Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #9

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Voici, pour occuper votre été, une nouvelle moisson de camarades jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours de ce mois. Ce sont des personnages pas très ordinaires, jugez-en !

  • Charles Chanson (X 22), artilleur des rizières
Charles Chanson en 1922 (c) Ecole Polytechnique

Né en 1902 à Grenoble, fils du général Henri Chanson (X 1890), petit-fils du général Achille Chanson (X 1858), Charles Chanson sert en Algérie et au Maroc de 1924 à 1932. Il est ensuite inspecteur des études à Polytechnique puis sert à l’État-Major de la 6e armée. Il est affecté à Alger après l’armistice. Après le débarquement de 1942 en Afrique du Nord, il dirige le groupe français de réarmement.et rallie les forces de la France libre. Colonel en 1945, commandant l’artillerie de la 3e division d’infanterie coloniale en Indochine en 1946, il est promu général en 1947 et reçoit en 1948 le commandement des forces terrestres du Tonkin. En 1949, commandant des forces françaises du Viêt-Nam Sud et commissaire de la République, il réunit pouvoirs civils et militaires. Son action de « pacification » est louée par le général de Lattre. Il est victime d’un kamikaze caodaïste en juillet 1951 à Vinh Long (Vietnam). Voir plus de détails sur wikipedia et dans La Jaune et la Rouge d’octobre 1999 et sa biographie par Pierre Guillet Pour l’honneur : le général Chanson en Indochine, 1946–1951 (1992).

  • Jean-François Clervoy (X 78), lunatique
Jean-François Clervoy

Né en 1958 à Longeville les Metz, Jean‑François fait ses études au lycée franco-libanais de Beyrouth puis au Collège militaire de Saint-Cyr-l’École et sa prépa au Prytanée de La Flèche. Sorti de l’X dans l’Armement, il intègre SUPAERO en 1983. Sélectionné pour faire partie du deuxième groupe d’astronautes français en 1985, il obtient son brevet d’Ingénieur Navigant d’Essai à l’EPNER en 1987. Il intègre en 1992 le corps des astronautes de l’ESA qui le détache auprès de la NASA à Houston. Avec deux vols sur Atlantis (1994 et 1997) et une sur Discovery (1999, pour réparer Hubble), il totalise 675 heures dans l’espace. Il a raconté sa mission vers Hubble dans Histoire(s) d’Espace (2009).

Jean-François a pris en 2006 la présidence de Novespace, créée par le CNES en 1986 pour promouvoir des transferts de technologies spatiales vers d’autres secteurs industriels. Il a dans ce cadre créé Air Zéro g pour ouvrir au public les vols paraboliques. Cliquez ici si vous voulez voler en apesanteur avec lui dans un Airbus A 310 !

  • Marc Darmon (X 83), cybermélomane
Marc Darmon

Né en 1964 à Paris, Marc rêve dans sa jeunesse d’être chef d’orchestre, sans doute inspiré par son père Jacques Darmon (X 59, inspecteur des finances) qui présida l’Opéra de Paris mais il finit par entrer à l’X en 1983, et en sort dans les Télécom. Après un début de carrière chez Alcatel, il est aujourd’hui DGA de Thalès et grand spécialiste de la cyber-sécurité, ce qui ne l’empêche pas de faire la chronique des DVD sur la Jaune et la Rouge depuis 2016, en attendant que l’indéboulonnable Jean Salmona (X 56, voir plus bas) lui cède sa page après plus de six décennies de bons et loyaux services !

  • Grégoire Genest (X 13), relativiste
Grégoire Genest

Né en 1994, Grégoire entre en 2013 à l’X, en sort dans la finance, puis crée en 2016 Chrysothemis (en hommage à Sophocle ?) et co-fonde en 2017 NEOS, une nouvelle solution de paiement en magasin. Infatigable, il crée maintenant l’Ecole Albert (en hommage à Einstein) avec Matthieu Heurtel (X 12), ancien du cabinet de Cédric O, qui s’installera dans les anciennes faïenceries de Choisy le Roi, rue de Paradis. A pour ambition de former des promotions de 800 matheux à l’analyse des données pour les entreprises, pour en faire des data scientists.

  • Sirine Kadi (X 17) et Salomé Laviolette (X 17), contestataires
Bifurqueurs-le Monde-Gala Vanson

Le 24 juin, lors de la cérémonie de remise des diplômes de l’X, dont le fil rouge était trouver sa place, ces deux Xettes sont montées sur la scène et, rejointes par une cinquantaine d’autres élèves de leur promo, se sont lancées, à la grande surprise des familles et de la « strass », dans une vive critique du capitalisme en général et notamment de la non-prise en compte de l’urgence climatique et sociale.

Cliquez ici pour lire l’article forcément dithyrambique consacré par le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) à cette initiative et à des évènements analogues survenus lors de la remise des diplômes de Centrale Nantes, Sciences Po ou AgroParisTech.

Curieusement, Sirine travaille comme économiste à la Direction générale du Trésor. Le loup dans la bergerie !

Vincent Le Biez (04), qui les suit opportunément dans l’ordre alphabétique, leur répond ci-après !

  • Vincent Le Biez (X04), boomer
Vincent Le Biez

Originaire du Cotentin, Vincent Le Biez sort de l’X dans le Corps des Mines. Il débute sa carrière en 2010 à la Direction de l’énergie et de l’environnement d’Ile-de-France (DRIEE-IF). Il rejoint ensuite en 2013 la Direction générale du Trésor où il participe notamment aux négociations conduisant à feu l’accord de Vienne (JCPOA) de 2015. Il rejoint l’Agence des participations de l’État en 2015.

Proche de Hervé Mariton (X 77), il a été secrétaire général de son club de réflexion Réforme et modernité. Passionné de philosophie, il se demande ce que la politique peut apprendre des sciences des systèmes complexes comme la biologie, la théorie des jeux, la physique statistique ou la thermodynamique loin de l’équilibre dans Platon a rendez-vous avec Darwin (Les Belles Lettres, 2021).

Face à la débauche de contestations de la part de jeunes diplômés de grandes écoles qui veulent renverser la table, comme les susvisées Sirine et Salomé (X 17), Vincent leur signale gentiment que la France attend vos solutions, pas vos états d’âme ! (Le Figaro du 28 juin)

  • Aurélie Moy (X 13), redirectionniste
Aurélie Moy, redirectionniste
Vincent Rabaron

Née en 1995, Aurélie intègre l’X en 2013 et commence sa carrière dans un grand cabinet de consultants mais comprend vite que ce n’est pas ainsi qu’elle pourra contribuer à résoudre l’urgence écologique et le dérèglement climatique. C’est ainsi qu’elle crée Ty Villages, un village de maisons minimalistes à St Brieuc avant de partir pour la Drôme, dans un château du XIXème siècle transformé en lieu de vie participatif intergénérationnel pour créer avec Vincent Rabaron (X 02), qui a commencé sa carrière dans une grande entreprise de travaux publics mais a, comme Aurélie, viré sa cuti très vite, Vingt-et-un Vingt-deux, une agence de redirection écologique, et pour enseigner l’acroyoga.

Le château Pergaud
  • Théau Quazza (X 20) et Rémi Soulas (X 20), 4L’éctriXiens
Théau Quazza et Rémi Soulas
4L dans le désert

Théau et Rémi se lancent dans un projet pionnier de participation en équipage électrique à l’édition 2023 du rallye-raid 4L Trophy : 6.000 km à faire en dix jours en février 2023 de Paris à Marrakech à bord d’une Renault 4L convertie en électrique. Actuellement en stage de fin de deuxième année, Théau et Rémi cherchent des sponsors pour les aider à financer l’achat et la conversion d’une 4L et montrer la robustesse de l’électrique jusque dans les profondeurs du désert marocain. 

Cliquez ici pour plus de détails.

  • Jean Salmona (X 56), mélomane
Jean Salmona X Insights

Jean est issu d’une famille séfarade que l’Histoire a promenée de l’Espagne à l’Empire ottoman et la Grèce avant d’arriver à Marseille où il fait ses études et habite encore.  Sorti de l’X dans le corps des Administrateurs de l’INSEE, Jean a fait l’essentiel de sa carrière dans le secteur public. Il a créé en 1971 l’ONG Data for Development dont il a été président jusqu’en 1996. Il a été PDG de CESIA, privatisée en 1998, et qui est devenue Unilog consultants. Il a lancé en 2009 la revue ParisTech Review, devenue Polytechnique Insights. Il est maintenant Associé-gérant de J&P Partners et senior advisor chez Ardian

Grand mélomane et musicien, Jean a écrit Une Fugue de Bach (2015) et fait depuis 1961 la chronique des CD sur la Jaune et la Rouge, accompagné depuis 2016 par Marc Darmon (X 83, voir ci-dessus) qui s’est spécialisé dans les DVD en attendant patiemment qu’il prenne sa retraite !

Cliquez ici pour lire sa biographie par Pierre Laszlo dans la  Jaune et la Rouge de décembre dernier.

  • Michel Virlogeux (X 65), pontificateur
Michel Virlogeux Global pulse magazine.com
Le viaduc de Millau

Né en juillet 1946 à Vichy, Michel fait ses études au Prytanée de La Flèche, entre à l’X en 1965 et en sort dans le corps des Ponts et chaussées. Il commence sa carrière en construisant des routes en Tunisie, à une époque où cette activité n’était pas encore considérée comme un crime contre l’humanité. Dès 1974, il entre au Service technique des routes et autoroutes (Setra) et se spécialise dans la construction de ponts en acier et béton, qui fera sa gloire, avec la conception de plus de 100 ponts en France et à l’étranger : il a à son actif le pont de l’Ile de Ré (1988) ; le pont de Normandie (1995), le pont Vasco de Gama à Lisbonne (1995) ou le viaduc de Millau (2004), dont la renommée de l’architecte Norman Foster a quelque peu éclipsé la sienne.

Mais, comme il dit dans Les grand projets modernes, l’ingénieur et l’architecte (la Jaune et la Rouge n° 614, avril 2006), « quel que soit l’apport de l’architecte, c’est l’ingénieur qui peut seul porter la responsabilité du projet et de sa conception ».

Courrier des lecteurs

  • J’ai écrit qu’à partir de 80 ans, on n’était plus dans la lumière, mais c’était oublier qu’il y avait Hubert qui après avoir fait connaître les polytechniciens morts pour la France, s’occupe de faire sortir de l’ombre des camarades polytechniciens encore vivants. Tu es un vrai Deus ex machina pour nous ! Un grand merci ! Amitiés Jean Brilman (X 59, auteur de Moriturus, notre lettre du 27 juin).
  • Tu nous avais annoncé la publication de tes portraits tous les mois dans la Jaune et la Rouge. Qu’en est-il ? SA

R Effectivement j’envisageais une telle publication et Marwan Lahoud (83), président de l’AX et directeur de la publication, avait déclaré à réception du numéro 1 en mars qu’il trouvait l’idée excellente. Après plusieurs relances, Michel Berry (63), président du comité éditorial, vient toutefois de me faire savoir qu’une telle publication, faisant selon lui double emploi avec les portraits de Pierre Laszlo, « ne lui parait pas cadrer avec la ligne éditoriale de la Jaune et la Rouge ». HLL

  • Merci Hubert de ce portrait de Djamchid DALILI (X78) dans ta lettre #8. Je suis moi-même touché par cette maladie, ceci depuis plus de vingt ans et probablement à la suite d’un immense stress professionnel qui m’a été infligé en 1998 par un « cher camarade » de promotion : J’ai perdu à cette occasion gravement la mémoire (ne sachant plus comment s’appelaient mes enfants). Cette perte a duré plus d’un an, la distinction qui m’a été remise à cette occasion a failli me tuer, et je ne m’en suis sorti qu’en réétudiant…SP.

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bon été.

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

Portraits de polytechniciens #8

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Bouchard à Yanka, voici neuf X de tous âges qui ont attiré mon attention au cours de ce mois. Ce sont des personnages pas très ordinaires, jugez-en !

  • Pierre-François-Xavier Bouchard (X 1796)
PFX Bouchard regarde la Pierre de Rosette

Né en 1771 à Orgelet (Jura) et mort en 1822 à Givet (Ardennes), PFX Bouchard sort de l’X dans le Génie et participe à la Campagne d’Égypte. Il est à l’origine de la découverte de la Pierre de Rosette en 1799 lors de travaux de réfection des fortifications de la ville éponyme. Une grande exposition a lieu jusqu’au 24 juillet à la Grande Bibliothèque pour célébrer le bicentenaire non pas de sa mort mais du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion. Plus de détails sur Bouchard dans la Jaune et la Rouge d’avril 1991 (pp 14-22) et de juin 2021 (pp 68-71).

  • Jean Brilman (X 59), moriturus

Jean Brilman a été notamment consultant en gestion financière, conseiller d’un ministre des finances, professeur d’évaluation des entreprises et directeur à la CEGOS. Il a écrit une vingtaine d’ouvrages sur le management des organisations, sur l’aventure coloniale et sur ses voyages en Chine. Dans son dernier livre, sous-titré le reste à vivre, en référence aux gladiateurs qui saluaient ainsi César avant leur dernier combat, il appelle morituri  les personnes de plus de 80 ans, qui sont 4,2 millions en France dont lui et moi et moi et moi !

  • Djamchid Dalili (X 79), parkinsonien

Atteint par la maladie de Parkinson, Djamchid a fondé à 60 ans la start-up DiamPark, – « une nouvelle méthode pour diagnostiquer et contrôler la maladie de Parkinson« . DiamPark a intégré l’incubateur et pépinière d’entreprises Paris-Salpêtrière (iPEPS-ICM), l’incubateur de l’Institut du Cerveau, en juillet 2021. Cliquez ici pour en savoir plus sur lui et Cliquez ici pour le voir raconter sa dixième vie à l’Institut du cerveau.

  • Jean-Pierre Dupuy (X 60), philosophe

Jean-Pierre Dupuy vient d’écrire dans la revue Cités un article sur la faillite des clercs, où il dénonce la place toute minuscule qu’occupe la culture scientifique dans l’intelligentsia française.

Né en 1941 à Paris, JPD est sorti de l’X dans le Corps des Mines. Avant de créer le CREA (Centre de sciences cognitives et d’épistémologie de l’X) en 1982 et de passer de nombreuses années à Stanford, JPD avait enseigné l’économie appliquée à mes côtés. On peut sans doute trouver aux Puces quelques exemplaires des Choix économiques dans l’entreprise et dans l’administration (Dunod, 1973, 2 tomes). Il a depuis écrit de nombreux livres dont le dernier est La Catastrophe ou la vie : pensées par temps de pandémie (Seuil, 2021).

  • Paul Midy (X 03), marcheur
Gif-sur-Yvette, le 15 juin 2022. Tractation sur le marché de la place de Chevry avec le candidat LREM Paul Midy qui est opposé à Cédric Villani .

Né en 1983 à Fontainebleau, Paul Midy entre à l’X en 2003. Après un master de recherche opérationnelle à Columbia, il entre chez McKinsey, tout en enseignant l’économie de l’entreprise à l’X. Il dirige ensuite Jumia, une start-up du e-commerce en Afrique, devenue la première licorne africaine. Il passe quelques mois chez Frichti en 2018. Impliqué chez les Jeunes de l’UMP dans sa jeunesse, il est nommé directeur général de La République en Marche en 2019. Il vient d’être élu député de l’Essonne ric-rac, avec 18 687 voix contre 18 668 à Cédric Villani qui s’était présenté comme insoumis.

  • Elodie Ziegler Perthuisot (X 96), transformatrice
© Nicolas Gouhier

Née en 1976, Élodie Ziegler Perthuisot a un CV impressionnant : diplômée de l’X, des Télécom et de l’IEP, plus MBA de l’ESSEC. Elle a travaillé successivement chez France Télécom, à l’ART, au cabinet de Jean-Jacques Aillagon à la Culture, au cabinet de Claudie Haigneré aux Affaires européennes, à la Cité des Sciences et de l’Industrie, à la Réunion des Musées Nationaux et à nouveau au Ministère de la Culture comme DirCab de Frédéric Mitterrand. Passant dans le privé, elle entre à la FNAC en 2012, qu’elle quitte en 2018 pour être nommée directrice du marketing de Carrefour qui l’a promue l’année dernière au poste de directrice exécutive E-Commerce, données et transformation numérique, en remplacement d’Amélie Oudéa-Castera, épouse de notre camarade Frédéric Oudéa (81), qui devient patronne de la FFT avant d’être nommée ministre des Sports le mois dernier.

  • Luc Ravel (77), archevêque visité
Mgr Luc Ravel (c) Jean-Marc Loos-MAXPPP

Fils du général Roger Ravel, Luc Ravel est né le 21 mai 1957 à Paris. Après l’X, il fait des études de philosophie et de théologie et est ordonné prêtre en 1988. Nommé par Benoit XVI Evêque aux Armées en 2009, il est nommé archevêque de Strasbourg par François en 2016. Sa devise épiscopale est « Est, Est », qui se traduit par « Oui, Oui », mais il est loin d’être un Béni-oui-oui ! Fermement opposé à l’avortement, il n’hésite pas à écrire en 2015 que …l’idéologie de la bien-pensance fait chaque année 200.000 victimes dans le sein de leur mère. L’IVG devenue droit fondamental est une arme de destruction massive… En 2017, parlant de ses conséquences sur le taux de fécondité de la France, il évoque le grand remplacement. Plus récemment, il est le seul évêque à avoir appelé à voter pour Macron.

Le Pape François vient d’ordonner une visite apostolique, i.e. un audit approfondi, de l’Archidiocèse de Strasbourg. Nous souhaitons que cette visite se passe bien pour notre camarade qui la qualifie d’« attention bienveillante du Pape » et dit l’accueillir « dans la foi et la confiance »

  • Jean-Eric Schoettl (X 67), populiste

Après l’X et un DEA d’informatique et un doctorat en gestion des entreprises, JES commence sa carrière comme maître de recherche en linguistique mathématique à Paris VIII puis fait l’ENA en 1977. Sorti dans le Conseil d’État, il est notamment conseiller technique au secrétariat général du gouvernement, directeur général du CSA, directeur au secrétariat général du gouvernement et secrétaire général du Conseil constitutionnel.

JES a écrit de nombreux articles et vient de sortir La démocratie au péril des prétoires, de l’état de droit au gouvernement des juges (Gallimard, 2022), où il affirme qu’une fissure s’est ouverte, depuis une cinquantaine d’années, entre juge et démocratie représentative. « La montée en puissance du premier anémie la seconde :  l’ascendant croissant du pouvoir juridictionnel sur les autres, loin d’amener davantage de rigueur et de transparence dans le fonctionnement démocratique, n’a fait que remplacer le caprice du prince par le caprice du juge. » Comme quoi un constitutionnaliste déçu peut devenir populiste !

  • Charles-Victor Yanka (X 1903), protonotaire
René Duval (03), Hubert Lévy-Lambert (53) et Charles-Victor Yanka (03) au magnan des 50 ans de la 03

Né en 1882 à Niort et mort en 1980, Mgr Charles-Victor Yanka était Protonotaire apostolique en 1953. Les démêlés de notre camarade Luc Ravel (voir plus haut) avec le Nonce apostolique m’ont rappelé un mémorable déjeuner de 1953 où j’étais assis à la droite d’un autre représentant du Pape.

C’était le déjeuner du cinquantenaire de la promo 1903 à laquelle j’avais été invité en tant que major de la 53. C’est ce qui m’a donné l’idée, cinquante ans après, d’inviter Frank Lirzin, major de la 2003, aux festivités du cinquantenaire de ma propre promo au théâtre du Gymnase où j’avais fait représenter une pièce jouée pendant notre campagne de Kès : « La Tour Eiffel qui tue » et de créer en 2013 les Magnans décennaux. Cliquez ici pour plus de détails sur l’origine de ce qui est devenu Grands magnans.

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance.

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

A suivre …

Portraits de polytechniciens #7 spécial AG

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire » d’après Ch. de Gaulle

Léa et Steven

J’ai regretté de ne pouvoir assister à l’AG du 20 juin , étant alors à Berlin pour marier ma petite-fille Léa, mais j’avais demandé à Laurent Daniel de porter ma voix en disant :

  • que je suis content que les statuts et le RI soient enfin mis à jour, 
  • mais que je ne comprends pas pourquoi le vote à distance ne s’applique pas à toutes les résolutions ? 
  • ni pourquoi alphavote m’a traité de collaborateur 😒
  • Et que je suis ravi qu’il y ait maintenant un grand nombre de candidats, dont un ticket jeune fort sympathique (Vania M 17 et Denis X 13), malencontreusement écartelé par le comité
  • mais que je regrette que soient ignorées les promos 34 à 76, qui font quand même 76 pages de la Bible et sont la mémoire vivante de la Montagne !
  • et que personne n’ait repris mon projet de maison de retraite, alors que tous devront y passer ☹
  • et qu’il subsiste encore deux catégories de candidats
  • même si les « spontanés » sont maintenant inscrits sur le bulletin de vote, ce qui n’était pas mon cas
  • alors que le comité a le droit de proposer plus de candidats que le nombre de postes à pourvoir.

Connaissance prise du résultat du vote, j’adresse mes félicitations aux deux camarades réélus au conseil de l’AX (Sébastien Dessillons et Laurent Vitse) et, plus encore, aux trois nouveaux élus (Ariane Chazel, Vania Hernandez Bello et Loïc Rocard) et particulièrement à Vania qui va apporter un sérieux coup de jeune au conseil, tout en regrettant qu’aucun candidat « spontané » n’ait été élu. L’exploit de Serge Delwasse de l’année dernière n’a pas été renouvelé.

PS Je remercie la Jaune et la Rouge d’avoir publié dans le numéro 776 mon portrait par Pierre Laszlo, qui me qualifie gentiment de « brillant et tenace » mais je regrette qu’elle n’ait pas pour l’instant cru bon de publier mes portraits mensuels.

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A suivre…

Hubert Lévy-Lambert (X 53)

Portraits de polytechniciens #6

Voici le 6ème numéro des portraits de polytechniciens Xtraordinaires.

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Ce numéro spécial est consacré à Bernard Zimmern (X 49), à l’occasion de l’hommage qui vient de lui être rendu par l’iFRAP à la Maison des X le 8 juin 2022, date de son anniversaire. Il reprend la notice nécrologique que je lui avais consacrée dans la Jaune et la Rouge d’octobre 2020.

Bernard Zimmern (X 49), grand défenseur des libertés contre les bureaucraties

Par Hubert Lévy-Lambert (X 53), président d’honneur de X Sursaut

Homme d’exception, infatigable entrepreneur, innovateur, chercheur, défenseur des libertés contre toutes les bureaucraties, [i] Bernard Zimmern aura marqué notre époque par la création de l’iFRAP.

Bernard Zimmern interrogé par Bernard Pivot dans Apostrophes

Ingénieur et inventeur, il préférait les faits aux grandes idées et les attaques directes aux démonstrations ennuyeuses. Le succès de son premier livre, Les profiteurs de l’État, a merveilleusement montré l’efficacité de cette tactique. Il préférait les chiffres et les statistiques aux citations des grands auteurs. Il avait au moins dix idées par jour agrémentées d’innombrables formules assassines sur l’État et les fonctionnaires. Il se mettait à trembler quand il entendait le nom de Bercy ou de l’ENA (dont il avait pourtant été un brillant élève !). [ii]

Bernard Zimmern, né le 8 juin 1930 de Fernand Zimmern, industriel et de Marcelle Bernheim et mort le 19 août 2020, est notamment le fondateur de l’Institut Français pour la Recherche sur les Administrations publiques [iii] , plus connu sous son acronyme iFRAP, mais il a fait moult autres choses dans sa longue carrière.

L’X puis l’ENA

Elève du lycée Janson de Sailly où il décroche des prix au concours général de physique et de version latine, il entre à l’X en 1949 à la 44ème place sur 180. Il en sort 29ème pour entrer à l’ENA dans la promo 1955 Albert Thomas, dans laquelle il retrouve son ancien Michel Pomey (X 1948) qui sort dans le Conseil d’Etat et devient un grand spécialiste des fondations d’utilité publique. A l’époque 2 places étaient offertes aux X sans concours à condition d’être sortis de l’X dans le premier tiers mais on ne sait trop pourquoi Bernard a choisi l’ENA car il était entrepreneur dans l’âme.

Son cocon Jean Cordier, MIT 54, voisin de casert à Lourcine, témoigne : «Il fut un des premiers à formuler des critiques constructives des programmes de l’ENA. Entrepreneur et inventeur, il a développé une nouvelle taille des engrenages hélicoïdaux sans frottement, sans usure ni échauffement. J’ai été un des premiers adhérents de l’iFRAP, excellent organisme indépendant et intègre. Le gouvernement aurait dû prendre en compte les recommandations, spécifiques et pratiques, résultant de leurs enquêtes approfondies et objectives, qu’il a fait publier ! Je suis fier de son amitié fidèle. Oui, ce fut un vrai X, convaincu de la primauté de l’intérêt national et désintéressé : BRAVO et MERCI ».

De Renault à la Cegos

Curieusement, Bernard sort de l’ENA comme administrateur civil dans la Marine marchande qui le détache aussitôt chez Renault. Il y crée le groupe de recherche opérationnelle (1955-57) et invente en 1956 une résolution de programmes linéaires de transport par la méthode de séparation en étoile. Il est ensuite chef de l’atelier de boulonnerie (57-59) puis adjoint du chef de la préparation mécanique (59-61).

Il quitte Renault en 1961 pour entrer à la Cegos (anciennement dénommée Commission générale de l’organisation scientifique du travail, créée en 1926 par Jean Milhaud (X 1917). Il y est nommé en 1963 directeur du département Recherche et Développement puis en 1966 directeur de l’Institut pour la recherche scientifique Cegoserai.

En 1971, il crée la société Omphale en France mais, se heurtant aux difficultés que rencontre tout inventeur en France, il s’installe à contre-coeur aux USA où il crée en 1981 la société SSCI (Single Screw Compressor Inc) pour développer ses inventions de compresseurs et détenteurs rotatifs à grande vitesse qui feront sa fortune, pour lesquels il dépose plus de 500 brevets, dont les premiers sont curieusement déposés par son père Fernand Zimmern dès les années 60. [iv]

La création de l’iFRAP

De retour en France, convaincu de l’importance des organismes de réflexion privés, communs aux Etats-Unis sous le nom de think tanks mais alors inconnus en France, il crée en 1985 l’Institut iFRAP, qu’il réussit à transformer en fondation d’utilité publique en 2009. Il le préside pendant plus d’un quart de siècle et passe la main en 2012 à Agnès Verdier-Molinié qui poursuit avec succès son action de lutte contre tous les dysfonctionnements de l’Etat et tous les obstacles à la croissance de l’économie française.

Infatigable, devenu président d’honneur de l’iFRAP, tout en continuant à pratiquer la natation à haute dose, il crée en 2012 l’Institut de recherche IRDEME [v], pour développer une discipline économique quasiment ignorée en France : la démographie des entreprises. Il y prône sans relâche l’importance des business angels, nécessaires pour permettre aux jeunes pousses de passer le stade des premières années, qui sont 5 fois moins nombreux en France qu’en Angleterre et 10 fois moins aux Etats-Unis. Il crée aussi les blogs « Emploi 2017 » et « holdupmédiatique » et l’association « Entrepreneurs pour la France (EPLF » [vi] qui publie régulièrement depuis 2013 des articles de chefs d’entreprises au service de l’emploi.

La lutte contre les excès bureaucratiques

Bernard est l’un des fondateurs de Contribuables associés [vii], association créée en 1990, dirigée de 2005 à 2013 par Alain Mathieu (X 57), ainsi que du groupe X Sursaut [viii] , que j’ai créé en 2005 à la suite du rapport éponyme de Michel Camdessus et qui est présidé actuellement par Laurent Daniel (X 96), qui œuvrent tous les deux pour évaluer l’action publique et dénoncer les incohérences de nos politiques qui, depuis des décennies, augmentent les impôts, les dépenses publiques et la dette extérieure, sans pour, autant augmenter le bien-être des Français.

Selon Wikipedia [ix], il aurait été membre du Club de l’Horloge [x], ce qui peut se comprendre du fait qu’il avait un sens critique très poussé, et je ne serais pas surpris qu’il ait été membre du jury du prix Lyssenko – dont la composition est tenue secrète pour éviter les pressions – quand on voit certains récipiendaires de cet antiprix : Hervé le Bras (X 63) pour « son analyse de l’immigration étrangère et de la natalité française » en 1991 ou  Gilles Kepel et Bruno Étienne pour « leur analyse du déclin de l’islamisme » en 2001 ou Thomas Piketty pour « son analyse du capitalisme et des inégalités » en 2015 !

Bernard a reçu de nombreuses récompenses professionnelles dont la médaille d’or de l’Institute of Refrigeration (Londres), qui récompense les contributions les plus remarquables à l’industrie de la réfrigération (1977, la médaille Giffard de la Ville de Paris (1989), le prix Renaissance de l’économie, attribué par le Cercle renaissance, pour avoir fondé l’iFRAP (1999) et le prix Grammaticakis-Neumann de l’Académie des sciences morales et politiques (2015).

Un auteur prolixe

Quelques livres écrits par Bernard Zimmern

Il a écrit de nombreux ouvrages de référence, dont Développement de l’entreprise et innovation (Hommes et Techniques, Puteaux, 1969), À tout fonctionnaire son chômeur (Odilon media, 1999), Les profiteurs de l’État (Plon, 2001),  Les Fabricants de chômage (Plon, 2002), La dictature des syndicats : FO, CGT, SUD… nos nouveaux maîtres (Albin Michel, 2003), Changer Bercy pour changer la France : les riches sont la solution, pas le problème (Tatamis, 2015).

Et, bien sûr, il a écrit de nombreux articles pour la Jaune et la Rouge [xi]  : Le tandem investisseur-entrepreneur aux États-Unis (n° 549) ; Comment évaluer l’effet des politiques publiques (n° 584) ; Création d’entreprises et Business Angels (n °619) ; La santé aux États-Unis, coûteuse et complexe, mais performante et dynamique (n°630) ; Créer des « petits boulots » ? (n° 673).

Bernard avait épousé Marie Ducas en août 1952 et était père de 2 enfants (Philippe [xii] et Irène, épouse Audouard). Mais l’enfant dont il peut être le plus fier est sans doute l’iFRAP, qui lui survivra longtemps. Comme le disent ses amis de l’iFRAP en conclusion de la tribune qu’ils ont écrite sur Figaro Vox en son hommage [xiii] : « Bernard Zimmern peut, dans sa dernière demeure, avoir confiance en ceux qui l’ont aimé, suivi, soutenu. Son action sera perpétuée, les fondations qu’il a créées sont solides ».


[i]https://www.irdeme.org/

[ii]https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Bernard-Zimmern

[iii]https://www.ifrap.org/

[iv]http://www.freepatentsonline.com/3133695.html

[v]https://www.irdeme.org/

[vi]https://entrepreneurs-pour-la-france.org/

[vii]https://www.touscontribuables.org/

[viii]http://www.x-sursaut.org/

[ix]https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Zimmern

[x]http://www.clubdelhorloge.fr/

[xi]https://www.lajauneetlarouge.com/auteur/bernard-zimmern-49/

[xii]Professeur d’urologie à University of Texas Southwestern Medical center

[xiii]https://www.lefigaro.fr/vox/histoire/hommage-au-fondateur-de-l-ifrap-bernard-zimmern-20200826


Portraits de polytechniciens #5

Voici le cinquième numéro des nouveaux portraits de polytechniciens Xtraordinaires.

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire » d’après Ch. de Gaulle

  • Elisabeth Borne (X 81), rêveuse

Trois décennies après Edith Cresson, enfin une femme à Matignon, et pas n’importe laquelle ! Mais souhaitons-lui de durer plus longtemps qu’Edith !!

Inspirée par Jean-Jacques Goldman, elle recommande aux petites filles d’aller au bout de leurs rêves. Mais quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite, peut-on lire dans La famille Fenouillard, de Georges Colomb, l’immortel créateur du Sapeur Camember. Nous lui avons donc fait dédicacer le Livre noir des gaspillages de Contribuables Associés, afin qu’elle y mette vite des bornes. Hélas, le projet de loi sur le pouvoir d’achat ne va pas tout à fait dans le bon sens alors que chacun sait que la France vit largement au-dessus de ses moyens. Mais, en tant qu’ancienne socialiste, notre Première sait sans doute qu’il faut se préparer au tournant de la rigueur

  • Eric David (X 01), survivaliste

Né en 1981 à Marseille, Eric fait l’X en 2001 et en sort dans les Télécom. Il travaille de 2006 à 2013 dans l’administration (Finances, Affaires étrangères, Santé). En 2013, il pantoufle chez ELCA Informatique à Lausanne, avant de se mettre à son compte en 2016. Le 24 mars, il a sauté du 7ème étage de son domicile de Montreux avec sa fille de 8 ans, son fils de 15 ans qui a miraculeusement survécu, sa femme Nasrine, dentiste, et la jumelle de celle-ci Narjisse, ophtalmologue, petites-filles de l’écrivain Mouloud Feraoun, assassiné par l’OAS en 1962. Son appartement était rempli jusqu’au plafond de cartons de nourriture, de boîtes de conserve, de médicaments, de quoi soutenir un long siège. 

  • Philippe Donnet (X 80), généraliste

Né en 1960, Philippe entre à l’X en 1980. Diplômé de l’Institut des actuaires français, il entre chez Axa en 1985. Il y reste jusqu’en 2007. Après quelques années chez Wendel puis comme consultant, il entre chez Generali en 2013 comme DG de l’Italie avant d’être nommé DG du groupe en 2016, le deuxième français à ce poste après l’emblématique Antoine Bernheim.

Philippe vient d’être reconduit brillamment le 29 avril avec 55,4 % des voix dans ses fonctions de dg de l’assureur italien Generali, malgré les efforts des papys flingueurs Gaetano Calragirone (79 ans) et Leonardo di Caprio (87 ans). Pour la petite histoire, il n’avait pas eu le même succès en 2019 pour sa candidature au conseil de l’AX qui l’avait déclaré inéligible, comme votre serviteur (voir plus bas).

  • Claude Helffer (X 42), pianiste

Né en 1922, le grand pianiste Claude Helffer aurait eu 100 ans cette année. Etudiant la musique dès son plus jeune âge avec Robert Casadesus, il est reçu à l’X en 1942 puis devient résistant dans le maquis du Vercors. Après la guerre, il étudie la théorie musicale et la composition auprès de René Leibowitz. Il fait ses débuts en tant que concertiste à Paris en 1948 et se produit à partir de 1954 au sein des concerts du Domaine musical en compagnie de Pierre Boulez. Il a créé de nombreuses œuvres. Sa discographie comprend les intégrales de la musique pour piano de Schönberg, Debussy et Ravel ainsi que les trois sonates de Boulez, la Sonate de Berg et celle de Barraqué. Il meurt en 2004. Le conservatoire de Vitry lui consacre un festival du 14 mai au 3 juin 2022, en écho de la place unique qu’il a occupée dans le monde musical. Cliquez ici pour lire sa nécro par Bertrand Maury (X 88) dans la Jaune et la Rouge de juin-juillet 2005.

  • Vania Hernandez Bello (M 18), candidate

Candidate au conseil de l’AX dans un sympathique binôme avec Denis Mérigoux (X 13) dont les affiches couvrent les murs du Plâtal. A eu l’insigne honneur de figurer dans les candidatures proposées par le comité de recrutement alors que son « binôme » est relégué dans les ténèbres extérieures des candidatures « spontanées ». Comprenne qui pourra ! Il y a quand même un grand progrès par rapport à l’époque, pas si lointaine, où l’AX tentait de dissuader les candidatures « spontanées » et ne les inscrivait même pas sur les bulletins de vote, ce qui était le cas en 2019 où j’étais le seul candidat spontané ! Beaucoup d’eau a depuis coulé sous les ponts. Merci Marwan ! ! Cliquez ici pour plus de détails.

  • Philippe d’Iribarne (X 55), sociologue

Né en 1937 à Casablanca dans une vieille famille originaire de Basse Navarre, Philippe d’Iribarne entre à l’X en 1955 et en sort dans le Corps des Mines. Il est également diplômé de Sciences Po (1960). Après quelques années de service ordinaire, je le retrouve en 1968 à la Direction de la prévision. Il crée en 1972 le Centre de recherches sur le bien-être (CEREBE) qu’il dirige jusqu’en 1988. Il est ensuite directeur de Gestion et Société, puis directeur scientifique de l’Institut de l’homme et de la technologie. Il a écrit une vingtaine de livres touchant aux défis contemporains liés à la mondialisation et à la modernité, depuis La science et le prince (1970) et La politique du bonheur (1973), jusqu’à L’Islam devant la démocratie (2013) et Islamophobie : Intoxication idéologique(2019). Il écrit régulièrement des chroniques dans Le Figaro et vient de sortir La nation, une ressource d’avenir (avec Bernard Bourdin, Ed. Artege, 2022). Il y défend le besoin de penser à nouveaux frais la question de la souveraineté et de la cohérence des communautés politiques, spécialement quand les enjeux liés à l’immigration et au multiculturalisme mettent en évidence la nécessité de retrouver une substance commune.

  • Tidjane Thiam (X 81), fils de pub

Né à Abidjan en 1962, issu de deux familles africaines influentes, Tidjane entre à l’X en 1981 puis fait les Mines de Paris à titre civil en 1983. Il rejoint McKinsey en 1986 puis devient directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement de Côte d’Ivoire en 1994 puis ministre du Plan et du Développement en 1998. Après être retourné chez McKinsey en 2000, il entre chez Aviva en 2002 puis devient DG de la compagnie d’assurances Prudential en 2009. Il devient en 2015 DG du Crédit Suisse qu’il doit quitter en 2020 suite à une sombre affaire d’espionnage interne.

Diplômé de l’INSEAD, Tidjane a été nommé Alumnus of the year en 2007 et un des « 50 anciens élèves qui ont changé le monde » en 2009. Il est administrateur de Kering depuis 2020. Il vient d’être nommé administrateur de Publicis.

  • André Turcat (X 40), pilote d’essai
Turcat et Giscard – fonds André Cros, archives municipales de Toulouse

Né en 1921, le grand pilote André Turcat aurait eu cent ans l’année dernière. Après des études secondaires à Marseille, il est reçu à l’X en 1940 et devient pilote dans les forces aériennes de la France Libre et poursuit sa carrière dans l’Armée de l’air après la guerre, notamment en Indochine. Breveté pilote d’essai en 1951, il bat de nombreux records avant de devenir en 1962 le premier pilote d’essai du Concorde et est aux commandes pour son vol inaugural de 1969. Il a été député européen en 1980 et a fondé l’Académie nationale de l’air et de l’espace en 1983. Il meurt en 2016 à l’âge de 94 ans. Cliquez ici pour lire sa nécro par Jacques Bouttes (X 52) dans la Jaune et la Rouge de mai 2016.

  • François Villeroy de Galhau (X 78), fabuliste

Lors d’une conférence organisée par le Haut conseil des Finances publiques, le gouverneur de la Banque de France – dont on pouvait se demander à quoi elle sert alors que notre monnaie est gérée par la BCE – a mis en garde contre le risque d’une crise de la dette en France. A l’appui de sa thèse, il a cité L’hirondelle et les petits oiseaux, une fable de La Fontaine de 1668 dont la morale est Nous …ne croyons le mal que quand il est venu. Plus récemment, Michel Pébereau (X 61) avait tiré le signal d’alarme en 2006 alors que notre dette était la moitié de la dette actuelle !

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance.

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

A suivre …

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #4

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire » d’après Ch. de Gaulle

Actualité oblige, ce mois-ci pas moins de douze X ont défrayé la chronique, depuis Artus jusqu’à Thesmar, sans parler de récidivistes comme le cinéaste Vecchiali ou l’actrice Vinogradova…

  • Patrick Artus (X 70), économiste distingué

Dans Pour en finir avec le déclin, les priorités économiques et sociales de la France [i], Patrick Artus nous propose 6 priorités en matière économique et sociale pour que la France (re)devienne une nation forte et entreprenante et que nous retrouvions confiance et foi en l’avenir, du pouvoir d’achat des plus modestes à la modernisation de notre appareil industriel en passant par la transition énergétique et, en premier lieu, l’éducation et la formation pour ceux qui en ont le plus besoin : les jeunes, les chômeurs, les seniors.

Né en 1951 à Lille, Patrick Artus est sorti de l’X dans le corps des administrateurs de l’INSEE. Directeur de la recherche et des études de Natixis, il a enseigné l’économie à l’X de 1996 à 2011. Il a écrit de nombreux ouvrages depuis Le choix du Système de retraites (1999) jusqu’à La dernière chance du capitalisme (2021) en passant par La France sans ses usines (2011). On attend la suite de ces 3 ouvrages avec intérêt…

  • Karine Berger (X 93), tribunicienne
(c) Le Monde.fr

Unies dans une tribune au « Monde » pour promouvoir les maths auprès des filles, 50 ans après l’entrée fracassante d’Anne Chopinet comme major de la 72, 50 polytechniciennes expliquent que les mathématiques offrent des possibilités de carrières infinies et une rigueur nécessaire dans un monde surinformé. Parmi les signataires, outre Karine Berger, on trouve des Pdg comme Estelle Brachlianoff (X 92) ou Christel Heydemann (X 94) mais aussi Nathalie Kosciusko-Morizet (X 92) dont le nom apparait, bien qu’elle ait quitté la vie politique après avoir lancé la fermeture de Fessenheim lorsqu’elle était ministre de l’environnement en 2011, dans la liste des premières ministrables à côté d’une Xette de la 81 qui, contrairement à son patronyme, n’aurait pas de limites. On en saura plus très bientôt…

Née en 1973 à Limoges dans une famille de professeurs de maths, Karine Berger est sortie de l’X dans le corps des administrateurs de l’INSEE où elle a fait une grande partie de sa carrière. Elle a été député PS des Hautes Alpes et membre de la Commission des finances de 2012 à 2017. Parmi ses violons d’Ingres, on peut citer l’aviation, la peinture et Olivier Messiaen. Elle a écrit plusieurs livres dont Les Trente Glorieuses sont devant nous (2011). Tous les espoirs nous sont donc permis !

  • Patrice Caine (X 89), industrieux
(c) L’usine nouvelle

Est-ce la réponse du berger à la Berger ? Cosignataire avec 30 grands patrons dont Bernard Arnault (X 69), Jean-Laurent Bonnafé (X  81), Christel Heydemann (X 94), Xavier Huillard (X 73 ), Frédéric Oudéa (X  81) ou Patrick Pouyanné (X  83), d’une tribune dans Challenges, intitulée « Sauver les maths », Patrice Caine enfonce le clou dans un entretien au Figaro : « On manque déjà d’ingénieurs dans des domaines de pointe comme la cybersécurité, la ‘data science’ ou l’intelligence artificielle. Demain, on risque de faire le même constat d’une pénurie de compétences dans des disciplines révolutionnaires comme le quantique. » Idem dans un article dans les Echos, cosigné avec Alexandre Saubot (X 86), président de France Industrie : « Donnons aux jeunes l’envie d’industrie ! ».

Né en 1970 à Paris d’un père ingénieur des ponts né en 1936 à Bizerte, Patrice Caine est lauréat à 17 ans du concours général de maths et de physique. Il sort de l’X dans le corps des mines comme son grand frère Stéphane (X 86). Après quelques années dans l’industrie pharmaceutique, la banque, l’administration puis les cabinets ministériels, il entre en 2002 chez Thalès, où il gravit les échelons jusqu’à en être nommé PDG en 2014. Il est aussi président de l’ANRT et vice-président de France Industrie..

  • Benoit Coeuré (X 87), concurrent

Né en 1969 à Grenoble, Benoit Coeuré est sorti de l’X dans le corps des administrateurs de l’Insee. Après quelques années au Trésor, il est nommé membre du directoire de la Banque centrale européenne (2012-19). Nommé en janvier 2022 président de l’Autorité de la concurrence, il a déclaré : “La politique de la concurrence, j’en suis convaincu, est un puissant levier au service du pouvoir d’achat et de la compétitivité de nos entreprises et je tenais à vous dire à quel point je suis honoré et enthousiaste de diriger cette belle institution qui devra relever dans les prochaines années de nombreux défis et jouer pleinement son rôle au service de l’économie française.” Il a écrit plusieurs ouvrages économiques dont Quelles réformes pour sauver l’État ? (avec JP Betbèze, 2011).

  • Rose Dieng-Kuntz (X 75) cover girl
(c) Polytechnique

Première femme africaine à intégrer l’X, Rose Dieng-Kuntz est née en 1956 à Dakar. Sortie de l’X dans les Télécom, elle est la première cheffe de projet à l’INRIA en 1992. Elle investit le web sémantique en 1995 puis l’intelligence artificielle en 2005. Cela lui valut le prix Irène Joliot-Curie de scientifique de l’année 2005. Rose est malheureusement décédée en 2008.

Elle est honorée par l’AX en couverture de la dernière Bible. Plus de détails dans la Jaune et la Rouge 642 (février 2009) [ii].

  • Jean-Baptiste Fantun (X 91), bridgeur fIAble
Photo La jaune et la rouge

Avec Véronique Ventos, Jean-Baptiste Fantun a créé NukkAI, un laboratoire privé spécialisé dans l’intelligence artificielle, dont la spécificité est de proposer des résultats explicables. Démontrée au bridge où il a battu des champions, la capacité de ce système à comprendre la stratégie adverse et à exploiter ses faiblesses intéresse aussi des gens sérieux dans l’industrie, l’éducation, la santé ou la finance. Cliquez ici pour voir l’interview de JBF par Hervé Kabla pour la Jaune et la Rouge de mars 2021 et cliquez ici pour voir son interview du 23 mars 2022 sur BFM TV.

X 1991, agrégé de Mathématique et titulaire d’un DEA d’Intelligence Artificielle, Jean-Baptiste Fantun est entré en 2007 au cabinet du Secrétaire d’Etat chargé de la Prospective et du Numérique puis est devenu Conseiller Diplomatique du Ministre de l’Immigration. Il a fondé en 2010 un cabinet de conseil en relations institutionnelles avant de fonder NukkAI en 2018.

  • Christian Gérondeau (X 57), climatosceptique

Né en 1938 à Paris, fils de Jean Gérondeau (X 24) et père de Guillaume Gérondeau (X 81), Christian Gérondeau est sorti de l’X dans les Ponts et Chaussées. Il a été en 1972 le premier Délégué à la sécurité routière. Il y avait alors 18.000 morts par an sur nos routes ! On lui doit les limitations de vitesse, le port obligatoire de la ceinture de sécurité et du casque de moto. Nommé en 1993 président de l’Union routière de France, il devient partisan du tout-automobile. Il a été président de la Caisse nationale des monuments historiques et un éphémère président de l’AX en 2010. Il a écrit une vingtaine de livres dont La mort inutile (1979), Les danseuses de la République, SNCF… (2004), Ecologie, la grande arnaque (2007), Oui, vous pouvez acheter un Diesel (2019 et, cette année, Les 12 mensonges du GIEC[iii] où il met en cause les conclusions du GIEC concernant l’origine humaine des dérèglements climatiques et Vincennes, ressusciter le château des rois de France [iv] où il se fait fort de trouver auprès de quelques amis philanthropes les 30 M€ nécessaires pour reconstituer le fort de Vincennes tel qu’il était du temps de Charles V, avant que l’Armée n’en démantèle les tours au XIXème siècle, afin d’en faire un grand musée du Moyen Age... Quand il aura fini, j’espère qu’il s’attaquera à la reconstruction des Tuileries scandaleusement détruites par la Commune et qu’il m’aidera à trouver les 12 M€ requis pour faire un grand musée du Monde séfarade…

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  • Pierre-Olivier Gourinchas (X 87), FMIste

Né à Montpellier en 1968, Pierre-Olivier Gourinchas sort de l’X dans les Ponts puis passe un DEA à l’EHSS (1991) et un PhD au MIT (1996). Il enseigne la macroéconomie et la finance internationale à Stanford, Princeton, Berkeley et travaille pour le FMI qui vient de le nommer chef économiste (janvier 2022). Il a eu le prix du meilleur jeune économiste en 2008, juste après David Thesmar (X 92, voir plus loin).

Lors de la réunion du FMI du 19 avril, Pierre-Olivier a déclaré qu’il ne faut plus compter sur le rebond lié à la sortie de la crise du Covid car la guerre en Ukraine se traduira par un choc important pour l’économie mondiale, particulièrement en Europe du fait de sa dépendance à l’énergie russe. Normalement, grâce à ses centrales nucléaires, la France devrait moins en souffrir que l’Allemagne, très dépendante du gaz russe dont on peut espèrer que le robinet sera bientôt fermé.

  • Christophe Louis Léon Juchault de Lamoricière (X 1824), colonisateur

Né en 1806 à St Philbert de Grand Lieu, près de Nantes, et mort en 1865, Lamoricière sort de l’X dans le Génie, participe à l’expédition d’Alger en 1830. Nommé général en 1840, il participe à la prise de la smala d’Abd El Kader en 1843. Il a ensuite une carrière politique (député de la Sarthe en 1843, ministre de la guerre en 1848). Exilé par Napoléon III après le coup d’Etat de 1851 auquel il s’était opposé, il se porte en 1860 au secours du Saint-Siège menacé par Garibaldi et devient commandant de l’armée pontificale.

Selon wikipedia, «ses actions décisives sur le plan militaire ont contribué à la colonisation rapide de l’Algérie ». Mais ce n’est pas pour cette raison qu’il a l’honneur d’être cité ici, 60 ans après les accords d’Evian, d’autant plus que Christian Marbach lui a consacré un chapitre entier dans Portraits de polytechniciens [v]. Il est ici en raison d’une polémique bien française concernant sa statue, érigée en 1909 à Constantine, mais déboulonnée en 1962 et installée en 1969 à St Philbert de Grand Lieu après quelques années de purgatoire. Mais c’était sans compter sur le journaliste Jean-Michel Apathie, wokiste assumé qui, après avoir dénoncé l’existence d’une école Lamoricière à Paris, milite pour que cette malheureuse statue soit détruite. A quand le tour de l’Arc de Triomphe ?

  • Christian Mégrelis (X 57), poutinophile

Cher Vladimir Vladimirovitch, Voilà trente ans que nous nous sommes rencontrés pour la première fois à la mairie de Léningrad, fraîchement rebaptisée Saint-Pétersbourg. Vous développiez un Comité international pour la renaissance de Saint-Pétersbourg et m’aviez aimablement proposé d’y participer… Cliquez ici pour lire la suite de cette lettre ouverte adressée le 2 mars par Christian Mégrelis à Poutine !

Né en1938 à Chamalières d’un père grec et d’une mère auvergnate, Christian Mégrelis sort de l’X dans l’Armement. Après une carrière à la DGA puis à la BFCE, il prend le contrôle d’EXA, société de promotion des exportations françaises, créée par le patron du Crédit Lyonnais Jacques Chaine, assassiné en 1976 par un anarchiste. Seul économiste étranger dans l’équipe resserrée chargée par Gorbatchev d’élaborer, en 1991, le « Plan des 500 jours » qui devait gouverner la transition stratégique dénommée perestroïka, il raconte son expérience dans « Le naufrage de l’Union soviétique : choses vues » [vi]. Pierre Laszlo lui a consacré une biographie dans la Jaune et la Rouge. [vii]

  • Heorhii Pliatsok (B 21), poutinophobe
Photo Le Parisien

Né en 2001, en 4e année à l’X après ses 3 ans de Bachelor [viii], il est déterminé à partir au front pour s’opposer à l’invasion russe. Des amis ont lancé une cagnotte pour lui financer des équipements de protection.

  • David Thesmar (X 92), économiste de prix

Né en 1972, David Thesmar est sorti de l’X dans le corps des administrateurs de l’INSEE. Après avoir enseigné l’économie à l’ENSAE, à l’X et à HEC, il a été nommé en 2016 professeur d’économie financière au MIT. Il a reçu le Prix du meilleur jeune économiste de France en 2007. Après de nombreux livres dont Le grand méchant marché (2007) ou 10 idées qui coulent la France (2013), il vient de sortir Le prix de nos valeurs[ix]. Ce livre propose d’intégrer la dimension non pécuniaire de nos vies (la liberté, l’identité, l’altruisme, la justice, la culture…) à l’analyse économique. À partir d’une vaste enquête internationale, à laquelle le lecteur peut participer, il cartographie les préférences qui sont déterminantes pour comprendre comment tranchent les citoyens. Ou pourquoi les Français se plaignent d’un pouvoir d’achat déclinant alors que les dépenses publiques explosent. Un complément valable à La vérité des prix que j’ai commis naguère [x].

Bis repetita placent !

  • Paul Vecchiali (53), cinéaste

Après l’inauguration de la salle éponyme et la projection des Ruses du diable ce 26 février au Grand Action, rue des Ecoles, vous pouvez encore voir le 27 avril à 20 h : sortie de son dernier film PAS… DE QUARTIER au Grand Action, le 28 avril à 19 h 45, jour de ses 92 ans, au Méliès, Montreuil, PAS.. DE QUARTIER, le 29 avril : VECCHIALI EN DIAGONALES (2005) puis PAS… DE QUARTIER et le 30 avril à 11 h : au cinéma LE PANTHÉON : EN HAUT DES MARCHES

  • Gala Vinogradova (D 14), actrice

Nous avons présenté dans notre premier numéro cette Docteur de l’École Polytechnique spécialisée dans l’étude des conflits, qui jouait seule en scène au théâtre de Nesle un spectacle sur Audrey Hepburn et Anne Frank : Le journal d’Audrey, Cet émouvant spectacle reprend au Studio Hébertot, 78 bd des Batignolles, les vendredis et samedis jusqu’au 28 mai. Courez-y si vous ne l’avez pas encore vue !

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi ! Merci d’avance.

Hubert Lévy-Lambert (X 53)

A suivre …


[i] Odile Jacob, 2022, 192 p., avec Marie-Paule Virard

[ii] Rose Dieng (75), la première Africaine – La Jaune et la Rouge

[iii] L’artilleur, 2022, 161 p.

[iv] Ed. du Toucan, 2022,

[v] Chapitre 31, de Constantine à Ancône, pp 137-140, illustration de C. Gondard

[vi][vi] Transcontinentale d’éditions, 2020, 261 p.

[vii] La Jaune et la Rouge, 699, octobre 2014, Christian Mégrelis (57), Citoyen du monde – La Jaune et la Rouge

[viii] Pour les bachelors, la promotion est celle d’obtention du diplôme.

[ix] Flammarion, 2022, 272 p, avec Augustin Landier

[x] Ed. du Seuil, Collection Points, 1975, 178 p.

Proust du côté juif, par Antoine Compagnon (X 70)

A paraitre sous forme condensée dans la Jaune et la Rouge

Notre camarade Compagnon, ci-après AC, qui nous a habitués à des lectures estivales plutôt reposantes (un été avec Montaigne, avec Baudelaire, avec Pascal), est aussi un fouineur acharné, un rat de bibliothèque voire un fossoyeur, pour tout dire un véritable Bénédictin ! Il nous le montre avec son dernier opus qui présente ses recherches originales sur l’ascendance juive de Proust, du côté de sa mère, née Jeanne Weil, nièce du sénateur Adolphe Crémieux, père d’un décret de 1870 qui a donné aux juifs d’Algérie la nationalité française.

Gallimard, 2022, 426 p avec 132 illustrations. Relié 32 €

On peut difficilement résumer ce pavé de plus de 400 pages écrites en petits caractères, assorti de centaines de notes de bas de page, d’une abondante bibliographie et d’un index de près de 1000 noms, mais la thèse d’AC est que, contrairement aux idées reçues et nonobstant le caractère des personnages juifs de la Recherche, comme Bloch, Swann, Nissim Bernard ou Rachel ou le qualificatif de race maudite qu’il donne aux juifs (et aux homosexuels !) dans Sodome et Gomorrhe, voire l’amitié d’antisémites et antidreyfusards avérés comme Léon Daudet, Maurice Barrès ou Montesquiou, Proust n’était pas du tout antisémite.

AC dédicace son livre : Pour HLL … dont j’admire l’engagement polytechnicien…

AC a fait l’effort d’établir une généalogie détaillée de Proust côté maternel, en remontant à son arrière-grand-père Baruch Weil, né vers 1780 à Niedersheim (Alsace), grand fabricant de porcelaine, nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1825 par Charles X, enterré au carré israélite du Père Lachaise où Proust déclare, dans une mystérieuse lettre, dont les Proustiens recherchent le nom du destinataire depuis près d’un siècle et dont AC a réussi in extremis à percer le secret, aidé en cela par ce qu’il appelle humblement « le dieu caché de la recherche, une grâce du chercheur » mais que j’appellerais simplement la douance du chercheur qui ne laisse rien au hasard, qu’il accompagnait souvent son grand-père Nathé pour déposer un caillou sur sa tombe au Père Lachaise, au bout de la bien nommée rue du Repos, non loin de l’avenue Rachel où est enterrée la grande comédienne éponyme, abondamment citée dans la Recherche.

Détail de la tombe Weil au Père Lachaise

Ayant eu du mal à retrouver cette tombe aux inscriptions effacées et à reconstituer la liste de ses 13 occupants, AC y a déposé un caillou, ce que personne n’avait manifestement fait depuis longtemps et que j’ai fait également ce samedi 23 avril, en hommage à son avant-dernier occupant, Maurice Cohen (X 1843), cousin de la mère de Proust, ingénieur des ponts érudit et bibliophile, écrivant sous le pseudonyme anagrammatique de E. Marnicouche, mort en 1883 à Cahors où il était directeur de la navigation du Lot. Nous faisant découvrir d’autres Xtraordinaires, AC nous raconte la controverse au sujet de la libéralisation du judaïsme entre Baruch Weil et Olry Terquem (X 1801), alias Tsarphati, qui était à la fois un brillant mathématicien sans lequel le cercle des neuf points n’aurait que six points et un dangereux révolutionnaire qui voulait transférer le samedi au dimanche, ce qui ne l’a pas empêché de faire intégrer à l’X ses fils Charles (X 1844) et Félix (X 1859). AC nous présente la belle Ludmila Savitzky (1881-1957), poétesse, comédienne et critique littéraire, épouse de Marcel Bloch (X 1901, ingénieur des chemins de fer et as de l’aviation française) et belle-sœur de Pierre Bloch (X 1913, journaliste et écrivain) et la non moins ravissante Myriam Harry (1869-1958) dont nous apprenons que l’échec au prix Goncourt de son best-seller La conquête de Jérusalem (1904) est à l’origine de la création du prix Fémina.

AC nous décrit, ce qui explique peut-être pourquoi cet éminent spécialiste de Montaigne s’est lancé dans une recherche sur Proust qu’il a commencée dès 1997 avec une étude sur Les libéraux dans l’Affaire Dreyfus, poursuivie en 2007 avec une communication à l’université de Tel Aviv sur Israël avant Israël et achevée avec un feuilleton à la manière d’Alexandre Dumas pendant le confinement de 2020 qui a été considéré par tant de gens comme une perte de temps mais qui a conduit AC à compenser la suppression de son cours au Collège de France, malheureusement intitulé « Fins de la littérature », le triple parallèle entre l’auteur des Essais et celui de la Recherche, établi par de grands critiques de l’époque, dont André Gide, Albert Thibaudet ou Albert Cohen, l’immortel auteur de Belle du Seigneur, selon lequel ces grands écrivains seraient tous deux fils d’une mère juive, ce qui n’est cependant pas totalement prouvé pour le premier, dont il n’est pas certain que la mère, Antoinette de Louppe, ait eu des ascendances marranes, mais aussi écriraient un peu de la même manière, avec un style et une pensée voisins, en amplifiant sans cesse leur œuvre unique jusqu’au jour de leur mort, et enfin auraient des penchants pour le même sexe, ce qui est avéré pour le second mais ne ressort toutefois pas absolument de la relation spéciale du premier avec la Boétie, dont son « parce que c’était lui, parce que c’était moi. » a quelquefois pu être mal interprété.

Pour en savoir plus sur Proust du côté juif, allez voir la belle exposition du MahJ, Proust du côté de la mère, dont AC est conseiller scientifique et, bien sûr, lisez son livre.

Vous ne perdrez pas votre temps !

Bon dimanche et bon vote !!

Hubert Lévy-Lambert (X 53)

Elu à l’Académie française le 17 février 2022, Antoine Compagnon est né en 1950 à Bruxelles. Fils d’un général, il prépare l’X au Prytanée de la Flèche et en sort dans le corps des ponts mais il n’y reste pas longtemps. Il devient docteur en littérature française (1977) puis docteur d’Etat (1985) et enseigne notamment au département HSS de l’Ecole (1978-85), à Columbia (1991), à la Sorbonne (1994-06) et au Collège de France (2006-21), où il succède à Marcel Froissart (X 53). Il a écrit de nombreux livres dont Nous, Michel de Montaigne (1980), Proust entre deux siècles (1989), Les antimodernes (2005) et la série des étés avec : Un été avec Montaigne (2013), avec Baudelaire (2015), avec Pascal (2020) et bientôt avec Colette (mai 2022). Il est conseiller scientifique de l’exposition Proust du côté de la mère qui se tient jusqu’au 28 août au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MahJ), rue du Temple.

Portraits de polytechniciens #3      

Voici le troisième numéro des nouveaux portraits de polytechniciens Xtraordinaires.

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire » d’après Ch. de Gaulle

Exceptionnellement, ce numéro est consacré à un X unique :

Paul Vecchiali (X 53), pitaine réalisateur

Paul Vecchiali devant Danielle Darrieux, son actrice fétiche

Né le  avril 1930 à Ajaccio, Paul Vecchiali entre à l’X en 1953 avec la cote major d’âge [i] . Selon les règles de l’époque concernant les « surlis » [ii], il doit en sortir dans l’armée dont il sort 10 ans après comme capitaine de réserve.

Plus connu comme réalisateur, producteur indépendant ou écrivain, voire comme acteur ou metteur en scène, que comme pitaine de promo, Paul a réalisé une cinquantaine de longs métrages et une trentaine de courts métrages,  traitant notamment du sida, de la sexualité, de la peine de mort et de la religion, depuis Les Petits Drames, film muet avec Danielle Darrieux (1961), et les Ruses du Diable (1965) jusqu’à Un soupçon d’amour (2020) et Pas… de Quartier (2022), en passant par Femmes, femmes (1974), Corps à cœur (1979) ou Rosa la rose, fille publique (1985).

Il a écrit une quinzaine de livres dont un monumental dictionnaire, L’Encinéclopédie [iii] consacré à la filmographie des cinéastes français des années 30.

Encore actif à un âge où la plupart de ses camarades de promo sont à la retraite depuis plus d’un quart de siècle, Paul méritait bien un numéro spécial des Portraits de polytechniciens Xtraordinaires. Il habite dans le Var mais sera à Paris du 26 au 30 avril, avec un programme fort chargé :

· 26 avril à 19 h, inauguration de la salle Vecchiali au Grand-Action, 5 rue des Écoles et projection de deux de ses courts-métrages en boucle (LES ROSES DE LA VIE et LA CÉRÉMONIE), suivie de la projection de LES RUSES DU DIABLE (version réalisateur) dans la grande salle, en présence de Geneviève Thénier et de Jean-Claude Drouot.

· 27 avril à 20 h : sortie de PAS… DE QUARTIER. Présentation dans la grande salle en présence de Mona Heftre, Ugo Broussot et Jérôme Soubeyrand, suivie de débats.

· 28 avril à 19 h 45, jour de ses 92 ans,au Méliès, 12 place Jean Jaurès, Montreuil, signature de quelques romans, d’un recueil de nouvelles et de Chansons et Poèmes. Suivie de la présentation de PAS.. DE QUARTIER en présence de Jérôme Soubeyran et Ugo Broussot.

· 29 avril : projection de VECCHIALI EN DIAGONALES (2005, Emmanuel Vernières) puis de PAS… DE QUARTIER.

· 30 avril à 11 h : au cinéma LE PANTHÉON : projection de EN HAUT DES MARCHES.

· 30 avril à 14 H à la Librairie du Panthéon : signature de son autobiographie avec Noël Simsolo comme modérateur (LE CINÉMA FRANÇAIS, ÉMOIS ET MOI) et en présence de Jean-Paul Barriolade, éditeur.

Paul sera heureux de voir de nombreux camarades de tous âges à ces manifestations.

Pour en savoir plus sur Paul, vous pouvez regarder sa page wikipedia ou lire son entretien de 2012 avec notre Kessier Yvon Bastide ou les articles de Christian Guittet (X 70) dans la Jaune et la Rouge d’octobre 2017 et de décembre 2020.

***

Vous connaissez des Xtraordinaires ? J’ai déjà une longue liste d’attente mais je reste preneur !!

Merci d’avance et Bonnes fêtes de Pâques.

Hubert Lévy-Lambert (X 53)

A suivre …


[i] Cote que j’ai inventée. Pour ceux qui se souviennent, c’est le contraire de la cote Petit nange, attribuée à un natif de 1935.

[ii] Les candidats ayant dépassé 21 ans le 1er janvier de l’année du concours étaient dénommés « surlimites » et devaient s’engager à rester 10 ans dans l’armée à la sortie de l’Ecole.

[iii] Éditions de l’Œil, 2010, 2 volumes, 880 et 738 p.

Portraits de polytechniciens #2

Voici le deuxième numéro des portraits de polytechniciens Xtraordinaires, susceptibles d’alimenter une nouvelle édition du livre éponyme de Christian Marbach.

  • Estelle Brachlianoff (X 92), nettoyeuse

Née en 1972, fille d’un cinéaste et d’une ingénieure, Estelle entre à l’X à 20 ans et en sort dans le corps des Ponts. Elle y reste 10 ans à construire des tramways ou des autoroutes avant d’entrer à Véolia (ex Compagnie générale des Eaux). Elle en gravit tous les échelons du Nettoyage industriel à la direction générale, en passant par le Comité exécutif où elle est la seule femme et la Direction des opérations. Elle remplace Antoine Frérot (X 77), qui a choisi de prendre du champ en décidant de devenir président non exécutif, après avoir réussi la prise de contrôle mouvementée de Suez. Discrète sur sa vie privée, Estelle a 2 enfants. Elle fait partie des 40 xettes choisies par Michèle Cyna (X 76) pour marquer les 40 ans de l’entrée des femmes à l’X [i]. On en trouve pourtant quelques-unes avant 1976, et pas seulement Sophie Germain…

  • Jean-Marc Jancovici (X 81), écologiste
J-M Jancovici (c) Le Monde

Né en 1962, fils d’un physicien, JMJ entre à l’X en 1981 et en sort dans les Télécom mais il commence sa carrière dans le cinéma avec Ciné Magma avant de rejoindre l’Ademe en 2000 pour s’occuper de la création du bilan carbone puis il crée Carbone 4, conseil en stratégie carbone (2004) puis The shift project (2010). Engagé en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, en particulier dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, il milite notamment pour la taxe carbone et la production d’énergie nucléaire civile, dont Macron vient de redécouvrir l’intérêt, après avoir malencontreusement obligé EDF à fermer Fessenheim. Véritable écologiste, très critiqué donc par ceux qui font de l’écologie un tremplin pour tenter de gagner des électeurs, qui le traitent d’imposteur, il a écrit l’avant-propos de Climat, crises. Le plan de transformation de l’économie française [ii]. Des positions qu’il défend sans nuances dans la BD Un monde sans fin [iii] qui vient de faire l’objet d’une analyse détaillée par F-X Martin (X 63) dans la Jaune et la Rouge [iv]. Marié et père de 2 enfants, il est membre du Haut Conseil pour le climat auprès du Premier ministre depuis 2018.

Cliquez ici pour plus de détails sur ce touche-à-tout de l’écologie.

  • Vincent Jugé (X 06), mineur basse

X 06 et ingénieur au corps des mines, Vincent Jugé est aussi docteur en informatique, avec une thèse en 2016 sur la Combinatoire des tresses (sic). Egalement pianiste et chanteur, on a pu entendre sa voix de basse le 11 mars 2022 en GU dans le Requiem de Mozart à St Germain des Prés, à côté de son cocon Lagrée, sous la baguette du maître Patrice Holiner qui dirigeait l’ensemble vocal de l’X et l’orchestre Via Luce.

B Lagréé et V Jugé à St Germain des Prés avec (à gauche) P Holiner- photo HLL
  • Bertrand Lagrée (X 06), trader ténor

X 06 et ingénieur civil des mines, Bertrand Lagrée est aussi docteur en mécanique et ingénieur en neutronique. Il exerce maintenant ses talents comme VP d’une société privée de gestion alternative des portefeuilles financiers. Il est aussi flûtiste, pianiste et ténor, comme on a pu l’entendre le 11 mars à côté de son cocon Jugé.

  • Florence Lustman (X 80), assureuse
F Lustman (photo HLL)

Fille d’un professeur de mécanique, Florence est née en 1961 à Evreux. Elle entre à l’X en 1980 et en sort dans le Contrôle des assurances. Elle est nommée en 2007 Inspectrice générale des Finances et chargée du pilotage du plan Alzheimer. Elle entre à la Banque Postale en 2012 comme inspectrice générale puis directrice financière. Elle est nommée en 2019 présidente de la Fédération française de l’Assurance, rebaptisée France Assureurs pour faire plus moderne, qui vient de sortir à l’intention des candidats à l’élection présidentielle un livre blanc : « Renforcer l’assurance vie au service de l’économie et de la croissance durable » [v].

Florence a 2 enfants, dont Morgane, X 07. Elle a été présidente de X Finance en 2009. Cliquez ici pour voir son interview de juin 2020 pour X Sursaut.

  • Michel Perreau (X 53), constructeur
M Perreau en 1953

Michel Perreau n’a pas seulement construit plus d’une centaine de bateaux petits et grands, il a aussi construit une grande famille : il vient d’avoir son 32ème arrière-petit-enfant, Grégoire Perreau, né le 27 janvier. Qui dit mieux ?

Mariés en 1957, Michel et Jacqueline ont eu 6 enfants dont l’un est mort à 16 ans, 28 petits enfants entre 36 et 14 ans, 11 sont mariés aujourd’hui et ont eu 32 enfants. Il nous dit : « Au-delà des chiffres, la famille est pour nous la source du bonheur et nous comble, malgré des souffrances inévitables, d’une joie profonde ». Cliquez ici pour voir ce qu’il nous disait de lui en 2013, lors de notre mi-centenaire.

  • Olivier Rey (X 83), philosophe
Olivier Rey (c) Fabien Clairefond pour Le Figaro

Né en 1964 à Nantes, Olivier Rey sort de l’X dans la Marine mais n’y reste pas longtemps. Il entre au CNRS pour travailler sur les équations aux dérivées partielles non linéaires tout en développant une réflexion critique sur la place de la science dans la société contemporaine.

Olivier est membre de la section philosophie du CNRS et de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (IHPST). Il a enseigné les mathématiques à l’X, il enseigne aujourd’hui la philosophie à Paris 1 et à la Sorbonne. Il a écrit 2 romans et de nombreux essais dont Quand le monde s’est fait nombre (2016), Leurre et malheur du transhumanisme (2018) et L’idolâtrie de la vie (2020). Il se demande dans ce dernier livre, à propos de notre réaction vis-à-vis du covid, comment la vie nue (c’est-à-dire le simple fait d’être en vie, indépendamment de ce en quoi cette vie consiste) en est venue à prendre la place du sacré ? Il vient aussi d’écrire la préface de Le président liquide. Une genèse du macronisme[vi] où il se demande si Macron liquidera la France ! A voir la désinvolture avec laquelle sont traitées les finances publiques et l’absence de réelle concurrence, cette question est en effet d’une brûlante actualité…

  • Didier-Roland Tabuteau (X 78), juriste

Né en 1958, Didier Tabuteau entre à l’X en 1978 puis il fait l’ENA (1982) dont il sort dans le Conseil d’Etat. Il est directeur adjoint du cabinet de Claude Évin aux Affaires sociales (1988-91) puis directeur de cabinet de Bernard Kouchner (1992-93), dg de l’Agence française du médicament (1993-97), directeur de cabinet de Martine Aubry (1997-2000) et à nouveau Kouchner (2001-02). Passé dans le privé, il devient pdg de la Fondation des Caisses d’Epargne. Il revient au conseil d’Etat en 2011, est nommé président de la section sociale en 2018. Il vient d’en être nommé vice-président en 2022, ce qui est son bâton de maréchal puisqu’il n’y a pas de président !

Didier a enseigné à l’X (1986-2002) et à l’Ecole des Ponts (1988-2006). Il a écrit de nombreux essais dont Les contes de Ségur (2006), Dis, c’était quoi la Sécu ? (2009) ou Démocratie sanitaire (2013). Il a été membre du Cercle santé Société dont le délégué général est Jean-Claude Prager, président de X Démographie (X 64).  Il est Partisan d’une « grande Sécurité sociale », ce qui ne saurait plaire à Florence Lustman qui doit, es qualité, défendre les Mutuelles de prévoyance (voir ci-dessus). Mais ne faut-il pas les renvoyer dos à dos et créer des caisses concurrentes comme par exemple en Israël qui est pourtant un pays plutôt socialiste ?

***

Les lecteurs nous écrivent

Antoine Compagnon (X 70) : Merci, cher camarade, de cette référence, et bienvenue à la conférence du mahJ [Musée d’art et d’histoire du judaïsme] le 14 avril [à 19 h 30]. Amitiés, Antoine

Marwan Lahoud (X 83) : Je trouve l’idée [de publier tes portraits dans la Jaune et la Rouge] excellente. Tu ne m’en voudras pas si on ne reprend pas tout… Comme tu sais le livre de Marbach est mon livre de chevet.

Christian Marbach (X 56) : Bonjour Hubert   En visitant mon ancienne boîte à mails, je trouve ton texte sur certains X, dont tu brosses le portrait avec adresse et précision tout en proposant de les convoquer dans mes Portraits de Polytechniciens   Le jour où Marwan me demandera une nouvelle édition de mon livre, qu’il commence certainement à connaître par cœur à force de lui consacrer toutes ses soirées de lecture, je penserai à reprendre tes suggestions. Cela me sera facile pour ceux qui figurent déjà dans mon travail…

François de Wissocq (X 53) : Cher Hubert, Merci de ce très intéressant message… Voir la suite de ce long message en bas de nos portraits #1.

***

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance.

Hubert Lévy-Lambert (X 53)


[i] Femmes de progrès de Polytechnique, AX 2013, 112 p.

[ii] The Shift project, Odile Jacob, 2022, 272 p.

[iii] Le monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique, avec Christophe Blain, Dargaud, 2021, 196 p.

[iv] Le Monde sans fin de Jean-Marc Jancovici (81) – La Jaune et la Rouge

[v] Livre blanc : « Renforcer l’assurance vie au service de l’économie et de la croissance durable » – (franceassureurs.fr)

[vi] Avec Erwan Barillot. Perspectives Libres, 2022

Portraits de polytechniciens #1

Chers camarades,

Sous ce titre, Christian Marbach (X 56) a écrit en 2015 un grand livre magnifiquement illustré par Claude Gondard (X 65) [i]. On y trouve la carrière de 300 camarades vivants ou morts, qu’il a sélectionnés parmi les quelque 50.000 diplômés de l’X depuis 1794. Sélection judicieuse puisque j’y suis ! Christian s’est attaché à citer des X qui se sont illustrés de 1794 à nos jours pour la Patrie, les Sciences ou la Gloire, mais aussi des X ayant eu des vocations singulières comme écrivain, prêtre, alpiniste ou archéologue.

S’il prépare une nouvelle édition, je lui recommande quelques camarades qui ont récemment défrayé la chronique, par ordre alphabétique : un ambassadeur, un artilleur, un académicien, un guerrier, une téléphoniste, un politologue, un justicier et une actrice.[ii]

  • Gérard Araud (X 73), ambassadeur

Né en 1953 à Marseille, Gérard sort de l’X dans la Statistique puis fait Science Po (78) puis l’ENA (82) dont il sort dans le Corps diplomatique. Il commence sa carrière comme secrétaire d’ambassade en Israël (1982-84). Après divers postes en administration centrale, à Washington et à Bruxelles, il revient en Israël comme ambassadeur (2003-06). Après un nouveau passage en administration centrale, il est nommé représentant permanent de la France à l’ONU (2009-14) puis ambassadeur aux USA jusqu’en 2019, date à laquelle il prend sa retraite. Il a écrit ses mémoires en 2019 : Passeport diplomatique : quarante ans au Quai d’Orsay et vient de publier Henry Kissinger : le diplomate du siècle. Avec un franc-parler peu commun au Quai d’Orsay, il était connu à Washington comme l’ambassadeur gai[iii] et à New York comme l’homme qui dit non [iv]. Il vient de défrayer la chronique comme conseiller de la sulfureuse société israélienne NSO… Interrogé le 23 février par Renaud Blanc sur Radio Classique, il qualifie les sanctions contre la Russie de cache-sexe de l’impuissance

  • Michel Bignon (X 34), artilleur

Né en 1914, doyen des polytechniciens, Michel Bignon vient de nous quitter à 107 ans ! Passé par le prytanée de La Flèche, Michel avait intégré l’X en 1934 et en était sorti dans l’artillerie. Après une retraite anticipée en 1946, il travaille chez Heurtey à Lacq et à Pierrelatte puis dans l’énergie solaire. Doyen des promos en 4, il avait été interviewé dans La J&R du 31 mars 2014 à l’occasion de ses 100 ans et de la première fête des promos « 10 N + 4 » [v] organisée avec maestria par Marie-Louise Tronc-Casademont (X 74), puis en juin 2020 à l’occasion de ses 105 ans. [vi]

  • Antoine Compagnon (X 70), académicien

Elu à l’Académie française le 17 février 2022, Antoine est né en 1950 à Bruxelles. Fils d’un général, c’est au Prytanée de la Flèche qu’il prépare l’X, dont il sort dans le corps des ponts mais il n’y reste pas longtemps. Il devient docteur en littérature française (1977) puis docteur d’Etat (1985) et enseigne notamment au département HSS de l’Ecole (1978-85), à Columbia (1991), à la Sorbonne (1994-06) et au Collège de France (2006-21). Il a écrit de nombreux livres dont Nous, Michel de Montaigne (1980), Proust entre deux siècles (1989), Les antimodernes (2005) et la série des étés avec : Un été avec Montaigne (2013), avec Baudelaire (2015), avec Pascal (2020). Il vient de sortir Proust du côté juif (Gallimard, 2022). Vous pouvez l’entendre disserter sur ce sujet le 14 avril à 19 h 30 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme[vii] .

  • Bernard Esambert (X 54), guerrier

Né en 1934, Bernard Esambert entre à l’X en 1954 et en sort dans corps des mines. Il occupe différents postes au ministère de l’Industrie puis rejoint le cabinet de Pompidou à Matignon (1967–68), puis celui de Couve de Murville (1968–69) et à nouveau Pompidou à l’Elysée (1969–74). Il y est alors son conseiller industriel, formant avec Parayre (X 57), Stoleru (X 56) et Worms (X 55) les 4 Mousquetaires de la politique industrielle pompidolienne, à laquelle on doit par exemple la centrale de Fessenheim ouverte en 1977…

Après 3 ans au Crédit Lyonnais (1974-77), il entre à la Compagnie financière Edmond de Rothschild (1977-93) puis occupe diverses fonctions importantes dont il parle dans son autobiographie Une vie d’influence (2013). Il a notamment présidé le conseil d’administration de l’X (1985-93) mais il doit sa présence ici au fait qu’il a inventé en 1971 le concept de guerre économique, dont les X sont les officiers, qu’il expose par exemple dans Le Monde (1986) [viii] et La Guerre économique mondiale (1991). Bruno Le Maire s’en serait-il malencontreusement inspiré dans sa déclaration du 1er mars qui lui a valu un tweet menaçant de Medvedev et un rétropédalage suite à un rappel à l’ordre de l’Elysée ?

  • Christel Heydemann (X 94), téléphoniste

Christel est née en 1974 à Clamart d’un père centralien et d’une mère normalienne. Les mauvaises langues diront qu’elle n’a donc pas de mérite ! Elle entre à l’X en 94 et en sort dans les Ponts. Après 2 ans au BCG, elle entre chez Alcatel, devenu en 2006 Alcatel-Lucent. Elle en devient DRH en 2011 et est chargée du dégraissage du groupe voulu par Serge Tchuruk (X 58), apôtre d’une France sans usines, tout le contraire de ce que préconisaient les 4 Mousquetaires susmentionnés… En 2014, juste avant le rachat d’Alcatel-Lucent par Nokia, elle entre chez Schneider Electric dont elle devient Executive vice-présidente, avant d’être choisie pour diriger Orange en avril 2022, remplaçant l’emblématique Stéphane Richard qui a dû quitter prématurément ses fonctions suite à sa mise en examen dans l’affaire de l’arbitrage Tapie.

Christel est l’invitée d’honneur du prochain petit déjeuner polytechnicien le 24 mars [ix].

–        Thierry de Montbrial (X 63), politologue

Né en 1943 à Paris, Thierry entre à l’X en 63 et en sort dans le corps des mines. Il a créé en 1974 le Centre d’analyse et prévision au ministère de la Défense puis en 1979 l’Institut français des relations internationales (Ifri). Il a enseigné l’économie à l’X de 1973 à 2008. Il est membre de l’Académie des sciences morales et politiques depuis 1992. Il est aussi membre associé de nombreuses académies étrangères. Il est également le président de la World Policy Conference (WPC) qu’il a créée en 2008.

Thierry écrit dans le Journal du dimanche du 27 février que « L’Union européenne doit mener une réflexion autonome sur l’avenir de la sécurité du continent ». Selon lui, Au moment où Vladimir Poutine, seul décideur en Russie de la guerre et de la paix, vient de choisir la guerre, l’heure n’est pas à se disputer sur les erreurs commises par les Occidentaux dans leur approche de la sécurité européenne depuis la fin de la guerre froide… Dans une perspective longue, la refondation de la politique étrangère de la France, dont les lignes principales ont été fixées sous la IVe République, devra passer par un retour à la source de la construction européenne, avec le remarquable mélange d’ambitions et de modestie qui la caractérisa. 

  • Thomas Vezin (X 15), justicier
Signature de la convention de chaire entre Total et l’X, 12.2018

Justicier autoproclamé, frais émoulu de l’X, Thomas Vezin s’est bombardé secrétaire général d’une association de contestataires dénommée Sphinx qui a contraint Patrick Pouyanné (X 83), pdg de TotalEnergies à renoncer à installer un centre de recherche sur la décarbonation des énergies sur le campus de l’X, avec l’appui d’Anticor et de Greenpeace. Des X qui tirent contre leur camp ! A noter que le pauvre Pouyanné a maintenant d’autres chats à fouetter avec 30 % de son gaz qui vient de Russie via sa participation de 19,4 % dans Novatek, deuxième producteur de gaz de Russie. BP vient de montrer l’exemple en cédant ses 20 % dans Rosneft et Shell s’apprêterait à faire de même. Mais il y a peut-être du gaz dans le sous-sol français. Comment savoir puisque les écolos ont obtenu l’interdiction de faire ne serait-ce que de l’exploration !

  • Galina Vinogradova (D 14), actrice

Pour terminer cette première liste de portraits d’actualité, en voici un plus original. Issue d’une famille juive du Caucase, Gala Vinogradova est Docteur de l’École Polytechnique en épistémologie appliquée, spécialisée dans l’étude de conflits. Elle joue au théâtre de Nesle depuis le 16 février un émouvant spectacle sur Audrey Hepburn et Anne Frank, qu’elle a rodé avec succès en 2019 au Théâtre dans les Etoiles : Le journal d’Audrey, où Galina est seule en scène au Théâtre de Nesle, jusqu’au 27 mars.

Icône atypique mais forte, Audrey Hepburn a séduit bien au-delà de son époque. Entre Histoire et fiction, drame et comédie musicale, Le Journal d’Audrey évoque la personnalité rebelle et originale de la star en interrogeant sa jeunesse difficile, source de ses engagements inflexibles envers l’enfance bafouée. Audrey s’est forgée un caractère tantôt sage et docile, tantôt libre et sauvage, émergé de l’amour pour son père, nourri par sa passion pour la danse et guidé par son âme soeur, Anne Frank, dont la voix résonne dans son esprit.

Cliquez ici pour réserver.

Bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert X 53

A suivre avec un écologiste, un juriste, un économiste, un philosophe, un réalisateur …


[i] Ed. Sabix, 2015, 368 p. 15 € franco. Cliquez ici pour le commander : Portraits de polytechniciens (sabix.org)

[ii] Pour ceux qui se plaindraient que je ne respecte pas la parité, je rétorquerai que j’ai respecté, sans le vouloir, la proportion actuelle des Xettes, soit une fille pour quatre garçons, sans parler des trans, dont je connais quelques spécimens…

[iii] Don’t call him the Gay Ambassador Vogue, 6 novembre 2014

[iv] Gaspard Dhellemmes, « L’homme qui a dit no », Vanity Fair n°73, octobre 2019, p. 82-87.

[v] Michel BIGNON (34), le doyen – La Jaune et la Rouge

[vi] Michel Bignon (34) : doyen des X – La Jaune et la Rouge

[vii] Proust du côté juif | Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme (mahj.org)

[viii]  Ingénieurs mes frères officiers de la guerre économique », dans Le Monde, 9 octobre 1986.

[ix] Il reste très peu de places pour y assister à en présentiel. Vous pouvez à défaut y assister en ligne. Cliquez ici pour plus de détails.