Portraits de polytechniciens #1

Chers camarades,

Sous ce titre, Christian Marbach (X 56) a écrit en 2015 un grand livre magnifiquement illustré par Claude Gondard (X 65) [i]. On y trouve la carrière de 300 camarades vivants ou morts, qu’il a sélectionnés parmi les quelque 50.000 diplômés de l’X depuis 1794. Sélection judicieuse puisque j’y suis ! Christian s’est attaché à citer des X qui se sont illustrés de 1794 à nos jours pour la Patrie, les Sciences ou la Gloire, mais aussi des X ayant eu des vocations singulières comme écrivain, prêtre, alpiniste ou archéologue.

S’il prépare une nouvelle édition, je lui recommande quelques camarades qui ont récemment défrayé la chronique, par ordre alphabétique : un ambassadeur, un artilleur, un académicien, un guerrier, une téléphoniste, un politologue, un justicier et une actrice.[ii]

  • Gérard Araud (X 73), ambassadeur

Né en 1953 à Marseille, Gérard sort de l’X dans la Statistique puis fait Science Po (78) puis l’ENA (82) dont il sort dans le Corps diplomatique. Il commence sa carrière comme secrétaire d’ambassade en Israël (1982-84). Après divers postes en administration centrale, à Washington et à Bruxelles, il revient en Israël comme ambassadeur (2003-06). Après un nouveau passage en administration centrale, il est nommé représentant permanent de la France à l’ONU (2009-14) puis ambassadeur aux USA jusqu’en 2019, date à laquelle il prend sa retraite. Il a écrit ses mémoires en 2019 : Passeport diplomatique : quarante ans au Quai d’Orsay et vient de publier Henry Kissinger : le diplomate du siècle. Avec un franc-parler peu commun au Quai d’Orsay, il était connu à Washington comme l’ambassadeur gai[iii] et à New York comme l’homme qui dit non [iv]. Il vient de défrayer la chronique comme conseiller de la sulfureuse société israélienne NSO… Interrogé le 23 février par Renaud Blanc sur Radio Classique, il qualifie les sanctions contre la Russie de cache-sexe de l’impuissance

  • Michel Bignon (X 34), artilleur

Né en 1914, doyen des polytechniciens, Michel Bignon vient de nous quitter à 107 ans ! Passé par le prytanée de La Flèche, Michel avait intégré l’X en 1934 et en était sorti dans l’artillerie. Après une retraite anticipée en 1946, il travaille chez Heurtey à Lacq et à Pierrelatte puis dans l’énergie solaire. Doyen des promos en 4, il avait été interviewé dans La J&R du 31 mars 2014 à l’occasion de ses 100 ans et de la première fête des promos « 10 N + 4 » [v] organisée avec maestria par Marie-Louise Tronc-Casademont (X 74), puis en juin 2020 à l’occasion de ses 105 ans. [vi]

  • Antoine Compagnon (X 70), académicien

Elu à l’Académie française le 17 février 2022, Antoine est né en 1950 à Bruxelles. Fils d’un général, c’est au Prytanée de la Flèche qu’il prépare l’X, dont il sort dans le corps des ponts mais il n’y reste pas longtemps. Il devient docteur en littérature française (1977) puis docteur d’Etat (1985) et enseigne notamment au département HSS de l’Ecole (1978-85), à Columbia (1991), à la Sorbonne (1994-06) et au Collège de France (2006-21). Il a écrit de nombreux livres dont Nous, Michel de Montaigne (1980), Proust entre deux siècles (1989), Les antimodernes (2005) et la série des étés avec : Un été avec Montaigne (2013), avec Baudelaire (2015), avec Pascal (2020). Il vient de sortir Proust du côté juif (Gallimard, 2022). Vous pouvez l’entendre disserter sur ce sujet le 14 avril à 19 h 30 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme[vii] .

  • Bernard Esambert (X 54), guerrier

Né en 1934, Bernard Esambert entre à l’X en 1954 et en sort dans corps des mines. Il occupe différents postes au ministère de l’Industrie puis rejoint le cabinet de Pompidou à Matignon (1967–68), puis celui de Couve de Murville (1968–69) et à nouveau Pompidou à l’Elysée (1969–74). Il y est alors son conseiller industriel, formant avec Parayre (X 57), Stoleru (X 56) et Worms (X 55) les 4 Mousquetaires de la politique industrielle pompidolienne, à laquelle on doit par exemple la centrale de Fessenheim ouverte en 1977…

Après 3 ans au Crédit Lyonnais (1974-77), il entre à la Compagnie financière Edmond de Rothschild (1977-93) puis occupe diverses fonctions importantes dont il parle dans son autobiographie Une vie d’influence (2013). Il a notamment présidé le conseil d’administration de l’X (1985-93) mais il doit sa présence ici au fait qu’il a inventé en 1971 le concept de guerre économique, dont les X sont les officiers, qu’il expose par exemple dans Le Monde (1986) [viii] et La Guerre économique mondiale (1991). Bruno Le Maire s’en serait-il malencontreusement inspiré dans sa déclaration du 1er mars qui lui a valu un tweet menaçant de Medvedev et un rétropédalage suite à un rappel à l’ordre de l’Elysée ?

  • Christel Heydemann (X 94), téléphoniste

Christel est née en 1974 à Clamart d’un père centralien et d’une mère normalienne. Les mauvaises langues diront qu’elle n’a donc pas de mérite ! Elle entre à l’X en 94 et en sort dans les Ponts. Après 2 ans au BCG, elle entre chez Alcatel, devenu en 2006 Alcatel-Lucent. Elle en devient DRH en 2011 et est chargée du dégraissage du groupe voulu par Serge Tchuruk (X 58), apôtre d’une France sans usines, tout le contraire de ce que préconisaient les 4 Mousquetaires susmentionnés… En 2014, juste avant le rachat d’Alcatel-Lucent par Nokia, elle entre chez Schneider Electric dont elle devient Executive vice-présidente, avant d’être choisie pour diriger Orange en avril 2022, remplaçant l’emblématique Stéphane Richard qui a dû quitter prématurément ses fonctions suite à sa mise en examen dans l’affaire de l’arbitrage Tapie.

Christel est l’invitée d’honneur du prochain petit déjeuner polytechnicien le 24 mars [ix].

–        Thierry de Montbrial (X 63), politologue

Né en 1943 à Paris, Thierry entre à l’X en 63 et en sort dans le corps des mines. Il a créé en 1974 le Centre d’analyse et prévision au ministère de la Défense puis en 1979 l’Institut français des relations internationales (Ifri). Il a enseigné l’économie à l’X de 1973 à 2008. Il est membre de l’Académie des sciences morales et politiques depuis 1992. Il est aussi membre associé de nombreuses académies étrangères. Il est également le président de la World Policy Conference (WPC) qu’il a créée en 2008.

Thierry écrit dans le Journal du dimanche du 27 février que « L’Union européenne doit mener une réflexion autonome sur l’avenir de la sécurité du continent ». Selon lui, Au moment où Vladimir Poutine, seul décideur en Russie de la guerre et de la paix, vient de choisir la guerre, l’heure n’est pas à se disputer sur les erreurs commises par les Occidentaux dans leur approche de la sécurité européenne depuis la fin de la guerre froide… Dans une perspective longue, la refondation de la politique étrangère de la France, dont les lignes principales ont été fixées sous la IVe République, devra passer par un retour à la source de la construction européenne, avec le remarquable mélange d’ambitions et de modestie qui la caractérisa. 

  • Thomas Vezin (X 15), justicier
Signature de la convention de chaire entre Total et l’X, 12.2018

Justicier autoproclamé, frais émoulu de l’X, Thomas Vezin s’est bombardé secrétaire général d’une association de contestataires dénommée Sphinx qui a contraint Patrick Pouyanné (X 83), pdg de TotalEnergies à renoncer à installer un centre de recherche sur la décarbonation des énergies sur le campus de l’X, avec l’appui d’Anticor et de Greenpeace. Des X qui tirent contre leur camp ! A noter que le pauvre Pouyanné a maintenant d’autres chats à fouetter avec 30 % de son gaz qui vient de Russie via sa participation de 19,4 % dans Novatek, deuxième producteur de gaz de Russie. BP vient de montrer l’exemple en cédant ses 20 % dans Rosneft et Shell s’apprêterait à faire de même. Mais il y a peut-être du gaz dans le sous-sol français. Comment savoir puisque les écolos ont obtenu l’interdiction de faire ne serait-ce que de l’exploration !

  • Galina Vinogradova (D 14), actrice

Pour terminer cette première liste de portraits d’actualité, en voici un plus original. Issue d’une famille juive du Caucase, Gala Vinogradova est Docteur de l’École Polytechnique en épistémologie appliquée, spécialisée dans l’étude de conflits. Elle joue au théâtre de Nesle depuis le 16 février un émouvant spectacle sur Audrey Hepburn et Anne Frank, qu’elle a rodé avec succès en 2019 au Théâtre dans les Etoiles : Le journal d’Audrey, où Galina est seule en scène au Théâtre de Nesle, jusqu’au 27 mars.

Icône atypique mais forte, Audrey Hepburn a séduit bien au-delà de son époque. Entre Histoire et fiction, drame et comédie musicale, Le Journal d’Audrey évoque la personnalité rebelle et originale de la star en interrogeant sa jeunesse difficile, source de ses engagements inflexibles envers l’enfance bafouée. Audrey s’est forgée un caractère tantôt sage et docile, tantôt libre et sauvage, émergé de l’amour pour son père, nourri par sa passion pour la danse et guidé par son âme soeur, Anne Frank, dont la voix résonne dans son esprit.

Cliquez ici pour réserver.

Bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert X 53

A suivre avec un écologiste, un juriste, un économiste, un philosophe, un réalisateur …


[i] Ed. Sabix, 2015, 368 p. 15 € franco. Cliquez ici pour le commander : Portraits de polytechniciens (sabix.org)

[ii] Pour ceux qui se plaindraient que je ne respecte pas la parité, je rétorquerai que j’ai respecté, sans le vouloir, la proportion actuelle des Xettes, soit une fille pour quatre garçons, sans parler des trans, dont je connais quelques spécimens…

[iii] Don’t call him the Gay Ambassador Vogue, 6 novembre 2014

[iv] Gaspard Dhellemmes, « L’homme qui a dit no », Vanity Fair n°73, octobre 2019, p. 82-87.

[v] Michel BIGNON (34), le doyen – La Jaune et la Rouge

[vi] Michel Bignon (34) : doyen des X – La Jaune et la Rouge

[vii] Proust du côté juif | Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (mahj.org)

[viii]  Ingénieurs mes frères officiers de la guerre économique », dans Le Monde, 9 octobre 1986.

[ix] Il reste très peu de places pour y assister à en présentiel. Vous pouvez à défaut y assister en ligne. Cliquez ici pour plus de détails.

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4 commentaires

  1. Le portrait de Thierry de Montbrial mentionne le Centre d’Analyse et de Prévision comme un service du ministère de la défense. Il s’agit en réalité du ministère des affaires étrangères (M. Jobert à l’époque): cf. JO du 18 mai 1974.

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