La vie de Pierre Pène, Compagnon de la Libération

Article à paraitre dans La Jaune et la Rouge

Un de nos 33 glorieux Compagnons de la Libération (dont 12 à titre posthume), Pierre Victor Pène est né en 1898 à Paris d’un père employé des chemins de fer, originaire de Cier de Rivière (Haute Garonne) et d’une mère normande, professeur de piano. Il est reçu à l’X en 1917 mais n’y entre que dans la promo 20 Spéciale, après avoir fait une guerre brillante dans l’artillerie et avoir perdu son frère Henri, mort pour la France en 1918. Sa biographie a été écrite par son fils Olivier Pène [i]

Ingénieur des Ponts

Sorti de l’X dans les Ponts et Chaussées, Pierre effectue en 1924-25 un stage d’hydrologie à Grenoble où il rencontre Françoise Lévy-Neumand, orpheline de guerre, apparentée à la philosophe Simone Weil[ii]. Elle se convertira au catholicisme pour ne pas déplaire à ses futurs beaux-parents et lui donnera 2 filles, Florence et Annette et 2 garçons, Henri-Didier et Olivier, l’auteur de cette biographie. Il est ensuite affecté à Madagascar puis devient ingénieur en chef des travaux publics d’Ethiopie (1930-33), directement rattaché au Négus Haïlé Sélassié. Il passe ensuite 3 ans à Paris comme secrétaire de la 1ère section du Conseil général des Ponts et chaussées, avant d’être nommé ingénieur en chef d’arrondissement à Soissons jusqu’en 1941. Lors de la « drôle de guerre », il est affecté comme capitaine au 3ème régiment d’Artillerie Coloniale puis au service des Routes de la 7ème Armée, dirigée par le Général Giraud, envoyée en Belgique pour tenter de s’opposer à l’avance allemande avant de se replier précipitamment vers le Sud, au lieu de rester en France pour protéger Sedan.

Pierre Pène, peint par son épouse Françoise

Résistant

Comme pour beaucoup de Français, la débâcle de 1940 est un choc terrible pour Pierre. Avec André Boulloche (X 34) et Jean Bertin (X 19S), qui seront tous deux nommés Compagnons de la Libération, il rejoint l’OCM (Organisation civile et militaire de la Résistance) et son réseau de renseignement Centurie, puis l’Armée Secrète, dans les Ardennes et l’Aisne, qui fait partie de la zone dite interdite, avec divers pseudonymes (Taille, Périco, Portet, Pointis). Il se cache début 44 à Paris après l’arrestation de son chef Roland Farjon (Dufor) et devient, avec le grade de colonel, inspecteur régional des FFI (Forces françaises de l’intérieur, nouveau nom de l’Armée Secrète) en remplacement de Roger Coquoin qui vient d’être arrêté et tué[iii]. Son délégué militaire régional est André Boulloche (X 34) qui est arrêté en janvier 44 et est remplacé par André Rondenay (X 33) qui sera arrêté en juillet 44 et fusillé et sera nommé Compagnon de la Libération à titre posthume. De nombreux autres membres de son réseau sont arrêtés début 1944, dont son chef le colonel Touny, fusillé peu après. Pierre est arrêté le 4 avril 1944, porteur de 800.000 francs en billets neufs et de papiers compromettants. Torturé par la Gestapo rue des Saussaies, il est envoyé à Fresnes puis à St Quentin et à Senlis dont il réussit à s’évader avec Roland Farjon le 10 juin 44, moyennant un poignet cassé. Par mesure de rétorsion, le même jour sa femme Françoise est arrêtée avec toute sa famille et incarcérée à Fresnes pendant 6 semaines.

Les 33 polytechniciens Compagnons de la Libération

Commissaire de la République

Retourné clandestinement à Paris, Pierre reprend contact avec l’OCM et est nommé le 28 juin 44, sur proposition d’Emile Laffon et Michel Debré, Commissaire de la République pour la Picardie et les Ardennes et rejoint avec peine St Quentin avec un ordre de mission signé du Général de Gaulle. Fixés par une ordonnance du 10 janvier 1944, en vue de contrer les projets d’une administration américaine (AMGOT), les pouvoirs de ces 18 Commissaires, sortes de super-préfets,  étaient énormes, mais ils se sont atténués progressivement jusqu’à leur suppression en mars 46 après la démission du Général de Gaulle.

Gouverneur du Pays de Bade

Le colonel Pène en Allemagne

Sur l’insistance de de Gaulle et avec l’appui de Churchill, une petite zone d’occupation avait été attribuée à la France dans le Sud-Ouest de l’Allemagne. Dirigée par le général Koenig assisté d’Emile Laffon, puis par André François-Poncet, elle était divisée en 4 régions, dont le pays de Bade dont Pierre est nommé en été 46 gouverneur, avec ses bureaux à Fribourg en Breisgau et son domicile à Umkirch, dans un château des Hohenzollern ayant appartenu à Stéphanie de Beauharnais. J’aurai le plaisir d’y passer les étés 48 et 49, et de faire connaissance de Pierre Pène, qui se faisait appeler « Excellence », et de toute sa famille, dont l’auteur de ce livre, alors blondinet de 5-6 ans ! Pierre restera à ce poste jusqu’à l’été 52, bien que l’occupation se soit terminée en septembre 49, avec la proclamation de la RFA.

Une reconversion décevante

De retour à Paris, Pierre espère trouver un poste important, à la Haute autorité de la CECA, président d’EDF ou gouverneur général de Madagascar. Il sera déçu car tous ces postes lui échappent malgré ses éminents états de service. Il sera membre de la délégation française à l’AG de l’ONU (52), super-expert au Ministère de la reconstruction (53), membre du cabinet de Chaban-Delmas aux Travaux publics dans l’éphémère cabinet Mendès-France (54), conseiller du gouvernement monégasque pour les travaux publics (55-60), inspecteur général des Ponts et chaussées (60-65), puis membre du Comité d’histoire de la 2ème guerre mondiale. Victime d’un infarctus puis d’un cancer, il s’éteint en 1972, laissant derrière lui son épouse, morte en 1997 et une postérité de 33 personnes vivantes en 2020.

Hubert Lévy-Lambert (X 53), membre de X Résistance


[i] Vérone Editions, 2021. Fruit de plusieurs années de recherches, ce livre de plus de 600 pages est rempli d’anecdotes et assorti de nombreuses notes et d’un volumineux index. On trouvera plus de détails sur Pierre Pène sur le site Pierre Pene et famille et un résumé sur sa page wikipedia .

[ii] Ses mémoires posthumes ont été publiées en 2013 sous le titre « Françoise Pène, La vie d’une femme résistante ». Cf la Jaune et la Rouge d’août-septembre 2015, p 89

[iii] Une plaque à la mémoire de Roger Coquoin et de Pierre Pène a été inaugurée en juin 2019 devant le n° 4, rue des frères Perrier, Paris

Retour vers le passé

Retour sur les GAFAM

Qui ne regrette pas que les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) aient pris tant d’emprise sur nous ? Mais qu’y faire ? Qui d’autre que Google aurait proposé de nouer un partenariat entre le Mus’X et Google Arts & Culture ? C’est une belle reconnaissance qui n’est pas accordée à tous les musées.

Le Mus’X est malheureusement fermé depuis des mois et on ne sait pas quand il sera à nouveau ouvert au public. En attendant, vous pouvez le visiter en virtuel grâce à ce partenariat.

Retour sur la colonisation

J’ai créé fin 2018 l’association des amis du musée du monde séfarade (Amussef) après avoir terminé mes travaux de création du musée de l’X et fusionné Amusix au sein de la Sabix.

Dans le cadre de mes travaux de recherche relatifs au monde séfarade, je viens de tomber sur une pépite : le dictionnaire biographique des Français d’Afrique du Nord, par René Mayer (X 1947), préfacé par Claude Cohen-Tannoudji.

J’en ai fait l’objet d’une lettre spéciale d’Amussef du 18 mars 2021 que je vous invite à lire : Numéro spécial sur les Français d’Afrique du Nord – AMUSSEF

Vous y verrez que parmi les quelques 1500 personnalités recensées dans ce livre, 785, soit plus de la moitié, sont polytechniciens ! En lisant la 4ème de couverture ainsi que la préface de Claude Cohen-Tannouji, qui est de la même promo 53 à Gnouf que moi à l’X, vous verrez que ce livre est assurément un vibrant hommage à la colonisation, quoi qu’en disent certains.

Dans la notice nécrologique écrite en mémoire d’Ivan Chéret (X 1944) pour la Jaune et la Rouge, j’avais osé écrire que ses travaux d’aménagement hydraulique du Sénégal pouvaient difficilement être qualifié de « crime contre l’humanité ». Menacé de censure, j’ai dû faire machine en arrière et retirer cette phrase non politiquement correcte…

Retour sur le grand magnan

J’ai créé le magnan décennal en 2013 avec la participation des promos 1933 à 2003, à l’image des anniversaires organisés systématiquement tous les ans dans les universités américaines, pour resserrer les liens entre les alumni et leur alma mater et les amener à participer à leur financement. Plus de détails sur le site 10nplus3.

Il a été poursuivi avec brio en 2014 par Marie-Louise Tronc-Casademont (64) et en 2015 par une équipe dirigée par Michel Rostagnat (75). Hélas, les sites 10nplus4 et 10nplus5 ne répondent plus mais on trouve des vidéos de 2015 sur  un site de X Israel !

Pris en charge depuis lors directement par l’AX et dénommé grand magnan, avec l’abandon de l’idée initiale de réunir chaque promo à Palaiseau une fois tous les 10 ans et un mélange inopportun avec la fête de la science, il n’a fait que se réduire en peau de chagrin année après année, avant même la crise du covid, tout en restant, selon l’AX, l’un des 3 grands évènements de l’année, avec le colloque et le bal.

La sortie d’un livre sur la promo 1901 conduit à se demander si on ne pourrait pas revenir en 2021 aux fondamentaux de ce projet et faire un vrai magnan décennal des promos en 1, de la 1941 à la 2011 ?

J’ai posé la question aux autorités de l’AX le 5 mars. J’attends la réponse…

Retour sur la Commune de Paris

Lors de la préparation de l’érection du nouveau monument aux morts de l’X à Palaiseau, des discussions avaient eu lieu sur la liste des camarades à y inscrire. Ceux qui étaient officiellement inscrits comme « morts pour la France » y avaient droit sans hésitation mais cette qualification n’existait pas avant la guerre de 14. C’est ainsi que Louis Rossel (X 1862), fusillé par les Versaillais en 1871, n’a pas eu droit à son inscription sur le monument aux morts. J’ai proposé à la Sabix de l’honorer à l’occasion du sesquicentenaire de la Commune. Ci-après sa notice, publiée dans la brochure Pour la Patrie publié par X Monument -Sabix en 2014 :

Louis Rossel (X 1862), colonel, est le seul officier supérieur à avoir rejoint la Commune de Paris. Il y a joué un rôle important comme délégué à la Guerre. Il s’est efforcé par tous les moyens, y compris la révolte, d’empêcher la capitulation décidée par Bazaine, qu’il considérait comme évitable. Il a été fusillé pour trahison le 28 novembre 1871 à Satory, à l’âge de 27 ans malgré les protestations de  Victor Hugo, de  Denfert-Rochereau (X 1842) et de nombreux intellectuels qui le considéraient comme un héros, de même que, de nos jours, le général de Gaulle ou Jean-Pierre Chevènement. Contrairement à Vaneau (1829) en 1830 ou à Duvivier (1812) en 1848, voire à Decugis (1926) en 1944, étant du mauvais côté, il n’aura pas l’honneur d’être considéré comme mort pour la Patrie et d’avoir son nom gravé sur le monument aux morts de l’Ecole.

Pensées par temps de pandémie

C’est le sous-titre du dernier livre de Jean-Pierre Dupuy (X 1960), qui vient de paraitre au Seuil dans la collection Débats sous le titre La catastrophe ou la vie.

Jean-Pierre Dupuy a tenu pendant la pandémie un « journal de pensée » d’un genre spécial : il réagit moins aux événements que nous avons tous vécus depuis le mois de mars 2020 qu’à la manière dont ces événements ont été analysés, discutés. Il le fait à la lumière de sa contribution majeure à la pensée de la catastrophe développée dans un livre fameux et souvent mal compris, Pour un catastrophisme éclairé. Quand l’impossible est certain (Seuil, 2002 ; 2004).

Voici un livre de combat mû par la colère. La colère de voir des intellectuels relativiser la gravité de la pandémie en cours, s’engager dans une critique virulente de sociétés et de gouvernants qu’ils jugent obsédés par la « protection de la vie », au point de sacrifier l’avenir du monde, de l’économie et des libertés publiques. Avec rigueur et détermination, Jean-Pierre Dupuy leur répond et met au jour les erreurs logiques – et scientifiques – qui sous-tendent ces raisonnements, et propose par là même une réflexion passionnante et passionnée sur la mort et la vie au temps de la pandémie.

Editions du Seuil, mars 2021, 276 p. 20 €

Avant de devenir philosophe, Jean-Pierre a enseigné l’économie avec moi au CEPE et à l’ENSAE et a co-signé notamment notre cours d’économie appliquée : Les choix économiques dans l’entreprise et dans l’administration (Dunod, 1973), préfacé par Marcel Boiteux, alors président d’EDF. C’était l’époque où on parlait de Rationalisation des Choix Budgétaires (RCB) et pas de « principe de précaution » et où on n’avait pas honte d’attribuer une valeur à la vie humaine pour établir un ordre de priorité entre investissements concurrents. Mais cette époque est révolue et on dépense quoi qu’il en coûte. Qui a dit « Après moi le déluge » ?

Hubert Lévy-Lambert (53)

Lettres et contes du Barrandien, par Christian Marbach (X 1956)

Mon cher Barrande,

Tu as vraiment de la chance que Christian Marbach (X 1956), l’immortel organisateur des festivités du bicentenaire de notre chère Ecole en 1994, t’ait sorti de l’injuste oubli où tu étais tombé, ainsi que ton fils putatif Jan Neruda, avec l’artistique aide de Claude Gondard (X 1965), alias Claudius Gramedex Gondarov, et l’appui de la précieuse Sabix et des Presses des Ponts (Editions Sabix et Presses des Ponts, 2020, 264 p.).

Pour compléter la présentation de son livre par Marbach lui-même (la Jaune et la Rouge, avril 2020, pp76-78), je me permets de sortir à nouveau de ma réserve, comme je l’avais fait à l’été 2016 en réponse à la préface que Monge avait bien voulu écrire aux Portraits de Polytechniciens du même Marbach (la Jaune et la Rouge, juin-juillet 2016, pp 42-43).

Tu n’avais pas besoin d’expliquer pourquoi tu as choisi, comme ton modèle Chateaubriand, d’écrire ton autobiographie apocryphe en français plutôt qu’en tchèque ou en allemand, puisqu’au début du XIXème siècle l’Europe parlait français. Le traité de Vienne, qui marquait la fin des tentatives napoléoniennes d’unification de l’Europe, n’a-t-il pas été rédigé en français ? Tu n’aurais d’ailleurs pas compris que l’Europe parle maintenant anglais alors même que les Anglais en sont sortis !

J’ai adoré tes anachronismes du genre « The rain in Spain… » de My fair lady (p 61), « candidater » (p 76), les peintres impressionnistes (p 91), les couleurs jaune et rouge qui résument toute la science du monde (p 104), l’éléphant Babar ou Kiri le clown (p 109), l’allusion à la Métamorphose de Kafka (p 121), le soldat Schweik (p 137) ou la nouvelle bête du Gévaudan, rebaptisée Trabant (p 144), voire la première gorgée de bière de Delerm (p 145), les amours d’une blonde de Forman (p 149), Cyrano de Bergerac (p 223) ou Asterix (p 224).

J’encourage mes jeunes camarades nés deux siècles après moi à lire tes lettres et contes, qui leur montreront que la Margeride n’a pas enfanté que la Bête-te-te du Gévaudan, dan, dan mais aussi des polytechniciens dont le Major de la 1819 qui se passionnera pour la géologie de la Bohême, ses fossiles et ses trilobites (rien à voir avec le trio de l’opéra éponyme de Puccini) et en décrira le Système silurien en pas moins de 8.000 pages, après avoir construit un pont sur la Loire avec le Saint-Simonien Paulin Talabot (X 1819 aussi) puis été le précepteur puis l’exécuteur testamentaire du duc de Bordeaux, alias comte de Chambord, alias Henri V, fils miraculeux de l’extravagante duchesse de Berry et petit-fils de Charles X, exilé en 1830 au profit de Louis Philippe l’usurpateur, lui-même remplacé en 1848 par une brève République que j’ai eu l’honneur de diriger quelques jours.

Je suis convaincu que les progrès des études généalogiques permettront bientôt, avec l’appui des tests ADN, du genre My Heritage ou 23andme, de vérifier si Barbora Nérudova était pour toi plus qu’une simple gouvernante et si son fils Jan aurait pu t’appeler papa et non tonton…

François Arago (X 1803) pcc H Lévy-Lambert (X 1953), vice-président de la Sabix

Réponse de Joachim Barrande

Cher ami,

Je viens de lire avec plaisir ton texte, j’ai envie de le commenter mais je me trouve bien embarrassé pour le faire. Dois-je prendre la plume d’oie de Joachim, ou l’ordinateur de Christian ? Dois-je répondre à Arago, un Arago d’ailleurs véritable prophète puisqu’il traite d’anachronismes des faits ou des citations qu’il n’a pas connus de son vivant, ou à Hubert qui se meut dans ce mélange de passé et de futur avec son habituelle dextérité ?

Merci donc pour ton essai, qui me semble indiquer intérêt et indulgence pour ma présentation de notre ancien : sans avoir la vision politique, souvent  lucide, d’Arago, ni son aura scientifique incomparable, Barrande mérite bien quelques pages.

Je pourrais en dire autant de Neruda. Et prenant délibérément l’identité barrandienne, je peux te faire ici une confidence : moi aussi, j’aimerais savoir si je suis son père.

Bien à toi, et excellente année malgré les difficultés de notre époque. Mais Arago et Barrande en ont vécu des bien plus rudes !

Joachim Barrande pcc Christian Marbach

Vers une Europe puissance, par Alain Crémieux

A paraitre dans la Jaune et la Rouge, revue des anciens élèves de Polytechnique

Dans la collection « Questionner l’Europe » dirigée par Bruno Péquignot, qui accueille depuis 2017 des ouvrages qui contribuent aux débats sur les questions européennes, Alain Crémieux, X 55, ingénieur général de l’Armement, examine dans un essai très incisif et documenté, les raisons de l’absence d’une véritable politique de défense commune au niveau de l’Europe et propose une piste pour tenter de remédier à cette fort fâcheuse carence.

Alors que l’Europe a réussi à se doter de nombre de politiques communes, Alain se désole de constater qu’il n’en est pas de même de la défense, malgré l’instauration par le traité de Maastricht (1992) d’une Politique Etrangère et de Sécurité commune (PESC). Il déplore qu’une trentaine de pays, répartis sur 10 millions de km2, regroupant de l’ordre de 500 millions d’habitants (avant le Brexit), avec un PIB représentant près de 20 % du PIB mondial, font un effort militaire global important mais dispersé et seraient incapables de résister à une attaque majeure sans l’aide et le soutien des Etats-Unis, alors que l’OTAN est une organisation dont notre président Macron a regretté l’état de mort cérébrale et dont on ne sait pas si le président Joe Biden considérera l’article 5 comme plus contraignant que son prédécesseur Donald Trump.

Après une analyse des solutions possibles pour remédier à froid à cette situation, Alain propose de créer un Etat confédéral disposant d’une nouvelle constitution. Il serait intéressant de savoir ce qu’en aurait pensé notre ancien Président Valéry Giscard d’Estaing (X 44), hélas disparu récemment, dont les travaux dans le cadre de la Convention sur l’avenir de l’Europe ont abouti à l’échec que l’on sait. Mais, nous sommes vingt ans après et Guillaume d’Orange n’a-t-il pas dit qu’il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer ?

Après l’X et Sup’Aéro, Alain a exercé différentes fonctions à la Délégation Générale pour l’Armement et au ministère de l’Industrie. Il a été attaché d’armement auprès des ambassades de France à Londres et à Washington, conseiller du représentant de la France à l’OTAN et directeur du Centre des Hautes Etudes de l’Armement.

Il a écrit de nombreux livres dont L’éthique des armes (2006), Mémoires d’un technocrate (2009), Les armements du prochain siècle (2010)Quand les Ricains repartiront (2016), Germania (2017), La guerre nucléaire à pile ou face (2019), sans oublier H (2014), qui raconte les affres d’un commandant de sous-marin nucléaire lanceur d’engins, qui a peut-être inspiré Antonin Baudry (X 94) pour son film Le chant du loup en 2019 ?

Hubert Lévy-Lambert (53)

L’Harmattan, 2020, 149 p

IVAN CHERET X 44, l’immortel père des agences de bassin

A paraitre dans la Jaune et la Rouge, revue des anciens élèves de l’X

Né en 1924 d’un père russe naturalisé français en 1932, Ivan Chéret est reçu dans la promo 44. Celle-ci n’entre à l’X qu’à l’automne 45 du fait de la guerre, ce qui lui évite d’avoir un numéro bis car la loi du 3 avril 1941, heureusement abrogée à la Libération, exigeait, comme condition d’accès à la fonction publique, non seulement de ne pas être juif, mais aussi d’être français à titre originaire, c’est-à-dire être né français et de père français.

Sorti de l’X dans les PC Colo, Ivan est affecté au ministère de la France d’Outre-mer. Après un stage de 6 mois au « US Bureau of Reclamation » à Denver, il est affecté à la Mission d’aménagement du fleuve Sénégal (1950-1953). Il est ensuite nommé chef de l’arrondissement hydraulique à Bamako (1953-1954) puis adjoint au chef du Service hydraulique de l’AOF (1954-1958). En 1959, à la suite de la décolonisation, il réintègre la métropole, laissant derrière lui ce qu’il est difficile de qualifier de « crime contre l’humanité ».

Une nouvelle vie commence pour Ivan qui est nommé rapporteur général de la Commission de l’eau créée en 1959 au Commissariat au Plan. Pour être plus opérationnel, il suscite la création d’un Secrétariat permanent pour l’étude des problèmes de l’eau (SPEPE). Je l’y retrouve en 1962 comme rapporteur pour les problèmes économiques et financiers.

Spécialiste reconnu dans le domaine des ressources en eau, en France et à l’étranger, on lui doit la création des agences de bassin par une loi de 1964, bien avant que les mots « écologie » ou « environnement » deviennent la bouteille à l’encre. Il n’y avait d’ailleurs pas de ministère de l’environnement à l’époque mais Ivan avait besoin de sa courtoisie légendaire et de son sens de la négociation pour faire la synthèse entre les idées des représentants des six ministères membres du SPEPE, qui défendaient chacun son bout de gras et ne voyaient pas l’intérêt de créer des agences qui risquaient de leur porter ombrage : agriculture, industrie, équipement, santé, intérieur et, bien sûr, finances !

Organismes d’un genre inédit, les agences de bassin s’inspirent un peu de la Tennessee Valley Authority (TVA) créée après la crise de 1929 et de l’Emschergenossenschaft qui s’occupe d’un petit bassin de la Ruhr mais elles couvrent tout l’hexagone. Elles sont chargées d’établir une politique de l’eau à l’échelle des grands bassins (Seine, Loire, Garonne, Rhône, Est et Nord). Elles doivent à la fois veiller à ce qu’il y ait assez d’eau en été (étiage) et pas trop en hiver (crues) et que la qualité de l’eau soit préservée. Elles constituent un premier exemple d’internalisation d’effets externes selon le principe dit « pollueur-payeur » ou « consommateur-payeur », par la création de redevances dues par tous ceux,agriculteurs, industriels, collectivités locales qui, selon la loi de 1964, « ont rendu son action nécessaire ou utile ou  y trouvent leur intérêt ».

Sa tâche essentielle étant terminée, Ivan quitte provisoirement l’eau pour devenir directeur du Gaz, de l’Electricité et du Charbon au ministère de l’Industrie (1970-73), puis président de la SITA (1974-83), avant de revenir à ses premières amours comme directeur de l’Eau à la Lyonnaise des Eaux (1983-89). Après sa retraite, il reste président du Centre d’Etude et de Formation International à la Gestion des Ressources en Eau (Cefigre) puis vice-président puis président d’honneur de l’Office International de l’Eau (OIEau).

Ivan a écrit un livre de vulgarisation sur les problèmes de l’eau : L’eau (collection Société, Seuil, 1967) et a participé à un ouvrage collectif : Eau (Robert Laffont, 2004). Il a donné une longue interview en 2006 : Entretien avec Gabrielle Bouleau

Ivan laisse derrière lui son épouse Irène qui lui a donné deux filles et un fils. Ils ont 8 petits-enfants et 4 arrière-petits-enfants. Il était chevalier de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre du Mérite.

Hubert Lévy-Lambert (X53)

Contribuez à la campagne de la Fondation de l’X !

POURQUOI DONNER A LA FONDATION DE L’X ?

Chers camarades,

La Fondation de l’X m’a demandé quelques mots pour inciter les polytechniciens à donner de l’argent à leur fondation. Voici ce que j’ai dit en substance sur une vidéo qui sera bientôt mise en ligne par la Fondation.

Je ne suis pas né avec une cuiller d’argent dans la bouche. Mon père est mort pour la France en 1944, laissant ma mère seule avec 6 enfants de 2 à 17 ans.

Pupille de la Nation, Boursier puis taupin, polytechnicien et mineur, j’ai bénéficié de ce que la France offre à ses enfants méritants et je considère de mon devoir de renvoyer l’ascenseur. C’est pour moi une obligation morale doublée d’un grand plaisir. C’est aussi une nécessité absolue  car les finances publiques sont exsangues.

Je suis donc donateur de la Fondation de l’X depuis sa création en 1987 par Bernard Esambert (X 54) tant à titre personnel (Poincaré Or) qu’à titre collectif, avec une bourse créée en 1994 avec X Israël pour un jeune israélien et une bourse créée en 2006 avec ma promo pour une jeune d’Europe de l’Est sans parler d’initiatives personnelles comme la monument aux morts ou le musée de l’X.

Accompagnant mon épouse au 50ème anniversaire de sa promo à Vassar (NY) en 2006, j’ai été frappé par l’enthousiasme des alumni pour financer leur alma mater, grâce à l’organisation de réunions annuelles sur le campus pour toutes les promos fêtant un multiple de 5.

Lors d’une réunion de collecte chez Olivier Mitterrand (X 62) en 2012, j’ai fait part de mon expérience à Véronique Giacomoni et j’ai été encouragé à organiser une telle réunion en 2013 pour célébrer toutes les promos en 3. Le grand magnan était né. Après 3 années réussies, il est hélas aujourd’hui en état de mort cérébrale après avoir été détourné de son ambition initiale.

Il faudrait en reprendre l’idée qui était de montrer aux anciens lors d’une journée ou d’un week-end dédié, ce que devient leur école et ce qui est fait avec leur argent. Il y a du pain sur la planche. Sans parler des fondations des universités américaines, dont 100 M$/an levés par la petite université Vassar de mon épouse, HEC nous montre l’exemple avec un objectif de 200 M€ sur la période 2019-24, dont 88 M€ déjà levés en 2 ans…

A vos carnets de chèques !

Gérard Worms (X 1955) 1936-2020

 

Notice dont un résumé doit paraitre dans la Jaune et la Rouge, revue des anciens élèves de l’Ecole polytechnique.

Gérard Worms est né le 1er août 1936 à Paris. Son père André Worms, représentant en ganterie et sa mère Thérèse Dreyfus viennent d’anciennes familles juives de Lorraine et de Belfort. 

Après avoir passé une partie de la guerre caché dans le Vercors, Gérard fait de brillantes études au lycée Carnot, marquées par un prix de la Fondation des bourses Zellidja et un premier prix de thème latin et un accessit de version latine au concours général. Après avoir envisagé la khâgne, il entre en taupe au lycée Saint Louis.

Il est reçu à l’ENS et à l’X mais choisit l’X dont il sort troisième dans le corps des mines. Après son service militaire et l’Ecole des mines, sa première affectation en 1960 est l’OCRS (Organisation commune des régions sahariennes) où j’étais depuis 1958 et il commence sa carrière sur un tabouret dans un coin de mon bureau ! Située au 21 rue la Boétie, l’OCRS était un organisme sui generis créé par le général de Gaulle pour tenter de maintenir dans le giron de la République ce qu’on appelait alors départements des Oasis et de la Saoura, malgré l’indépendance à venir de l’Algérie, en y associant des pays riverains (Mauritanie, Tchad, Niger). On sait ce qu’il en advint ! Deux ans après, les accords d’Evian marquent la fin de l’OCRS mais Gérard suit son patron Olivier Guichard qui vient d’être chargé de créer la Datar (délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale), assisté de Jérôme Monod, qui deviendra DG de la Lyonnaise des Eaux. Il le suit encore en 1967 quand il est nommé ministre de l’Industrie – il y avait alors un vrai ministère de l’industrie ! – puis en 1968 ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire. On ne discutait pas alors de l’ardente obligation d’avoir un Plan !

Après le référendum de 1969 et le départ du général de Gaulle, Gérard ne suit pas Guichard qui, devenu ministre de l’Education nationale, crée l’IUT de Compiègne, dont Gérard deviendra président. Il entre au cabinet de Jacques Chaban-Delmas, premier ministre de Georges Pompidou, chantre de la Nouvelle société. Il y travaille sous la direction de Simon Nora sur les dossiers industriels, en étroite liaison avec Lionel Stoleru (X 56, aux Finances), Jean-Paul Parayre (X 57, à l’Industrie) et Bernard Esambert (X 54, à l’Elysée) qui explique dans Pompidou, capitaine d’industrie (Odile Jacob, 1994) que ce quatuor sera baptisé par tous, y compris les médias, les Mousquetaires de l’industrialisation !

Gérard accepte ensuite la proposition que lui fait Simon Nora d’être DGA de Hachette. Il en devient DG en 1975 puis administrateur en 1978. Après en avoir restructuré la division « Presse », il est appelé par Jean Gandois (X 49) en 1980 pour devenir DG de Rhône-Poulenc, qui sera nationalisé en 1982. En 1983, Jean Peyrelevade (X 58), DG de la Compagnie financière de Suez, l’embauche comme DGA. Il devient DG en 1986 au départ de Peyrelevade puis président en 1990 à la mort de Renaud de la Génière. Mais ce n’est pas un poste de tout repos et il est mis en minorité en 1995 par son conseil d’administration. C’est son dauphin Gérard Mestrallet (X 68) qui lui succède et finalise les négociations avec Jérôme Monod pour prendre le contrôle de la Lyonnaise des Eaux, renommée Suez Environnement puis Suez tout court – qui défraye actuellement la chronique avec le projet de prise de contrôle par Véolia, anciennement Générale des Eaux. Gérard entre alors à la banque Rothschild et Cie, créée par David de Rothschild en 1983, comme président du conseil des commanditaires puis associé-gérant en 1999 et senior advisor en 2006.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Gérard a eu, tout au long de sa vie, de nombreuses autres activités d’intérêt général pour lesquelles il était beaucoup sollicité. Leur diversité reflète ses engagements et intérêts : vice-président du Syndicat national de l’édition ; président de l’ANRT (association nationale de la recherche technique) ; de la société d’économie politique ;  du Siècle ; de COE-Rexecode ; de l’IUT de Compiègne ; de l’Association Coup de Pouce ; des amis de l’Université Ben Gourion de Beer-Sheva ; de la chaine Histoire… Mais sa plus importante activité, qui concilie toutes ses expériences, est sans aucun doute la présidence de la section française de la Chambre de commerce internationale, puis de la Chambre de commerce internationale elle-même, qui l’amène à participer aux plus grands sommets internationaux.

Gérard a également enseigné l’économie à HEC, à la faculté des lettres et de sciences humaines de Paris et à l’X. Il n’a publié que ses cours à HEC, qu’il qualifiait ironiquement d’alimentaires (Méthodes modernes de l’économie appliquée, Dunod, 1965). Ses cours à l’X sont disponibles à la bibliothèque mais n’ont jamais été publiés (Economie de l’entreprise, 1974 à 1980).

Il a écrit de nombreux articles dans de nombreux domaines, sans que son activité débordante lui permette de publier d’autres livres. Il a rédigé ses mémoires à l’intention de sa famille.

Grand mélomane, Gérard avait épousé en octobre 1960 Michèle Rousseau, musicienne, fondatrice en 1984 de la Lettre du musicien (https://www.lalettredumusicien.fr/). La musique a marqué toute leur vie, et ils organisaient de nombreuses soirées musicales.

Ils ont eu 2 enfants : Frédéric, normalien et agrégé de philosophie, actuellement directeur adjoint de l’ENS, et Anne-Cécile, Sciences Po Paris, serial entrepreneure, actuellement fondatrice et présidente des entreprises innovantes Art2M et ArtJaws (linkedin.com/in/anne-cécile-w-8bbb0097).

Tous ceux qui ont rencontré Gérard ont été frappés par l’empathie qu’il montrait en toute occasion. Michel Villaneau (X 55) écrit que « tous ses camarades de promo ont gardé de Gérard le souvenir d’un esprit brillant et d’une grande courtoisie. Tous ceux qui l’ont connu ont apprécié ses qualités de coeur et d’esprit». André Lévy-Lang (X 56), ancien président de Paribas, écrit : « … j’ai toujours été admiratif de sa qualité de jugement et de sa finesse mais aussi de sa grande bienveillance, une qualité rare ». Sa fille Anne-Cécile parle de son « aptitude au bonheur ». Son fils Frédéric parle de sa « relation avec l’autre », une conception de la vie quasi-philosophique. Son ami Jean-François Bensahel, président de l’ULIF, parle de la « simplicité des grands ». Lors de sa nomination à la présidence de Suez en 1991, Jean de Belot écrivait dans les Echos : « le seul mal qu’on puisse dire de Gérard Worms, le président de Suez, est de ne pouvoir en dire que du bien. Beaucoup. Presque trop. Ce qui, dans le monde des affaires, peut paraitre suspect. Un peu comme si cette intelligence incontestée, mais toujours simple, était au service d’un caractère par trop consensuel. Un trait que l’intéressé ne conteste pas. Mais qui, loin s’en faut, ne résume pas l’homme. La convivialité n’interdit pas le sens de la décision ; la modération n’exclut pas la fermeté… (https://www.lesechos.fr/1991/06/gerard-worms-une-fermete-souriante-949322).

Pour la petite histoire, lorsque j’ai demandé l’agrément de l’AX pour X Sursaut en 2005, j’avais été convoqué à une séance spéciale du conseil de l’AX dont plusieurs membres se demandaient s’il était bien conforme à l’objet de l’AX d’intervenir sur le terrain de la politique économique. J’avais obtenu l’agrément après un débat plutôt houleux, appuyé par Gérard Worms qui avait bien voulu m’accompagner, ainsi que Jean Peyrelevade.

Gérard était commandeur de la Légion d’honneur, décoré de l’ordre national du Mérite et du Mérite maritime. Il est mort, hélas, juste avant ses 60 ans de mariage. Ah, comme le chantait sa petite-fille Manon, reprenant l’un des airs qu’il avait si souvent fredonnés dans tous les contextes, y compris professionnels, mais cette fois lors de son propre enterrement au cimetière de Pantin : « Si l’on pouvait arrêter les aiguilles… ».

Hubert Lévy-Lambert (X 53), président d’honneur de X Sursaut

BERNARD ZIMMERN (X 1949), un homme d’exception

Notice à paraitre dans la Jaune et la Rouge de septembre

Un homme d’exception, infatigable entrepreneur, innovateur, chercheur, défenseur des libertés contre toutes les bureaucraties.[i]

Ingénieur et inventeur, il préférait les faits aux grandes idées et les attaques directes aux démonstrations ennuyeuses. Le succès de son premier livre, Les profiteurs de l’Etat, a merveilleusement montré l’efficacité de cette tactique. Il préférait les chiffres et les statistiques aux citations des grands auteurs. Il avait au moins dix idées par jour agrémentées d’innombrables formules assassines sur l’Etat et les fonctionnaires. Il se mettait à trembler quand il entendait le nom de Bercy ou de l’ENA (dont il avait pourtant été un brillant élève !). [ii]

Bernard Zimmern, né le 8 juin 1930 de Fernand Zimmern, industriel et de Marcelle Bernheim et mort le 19 août 2020, est notamment le fondateur de l’ l’Institut Français pour la Recherche sur les Administrations publiques [iii] , plus connu sous son acronyme iFRAP, mais il a fait moult autres choses dans sa longue carrière.

Elève du lycée Janson de Sailly où il décroche des prix au concours général de physique et de version latine, il entre à l’X en 1949 à la 44ème place sur 180. Il en sort 29ème pour entrer à l’ENA dans la promo 1955 Albert Thomas, dans laquelle il retrouve son ancien Michel Pomey (X 1948) qui sort dans le Conseil d’Etat et devient un grand spécialiste des fondations d’utilité publique. A l’époque 2 places étaient offertes aux X sans concours à condition d’être sortis de l’X dans le premier tiers mais on ne sait trop pourquoi Bernard a choisi l’ENA car il était entrepreneur dans l’âme.

Son cocon Jean Cordier, MIT 54, voisin de casert à Lourcine, témoigne : « J’ai pu admirer « sa capacité de travail, sa concentration appliquée et sa détermination exclusive ». Il fut un des premiers à formuler des critiques constructives  des programmes de l’ ENA. Entrepreneur et inventeur, il a développé une nouvelle taille des engrenages hélicoïdaux sans frottement, sans usure ni échauffement . J’ai été un des premiers adhérents de l’iFRAP, excellent organisme indépendant et intègre. Le gouvernement aurait dû prendre en compte les recommandations, spécifiques et pratiques, résultant de leurs enquêtes approfondies et objectives, qu’il a fait publier ! Je suis fier de son amitié fidèle. Oui , ce fut un vrai X, convaincu de la primauté de l’intérêt national et désintéressé  : BRAVO et MERCI ».

Curieusement, Bernard sort de l’ENA comme administrateur civil dans la Marine marchande qui le détache aussitôt chez Renault. Il y crée le groupe de recherche opérationnelle (1955-57) et invente en 1956 une résolution de programmes linéaires de transport par la méthode de séparation en étoile. Il est ensuite chef de l’atelier de boulonnerie (57-59) puis adjoint du chef de la préparation mécanique (59-61).

Il quitte Renault en 1961 pour entrer à la Cegos (anciennement dénommée Commission générale de l’organisation scientifique du travail, créée en 1926 par Jean Milhaud (X 1917). Il y est nommé en 1963 directeur du département Recherche et Développement puis en 1966 directeur de l’Institut pour la recherche scientifique Cegoserai.

En 1971, il crée la société Omphale en France mais, se heurtant aux difficultés que rencontre tout inventeur en France, il s’installe à contre-coeur aux USA où il crée en 1981 la société  SSCI (Single Screw Compressor Inc) pour développer ses inventions de compresseurs et détenteurs rotatifs à grande vitesse qui feront sa fortune, pour lesquels il dépose plus de 500 brevets, dont les premiers sont curieusement déposés par son père Fernand Zimmern dès les années 60. [iv]

De retour en France, convaincu de l’importance des organismes de réflexion privés, communs aux Etats-Unis sous le nom de think tanks mais alors inconnus en France, il crée en 1985 l’Institut iFRAP, qu’il réussit à transformer en fondation d’utilité publique en 2009. Il le préside pendant plus d’un quart de siècle et passe la main en 2012 à Agnès Verdier-Molinié qui poursuit avec succès son action de lutte contre tous les dysfonctionnements de l’Etat et tous les obstacles à la croissance de l’économie française.

Infatigable, devenu président d’honneur de l’iFRAP, tout en continuant à pratiquer la natation à haute dose, il crée en 2012 l’Institut de recherche IRDEME [v], pour développer une discipline économique quasiment ignorée en France : la démographie des entreprises. Il y prône sans relâche l’importance des business angels, nécessaires pour permettre aux jeunes pousses de passer le stade des premières années, qui sont 5 fois moins nombreux en France qu’en Angleterre et 10 fois moins aux Etats-Unis. Il crée aussi les blogs « Emploi 2017 » et « holdupmédiatique » et l’association « Entrepreneurs pour la France (EPLF » [vi] qui publie régulièrement depuis 2013 des articles de chefs d’entreprises au service de l’emploi.

Bernard est l’un des fondateurs de Contribuables associés [vii], association créée en 1990, dirigée de 2005 à 2013 par Alain Mathieu (X 1957), ainsi que du groupe X Sursaut [viii] , que j’ai créé en 2005 à la suite du rapport éponyme de Michel Camdessus et qui est présidé actuellement par Laurent Daniel (X 1996), qui oeuvrent tous les deux pour évaluer l’action publique et dénoncer les incohérences de nos politiques qui, depuis des décennies, augmentent les impôts, les dépenses publiques et la dette extérieure, sans pour, autant augmenter le bien-être des Français.

Selon Wikipedia [ix], il aurait été membre du Club de l’Horloge [x], ce qui peut se comprendre du fait qu’il avait un sens critique très poussé, et je ne serais pas surpris qu’il ait été membre du jury du prix Lyssenko – dont la composition est tenue secrète pour éviter les pressions – quand on voit certains récipiendaires de cet antiprix : Hervé le Bras (X 1963) pour « son analyse de l’immigration étrangère et de la natalité française » en 1991 ou  Gilles Kepel et Bruno Étienne pour « leur analyse du déclin de l’islamisme » en 2001 ou Thomas Piketty pour « son analyse du capitalisme et des inégalités » en 2015 !

Bernard a reçu de nombreuses récompenses professionnelles dont la médaille d’or de l’Institute of Refrigeration (Londres), qui récompense les contributions les plus remarquables à l’industrie de la réfrigération (1977, la médaille Giffard de la Ville de Paris (1989), le prix Renaissance de l’économie, attribué par le Cercle renaissance, pour avoir fondé l’iFRAP (1999) et le prix Grammaticakis-Neumann de l’Académie des sciences morales et politiques (2015).

Il a écrit de nombreux ouvrages de référence, dont Développement de l’entreprise et innovation (Hommes et Techniques, Puteaux, 1969), À tout fonctionnaire son chômeur (Odilon media, 1999), Les profiteurs de l’État (Plon, 2001),  Les Fabricants de chômage (Plon, 2002), La dictature des syndicats : FO, CGT, SUD… nos nouveaux maîtres (Albin Michel, 2003), Changer Bercy pour changer la France : les riches sont la solution, pas le problème (Tatamis, 2015).

Et, bien sûr, il a écrit de nombreux articles pour la Jaune et la Rouge [xi]  : Le tandem investisseur-entrepreneur aux États-Unis (n° 549) ; Comment évaluer l’effet des politiques publiques (n° 584) ; Création d’entreprises et Business Angels (n °619) ; La santé aux États-Unis, coûteuse et complexe, mais performante et dynamique (n°630) ; Créer des « petits boulots » ? (n° 673).

Bernard avait épousé Marie Ducas en août 1952 et était père de 2 enfants (Philippe [xii] et Irène, épouse Odouard). Mais l’enfant dont il peut être le plus fier est sans doute l’iFRAP, qui lui survivra longtemps. Comme le disent ses amis de l’iFRAP en conclusion de la tribune qu’ils ont écrite sur Figaro Vox en son hommage [xiii] : « Bernard Zimmern peut, dans sa dernière demeure, avoir confiance en ceux qui l’ont aimé, suivi, soutenu. Son action sera perpétuée, les fondations qu’il a créées sont solides ».

Hubert Lévy-Lambert (X 1953), président d’honneur de X Sursaut


[i] https://www.irdeme.org/

[ii] https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Bernard-Zimmern

[iii] https://www.ifrap.org/

[iv] http://www.freepatentsonline.com/3133695.html

[v] https://www.irdeme.org/

[vi] https://entrepreneurs-pour-la-france.org/

[vii] https://www.touscontribuables.org/

[viii] http://www.x-sursaut.org/

[ix] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Zimmern

[x] http://www.clubdelhorloge.fr/

[xi] https://www.lajauneetlarouge.com/auteur/bernard-zimmern-49/

[xii] Professeur d’urologie à University of Texas Southwestern Medical center

[xiii] https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/hommage-au-fondateur-de-l-ifrap-bernard-zimmern-20200826

Une assemblée de l’AX houleuse

Vous en trouverez le compte-rendu dans le dernier bulletin de la Sabix qui décrit les avatars du déménagement de l’X à Palaiseau…

De la Montagne au Plâtal

Le bulletin Sabix numéro 65, qui vient d’être publié sous la direction de Marie-Louise Tronc-Casademont (74), raconte les péripéties du déménagement de l’Ecole de la Montagne Ste Geneviève à Palaiseau depuis ses prémices dans les années 60 jusqu’à nos jours, avec une introduction du président de la Sabix Pierre Couveinhes (70) et une conclusion de Bernard Esambert (54), président du conseil d’administration de l’X dans les années 80.

Les plus jeunes y verront que cette opération a été difficilement admise par leurs anciens qui avaient constitué un groupe de pression dénommé GXM.  Vous y verrez notamment sous la signature de J-P Begon-Lours (62), qui était à l’époque cheville ouvrière du GXM avant de rentrer dans le rang et de diriger la Maison des X, la description de l’assemblée de l’AX de juin 1974, exceptionnellement tenue au Palais de Congrès compte tenu de son affluence, refusant de voter le budget ; le référendum de juin 1975 où 75 % des votants rejettent le déménagement ; la prise de pouvoir du GXM lors de l’AG de juin 1975 ; la coupure entre les anciens et les conscrits, entrainant la disparition des tradis pendant de longues années…

Pour plus de détails, vous pouvez acheter ce passionnant bulletin de 159 pages en cliquant sur http://www.sabix.org/

Le transfert vu par les élèves, un Puy sans fonds,

On trouve dans cette revue un article sur le transfert vu par les élèves, écrit pour la Jaune et la Rouge d’avril 77 par Christophe Van de Velde et Patrick Puy, kessiers de la 75, promotion-charnière, qui insistent sur « l’abrutissement des élèves et leur manque de motivation » et « la morosité qui régnait en maitresse » à l’époque sur le plateau…

Il serait intéressant de savoir ce qu’en pense aujourd’hui le même Puy, devenu urgentiste des entreprises en difficulté, qui défraye en ce moment la chronique avec ses démêlés pour redresser la Halle, Vivarte ou Alès Groupe…

La triple faute de la PPE, quand les Borne sont franchies…

On a déjà parlé de la fermeture de la centrale de Fessenheim et du silence assourdissant de la communauté polytechnicienne sur ce double crime contre l’économie et contre l’écologie, voire cette violation de l’esprit de la loi Florange.

Le Cercle d’études réalités écologiques et mix énergétique (Cérémé, http://www.cereme.fr), qui vient d’être créé, enfonce le clou en écrivant sur une page entière du Figaro du 25 juillet (lettre ouverte pour un débat citoyen sur l’éolien) que l’objectif de 40 % de renouvelables dans la PPE constitue une triple faute : contre le climat, contre les consommateurs et contribuables, contre la sécurité d’approvisionnement en électricité et l’intérêt général !

On n’en sait pas beaucoup sur les initiateurs de cette association mais on ne peut qu’approuver leur suggestion de soumettre la question à un débat citoyen, en regrettant que la « convention citoyenne » n’ait pas jugé bon de soulever cette question pourtant essentielle et en plein dans leur objet.

D’autres personnes, emmenées par Stéphane Bern, ont écrit une autre lettre ouverte au Président le 18 juin, en insistant sur la pollution visuelle des éoliennes. Ils rappellent que la ministre Elisabeth Borne (81) reconnaissait l’existence de « saturations visuelles absolument insupportables » et que même Macron a reconnu que « le consensus sur l’éolien est en train de s’effriter« . https://www.sppef.fr/2020/06/17/lettre-ouverte-au-president-de-la-republique-sur-leolien-des-associations-nationales-et-internationales/

Petites lignes, argent hélicoptère ou autorail ?

Afin de réduire le déficit de la SNCF, le rapport Spinetta de février 2018 avait recommandé de fermer 56 lignes et 190 gares dont le trafic ne justifiait pas le maintien en exploitation. Avec les grèves contre la réforme des retraites et la crise du Covid 19, le déficit de la SNCF s’est considérablement aggravé. Que croyez-vous que le gouvernement vient de décider ? Déverser des milliards à la SNCF et lui demander de ne plus fermer de petites lignes ! Naturellement, personne ne paiera la facture, comme Macron nous l’a doctement expliqué après le dernier marathon de Bruxelles. C’est ce que Milton Friedman appelait de l’argent hélicoptère, devenu de l’argent autorail ?

Paradoxalement, lesdites petites lignes souffrent de la concurrence de l’automobile, que le gouvernement vient d’encourager fortement avec des primes énormes. Elles souffrent aussi de la concurrence des cars, créés suite à la loi du 6 août 2015 dite loi Macron. Mais les cars Macron souffrent aussi à cause de la crise. Ne reste-t-il pas quelques milliards dans les caisses de l’Etat pour les renflouer et éviter à Macron de perdre la face ?

Un été avec Pascal, le dernier Compagnon

Peu de gens savent qu’Antoine Compagnon, professeur au collège de France et écrivain très médiatique, est X 70 mais son CV ne mentionne pas son passage par Carva…

Après un été avec Montaigne, Compagnon nous invite à passer un été avec Pascal. Un siècle de différence entre les deux hommes qui sont tous les deux fondateurs de notre modernité, c’est-à-dire de la liberté d’esprit. Pascal (XVIIe siècle) comme Montaigne (XVIe siècle) traite de l’homme, de la société, de l’univers, du pouvoir, de la foi, de l’angoisse, de la mort, du jeu : le tout et le rien. Nous connaissons tous les sentences célèbres de Pascal : « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. », « Qui veut faire l’ange fait la bête », « Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point. ». Compagnon évoque à la fois la vie du génie Pascal (auteur du traité des Coniques), tout en allant chercher la signification de ses pensées elliptiques. Avec cette tournure d’esprit combinatoire, Pascal explore tous les possibles de la réflexion. En quarante et un chapitres (dont six inédits), il s’intéresse aussi bien à la question de la violence et de la vérité, de la tyrannie, à l’esprit de finesse, au divertissement et au juste milieu. Antoine Compagnon nous fait découvrir l’écrivain du miracle et de la grâce dont la pensée permet de mieux nous connaitre.

Projet de rapport du comité scientifique sur l’épidémie de 2022

L’épidémie de 2022 était le thème de la nouvelle du genre cadavre exquis soumise par Jean Sousselier (58) aux membres de XMA (X Mines auteurs). Ci-après la prestation de votre serviteur. Vous pouvez obtenir l’ensemble des 22 contributions en demandant à sousselier.jean@orange.fr

Genève, au siège de l’OMS, 22 février 2023  Strictement confidentiel

Rapport final de la COBITE (Commission pour la biodiversité de la terre)

Monsieur le Président,

En préliminaire, notre comité s’est interrogé sur le lien éventuel entre le développement des épidémies et ce que l’on appelle mondialisation. Sans méconnaitre l’influence du développement des relations internationales et des liaisons aériennes sur la rapidité de propagation des épidémies, un consensus s’est rapidement formé au sein du comité sur le fait qu’il y a toujours eu des épidémies et que les dernières n’ont rien à envier aux épidémies de peste ou de choléra ou de grippe qui ont ravagé les pays occidentaux dont la France à de nombreuses reprises depuis que l’histoire existe.

Un consensus s’est fait également, bien que moins facilement, sur la constatation que la rapidité de transmission des épidémies était liée à la densité des populations concernées et que celle-ci avait une fâcheuse tendance à augmenter depuis un siècle environ à la suite de la diminution d’effet des 3 Parques surmortelles décrites par Alfred Sauvy (Malthus et les deux Marx, Denoël, 1963), savoir les guerres, les famines et les épidémies, qui veillaient depuis l’Antiquité à assurer un équilibre entre une espèce humaine envahissante et des espèces animales et végétales en régression nolens volens.

  • Constatant que l’espèce humaine a triplé depuis le cri d’alarme lancé en 1952 par Maurice Allais, prix Nobel d’économie au colloque des économistes de langue française (Allais y développe le concept de population optima et défend l’idée que la voie la plus efficace pour développer les pays économiquement arriérés est une limitation volontaire des naissances) et qu’elle continue bon an mal an à croitre de 30 millions par an,
  • que, parallèlement, la planète se réchauffe nonobstant les efforts méritants pour obéir aux directives du protocole de Kyoto, aux conclusions du GIEC et aux préconisations des COP successives, le nombre d’espèces animales et végétales diminue inexorablement,
  • s’inspirant mutatis mutandis des conclusions du groupe de travail Iron Mountain citées par John Kenneth Galbraith (la Paix indésirable ? Rapport sur l’utilité des guerres (1967),
  • et des conclusions rigoureuses de Jared Diamond sur les conditions de succès ou d’échec des sociétés humaines (Collapse, Penguin book, 2005, traduction française Effondrement, Gallimard 2006)
  • sans recommander d’aller jusqu’à mettre en œuvre une déshommisation comme dans la Planète sauvage (Film franco-tchèque de 2013),
  • ni la propagation d’un virus réduisant de moitié la fécondité humaine (Inferno par Dan Brown, 2013, traduction française 2014),
  • mais constatant que le Covid 19 attaque surtout les personnes âgées dont la proportion a tendance à augmenter excessivement dans notre pays du fait des progrès de la science,
  • que, si cette tendance devait de poursuivre, l’équilibre du système des retraites serait de plus en plus difficile à atteindre,
  • que les espoirs nés de l’idée que la chloroquine pourrait sauver des vies doivent d’abord être vérifiés scientifiquement en vertu du principe de précaution inscrit par Jacques Chirac dans notre constitution
  • qu’au surplus, en cas de confirmation de la validité de ce médicament, le déficit de la sécurité sociale enflerait de manière gigantesque,

le Conseil scientifique recommande à l’unanimité de laisser l’épidémie faire son œuvre salutaire de décongestion de la planète en comptant sur dame nature pour donner au peuple français le moment venu l’immunité de groupe, comme lors des épidémies passées de peste noire, de choléra ou de grippe espagnole.

Bonne lecture et bon été !

Le dernier samouraï

Le Figaro Magazine du 17 juillet consacre un article à « Jules Brunet, le vrai-faux dernier samouraï», en précisant qu’il était saint-cyrien et polytechnicien ! Qu’en est-il réellement ?

Brunet, le vrai-faux dernier samouraï par Vincent Jolly

Vous pouvez trouver l’article surhttps://www.lefigaro.fr/international/jules-brunet-le-vrai-faux-dernier-samourai-20200717 .

Vous y verrez que Brunet a été incarné au cinéma par Tom Cruise en 2003, mais réincarné à la manière d’Hollywood, sous un autre nom et une autre nationalité. Mais vous pouvez savoir la vérité avec les Portraits de polytechniciens de Marbach…

Portraits de polytechniciens par Christian Marbach (56)

Brunet était effectivement X 1857. Pour en savoir plus, je vous recommande de vous référer à Portraits de polytechniciens (Sabix 2015, 365 p), écrit par Christian Marbach (56), illustré par Claude Gondard (65) et préfacé par Gaspard Monge auquel Arago (1803) m’avait demandé de répondre (la Jaune et la Rouge de juin-juillet 2016 !!). En tant que vice-président de la Sabix, je m’autorise à vous joindre un extrait de son chapitre 72, intitulé « des samouraïs en bicorne » et à vous recommander de faire l’acquisition de ce magnifique livre et pas seulement parce qu’il parle de moi ! Il vous suffit pour cela de cliquer sur http://www.sabix.org/portraits.html

UNE GUERRE DE SÉCESSION

Jules Brunet (1857) est le conscrit de Léonce Verny, le camarade de promotion du futur général André ou du futur président Carnot. Évoquons d’abord ses talents d’artiste. Brunet est un excellent dessinateur. Pour son plaisir, mais aussi pour le compte de l’Illustration. Sa hiérarchie l’avait autorisé à envoyer des croquis à cette revue. Aussi avons-nous de lui de très beaux portraits de nobles japonais, ou de femmes dans la rue, et nous pouvons découvrir des ruelles de village ou des horizons de montagnes et de rivages qui font écho aux gravures des grands peintres japonais de ce siècle. Mais s’il est au Japon, c’est pour enseigner aux japonais l’art français de la guerre, qu’il a appris à l’X, à Metz et comme artilleur au Mexique. Il le fait dans une période tumultueuse. En 1868, l’empereur n’a pas encore consolidé son pouvoir. Il doit combattre des soulèvements. Avec sagesse, la France observe une certaine neutralité. Mais Brunet, accompagné de quelques sous-officiers français, s’esquive et rejoint les insurgés regroupés dans une « Confédération du Nord ». Il écrit à cette occasion à Napoléon III une belle lettre de démission, tout en l’assurant qu’il continuera à servir le parti de la France, notamment si ses amis triomphent dans cette guerre civile, et à « répandre les idées françaises ». Brunet part donc avec Enomoto, qui sera pendant quelques mois président de la République d’Ezo, dans le Hokkaïdo. Les rebelles sont vaincus ; Brunet s’enfuit, les Français le recueillent. L’empereur fut magnanime avec certains de ses adversaires vaincus, attentif à leur poids politique. Et tout se passa ensuite pour Brunet (et ses complices français) comme s’il vivait deux vies parallèles. Celle du procès en France, de la réprimande, du verdict d’une condamnation. Et celle de la rédemption, avec une courageuse guerre contre la Prusse. Hollywood, attentif aux bons scénarios, utilisera cette histoire pour Le Dernier Samouraï.

Phares, 24 destins, par Jacques Attali (63)

Si vous voulez en savoir plus sur le Japon du XIXème siècle, je ne saurais trop vous recommander de lire Phares de Jacques Attali (Actes Sud, 1992 et Poche 2010, 811 p). Il y présente la vie de 24  personnes qu’il considère comme des phares de notre temps, depuis Confucius et Aristote jusqu’à Ho Chi Minh et Hampâté Bâ, en passant par Maïmonide, Saint Thomas d’Aquin, Madame de Staël ou l’empereur Meiji (1852-1912).

Un été en France avec Hervé Mariton (77)

Si vous préférez écouter la radio, Hervé Mariton (X 77) intervient pendant tout l’été un peu avant 9 h sur Radio Classique dans une émission intitulée “Un été en France”.

Maire de Crest (Drôme) et président de l’association « Les 100 plus beaux détours de France », Hervé nous emmène à la découverte d’une ville ou d’un village emblématiques de France, répertoriés par le guide vert Michelin.

Bon été !