.

Il a été fait Compagnon de la Libération à titre posthume.

Né peu après la mort de son père, Vianney (X 64), président de X Résistance, a écrit un article sur lui dans la Jaune et la Rouge de décembre 2004 et lui rend hommage dans un beau livre qui vient de paraitre aux Editions du Félin : André Bollier, Vélin.

  • Olivier Bonnassies (X 86), théologien
Olivier Bonnassies

Né en 1966 d’un père protestant, directeur d’Air France, et d’une mère catholique, au foyer, qui ont failli devenir Témoins de Jéhovah, Olivier entre à l’X en 1986. Après une année de préparation à l’ENA à l’IEP Paris (1989-1990), il se demande quel est le sens de la vie, quel est son but, d’où vient-on, où va-t-on ? Il tombe alors sur un livre de Jean Daujat, un brillant normalien, intitulé Y a-t-il une vérité ? , ce qui le conduit à considérer qu’il y a des preuves très sérieuses de l’existence de Dieu. Il passe alors une licence de théologie à l’Institut Catholique (1994). Il intègre ensuite l’Institut HEC Start up (1994-1995) après quoi il devient serial entrepreneur et crée de nombreuses sociétés de conseil et de communication : GTI (presse), METALOG (informatique), STELLA (communication et publicité) et GENERAL MEDIA (Internet e-commerce de Wanadoo). Il est en outre Gérant d’OPALE SMR, de MEDIALOG, de MDN PRODUCTIONS et de PANAGHIA PRODUCTIONS.

Parallèlement à ses nombreuses activités professionnelles, Olivier a créé en 2012 le site d’information Aleteia, qui est aujourd’hui le premier site catholique du monde et lancé le mouvement des Vierges pèlerines avec l’association Notre-Dame de France. Il a également fondé l’association Marie de Nazareth pour la création du Centre international Marie de Nazareth, à Nazareth (Israël) et il diffuse un message quotidien : Une minute avec Marie et fait les vidéos de la chaîne YouTube de Marie de Nazareth.

Marié et père de 6 enfants, Olivier a écrit plusieurs ouvrages de théologie dont Une année avec la Vierge Marie (2016) ou Dieu, la science, les preuves (2021), best-seller écrit avec Michel-Yves Bolloré, frère de Vincent, et préfacé par Robert Wilson, prix Nobel de physique 1978, découvreur du rayonnement de fond cosmologique à l’origine du big bang.

  • Jennifer Guillermin (X 53), trans

Bien avant Anne Chopinet (72) qui avait inauguré avec fracas l’entrée officielle des femmes à l’X, et sans parler de Sophie Germain qui avait suivi en 1794 les cours de l’X sous le pseudo d’Antoine Auguste Leblanc, la « bible » des anciens X nous indique qu’il y a une femme dans la promo 1953 : Jennifer Guillermin !

Jean Guillermin en 1953

Jennifer est en effet entrée à l’X en 1953, mais c’était à l’époque un homme, prénommé Jean. Il était dans le même casert que moi, je peux en témoigner ! Sorti dans les Télécom, il se marie et a 5 enfants et fait toute sa carrière à la RTF puis l’ORTF, sans jamais dévoiler son désir de changer de genre qui n’était pas, à cette époque, aussi courant qu’aujourd’hui.

Fin 1982, TDF, dont il est directeur général, est chargée de retransmettre les vœux de Nouvel an du président Mitterrand, alors en villégiature à Latché (Landes). La configuration des lieux fait qu’il faut une grue pour surélever l’antenne parabolique et permettre à l’allocution d’être convenablement transmise. La grue arrive hélas un peu trop tard, l’allocution doit être reportée au 2 janvier et Mitterrand furieux fait virer notre camarade qui n’en pouvait mais !

Jennifer Guillermin en 2003

La 53 a un site très complet, animé par C-M Marle (53), qui retrace la vie de la promo et les itinéraires des camarades qui ont bien voulu les partager. Jean-Jennifer nous y dit : «…Depuis l’âge de onze ans déjà, mon cerveau d’enfant puis d’adolescent refusait secrètement le « genre » masculin que mon anatomie m’avait imposé à ma naissance et que, bien entendu, le « conseil de révision » n’avait pas démenti ! La pression sociale était telle à l’époque qu’il n’était pas question de transgresser ce qui était considéré, alors, et qui reste à certains égards, dans notre civilisation occidentale, un tabou… »

Cliquez ici pour lire l’intégralité des souvenirs de Jean-Jennifer qui est aujourd’hui retiré(e) à Gordes, plus beau village du monde selon Travel+Leisure, où Mitterrand avait aussi une propriété, et cliquez ici si vous voulez passer des vacances près de Latché, dans le magnifique village de vacances de Soustons exploité par Villages Clubs du Soleil.

  • Marion Guillou (X 73), agronome
Marion Guillou

Née en 1954 à Marseille, fille du professeur Charpin, ponte de l’université de médecine de Marseille (Macron 9/9/21), et d’une mère chercheuse en palynologie, Marion prépare les grandes écoles au Lycée Thiers. Elle entre à l’X en 1973, juste après qu’elle ait été ouverte officiellement aux femmes, et en sort dans le corps du Génie rural, des eaux et des forêts, fusionné depuis avec le corps des Ponts. Après l’ENGREF, devenue Agro Paris Tech, elle obtient un doctorat en sciences de l’alimentation à Nantes et travaille quelques années dans un labo du CNRS à Nantes. 

Parmi les nombreux postes qu’elle a occupés, on citera : déléguée régionale à la recherche et à la technologie dans les Pays de la Loire (1986-89), directrice générale de l’Alimentation au ministère de l’agriculture (1996-2000), au moment de la crise de la vache folle, DG puis PDG de l’INRA (2000-2012), présidente d’Agreenium (2015-2020).

Poste qui nous touche particulièrement, Marion a été Présidente du conseil d’administration de l’X de 2008 à 2013, jusqu’à la réforme de la gouvernance de l’Ecole qui a conduit à la nomination de Jacques Biot (X 71) comme Président. Le DG de l’X était alors le général Xavier Michel (X 72), le dernier général à diriger l’X, remplacé en 2012 par l’ingénieur général Yves Demay (X 77). 

Marion est commandeur de la Légion d’honneur et a reçu de nombreuses autres distinctions. Elle a été Conseillère d’Etat en service extraordinaire de 2017 à 2020. Elle est membre du Haut conseil pour le climat, de conseils d’administration de centres de recherche internationaux (Bioversity, CIAT), de sociétés (Véolia, BNP Paribas) et d’institution (l’IFRI), et préside un fonds consacré à la biodiversité cultivée. 

Inquiète des risques d’une crise alimentaire mondiale majeure, Marion a créé l’Initiative commune de programmation sur l’agriculture et le changement climatique (FACCE-JPI), a été membre du comité d’experts de haut niveau (HLPE) auprès du comité mondial de sécurité alimentaire et écrit de nombreux papiers sur la sécurité alimentaire, dont 9 milliards d’hommes à nourrir : Un défi pour demain (2011, avec Gérard Matheron). Alors que le cap des 8 milliards vient d’être dépassé et que l’espèce humaine continue à augmenter de 250.000 par jour, on attend une nouvelle édition ! 

Marion a épousé son camarade de promo Hervé Guillou avec qui elle a eu 3 enfants. Sous le titre « le sens du collectif », Sylvie Hattemer-Lefevre a écrit une notice sur elle dans la Jaune et la Rouge de septembre 2012. 

  • Patrick Liot (X 73), coach
Patrick Liot

Né en 1955 de Jean-Pierre Liot (X 43), entrepreneur de machines agricoles, Patrick fait l’X en 73 et en sort dans les Télécom. Il passe ensuite un MBA à Stanford et suit la formation d’executive coaching d’HEC, dont il sort coach certifié. Il travaille pour General Electric, France Telecom et The Boston Consulting Group avant d’entrer chez Alcatel-Lucent pour en diriger plusieurs divisions opérationnelles et conduire des projets majeurs de transformation. Spécialisé dans les intégrations post fusion et dans les rationalisations de fonctions support, il a conduit l’évolution de plusieurs divisions d’un modèle d’organisation orienté produit vers une orientation marché et d’un modèle de vente direct vers un modèle multicanaux.

Patrick a créé en 2013 Kiomène, cabinet spécialisé dans l’accompagnement de dirigeants et d’équipes de direction d’entreprises pour l’amélioration de leur performance opérationnelle et la conduite de projets de transformation.

J’ai fait la connaissance de Patrick en 2013 en tant que kessier de sa promo, membre actif du comité de pilotage du magnan décennal de mai 2013, dont j’avais pris l’initiative pour les promos en 3. J’espérais participer en 2023 à un nouveau grand magnan des promos en 3, mais il est malheureusement aujourd’hui tombé en désuétude, après que l’AX en ait pris le contrôle au bout de quelques années pour en assurer la pérennité…

Inutile de dire que Patrick n’est pour rien dans l’initiative de Charles de Courson de déposer une motion de censure au nom du groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires) contre la mini-réforme des retraites concoctée sur un coin de table par Emmanuel Macron en 2023 à la place de la réforme systémique abandonnée en 2021 sous le prétexte du covid…

  • Hugues Lys (X 12), artisan joaillier
Hugues Lys

A sa sortie de l’X, Hugues fait un MBA au Collège des ingénieurs tout en apprenant la joaillerie en autodidacte avant d’entrer à l’Ecole Boulle. Il travaille plusieurs années en sciences, en ingénierie et dans le génie civil, comme en atteste la « bible » de cette année où il est inscrit comme conducteur de travaux chez Colas ! Après s’être intéressé à l’intelligence artificielle, comme en témoigne son annonce actuelle dans malt.fr (je recherche actuellement une mission en data science), il fait une année sabbatique puis se met à son compte en 2019 en appliquant son goût pour la précision, l’exploration technique, l’innovation et les choses bien faites à la création de bijoux originaux. Mi-joaillier, mi-savant fou, il fait tout en interne : design, travail du métal, sculpture à la cire, moulage à la cire perdue, sertissage et polissage. Son premier bijou est un anneau clignotant.

Hugues affirme qu’en tant qu’artisan, il met une partie de son âme dans chaque pièce qui passe entre ses mains. C’est pourquoi il n’utilise pas de CAO, ni d’impression 3D et ne travaille qu’avec des métaux précieux et des pierres précieuses naturelles.

Cliquez ici pour découvrir la magnifique panoplie de bijoux créés par Hugues et cliquez ici pour lire l’interview d’Hugues et d’Aymeric Voisin (X 2001) par Lucas Delattre, professeur à l’IFM, dans la Jaune et la Rouge d’octobre 2021.

  • Pierre Massé (X 1916), planificateur

Né en 1898, Pierre Benjamin Daniel Massé est reçu second à l’X en 1916. Il est également reçu à Normale mais choisit l’X. Il en sort 6ème dans le corps des Ponts. Envoyé se battre dans le 19ème RI, il obtient la Croix de guerre après l’offensive du Chemin des Dames. Il entre en 1928 dans l’industrie électrique et construit des usines hydrauliques. Il participe activement à la Résistance avec son épouse. Il est nommé en 1946 directeur de l’équipement d’EDF qui vient d’être nationalisée puis directeur général adjoint en 1948.

De Gaulle, qui considérait le plan comme une ardente obligation, le nomme Commissaire général du Plan en 1959. Créé en 1946 par Jean Monnet, qui disait que les hommes n’acceptent les changements que dans la nécessité, le CGP a disparu en 2006 pour être remplacé par le CAS, lui-même remplacé par France Stratégie en 2013, avant de renaitre en 2020 sous la férule très politique de François Bayrou. Il quitte le CGP en 1965 pour devenir président d’EDF avant d’être nommé en 1969 président de la Fondation de France qui venait d’être créée. Il est élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1977 avec les mots comprendre, construire, convaincre gravés sur son épée. Il meurt à Paris en 1987. Il était grand officier de la Légion d’honneur. Une rue de Paris porte son nom dans le XIVème.

Membre des commissions de l’Eau, de l’Energie et de l’Aménagement du territoire, j’ai eu le plaisir de le rencontrer au CGP rue de Martignac et il m’a fait l’honneur de préfacer, alors que j’étais sous-directeur chargé de la RCB à la Direction de la Prévision, un petit livre que j’avais écrit avec Henri Guillaume, futur Commissaire au Plan (1984-87), sur la Rationalisation des Choix Budgétaires (PUF, Collection Sup, 1971). Dans sa longue préface, on peut lire : « L’expansion remarquable de la production française au cours de 25 dernières années est due pour une large part aux progrès de rationalité accomplis dans la conduite de l’économie… Hommes politiques et analystes doivent apprendre à dialoguer ensemble… Peut-on imaginer un jour que les pupitres des parlementaires seraient remplacés par des consoles reliées à des ordinateurs puissants leur permettant de connaitre les conséquences de toute nature des décisions qu’ils envisagent de prendre ? Mais j’aborde peut-être ici la politique-fiction… ». Un demi-siècle plus tard, il aurait été déçu de voir comment nos députés ont discuté du projet de réforme des retraites, loin de toute rationalité.

Pierre Massé a écrit de nombreux livres dont Hydrodynamique fluviale (1943), Le Choix des investissements (1959), Le Plan ou l’Anti-hasard (1965), Les Dividendes du progrès (1969) et Aléas et progrès : entre Candide et Cassandre (1984).

Cliquez ici pour lire l’article que Jean- Marc Daniel (X 74) lui a consacré dans le Monde du 11 janvier 2010, intitulé Le planificateur des années 60.

Bis repetita

  • Gérard Araud (X 73, notre lettre numéro 1), vient de sortir une histoire diplomatique de la France entre les deux guerres sous le titre Nous étions seuls. « Quand on a de tels alliés, on n’a pas besoin d’ennemis !  » constate-t-il dans cette violente critique du comportement des Anglais et des Américains, agrémentée de nombreux portraits : Barthou, , Berthelot, Briand, Daladier, Lloyd George, Keynes, Poincaré, Saint-John Perse…
  • Patrick Artus (X 70, notre lettre d’avril 2022) vient de sortir, avec Olivier Pastré, De l’économie d’abondance à l’économie de rareté (Odile Jacob, 182 p). Partant du fait que le travail, les matières premières et l’énergie sont devenus rares, Patrick livre ne voit d’autre solution à la crise de l’énergie qu’une augmentation des transferts sociaux et une augmentation corrélative des impôts ! Qu’importe que la France soit déjà le champion des transferts et des impôts et celui où on travaille le moins, n’en déplaise aux opposants à la mini-réforme des retraites qui vient d’échapper de justesse à la motion de censure des Liot (voir ci-dessus). De minimis not curat praetor !
  • Gala Vinogradova (D 14, notre lettre de mars 2022) joue les 16, 23 et 24 mai à 19 h 30 à l’Espace Icare (31 boulevard Gambetta, Issy-les-Moulineaux) Le Journal d’Audrey Hepburn, pièce que la mairie d’Issy les Moulineaux a choisie comme son coup de cœur du mois. Le sujet est Audrey Hepburn et Anne Frank – un parallèle, un espoir ? Philippe Georges (X 79) en dit : « Une superbe leçon de vie, d’élégance et d’empathie.  Quelle émotion de voir surgir devant nous, vivante, pétillante et délicieuse, Audrey Hepburn, venue nous conter avec sa grâce, son élégance et sa légèreté les grandes lignes de sa vie par le chant, la danse et des personnages variés qu’elle incarne tour à tour, seule sur scène…». 
  • Patrick Puy (X 75, notre lettre de janvier dernier), spécialiste de la restructuration d’entreprises en grande difficulté financière, qui venait d’être embauché par Michel Ohayon pour redresser la situation de Go Sport, vient d’être remercié par le même, moins de 2 mois après sa prise de fonctions !

Courrier des lecteurs

  • Bonjour Hubert Je lis toujours avec intérêt et souvent avec délectation tes portraits d’Xtraordinaires. Pour enrichir cette galerie, je me permets de proposer un tandem : Jérome Giaccomoni et Mathieu Gobbi, tous les deux de la 88. Ils ont fondé la société « Aérophile » qui a redonné vie aux ballons captifs dont ils ont installé de nombreux exemplaires dans toutes les parties du monde. On leur doit le ballon d’Airparif au parc André Citroën. J’ai eu l’occasion d’interagir avec eux en 1999 à deux occasions. Jean-Louis Bobin (54) Bien noté pour ma liste d’attente, merci. HLL
  • Merci : mettre en avant cette variété des profils et destins, avec de très belles figures, est une contribution d’intérêt général…! Je passe de mon côté un peu de temps à combattre ce que j’appelle « la fabrique du pessimisme », pessimisme médiatique, et médiatisé par de grands acteurs associatifs. Continue tes portraits ! Jean de Bodman (69)
  • Non je ne me désabonnerai pas, car je les lis toujours intégralement avec beaucoup d’intérêt. Bonne continuation. Confraternellement, Félix Bogliolo (72)
  • Cher Hubert, Merci beaucoup pour cette attention amicale qui me touche. Ton texte est très beau mais tu me pardonneras de te proposer quelques petites modifications… Je lis la plupart de tes lettres avec intérêt ! Amitiés, Vianney Bollier (64). Fait, HLL.
  • Cher camarade, Merci de m’avoir inscrit, j’apprécie ta verve au travers de ces portraits. Amicalement, Gérard Bontron (57).
  • Merci Hubert, Je continuerai à lire avec beaucoup d’intérêt tes portraits ! Amitiés, Pascal Bouillon (79).
  • Cher camarade, Merci de m’avoir inscrit sur ta liste, car j’apprécie beaucoup ces portraits que tu nous envoies. Bien cordialement. Michel Brouillard (58)
  • Cher camarade, Merci pour cette inscription. Je lis tes portraits avec intérêt. Amicalement. Henri Cesbron Lavau (68).
  • Hubert, merci de me citer dans ton palmarès juste après Coriolis ! Mon seul mérite est d’avoir découvert les grands mystères de l’Univers et de la vie, et de faire partager aux autres mon étonnement et mon enthousiasme. Michel Galiana-Mingot (68) www.mgm-ec.fr
  • Cher Camarade, un grand merci. J’apprécie bcp tes portraits d’Xtraordinaires. Je ne me souviens pas d’avoir vu son nom (peut être omission de ma part) sinon, je suggère un nom, celui de notre camarade Truelle, DG des App Auteuil. Bien cordialement. Jérôme Granboulan (74). Merci. Je l’ajoute à la liste d’attente. HLL.
  • Bonjour et merci bien pour cet ajout, promesse de documents très intéressants ! Bien cordialement. Aude Guignard ( ?).
  • Cher camarade, Merci. Tes Portraits sont toujours très intéressants, je ne me désinscrirai donc pas de la liste. Bien amicalement. Christian Guittet (70).
  • Cher Hubert, Merci, c’est passionnant comme toujours. J’ai notamment lu avec intérêt le portrait de Cécile Rastoin (X88) et commandé son dernier livre. Il pourrait être intéressant de rappeler l’engagement de Sœur Cécile auprès de la communauté polytechnicienne : membre du Bureau du groupe X-Mémorial, elle compile chaque année avec minutie la liste des camarades qui nous ont quittés, de façon à ce qu’un hommage leur soit rendu lors des commémorations de fin novembre organisées par X-Mémorial. Amicalement. Olivier Herz (79). Fait. HLL
  • Un grand merci, cher Hubert. Toutes mes amitiés à vous deux. Pierre Laszlo (X d’honneur).
  • Bonjour cher Hubert, Je découvre tes portraits, qui montrent la belle diversité de trajectoires des X ! Avec plaisir pour rejoindre ton patchwork … Laure Lignon (06)
  • Hubert, Je te remercie pour tes portraits que je lis et que  j’apprécie beaucoup. Tu es un homme de coeur, et de tête bien sûr.  Bien à toi. Jacques Marvillet (61).
  • Merci ! Alexandre Maymat (87)
  • Cher Camarade, J’ai toujours grand plaisir à lire tes portraits. La variété des destinées humaines me fascine. Si tu peux me laisser accéder à ces documents j’en serai très heureux. Cordialement. Serge Perrine (71).
  • Cher camarade, Très touchée d’être dans les portraits DallaX ! quel honneur ! J’ai regardé avec intérêt les autres dans cette « série » que je découvre. Quelle est diverse et variée notre communauté polytechnicienne ! Pour ce qui est de mon portrait, une petite nuance : j’ai passé mon doctorat en « astrophysique et techniques spatiales », cela précise de quelle physique il s’agit et confirme mon goût pour le ciel ! Je n’ai pas vraiment été influencée par mon frère dans mon choix vocationnel, malgré les apparences… mais je ne vais pas ergoter là-dessus. Plus que la génétique, c’est certainement l’apprentissage de l’hébreu qui nous a aimantés vers la Torah. Autre bémol j’ai été prieure de 2012 à 2018 et le suit à nouveau depuis 2021. Notre Ordre du Carmel étant de la catégorie « mendiant » (comme les franciscains et les dominicains) il est démocratique avec des élections tous les trois ans (et une limite de six ans d’affilée sauf exception)). Voilà pour la petite précision mathématique sur la durée des mandats… Je travaille actuellement pour qu’Edith Stein devienne Docteur de l’Eglise (le plus haut titre honorifique de l’Eglise catholique). Cela serait hautement symbolique et porteur car elle a écrit de belles choses sur le peuple juif et sa mission actuelle. Mais surtout merci de ta créativité pour faire connaître que l’X mène à tout. Sr Cécile Rastoin (88). Chère soeur (est-ce ainsi qu’il faut t’appeler ?), je te remercie de ton gentil commentaire qui me fait très plaisir. Je le publierai in extenso dans ma lettre de mars mais j’ai d’ores et déjà modifié ma lettre de février pour y inclure le thème de ta thèse et ta réélection, dont je te félicite. Bien à toi. HLL
  • Merci, cher Hubert, pour cette mise à l’honneur au milieu de bien plus prestigieux camarades. Il y a quelques petites erreurs sans importance, mais je note que tu es au plus près de l’actualité avec ma mise en cause du site de la bataille de Gergovie. J’espère que tu en auras de bonnes nouvelles.  Bien à toi. Kléber Rossillon (73).
  • Cher Hubert, Je découvre ta feuille mensuelle : superbe initiative. Je me suis abonné à ton blog. Et espère que mes pérégrinations improbables te feront passer un bon moment. Cordialement. Rolland Russier (67).
  • Cher camarade, Je regarde avec plaisir et intérêt tes biographies sur des X extraordinaires. Si cela peut t’intéresser, et pour changer de la biologie moléculaire ou de l’informatique quantique, je te signale des X ingénieurs militaires géographes… Adrien Durand… Pierre Peytier… Jean Baptiste Coraboeuf… Jean Prosper Testu…. Ces quatre X sont ainsi parmi les premiers vrais pyrénéistes des hautes montagnes. Avec mon bon souvenir, Christian Saint Guilhem (56). Bien noté, je les mets sur ma liste d’attente, merci. HLL
  • Merci Hubert, tu fais là une fois de plus un beau et bon travail. Amitiés. Daniel Tardy (53).
  • Merci Hubert, c’est une bonne lecture. Avec ma fidèle amitié pour vous deux. François de Wissocq (53). 

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur du Mus’X

PS Suite à un alourdissement des modalités de facturation de mailchimp, ce message vous est dorénavant envoyé via polytechnique.net, dont je remercie les responsables pour leur efficacité.

En application du RGPD, vous pouvez vous désabonner en cliquant ici.

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #16

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

Philippe_Bunau-Varilla en 1924
  • Philippe Bunau-Varilla (X 1878), panaméen

Né à Paris en 1859 de père inconnu, Philippe entre à l’X en 1878 et en sort dans le corps des Ponts. Il part à Panama en 1884 pour participer à la construction du canal lancée par Ferdinand de Lesseps. Il est quelque temps directeur général de la Compagnie universelle du canal interocéanique de Panama. Après un retour en France dû à la fièvre jaune, il crée avec son frère Maurice une société qui obtient le contrat de la section la plus délicate du canal, le massif de Culebra, avec les écluses conçues par Eiffel. Mais en 1889 la faillite de la Compagnie Universelle le contraint à rentrer en France. Les petits actionnaires sont ruinés mais il a fait fortune ! Il échappe aux poursuites qui mènent Lesseps et Eiffel en prison et se lance dans la presse, en achetant Le Matin, tout en continuant à s’occuper du projet de canal. Il participe à la sécession de Panama, alors partie de la Colombie et à la signature en 1903 d’un traité dit Hay-Bunau-Varilla entre Panama et les USA. Abrogé seulement en 1977, ce traité donne aux USA la souveraineté sur la zone du canal qui sera enfin achevé en 1914.

Après Panama, Philippe s’occupera de chemins de fer en Espagne, au Portugal et au Congo belge et même du métro parisien avant d’être happé par la guerre de 14-18. Il perd une jambe à Verdun, ce qui ne l’empêche pas d’inventer un traitement de l’eau potable pour les tranchées, qui sera baptisé Verdunisation. Il écrit de nombreux livres depuis Panama, le passé, le présent, l’avenir. Panama, le trafic (1892) jusqu’à De Panama à Verdun. Mes combats pour la France (1937). Il meurt en 1940 à Neuilly sur Seine. Il avait épousé en 1889 Ida de Brunhoff, dont la soeur Sophie avait épousé peu avant son frère Maurice. La jaune et la rouge a recensé un livre sur Philippe et son frère en 2008.

  • Gaspard Coriolis (X 1808), mécanicien
Gaspard-Gustave de Coriolis, par Zéphirin Belliard (1841)

Né le 21 mai 1792 d’un père membre d’une famille influente au sein de la noblesse de robe provençale et d’une mère membre d’une famille d’aristocrates lorraine, Gaspard-Gustave de Coriolis est l’ainé de 6 enfants dont 3 meurent en bas âge. Très précoce, il entre en math spé à 14 ans à Nancy et intègre l’X 8ème sur 157 à 16 ans ! Il en sort dans le corps des Ponts. Après diverses affectations en service ordinaire, il obtient d’être nommé en 1817 répétiteurr du cours d’analyse et de mécanique donné par Cauchy. En 1829, il devient professeur d’analyse géométrique et de mécanique générale à Centrale puis en 1831 professeur de mécanique appliquée aux Ponts. Il est élu en 1836 à l’Académie des sciences et est nommé directeur des études de l’X en 1838 jusqu’à sa mort en 1843.

Coriolis a écrit de nombreux ouvrages dont Théorie mathématique des effets du jeu de billard et, ce qui lui vaut sa renommée, Sur les équations du mouvement relatif des systèmes de corps, où il montre que, pour un corps en mouvement sur la surface d’un solide en rotation, il faut ajouter à l’accélération une force perpendiculaire à la vitesse, qui a pour conséquence d’imposer une trajectoire courbe à un corps qui autrement se déplacerait de façon rectiligne. Sur terre, la force de Coriolis détermine la direction générale des vents alizés et des courants marins et explique la rotation des ouragans et des tornades.

Dans Un mathématicien, théoricien de la mécanique appliquée, (2011), Alexandre Moatti (X 78, notre lettre de janvier 2023) explique que Coriolis fait le lien entre la mécanique rationnelle des géomètres et la mécanique appliquée à l’industrie naissante des machines.

Michel Galiana-Mingot
  • Michel Galiana-Mingot (X 68), métaphysicien

Entré à l’X en 1968, année agitée en France y compris sur la Montagne, Michel Galiana-Mingot (MGM) s’intéressait déjà à l’astrophysique. En poursuivant des études ultérieures, il s’est dirigé vers la direction d’entreprises : après une première expérience industrielle, Michel rejoint SONY en 1979. Il prend la direction de la filiale française en 1984, puis celle des opérations Europe en 1993. Il quitte le groupe en 2002 pour mener des missions de retournement, en France comme à l’international et rejoint FONTENAY Operating Partner en 2007. Il retrouve en 1990 sa passion pour l’astrophysique après une rencontre avec l’astrophysicien Michel Cassé, grand spécialiste des étoiles. Puis il se plonge dans les mystères de l’origine de la vie, de l’hominisation et de l’apparition de la conscience. Dans ce parcours, il découvre comment le cosmos et la vie se formaient par les lois de l’émergence et de l’auto-organisation. Éclaircir les mystères de l’Univers et de la vie, et découvrir le sens profond du monde, sont devenus un projet personnel qu’il résume dans Les clés secrètes de l’Univers (2021), suivi de L’univers millefeuille (2022). Michel Cassé nous en dit : « Homme triple, de direction (il est droit), de décision (il est décidé) et de réflexion (il est érudit), MGM déroule devant nous le tapis étoilé et fleuri de la cosmobiologie. Cet honnête homme du XXIème siècle descend le temps comme un fleuve et engrange connaissance sur connaissance depuis la source de la matière jusqu’à l‘embouchure de la vie et de la conscience. Avec une maestria digne d’Hubert Reeves, il partage sans compter les bontés du ciel et de la vie. Rien n’est laissé au hasard, ou plus exactement, la part qui revient au hasard est légitimée… La valeur scientifique et pédagogique de cette somme de savoirs fait de MGM un nouveau guide des égarés. »

  • Jérémy Harroch (X 03), artificier
Jérémy Harroch (ActuIA.com)

Jérémy entre à l’X en 2003. Il passe en 2007 un master en mathématiques financières à NYU. Après deux ans à Knight Capital group, il crée Quantmetry, une société d’Intelligence artificielle de pointe, aujourd’hui leader français du conseil en IA. Quantmetry fournit des services professionnels aux principales assurances, banques et institutions financières internationales, Telco, Énergie, Transport, Automobile, Fabrication, Énergie, Cybersécurité, Aérospatiale, Pharma en France.

Quantmetry s’est associé en novembre 2022 à Capgemini pour construire Capgemini Invent, un leader de la data et de l’IA. Jérémy en a été nommé vice-président. Vous pouvez trouver la présentation de Quantmetry par Jéremy et Karl Neuberger (X 09) dans la jaune et la rouge de mars 2018.

Jérémy est président du groupe X Intelligence artificielle (XIA), groupe X qu’il a créé en 2018 pour promouvoir le partage autour des initiatives liées à la donnée. Il mérite bien son nom (le chef en hébreu !).

  • Jean-Pierre Lefoulon (X 53), mécène
Jean-Pierre Lefoulon

Né à Villeurbanne en 1932, Jean-Pierre faisait partie de la grande promo 1953 qui vient de perdre son doyen Paul Vecchiali (notre lettre d’avril 2022). Il a été longtemps directeur des départements des marchés financiers et de la trésorerie de la BNP et je lui ai souvent emprunté de l’argent lorsque j’étais trésorier de la Société générale !

Grand philanthrope, il était conseiller financier bénévole du diocèse de Paris et de la Fondation des Bernardins et avait créé en 2000 avec son épouse Thérèse, la fondation Lefoulon-Delalande, abritée par l’Institut de France, qui remet chaque année un Grand Prix scientifique très largement doté et soutient la recherche biomédicale dans le domaine cardio-vasculaire, et en faveur des enfants malades.

Sa fondation a participé au financement du musée de l’X ainsi que de l’amphithéâtre de l’Institut ou de la réfection de la Fondation Kerylos à Beaulieu, où il se retrouve aux côtés d’un autre grand donateur, Jean-René Fourtou (X 60).

Jean-Pierre est mort le 2 février 2021 à Garches des suites du covid 19, laissant derrière lui son épouse Thérèse et ses deux fils Vincent et Paul. Xavier Darcos, chancelier de l’Institut, lui a rendu un vibrant hommage lors de la séance de remise des prix de l’Institut 15 février 2021.

  • Alexandre Maymat (X 87), homo sapiens
Alexandre Maymat en 2019

Après une prépa à Janson, Alexandre entre à l’X en 1987 et en sort dans le corps des administrateurs de l’Insee. Après l’Ensae, il passe 4 ans à l’Insee (1992-96) avant de devenir attaché financier auprès du représentant permanent de la France auprès de la CEE (1996-99) puis secrétaire adjoint du Comité économique et financier. Il entre en 2001 à la Société générale qui lui fait faire le tour de banque habituel avant de l’envoyer diriger sa filiale camerounaise (2009-12). En 2012, il est nommé directeur délégué de la Banque de détail à l’international avant de devenir en 2013 directeur des réseaux bancaires internationaux, région Afrique, bassin méditerranéen et outre-mer puis directeur de Global Transaction and Payment Services en 2019, avec un siège au comité de direction de la banque.

Marié et père de 4 enfants, ses collègues découvrent avec stupéfaction qu’il a maintenant un mari ! Il lui aura fallu attendre la cinquantaine pour qu’il puisse faire son coming out, d’abord à lui-même, puis auprès de ses collègues de la SG. Le 17 mai dernier, il poste un texte sur LinkedIn pour ôter le « masque » et aider tous les collaborateurs LGBT+ à se libérer. Dans une interview du aux Echos du 15 décembre 2022, il dit : «Avant mon coming out, j’étais une caricature de l’élite à la française : polytechnicien, blanc, catholique, bourgeois, français, banquier, hétérosexuel, père de 4 enfants… ». Un vrai homo sapiens !

  • Cécile Rastoin (X 88), carmélite

Issue d’une grande famille catholique marseillaise, Cécile Rastoin fait sa prépa à Louis le Grande et entre à l’X en 1988 à la suite de son père Jean (X 51, Armement) et de son grand-père Edouard (X 19, industriel).

Cécile passe son doctorat de physique en astrophysique et techniques spatiales en 1995 et, la même année, peut-être inspirée par son frère Marc, devenu jésuite en 1988, elle entre comme moniale, sous le nom de Sœur Cécile de Jésus Alliance, au Carmel de Montmartre, rue du Chevalier de la Barre. Elle en est élue prieure en 2012 jusqu’en 2018 et à nouveau en 2021.

Cécile sort de temps en temps de son isolement : on a pu l’entendre prêcher un dimanche de Carême à Notre Dame de Paris en 2015. En outre, membre du Bureau du groupe X-Mémorial, elle compile chaque année la liste des camarades qui nous ont quittés, de façon à ce qu’un hommage leur soit rendu lors des commémorations de fin novembre organisées par X-Mémorial à l’église Saint Etienne du Mont.

Elle a écrit plusieurs ouvrages sur Edith Stein, dont Edith Stein et le mystère d’Israël (1998) et Edith Stein (2007, poche 2021). Edith Stein est une juive polonaise née en 1891, convertie en 1922, devenue carmélite en 1935 sous le nom de sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, assassinée à Auschwitz en 1942 et canonisée en 1998. Polyglotte, elle étudie l’hébreu biblique depuis son enfance, Cécile traduit des œuvres d’Edith Stein et d’autres penseurs juifs et chrétiens contemporains.

Pierre Laszlo a fait le portrait de Cécile dans la Jaune et la Rouge de décembre 2016.

  • Kléber Rossillon (X 73), muséographe
Kléber Rossillon

Né en 1955 à Beynac de Philippe Rossillon, énarque, ancien maire de Beynac-et-Cazenac et de Véronique Seydoux, héritière de la famille Schlumberger, Kléber entre à l’X en 1973. Sorti dans l’Armement il travaille quelques années pour le programme Ariane. En 1995 il abandonne sa carrière dans l’aéronautique pour se consacrer à sa passion des châteaux qui lui vient de ses parents qui avaient acheté en 1965 le château de Castelnaud (Périgord), alors en ruine, qu’il aide à rénover et transformer en une sorte de musée de la guerre au Moyen-Age.

Rattachée au groupe familial SOFRA, la Société Kléber Rossillon emploie aujourd’hui 200 personnes et accueille près de 2 millions de visiteurs par an dans 12 sites dont les châteaux de Marqueyssac, avec son extraordinaire jardin, Langeais, Murol et Suscinio, la tour de Crest, le train de l’Ardèche, le musée de Montmartre, avec ses jardins Renoir, le mémorial de Waterloo, la réplique des grottes Chauvet 2 et Cosquer Méditerranée à Marseille…

Infatigable, Kléber s’attaque maintenant à Gergovie et serait candidat, face à des mastodontes comme Culturespaces ou le Centre des Monuments nationaux, pour reprendre la gestion du musée Jacquemart André !

Kléber préside la FNASSEM (Fédération nationale des associations de sauvegarde des sites et des ensembles monumentaux) et est membre de l’ASVD (Association pour la sauvegarde de la vallée de la Dordogne) qui lutte pour la destruction du pont de déviation de Beynac, déjà à moitié construit, accusé de défigurer la vallée.

Marié en 1985 avec Martine Galland-Brzezinski, Kléber a 5 enfants : Marguerite, X 2006, professeur de maths à Singapour, Suzanne, Geneviève, HEC 2013, qui lui a succédé en 2017 à la tête de sa société, Marius et Lazare, nés avec une régularité toute polytechnicienne tous les deux ans de 1986 à 1994. Plus fort en gestion de sites qu’en gestion financière, il a perdu quelques millions dans l’affaire Madoff et a essayé de se retourner, sans succès, contre sa banque. Sait-il que, même si la mini-réforme de Macron est votée, il risque de perdre également sa retraite qui est basée, comme le système Madoff, sur une pyramide de Ponzi ?

  • Jacques Stern (X 52), étoile informatique
Jacques Stern en 1953

Né en 1932 à Paris, de Dora Braejman et Léon Stern, tailleur juif arrivé de Pologne dans les années 20, Jacques passe la guerre caché dans une ferme avec sa soeur près de Chartres. Après des études à Chaptal puis à Saint Louis, il entre à l’X en 1952 avec le numéro 158 sur 229, assorti du statut de surnombre, qui lui vaut un engagement de servir l’Etat pendant 6 ans, contresigné par son père (à ne pas confondre avec surlimite, statut infligé à Vecchiali, doyen de la 53 – qui sait encore ce que cela signifie ?). Il sort de l’X avec le numéro 78 et enchaine avec Supaéro puis un master of sciences à Harvard. Il commence sa carrière en 1960 comme ingénieur militaire de l’air, au Service technique des télécommunications de l’air, responsable du développement des systèmes informatiques pour la défense aérienne. Ayant terminé son engagement sexennal, faute de quoi il aurait dû rembourser à l’Etat ses frais de scolarité, d’alimentation et de trousseau (sic), soit 855.688 F, il quitte le service de l’Etat en 1964 pour fonder la Société d’études des systèmes d’automation (SESA), remarquable start-up à l’origine de beaucoup d’innovations dont Transpac, l’ancêtre d’Internet.

Il quitte la SESA en 1982 pour prendre la présidence de CII-HB qui vient d’être nationalisée et devient BULL S.A. en 1985, par absorption de SEMS et Transac. Il est remplacé en 1989 par Francis Lorentz, juste avant le calamiteux rachat de Zenith Data Systems et crée Stern Computers Systems.

Membre fondateur de l’Académie des technologies, Jacques a participé, en particulier, aux travaux de l’Académie dans le domaine des technologies de l’information et de la communication.

Jacques Stern remet les prix de la Fondation Janine et Jacques Stern à l’ORT Strasbourg en janvier 2020

Avec son épouse Janine, qui lui a donné 3 fils, tous scientifiques (Marc-Henri, directeur de recherche à l’Institut Curie, Paul-Eric, président de Stern Systèmes d’Information et Laurent, informaticien chez Fnac Darty), il a créé la Fondation Janine et Jacques Stern, en souvenir de ses parents immigrés. Celle-ci attribue chaque année des bourses d’études et des aides pour le soutien scolaire à des élèves de collèges et de lycées.

Jacques est mort en février 2021. Jacques Arnould (X 54) lui a consacré une notice dans la Jaune et la Rouge 764 (avril 2021).

Bis repetita

  • Jean-Marc Daniel (X 74, notre lettre de septembre dernier) vient de sortir un nouveau livre : Redécouvrir les physiocrates, plaidoyer pour une économie intégrant l’impératif écologique, où il s’attaque à ce qu’il appelle les « pagano-gauchistes », qui reprennent, par les mouvements politiques écologistes, les critiques contre le capitalisme et l’économie de marché qui constituaient le fondement des idées marxistes. Critique du keynesianisme et partisan de réhabiliter François Quesnay, père des physiocrates, il prône le quesnaysianisme
  • Laurent Guillot (X 90, notre précédente lettre), a réussi à remettre Orpea à flot, en convainquant ses créanciers d’abandonner 3,8 G€ de dettes, avec l’aide de la Caisse des Dépôts qui y met 1,5 G€ d’argent frais et en prend le contrôle. Nous pouvons maintenant y mettre nos parents sans crainte qu’ils soient maltraités 😊

Courrier des lecteurs

  • Salut Hubert, Merci beaucoup pour cette nomination ! Voici une version légèrement corrigée sur quelques faits. Mais j’apprécie ton intérêt et j’espère qu’on puisse donner à beaucoup de jeunes X l’envie d’entreprendre ! Bien Cordialement, Karim Beguir (X 97). Merci de ta réponse. Correction effectuée. HLL
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  • Bonjour cher Hubert, Avec retard, je te remercie de m’avoir classé dans les X traordinaires ! Je suis très honoré de côtoyer d’autres camarade prestigieux ou courageux que tu as distingués. J’ai lu le livre de notre camarade Michel Galiana-Mingot, X1968 : Les clés secrètes de l’Univers, Avec beaucoup d’intérêt, et je le recommande. Je ne le connais pas personnellement. Je te le signale à ton attention, comme potentiellement Extraordinaire. Et bonne année ! Jean-Loup Bertaux (X 61). Bien noté, merci. HLL.
  • Cher camarade, Je vous remercie pour votre courriel, et pour cette inscription. Je pense que la qualification du prix Shaw comme “sorte de médaille Fields asiatique” doit être rectifiée. La médaille Fields est réservée à des mathématiciens âgés de moins de 40 ans. Le prix Shaw est un prix fondé à Hong Kong, qui fait partie de la liste des grands prix de mathématiques au niveau mondial avec le prix Abel.  Le prix Shaw n’est pas spécialement asiatique, son jury est international, et ses récipiendaires viennent de partout, plusieurs parmi ceux-ci sont d’ailleurs Français. Avec mes remerciements. Jean-Michel Bismut (X 67). Merci pour tes explications que j’insérerai dans ma prochaine lettre. Etant également intéressé par l’histoire des séfarades, j’en profite pour te demander des précisions sur tes origines portugaises. Merci d’avance. HLL
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  • Merci Hubert pour ces formidables portraits mensuels ! Je ne m’en lasserai jamais… J’aimerais tant écrire le tien – si cela n’a pas déjà été fait. Amitiés. Yann Duchesne (X 77). Merci, cher Yann. C’est déjà fait. Pierre Laszlo a écrit mon portrait dans la Jaune et la Rouge de juin 2022, en me qualifiant gentiment de brillant et tenace ! HLL.
  • Un grand merci pour cette galerie de portraits si divers, tant par les origines que par leurs contributions. Animée avec verve et enthousiasme comme un feuilleton de la grande veine littéraire. Qui met en valeur la richesse de ce vivier peut-être pas assez connu. Ton énergie, ton éclectisme et ton sens de l’animation méritent d’être mis en avant pour valoriser la réforme des retraites. A en juger par l’ardeur à la tâche et le pétillement primesautier qui s’en dégagent, conjugués à l’année de ta promotion, l’âge pivot peut allègrement reculer J Qui en touchera un mot à Elisabeth ? Amicalement. Philippe GEORGES (79). Merci infiniment. HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur du Mus’X

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #15

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé. Une année 2023 qui commence bien. Et j’en ai encore pas mal sous le pied !

Max Barel en Grand uniforme © Max Barel par Janine Portal, 1951. Musée de l’Armée
  • Max Barel (X 33), résistant
Plaque située rue Max Barel à Menton

Né à Menton en 1913, Max Barel suit des études secondaires au collège de Nice. Il entre en math spé à Saint Louis en 1931. Reçu à l’X en 1933, il y fonde une cellule communiste : le cercle d’études marxiste. Lieutenant d’artillerie en 1940, il reçoit la croix de guerre avec étoile d’argent durant la bataille de France. Après la défaite, il refuse de prêter serment à Pétain et demande un congé d’armistice. Après des études à l’Institut électrotechnique de Grenoble en 1941, il entre aux Ateliers de construction électrique Delle à Villeurbanne, tout en étant commandant FTP (Francs-Tireurs et Partisans, branche communiste de la Résistance) et fondateur de l’UCIFC (Union des cadres industriels de la France combattante). Arrêté à Lyon le 6 juillet 1944 par la Gestapo, il y meurt le 11 juillet 1944 sous la torture, après cinq jours d’interrogatoire mené par Klaus Barbie. Il avait deux enfants, Annette et Jean. Son père, Virgile Barel, député communiste de Nice de 1936 à 1939 et réélu plusieurs fois de 1946 à 1978, n’aura de cesse qu’il y ait un Procès Barbie, afin que justice soit faite contre le boucher de Lyon.

  • Karim Beguir (X 97), intelligent
Karim Beguir

Franco-Tunisien, Karim entre à l’X en 1997 après une prépa à Janson. Il passe en 2003 un Master en mathématiques appliquées et finance à NYU en double diplôme avec l’ENSAE. En 2014, il fonde avec 2000 € et 2 ordinateurs InstaDeep, une start-up spécialisée dans l’intelligence artificielle, qui devient rapidement un des leaders de l’IA appliquée à la santé, aux transports et à la logistique, avec des bureaux à Paris, Boston, Tunis, Lagos, Dubaï et Le Cap. Instadeep a été sélectionnée à 3 reprises par CB Insights comme l’une des 100 start-ups d’IA les plus prometteuses au monde

Instadeep développe des produits d’IA brevetés tels que sa plateforme de conception de protéines DeepChain et collabore avec de grands groupes comme Google, DeepMind, Nvidia et Intel. Elle a de nombreuses cordes à son arc, comme l’optimisation du trafic ferroviaire à très grande échelle avec la Deutsche Bundesbahn ou le système de détection des variants du Covid avec BioNTech, la biotech allemande qui a fait fortune avec le vaccin à ARN Messager contre le Covid. Entrée dans le capital d’Instadeep au début de 2022, à l’occasion d’une levée de fonds de 100 M$, BioNTech annonce aujourd’hui l’acquisition de la totalité d’Instadeep pour 636 M€. Voir l’interview de Karim sur BFM dans Good Morning Business du 26 janvier.

  • Jean-Michel Bismut (X 67), mathématicien
Jean-Michel Bismut

Né en 1948 à Lisbonne, Jean-Michel Bismut entre à l’X en 1967 et en sort dans le Corps des mines. Après un doctorat d’Etat en mathématiques à Paris VI et quelques années de service à Marseille, il enseigne à l’X de 1975 à 1987 et à Orsay à partir de 1981. Il a reçu en 1984 le prix Montyon et en 1990 le prix Ampère de l’Académie des sciences, dont il est membre depuis 1991. Il est également membre étranger de l’académie des sciences américaine et il a reçu en 2021 avec Jeff Cheeger le prix Shaw, sorte de médaille Fields asiatique, pour leurs idées remarquables qui ont transformé la géométrie moderne, notamment en matière d’optimisation stochastique et de de géométrisation des probabilités.

Jean-Michel a écrit des centaines d’articles et des dizaines de livres depuis Mécanique aléatoire (1981) jusqu’à Hypoelliptic Laplacian and Bott-Chern cohomology (2013). Cliquez ici pour plus de détail sur ses impressionnants travaux.

  • Jean-Paul de Gaudemar (X 67), francophone
Jean-Paul de Gaudemar

Né en 1947, Jean-Paul de Gaudemar entre à l’X en 1967. Après un doctorat d’État en sciences économiques et l’agrégation en sciences économiques et de gestion, il commence sa carrière en 1971 à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne avant d’être nommé en 1976 Professeur de sciences économiques à l’université d’Aix-Marseille. Il a ensuite été directeur puis président du comité scientifique de la Datar (1982-94), recteur de l’académie de Strasbourg (1991-97) puis de Toulouse (1997-2000), directeur de l’enseignement scolaire au ministère de l’Éducation nationale (2000-04) puis recteur d’Aix-Marseille (2004-12).

De 2012 à 2015, Jean-Paul est successivement conseiller éducation auprès de Jean-Marc Ayrault, conseiller spécial au cabinet de Geneviève Fioraso puis conseiller enseignement supérieur et recherche auprès de Najat Vallaud-Belkacem. Il est nommé en 2015 recteur de l’Agence universitaire de la francophonie.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels « La mobilisation générale » (1979), « L’Ordre et la production » (1982), « Dimension régionale et compétitivité internationale » (1989) et « Mobilité du travail et accumulation du capital » (2015). Il vient d’écrire Francophonie meurtrie (l’Harmattan, 2022).

Si je ne craignais pas de passer pour un vulgaire délateur, je lui signalerais que Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, s’est adressé en anglais devant un public majoritairement francophone lors de la Conférence de Paris le 15 décembre dernier à l’OCDE, dont le français est pourtant l’une des 2 langues officielles. Mais il n’était pas le seul : un débat entre 4 grands patrons français, animé par une journaliste française, s’est déroulé également en anglais. J’ai sauvé l’honneur en réussissant à convaincre Maurice Lévy, patron de Publicis, qui intervenait ensuite, de faire son intervention en français ! 

  • Julien Gavaldon (X 99), patriote
Julien Gavaldon

Après des études secondaires à Villefranche de Rouergue, dans la France profonde, et une prépa à Toulouse, qui ne l’a pas empêché de pratiquer snow-board, rap, tennis ou cinéma, Julien entre à l’X en 99. A sa sortie, il entre chez Akka technologies de 2004 à 2009 avant de passer 4 ans chez Alten, à la tête de la direction aéronautique spatial défense. Il est depuis 2014 président du directoire d’Astek, un groupe indépendant spécialisé en ingénierie, en conseil en technologie et en système d’information, créé en 1988. Un des leaders du marché, Astek est en forte croissance et a aujourd’hui plus de 7.000 collaborateurs dans 19 pays : 2500+ en France, 1500+ en Pologne, 500+ en Amérique du Nord, 300+ en Asie et au Moyen-Orient.

A la tête d’un groupe d’investisseurs polytechniciens qui se qualifient de « patriotes » – rien à voir avec le microparti de Florian Philippot –  dont Olivier Dellenbach (X 81), fondateur de ChapsVision (notre lettre de novembre 2022),Julien est candidat au rachat de tout ou partie d’Evidian, entité du groupe Atos spécialisée dans la cybersécurité et la dissuasion nucléaire, mise en vente par Atos à 7 G€ pour renflouer sa trésorerie. Mais la partie est loin d’être gagnée car il est en concurrence avec des pointures comme Airbus, Onepoint ou Thalès…

  • Laurent Guillot (X 90), Orpéiste
Laurent Guillot photo Orpea

Né en 1969, Laurent entre à l’X en 1990 et en sort dans les Ponts et chaussées. Après un DEA de macro-économie en 1993 à Paris I, il commence sa carrière en 1996 à la direction de la Prévision du Ministère de l’Economie et des Finances avant de rejoindre en 1999 le cabinet du Ministre de l’Equipement, des Transports et du Logement. Il entre à Saint Gobain en 2002 comme directeur du plan et il en gravit les échelons jusqu’à en devenir DGA en 2019 mais échoue à en être nommé DG lors du départ de Pierre-André de Chalendar en 2021.

Laurent est nommé en juillet 2022 directeur général du groupe Orpéa, leader européen des Ehpad, en remplacement de Yves Le Masne, limogé en janvier 2022 à la suite du scandale créé par les révélations du livre de Victor Castanet Les fossoyeurs, aggravé par des soupçons de délit d’initié. Parallèlement, Guillaume Pépy, ancien pdg de la SNCF, en était nommé président et le professeur Emmanuel Hirsch directeur de l’éthique.

Suite à ce scandale, les finances du groupe ont subi un choc nécessitant une restructuration urgente. A cet effet, Laurent avait 3 mois pour présenter un plan d’amélioration et de transformation. Malheureusement, les négociations entre le consortium d’investisseurs français mené par la Caisse des dépôts et les créanciers financiers du groupe sont au point mort. Nous souhaitons à Laurent de trouver rapidement une solution pour refinancer ses 9 G€ de dette…

  • Mardiros-Dickran Indjoudjian (X 41), visionnaire
Mardiros Dickran Indjoudjian

Né à Paris en 1920, fils de Jeanne Bersani et Meguerditch Indjoudjian, antiquaire arménien qui venait de s’installer en France pour échapper au génocide des Arméniens par les Turcs, Dickran entre en 1941 à l’X, alors repliée à Villeurbanne. Sorti dans les Télécom, il est affecté au CNET qu’il quitte en 1957 après un bref passage en 1953-54 au cabinet de Roger Duchet, ministre des PTT, pour devenir banquier à la direction industrielle de Paribas où il reste jusqu’en 1992. Parallèlement, il a enseigné l’analyse et les statistiques aux Ponts, aux Télécom et à l’ISUP.

Dickran a participé en 1960 à la création de la SEMA, fondée par Jacques Lesourne (X 48) et en était président d’honneur. Il a  été rédacteur en chef de la Jaune et la Rouge et y a longtemps publié des récréations mathématiques et des problèmes de bridge. Il vient de mourir le 1er janvier peu avant de célébrer ses 103 ans. Il avait épousé Georgette Gerbault en 1943 puis, après un divorce en 1985, Marcelle de Caso en 1986. Il a eu 2 enfants : Jean-François et Dominique.

Dans la Jaune et la Rouge 744 d’avril 2019, Pierre Laszlo explique que notre pays lui doit énormément et le qualifie de Mathématicien, Ingénieur, Visionnaire, un de ces per­son­nages qui sus­ci­tent l’admiration dès qu’on les côtoie…

  • Alexandre Moatti (X 78), positiviste
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Né en 1959 à Boulogne-Billancourt, Alexandre fait sa prépa à Louis le Grand, entre à l’X en 1978 et en sort dans le Corps des mines. Il passe une thèse de doctorat en histoire des sciences en 2011 sur Coriolis (X 1808). Il a occupé différents postes dans l’administration, dans l’industrie et dans des cabinets ministériels. Il était candidat pour succéder à Jacques Biot (X 71) en 2018 à la direction de l’X mais la commission de sélection lui a préféré Eric Labaye (X 80). Il a été président de la SABIX de 2006 à 2014. Cliquez ici pour voir son CV complet.

Alexandre a écrit de nombreux articles sur le numérique, sur la critique de la science, sur l’enseignement supérieur et les grands corps et de nombreux livres depuis Les Indispensables mathématiques et physiques pour tous (2006) jusqu’à Aux racines du transhumanisme (2020), dont il explique que le précurseur était Jean Coutrot (X 13, notre lettre d’août 2022) en passant par Le Mystère Coriolis (X 1808). Il vient de sortir Regard sur les élites françaises, l’Institut Auguste Comte.

L’Institut Auguste-Comte pour les sciences de l’action est une météorite de l’action publique : voulu par Giscard d’Estaing dès 1974, « chantier du président », il est malheureusement supprimé par Mitterrand à son arrivée au pouvoir en 1981. Pour la petite histoire, l’Institut était installé sur l’ancien site de l’X sur la Montagne Sainte Geneviève, dont l’AX occupait jusqu’à l’année dernière une petite partie, la « boite à claque » et où un centre international de conférences est projeté sous l’égide de LVMH, la même société qui vient de renoncer à installer un centre de recherche sur le plâtal suite à la bronca d’une minorité agissante – à laquelle Alexandre est loin d’être étranger – qui avait déjà réussi à faire fuir TotalEnergies.

  • Patrick Puy (X 75), urgentiste
Patrick Puy

Entré à l’X en 1975, Patrick suit ensuite les cours de l’Ecole nationale supérieure des pétroles et moteurs. Après un début de carrière dans le pétrole (Total puis Schlumberger), il va accumuler une impressionnante série de postes de direction générale dans l’industrie : Legrand, Moulinex-Brandt (2001), TDF France (2010-13), Arc International (2013-15), Spir Communication (2016), Novartex (2016), Vivarte (2016-19), Alès Groupe (2019), avant de lancer, fin 2021, un fonds de retournement baptisé Équerre.

Patrick est le grand spécialiste de la restructuration d’entreprises en grande difficulté financière, avec quelquefois des pots cassés, mais il aime citer Churchill avec la sueur et les larmes ! Après Moulinex, Arc et Vivarte, il vient d’être chargé début janvier, avec la bénédiction de notre ministre de l’industrie Roland Lescure (X 87), de restructurer Go Sport, propriété de HPB (Hermione People and Brands), holding de Michel Ohayon qui a également déposé le bilan de Camaïeu et risque de faire de même avec GAP France et la Grande Récré…

  • Alfred Sauvy (X 20 S), démographe
Alfred Sauvy par Louis Monier – Getty images

Alfred Sauvy, né dans les Pyrénées-Orientales en 1898. Engagé volontaire, son père meurt au front en 1918. Après des études à Perpignan puis à Paris, il est mobilisé en 1917 et est gazé à Villers-Cotteret, ce qui ne l’empêche pas de devenir un grand rugbyman. Il entre à l’X après la fin de la guerre dans la promo 20 spéciale (qui sait aujourd’hui ce que furent les promos S ?). Il en sort dans la Statistique Générale de la France, ancêtre de l’Insee, et devient en 1938 conseiller de Paul Reynaud qui, sur ses recommandations, supprimera la semaine de 40 heures instituée par Léon Blum, qu’il qualifie de contresens économique, passant la durée de travail à 41,5 heures ! Idem pour l’abaissement à 60 ans de l’âge de la retraite par Mitterrand en 1982, qu’il qualifiait de contresens impardonnable.

Economiste, démographe et sociologue. Inlassable dénonciateur des phénomènes de dénatalité et de vieillissement, Alfred Sauvy est à l’origine de la création de l’Institut national d’études démographiques (INED) dont il est le premier directeur (1945-1962).  Il a été professeur à Sciences Po de 1940 à 1959 et titulaire de la chaire de de démographie sociale au Collège de France de 1959 à 1969.

Il a écrit de nombreux ouvrages depuis Richesse et population (1943) jusqu’à La vieillesse des nations (2001) en passant par L’Europe submergée (1987) où il s’inquiète du déséquilibre entre les évolutions démographiques de l’Afrique qui explose et de l’Europe qui implose : « La question du terrorisme venant du Proche-Orient est dérisoire à côté du déséquilibre qui se profile en Méditerranée occidentale… »

Aujourd’hui, les écrits précurseurs de Sauvy sont hélas ignorés des princes qui nous gouvernent. Elisabeth Borne (X 81) n’en a pas dit un mot dans sa présentation de la réforme des retraites le 10 janvier alors que c’est une question centrale pour un système de retraite par répartition, quand on sait que le rapport cotisants/retraités, qui était de 4 en 1960, est aujourd’hui tombé à 1,7.

Notre démographie n’est certes pas aussi catastrophique qu’après la guerre de 14-18, quand une loi de 1920 avait interdit le préservatif afin d’encourager la natalité après les hécatombes sur les champs de bataille mais quand même, il n’y a eu que 723.000 naissances en France en 2022, le plus faible nombre depuis 1946, alors que la population a cru de 40 à 68 millions, soit +70 %, depuis lors. Et encore, il n’est pas politiquement correct de s’interroger sur l’origine ethnique de ces bébés… On peut donc imaginer ce que dirait Sauvy du dévoiement de la loi Veil, traduit par Améli dans un message très clair : En France, toute femme, majeure ou mineure, peut choisir d’interrompre sa grossesse (IVG ou avortement) et des récentes décisions du gouvernement, qu’Améli vient de me rappeler dans un message personnel : Depuis le 1er janvier 2023, les jeunes de moins de 26 ans peuvent se procurer en pharmacie certains préservatifs sans ordonnance et sans avance de frais. Autre nouveauté, les femmes, à tout âge, peuvent aussi obtenir en pharmacie, sans ordonnance et sans avance de frais, une contraception hormonale d’urgence, (appelée aussi « pilule du lendemain »). [qui vient de valoir au professeur Baulieu d’être promu Commandeur de la Légion d’honneur…]. 

J’ai créé le groupe X démographie en 1995 avec l’appui de Jacques Lesourne (X 48). Ce groupe est hélas en état de mort cérébrale et ce ne sont pas les écrits de bien-pensants comme Hervé Le Bras (X 63) qui le feront renaitre de ses cendres.

Alfred Sauvy est mort à Paris en 1990. Le bulletin de la Sabix numéro 63 lui a été consacré en mai 2019 avec une introduction par Pierre Couveinhes (X 70) sous le titre Une pensée d’une brûlante actualité.

N’ayant pas joint le geste à la parole, il n’a eu qu’une fille, Anne, férue d’alpinisme, que j’ai bien connue.

Bis repetita

  • Philippe d’Iribarne (55, notre lettre de mai 22), a parlé aux anciens HEC de son dernier livre (Le Grand déclassement, notre lettre d’octobre 22) le 25 janvier. Son constat lucide et cruel : le sens du devoir pour beaucoup d’entre nous est malmené par de récentes évolutions, à commencer par une soumission croissante à la fois aux caprices des clients et à ceux des chefs…
  •  
  • Paul Vecchiali (53, notre lettre d’avril 22), a tiré sa révérence en janvier 2023. Grand cinéaste, il était entré à l’X en surli (surlimite d’âge, qui sait encore ce que signifie cette abréviation ?) et avait dû commencer sa carrière comme pitaine de ser. On le voit sur la photo ci-dessous, devant la promotion 1959, saluer le général de Gaulle lors du défilé du 14 juillet 1960.
Le général de Gaulle regarde la promo 59 défiler derrière son pitaine Vecchiali

Courrier des lecteurs

  • Merci, cher Hubert Lévy-Lambert, pour ce petit portrait qui me fait rougir. Bien sincèrement, meilleurs voeux de nouvelle année à tes proches et à toi. Jérôme Bastianelli (90). Merci pour ton gentil message. Vu ta promo, j’aurais préféré te faire jaunir que rougir 🙂 PS Entre temps, Alix vient de m’annoncer que c’est sur toi qu’est échue la lourde succession des portraits de Pierre Laszlo. Tu avais donc des moments perdus 🙂 Bonne année ! HLL
  • Merci, Hubert. Excellent. Je vais suggérer à ma fille de s’abonner aussi. Jacques Biot (71). Pas de problème, même si elle n’est pas dans la tranche d’âge de 7 à 77 ans 😊 HLL
  • Merci cher camarade, on continue à faire des découvertes Jean de Bodman (69)
  • Merci de ce portrait très sympa. Deux remarques – j’ai été « élu » à l’Académie des sciences (pas « nommé ») – dans la formulation on peut penser que c’est mon article qui est une stupidité, alors que c’est l’arrêt de la filière RNR qui est  » un modèle de stupidité ou de cynisme ». Navré que Michel Berry t’ait récusé… Bien cordialement Yves Bréchet (81) Corrigé. HLL
  • Mon cher camarade, voici une présentation vraiment sympathique. Je vois deux pistes de corrections… Avec mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Erwan Chauty (94). Corrigé. HLL
  • Cher Hubert, Décidément, jamais deux sans trois.    Toi d’abord, Pierre Laszlo ensuite, et de nouveau toi. Doux poison des éloges ! Je suis partagé entre la satisfaction et la confusion.,. Mais je n’oublie pas ce que disait Talleyrand : « Rien de ce qui est exagéré n’est signifiant ».   Merci quand même.   Amicalement François Mayer (45).  

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Démographie