Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #32

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Gilles Bloch et Pierre Brisac à Arthur Waller et Nadège Zarrouati-Vissière, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Gilles Bloch (X 81), biologiste
Gilles Bloch

Né en 1961 à Pointe à Pitre, Gilles entre à l’X en 1981. Il entreprend ensuite des études de biophysique et de médecine, passant successivement un doctorat en biophysique moléculaire, un doctorat en médecine et un post-doctorat à Yale. Spécialiste du métabolisme musculaire et cérébral, il entre au département de biologie du CEA en 1989. Il en est nommé chef de laboratoire en 1997 puis directeur adjoint de la direction des Sciences du vivant en 2001.

Gilles quitte le CEA en 2002 pour rejoindre le cabinet de Claudie Haigneré à la Recherche et devient en 2004 directeur adjoint du cabinet de son successeur François d’Aubert, qui le nomme en 2005 premier directeur de la nouvelle Agence nationale de la recherche avant de le nommer en 2006 directeur général de la Recherche et de l’Innovation. Il quitte son poste en 2009 pour revenir au CEA comme directeur des Sciences du Vivant. Il est élu en 2015 président de l’Université Paris-Saclay. Il est nommé en 2018 président de l’INSERM qu’il quitte en 2023 avant d’être nommé président du Musée national d’Histoire naturelle. Je serai ravi que son comité d’acquisition accepte bientôt mon don de pointes de flèches néolithiques, que j’ai trouvées en 1960 à Hassi Messaoud (alors département des Oasis).

Vous trouverez plus de détails dans le portrait que Jérôme Bastianelli (X 90) vient de lui consacrer dans la Jaune et la Rouge de février, que je viens de découvrir a posteriori.

  • Pierre Brisac (X 19S), général
Pierre Brisac à l’X Photo Henri Manuel

Pierre Brisac est né à Paris en 1897, de Noémie Naquet, d’une vieille famille de Juifs du Pape et d’Adrien Brisac, receveur de l’enregistrement, d’une vieille famille juive lorraine qui a donné plusieurs généraux à la France. Engagé volontaire en 1915, à 17 ans seulement, il est blessé à Verdun et gagne ses galons de sous-lieutenant en 1916 et de lieutenant en 1918. Il entre à l’X dans la promo 19 Spéciale, une promo créée spécialement pour les anciens combattants, et en sort dans l’Artillerie. Après Saumur puis l’Ecole de guerre, il est nommé capitaine en 1926 et est envoyé au Levant comme chef des troupes de l’Euphrate (1927-30). Il devient commandant en 1934 et part au Maroc (1935-37). Nommé à l’Etat-major de la Vème armée en 1940, encerclé dans les Vosges, il s’évade. Nommé lieutenant-colonel puis colonel, il est maintenu dans l’armée malgré les lois anti-juives de Pétain, jusqu’à la dissolution de l’armée qui suit l’armistice. Il entre alors dans la Résistance et organise un maquis près de Grenoble puis est nommé par le général Revers chef d’état-major de l’Organisation de résistance de l’armée sous le pseudonyme de Colonel Brachet, ce qui l’amène à rencontrer le général de Gaulle à Alger. Nommé général de brigade en 1944, il dirige l’Ecole polytechnique de 1945 à 1950. Promu général de division, il dirige la 2ème division d’infanterie puis, général de corps d’armée, il commande les forces françaises en Allemagne. Il est ensuite chef d’état-major adjoint au Shape (1955-57) avant d’être nommé secrétaire général adjoint de l’Union de l’Europe occidentale (1959-64).

Pierre meurt en 1975 à St Cloud. La Jaune et la Rouge a publié un extrait de l’hommage qui lui a été rendu par son cocon le général Clément Blanc (19S) dans son numéro de mars 1976.

Grand officier de la Légion d’honneur et Croix de guerre 14-18 et 39-45, Pierre Brisac a été président de la Maison des X de 1968 jusqu’à sa mort et a participé aux activités du Consistoire central. Il avait épousé Edith Crémieux qui lui a donné quatre enfants, dont Michel Brisac, qui a choisi, comme son père, la carrière militaire et a terminé sa carrière comme général de corps d’armée.

  • Emmanuel Constantin (X 09), machiniste
Emmanuel Constantin

Né en 1990, d’un père chef d’une petite entreprise de journalisme et d’éditions et d’une mère cadre dans l’administration territoriale, Emmanuel grandit dans le 14ème arrondissement de Paris et y suit des rails confortables le menant à Louis Le Grand puis à l’X, où il entre en 2009. Il en sort dans le Corps des mines qui l’affecte, après un passage par l’Ecole des mines et des expériences dans les énergies renouvelables (Eolfi) et le traitement des déchets (Veolia), à la DIRECCTE Centre Val de Loire à Orléans. Passionné de la chose publique, il profite de son passage dans le Loiret pour s’occuper de la promotion d’un autre jeune ambitieux, comme référent d’En Marche (2015-17), mettant ses fonctions administratives entre parenthèses le temps de la campagne présidentielle. Il revient ensuite à l’Etat pour passer un an au ministère de la Transition écologique et solidaire et s’occuper notamment de la médiation relative au projet d’aéroport de ND des Landes (2017-18). On sait ce qu’il en est advenu ! Il est ensuite en charge du programme Transparences de la Direction interministérielle de la transformation publique (2018-19) puis conseiller d’Emmanuelle Wargon, fille de Lionel Stoleru (X 56) au ministère de la transition écologique (2019-21). C’est l’époque de la création de MaPrimeRenov’ et des milliards du plan de relance pour la rénovation énergétique des bâtiments.

Fin 2021, revenant à ses premières amours, Emmanuel pantoufle chez Veolia comme directeur d’usine en Grande-Bretagne. Il n’a donc pas passé beaucoup de temps dans l’administration mais il a cru utile d’en tirer les leçons à l’intention du public dans Dans la machine de l’Etat (Gallimard, 2023) où il consacre un chapitre à chacune de ses expériences. Lisez sa sympathique recension par Pierre Seguin (X 73) dans la Jaune et la Rouge de décembre et, si vous avez le temps, écoutez son interview par Alain Finkielkraut, croisée avec Jean-Pierre Jouyet, auteur de Est-ce bien nécessaire, monsieur le ministre ? (Albin Michel, 2023), dans Répliques le 9 décembre dernier sur France Culture.

Egalement altruiste, Emmanuel est administrateur bénévole du groupe SOS et envisage de se marier !

  • Yohann Leroy (X 97), lanceur
Yohann Leroy

Né en 1977 dans l’Aube, fils unique d’un ouvrier de province et d’une aide-comptable et petit-fils de cheminot, Yohann fait ses études secondaires dans un petit lycée de province mais sa prépa à Louis le Grand. Il entre à l’X en 1997 et en sort second, ce qui lui vaut le prix Jordan (X 1855) qui lui est remis par Eric Le Mer (X 71), vice-président de l’AX. Il choisit naturellement le Corps des mines qui l’affecte à la sortie de l’Ecole des mines comme chef de la division développement industriel à la DRIRE Ile de France, après des stages chez IdVector et chez Nina Ricci. Il est nommé en 2007 conseiller technique de François Fillon, premier ministre, chargé des stratégies industrielles, avant d’entrer chez Eutelsat en 2010 comme directeur de la stratégie puis de l’ingénierie puis CTO et enfin DGA.

Yohann devient en 2022 président de la société MaiaSpace, filiale d’ArianeGroup, installée à la Défense et à Vernon, dont l’objectif est de développer la première fusée réutilisable en Europe, avec retour du premier étage sur barge. Maia, dont le premier vol est prévu fin 2025, pourra emporter plus de 3 t de charges utiles en orbite basse, notamment grâce à l’ajout optionnel d’un module motorisé capable d’emporter des satellites sur des orbites spécifiques. MaiaSpace conjugue le meilleur des deux mondes : capitaliser sur l’expertise et l’excellence du secteur spatial européen, notamment de sa société mère, tout en conservant la rapidité, l’agilité et la culture du risque d’une start-up afin d’accélérer le développement de technologies stratégiques, à commencer par la réutilisation, pour la future famille de lanceurs européens de toutes tailles.

Passionné de course à pied et notamment d’ultratrail et ceinture noire de karaté, Yohann dispose des encouragements de ses trois fistons et surtout d’une équipe d’ingénieurs passionnés unique en Europe et dans le monde pour réussir cette course-là aussi, même si, ayant misé sur une filière de propulsion novatrice à l’oxygène et au bio-méthane liquides plus adaptée à la réutilisation, il n’a pas l’intention d’utiliser l’hydrogène promu par Nadège (cf infra), du moins pour l’instant ! Voir son interview dans X Passion d’octobre 23. Bonne chance, cher Yohann !

  • Patrice Vergriete (X 89), ministre
Patrice Vergriete

Né en 1968 à Dunkerque, fils d’un ouvrier chaudronnier et d’une mère au foyer, Patrice fait ses études dans le quartier populaire des Glacis mais, comme Yohann ci-dessus, fait sa prépa à Louis le Grand et entre à l’X en 1989, montrant, comme Yohann, que l’X n’est pas réservée aux fils d’archevêques ! Il en sort dans le corps des Ponts tout en y perfectionnant ses aptitudes au basket, facilitées par sa taille de 2,02 m. Après un début de carrière à l’OCDE, Patrick intègre le cabinet de Martine Aubry à l’Emploi et de Claude Bartolone à la Ville, où il s’occupe des grands projets de villes. Il revient en 2000 dans sa ville natale pour diriger l’AGUR (Agence d’urbanisme et de développement Flandre-Dunkerque). Il quitte Dunkerque en 2008 pour préparer un doctorat en urbanisme et aménagement de l’espace à l’Ecole des Ponts.

Parallèlement, Patrice adhère au PS et est membre du conseil municipal de Dunkerque sans discontinuer de 2001 à 2013, comme adjoint chargé des sports. Il quitte le PS en 2013 suite à un désaccord avec Michel Delebarre. Il est largement élu en 2014 maire de Dunkerque sur une liste dissidente puis nommé président de la communauté urbaine et du pôle métropolitain Côte d’Opale mais, peu après son élection, il est accusé de népotisme pour avoir favorisé la nomination de son épouse Vanessa Delevoye, journaliste, comme directrice de l’innovation urbaine de l’AGUR ? Réélu en 2019, il est élu député suppléant de Christine Decodts en 2022 sous l’étiquette Renaissance et nommé ministre du Logement d’Elisabeth Borne (X 81) en juillet 2023. Après un mois d’attente frustrante, on le retrouve en février 2024 ministre des Transports de Gabriel Attal, à la place de Clément Beaune, aux côtés de Roland Lescure (X 87) qui a réussi à garder l’Industrie et à y ajouter l’énergie qui n’aurait jamais dû en être séparée.

Inventeur en 2018 du bus gratuit dans toute la communauté urbaine de Dunkerque, appuyé par son épouse qui pilote depuis sa création en 2019 l’Observatoire des villes du transport gratuit, auteur de La gratuité des transports, une idée payante, Patrice profitera-t-il de ses nouvelles fonctions pour élargir cette gratuité qui a déjà été suivie à Montpellier, à l’ensemble des bus de France et, pourquoi pas, aussi aux métros et aux trains ? Ayant naguère milité pour faire payer le consommateur plutôt que le contribuable (la Vérité des prix, ed. du Seuil 1975), dois-je me préparer à une nouvelle édition ?

  • Arthur Waller (M 13), licorniste
Arthur Waller

Fils de Romain Waller (X 87), Arthur fait ses études au Lycée international de St Germain (2004-07), puis fait Sciences Po et une licence en maths à l’Université Pierre et Marie Curie (2007-10) et enchaine avec un master à l’X (2010-13) tout en faisant des stages chez Goldman Sachs à Londres et au FMI à Libreville et du tutorat à Sciences Po. Avant même d’avoir son master, il crée en 2012 PriceMatch, une start-up innovante qui fournit des solutions de gestion des revenus sur mesure aux hôtels, en créant des algorithmes prédisant la demande future et permettant aux hôteliers de fixer le bon prix au bon moment. Il vend Pricematch en 2015 à Booking.com et y reste jusqu’en 2018 comme chef de produit à Amsterdam.

Arthur crée en 2019 Pennylane, une plateforme intégrée de gestion financière et comptabilité, en s’appuyant sur un quarteron de jeunes X : Tancrède Besnard (X 09), Félix Blossier (M 12), Thierry Deo (X 10) et Quentin de Metz (X 09). Pennylane, dont le nom, une rue de Liverpool, est inspiré d’une chanson des Beatles ( !), s’adresse à la fois aux dirigeants d’entreprise et à leurs experts-comptables. Après avoir levé 110 M€ depuis sa création, Pennylane vient de lever 40 M€ auprès de Sequoia et de DST Global et est aujourd’hui valorisée un milliard, juste de quoi faire partie de la catégorie enviée des licornes. Pennylane a déjà convaincu 3.000 cabinets d’experts-comptables, emploie déjà 400 personnes et est en pleine croissance avec des tas de projets, notamment à base d’IA. Bravo Arthur ! Souhaitons que ton exemple soit suivi par beaucoup d’autres jeunes pour que la France atteigne les 100 licornes escomptées par Macron pour 2030. Et pourquoi ne serais-tu pas une des 10 décacornes souhaitées par Le Maire pour la même année ?

  • Nadège Zarrouati-Vissière (X 05), hydrogéniste
Nadège Zarrouati

Née en 1985 de Olivier Zarrouati (X 77), Nadège entre à l’X en 2005. Elle en sort dans le corps de l’Armement, comme papa ! Après 2 ans au MIT, elle poursuit ses recherches à l’Ecole des mines de Paris où elle soutient une thèse de doctorat en mathématique et automatique intitulée La réalité augmentée : fusion de vision et navigation (2013). Elle y explore des algorithmes pour des applications de réalité augmentée visuelle. Elle est ensuite affectée à la DGA comme architecte navigation puis chef du bureau d’accompagnement des PME stratégiques et, enfin, responsable finances de l’UM Horus. Elle est nommée en 2021 conseillère innovation au cabinet de Florence Parly, ministre des Armées, qu’elle quitte en 2022 pour devenir chef du programme hydrogène chez Ariane.

Pour en savoir plus sur les projets d’ArianeGroup en matière d’hydrogène, non seulement dans le spatial mais aussi dans les transports aériens, maritimes et terrestres, vous pouvez lire l’interview de son président André-Hubert Roussel (X 85) dans la Jaune et la Rouge de décembre 2022 : du spatial à la mobilité. Souhaitons que Nadège y fasse des merveilles pour aider Ariane à sortir de l’impasse stratégique où elle est fourvoyée depuis la fin d’Ariane 5 (cf le portrait de Frédéric d’Allest dans ma lettre de janvier 2024).

Actualité

Petits papiers : après Arnaud Prost (X12), qui donne une conférence à l’X le 7 mars (cf infra), Stanislas Polu (X04) et Zuzanna Stamirowska (M13), dont les portraits viennent d’être publiés dans la Jaune et la Rouge de février, les heureux élus à paraitre dans la Jaune et la Rouge de mars sont Ivan Gavriloff (X81) et Karine Berger (X93).

Bernard Arnault (X 69, président de LVMH) vient de nommer ses deux fils Alexandre (M 16) et Frédéric (X 14) au conseil d’administration de LVMH. Ils y rejoignent leur frère Antoine et leur sœur Delphine. Qui a dit népotisme ? Devinez qui a protesté ? C’est leur petit frère Jean, bien sûr, qui est quand même directeur du pôle horloger de Louis Vuitton !

Philippe Herzog (X 59, ma lettre d’avril 23) fait une conférence à l’Institut Catholique de Paris le 4 avril à 18h sur le thème  » Un nouveau récit pour l’Europe« . Il sera accompagné de deux « discutants » : Alain Lamassoure et Jean-Claude Trichet. 

Chorale des X 21 et 22 dirigée par Me Holiner

Patrice Holiner (X d’honneur, ma lettre d’octobre 22)a dirigé l’ensemble vocal de l’École dimanche 11 février à l’auditorium Saint-Germain (Paris 6e). Des élèves des promotions 21 et 22 y ont chanté des chants militaires de tradition, dont le Chant des marais, le Chant des partisans ou l’Ode à Vaneau (X 1829), en terminant traditionnellement par une belle Marseillaise à deux voix.

Arthur Mensch © Toby Melville APSIPA

Arthur Mensch (X 11, cofondateur de Mistral AI, ma lettre de juin 23) défraie encore la chronique en signant un partenariat avec Cap Gemini. Ensemble, Capgemini et Mistral AI vont accélérer le déploiement d’une IA générative plus accessible, plus polyvalente et plus efficiente. Grâce à ce nouveau partenariat, les clients de Capgemini bénéficieront non seulement des compétences reconnues de Mistral AI en matière de données et d’IA, de l’étendue de ses services d’IA générative et de son expertise sectorielle approfondie, mais également de ses modèles d’IA générative révolutionnaires. 

Asma Mhalla, enseignante à l’X depuis septembre 2022, publie Technopolitique, comment la technologie fait de nous des soldats (Seuil, février 2024). Elle y explique que les big tech (Google, Amazon, Facebook…) guident nos vies via l’Intelligence artificielle, les réseaux sociaux, les implants cérébraux, les satellites, le métavers… et que nous sommes bien trop dépendants des technologies américaines. A quand notre réarmement civique ?

Arnaud Prost

Arnaud Prost (X 12, ma lettre de nov 22), ingénieur principal de l’armement,astronaute de réserve de l’Agence spatiale européenne, fait une conférence à l’X le 7 mars à 18 h à l’amphi Poincaré, suivie d’un échange avec les élèves et le binet Astronautix.

Thomas Schlesser, Professeur d’histoire de l’art à l’X, chargé d’un MOOC sur l’histoire des relations arts-sciences du XVIème au XXème siècle, directeur de la Fondation Hartung-Bergman à Antibes défraye la chronique avec Les yeux de Mona (Albin Michel, 2024) un best-seller mondial prévendu dans de nombreux pays avant même d’avoir été publié en France ! Visitez le Louvre, Orsay et Beaubourg avec les yeux d’une petite fille de 10 ans guidée par son grand-père. Et ne vous étonnez pas si ces 3 musées élèvent une statue à Thomas !

Thierry Schwab devant L’attente par Guéorgui Chichkine 1992

Thierry Schwab (X 66, éditeur, écrivain et galeriste, ma lettre de septembre 23) expose dans sa galerie du 35 rue Quincampoix (près de Beaubourg) un grand artiste russe contemporain : Guéorgui Chchkine. Un vrai artiste qui fait de magnifiques portraits et non un robot, contrairement à Igor Bredev, le héros de son dernier livre ! Courez-y, c’est seulement jusqu’au 9 mars !

Nicolas Truelle (X 80, ma lettre de septembre 23) prend sa retraite le 1er juillet des Orphelins apprentis d’Auteuil où il officiait depuis 2015 avec brio. Il sera remplacé par Jean-Baptiste de Chatillon, qui était directeur financier de Sanofi. Nous attendons avec impatience ce que Nicolas va faire de sa retraite ?

Courrier des lecteurs

  • Bonjour monsieur, A la lecture de votre lettre, je vous signale qu’Arnaud Prost (X12) donnera une conférence à l’Ecole jeudi 7 mars, organisée par ma direction. Colonel Thibault Capdeville, chef de corps. Bien noté, merci. HLL
  • Cher Hubert, Un grand merci pour cette nouvelle moisson de camarades Xtraordinaires. Et toutes mes félicitations pour ta famille si cosmopolite, sur laquelle le soleil ne se couche jamais ! Voilà un empire bien sympathique. Bien amicalement. Philippe Georges (X 79)
  • Mon cher camarade, … [suite à mon portrait dans ta lettre de nov 23], si je suis fier de certaines réalisations, ce ne sont pas celles qui ont contribué le plus accroître ma réputation et ma notoriété.  En fait on trouve ma patte dans 3 dossiers techniques et dans un dossier économique …  1) …A Brest j’ai été l’ingénieur chef du projet du poisson autopropulsé dit PAP 104… qui a été un des tout premiers si ce n’est le premier robot sous-marin … une superbe réussite industrielle… 2) … J’ai mis en évidence … l’existence d’un seuil de rémanence magnétique [des sous-marins nucléaires] qu’il était extrêmement important de ne pas dépasser … Ces recherches nous ont donné une avance d’au moins 50 ans. 3) … la réduction de l’ouverture de l’antenne sonar de 90° à 60° a entraîné une réduction du prix d’environ 30% de tout le sonar. 4) Au sein du Conseil de politique monétaire, j’ai commis un article en 1996 dans le Monde qui est paru … à point pour que l’évolution du dollar ne soit pas contrebattue par l’action de la Bundesbank. Cela a donné à notre industrie 4 ans de répit et de stabilité de 1996 à 2000… Amitiés et merci de ton engagement pour notre école, engagement que je soutiens à fond. Jean-Pierre Gérard (X 60)
  • Hubert, Merci beaucoup. Je l’ai parcouru. C’est un très gros travail de ta part dont je tiens à te féliciter. Amitiés. Olivier MARTIN (X 77, IGA 2s)

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #31

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Frédéric d’Allest (X 61) à Olivier Silberzahn (X 82), voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, dont deux couples monopromaux, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Frédéric d’Allest (X 61), spatialiste
Frédéric d’Allest (La jaune et la rouge)

Né en 1940 à Marseille de Pierre d’Allest, Fondé de pouvoir de la banque privée Maurel, Frédéric fait ses études au lycée Thiers (Marseille) et entre à l’X en 1961. Il passe son brevet de pilote militaire pendant ses obligations militaires et choisit le Corps de l’Armement, option Sup’Aéro. Dès sa sortie en 1966, il est détaché au CNES qui a été créé en 1961, pour s’occuper du premier étage du lanceur Diamant puis d’Europa III.  A partir de 1973, il est chargé de mettre en place la filière Ariane, successivement comme chef du projet, directeur du projet, directeur général du CNES et Pdg d’Arianespace. On lui doit toute la filière depuis Ariane 1 (1979-86) jusqu’à Ariane 4 (1988-2003) et au lancement d’Ariane 5.

Après avoir lancé, dès 1985, le programme de développement d’Ariane 5 (1996-2023), il bifurque en 1990 pour devenir administrateur directeur général du groupe Matra, devenu Matra Hachette en 1993. Enfin il est nommé membre du comité de direction du groupe Lagardère en 1996.

Pour la petite histoire, dans la Jaune et la Rouge de février 2021, Frédéric explique que le projet Ariane a été lancé avec l’appui du président Pompidou mais qu’il a eu du mal à vaincre l’opposition de Giscard d’Estaing (X 44), qui était inquiet, comme ministre des finances puis comme président de la République, du risque de multiplication du devis par le facteur habituel Pi, que l’on a connu pour le Concorde ou le Tunnel sous la Manche, voir Pi2 pour l’EPR !

Lancement d’Ariane 5 en 2016 (c) RTL

Leader des vols commerciaux dans les années 90 avec Ariane 4, Ariane est aujourd’hui en panne sèche avec la fin d’Ariane 5 en juillet 2023, qui ne sera pas remplacée par Ariane 6 avant plusieurs mois, l’échec de la fusée italienne Vega et l’abandon de la coopération avec les Russes. Pendant ce temps, Elon Musk parade avec 107 lancements en 2023 contre 3 pour Arianespace et des fusées réutilisables. Frédéric, reviens !

Féru d’alpinisme et de voile, Frédéric est Ingénieur Général de l’Armement, Officier de la Légion d’Honneur et Officier de l’Ordre du Mérite. Il a reçu de nombreuses récompenses dont le prix de l’Astronautique (1979), l’Européen de l’espace (1990) ou la Médaille d’or du prix James Watt (1993). Il s’est marié en 1963 et a eu 3 enfants.

  • Jean-Louis et Béatrice Charon (X76), châtelains
Jean-Louis Charon

Né en 1957 à Moulins (Allier) d’un ingénieur civil des mines et d’une professeur de lettres, Jean-Louis entre à l’X en 76. Il en sort dans le corps de Ponts et chaussées après avoir jeté son dévolu sur sa camarade de promo Béatrice Folberth, pour former ce que j’appelle un couple monopromal (comme les Mordant ci-après). Après quelque temps au Ministère de l’Industrie, puis chez General Electric et Thomson, il devient en 1996 Directeur Général du groupe CGIS, pôle immobilier de Vivendi Universal. Il organise en 2000 le LBO sur CGIS, qui donne naissance à Nexity, dont il intègre le directoire puis le conseil de surveillance. Après avoir créé Nexstar Capital en partenariat avec LBO France, il fonde en 2004 Citystar qui investit en Private Equity et en immobilier, en France et en Asie du Sud-Est. Il est également administrateur d’ELAIA, de Tikehau capital et de Vivapierre et a été administrateur de Paref jusqu’à sa prise de contrôle par Fosun. Plus de détails dans la Jaune et la Rouge d’octobre 2015

Béatrice Charon

Née en 1957 à La Tronche (Isère) d’un tanneur et d’une chimiste, Béatrice entre à l’X en 76, comme Jean-Louis et en sort dans le corps de l’Armement. Après Supaéro, elle passe 9 ans à la Délégation Générale pour l’Armement puis devient chasseuse de têtes pendant 4 ans avant de revenir à ses premières amours en 1994 comme directrice de cabinet du directeur de la division missiles du groupe Aérospatiale puis directrice commerciale Europe de MDBA, filiale d’Airbus dédiée aux missiles. Elle entre en 2003 comme vice-présidente chez Péchiney, absorbé en 2004 par Alcan, et suit en 2011 le spin-off de Constellium. Officiellement en retraite depuis fin 2022, elle est senior advisor du fonds d’investissement belge Syntagma et administrateur d’Erasteel.

Le château de Médavy, comme un voyage…

Jean-Louis et Béatrice ont 3 enfants dont 2 polytechniciens : Isabelle (X 06) et Emmanuel (X 08), l’aînée Anne-Christine ayant quand même fait HEC, bon sang ne saurait mentir ! Mais ce qui leur vaut d’être cités dans la présente lettre est un autre rejeton auquel ils consacrent beaucoup de leur temps et de leur argent depuis deux décennies : le château de Médavy, belle demeure classique du XVIIIème siècle, nichée au creux de l’Orne, dans laquelle on trouve de nombreuses merveilles :  tableaux, sculptures, meubles, cartes, globes terrestres et célestes. Les Charon ont obtenu le prix de la restauration architecturale de la French Heritage Society en 2010, font partie des 20 Aventuriers du patrimoine retenus par le guide Michelin et la Demeure Historique en 2021 et ont signé en 2022 une convention avec la Fondation du patrimoine. L’histoire du château est décrite dans Médavy, comme un voyage, un magnifique livre de A-M Royer-Pantin illustré par Ph. Abergel (VMF 2023).

  • Philippe Kourilsky (X 62), pasteurien
Philippe Kourilski

Né en 1942 à Boulogne-Billancourt dans une famille de médecins (dont un grand-père venu de Russie), Philippe fait ses études secondaires à Janson et à Louis le Grand et entre à l’X en 62. Attiré par la biologie qui était la spécialité de son grand frère François, futur DG du CNRS, il entre au CNRS et passe une thèse de doctorat en 1970 sur les bactériophages, sous la direction de François Gros. Il rejoint l’Institut Pasteur en 1972, en dirige une unité de recherche de génie génétique en 1978 et fonde en 1981 avec Pierre Chambon Transgène, la première grande start-up de biotechnologies en France. Il est nommé titulaire de la chaire d’immunologie moléculaire au Collège de France en 1998, directeur général de Pasteur en 2000, honoraire en 2005 et président du Singapore Immunology Network qu’il a créé en 2006. 

Marié et père de 4 enfants, Philippe, membre de l’Académie des sciences et professeur honoris causa de plusieurs universités étrangères, est connu en France et à l’étranger pour ses contributions scientifiques majeures sur la génétique moléculaire et sur l’immunologie. Actif auprès de l’X, Philippe a été membre de son conseil d’administration et président puis vice-président de son conseil enseignement-recherche et a œuvré pour y introduire l’enseignement de la biologie. Il a été dix ans administrateur de Veolia et a présidé le conseil scientifique d’EDF (2014-17).  Il a écrit notamment Les Artisans de l’hérédité (1987) ; La Science en partage (1998) ; Du bon usage du principe de précaution (2001), principe hélas constitutionnalisé par Chirac, sur le dévoiement duquel il revient à propos de la covid 19 dans un article de la Jaune et la Rouge de mars 2021 ; Le temps de l’altruisme (2009), où il développe les idées qui l’ont conduit à créer Resolis en 2010 ; De la science et de la démocratie (2019)  et, tout dernièrement, Mes années Pasteur (Odile Jacob, 2023, la Jaune et la Rouge de juin 2023) ou il raconte son parcours de chercheur et la formidable saga de la biologie moderne et nous explique les progrès conceptuels qui ont fondé la révolution biologique en cours, ainsi que ses retombées médicales, dont la découverte ultrarapide des vaccins contre le Covid-19, hélas pas en France !  

Dans une interview à la revue l’Arche (janvier 2024), Philippe regrette les non-dits des écologistes sur la démographie : « Les religions et les gouvernements qui refusent la régulation des naissances et l’éducation des filles ont un impact important sur le climat. L’humanité va plafonner à 10 milliards. L’environnement planétaire sera plus difficile à gérer avec dix milliards qu’avec sept et la difficulté sera plus que proportionnelle. » Ce serait bien que le groupe X démographie, que j’ai créé en 1996 avec Jacques Lesourne (X 47), aujourd’hui en déshérence, renaisse de ses cendres pour approfondir ce genre de réflexion et pour proposer des solutions, peut-être en s’inspirant du principe de précaution, pour une fois une précaution loin d’être inutile. Peut-être Jean-Loup Bertaux (voir plus bas) ?

  • Isabelle Mordant (X 92), mère courage
Isabelle Mordant

Née en 1973 d’un haut fonctionnaire et d’une enseignante, Isabelle Durvye entre à l’X en 92 après une prépa à Hoche et fait ensuite l’Ecole des ponts et chaussées. Elle épouse son camarade de promo Paul Mordant, X mines, qui lui donne deux enfants : Thomas (Ulm 15) et Pierre (X 18). Encore un couple monopromal, comme les Charon ci-dessus, mais dont la vie n’est pas un long fleuve tranquille…

Passionnée d’opéra et fana de natation comme son mari qu’elle a rencontré à la piscine de l’X, Isabelle était présente au Salon du livre X le 25 novembre à la Mairie du VIème, pour présenter Mystère de la fragilité (Le Cerf, 2019). Ce livre préfacé par Cédric Villani et recensé dans la Jaune et la Rouge d’octobre 2019, a reçu en 2020 le prix Montyon de l’Académie française, destiné aux auteurs français d’ouvrages les plus utiles aux mœurs, et recommandables par un caractère d’élévation et d’utilité morales.

Dans ce livre, qui est à la fois un hymne à la vie, malgré ou dans l’épreuve, et un cri d’alerte sur certains dysfonctionnements de notre société, Isabelle raconte le parcours de son fils Thomas, né en 1998 avec la maladie des os de verre. Diagnostiquée tardivement — Isabelle et Paul ont d’abord été accusés de maltraitance —, cette maladie qui le cloue, corseté, dans un fauteuil roulant et le rend entièrement dépendant physiquement, ne l’a pas empêché d’avoir son bac à 14 ans, d’être admis à Normale Sciences à 16 ans après une prépa à Hoche puis de préparer une thèse de géométrie algébrique à Orsay et d’obtenir son doctorat en mathématiques en 2023 pour devenir enseignant-chercheur. Bravo Thomas ! Peut-être un nouveau Stephen Hawking ? Un succès auquel Isabelle, renonçant de gaité de cœur à toute activité professionnelle, a apporté sa contribution à temps quasi-complet, tant comme auxiliaire de vie que comme auxiliaire scolaire, un véritable sacerdoce ! Bravo Isabelle, bon courage !

  • Guy Saïas (X 46), ingénieriste
Guy Saïas

Guy est né en 1924 d’un père médecin. Son adolescence est celle d’un enfant juif dans les années noires de la France. Dès l’occupation, sa famille s’installe en Zone sud, à Marseille. Il y fait ses études au lycée Perrier, faisant preuve de son caractère et de sa « baraka ». Son caractère parce qu’il refuse de porter l’étoile jaune lorsque la zone sud est aussi occupée, et convainc ses parents d’en faire autant. Sa baraka parce qu’il joint une bande de jeunes résistants, emmenée par Paul Cousseran, membre de Combat, ce qui ne l’empêchera pas de réussir en 1944 le concours de l’X, qu’il choisit plutôt que la carrière médicale lorsqu’il découvre qu’entrer à l’X signifie ne plus être à la charge de ses parents qui traversent des temps difficiles.

Sorti de l’X dans les Ponts et chaussées, Guy en démissionne dès 1957 pour créer avec Henri Grimond (X 46, mort en 2005), la Société d’études techniques et économiques (SETEC), un groupe d’ingénierie pluridisciplinaire qui relève les défis des plus grands projets de bâtiment, d’infrastructure, d’environnement ou d’aménagement urbain. Aujourd’hui implantée dans de nombreux pays, la Setec peut s’enorgueillir d’avoir travaillé sur des grands projets comme la desserte de Hassi Messaoud, le Tunnel sous la Manche, le centre spatial de Kourou, le Viaduc de Millau, l’Opéra de Pékin, le Grand Paris Express, le métro de Ryad ou la Fondation Louis Vuitton.

La vie professionnelle de Guy n’est pas seulement celle d’un génial entrepreneur. Outre son caractère et sa baraka qui ne l’ont pas quitté, il fait montre d’un profond humanisme : très altruiste, lorsque son compère Henri Grimond et lui-même prennent leur retraite en 1990, ils cèdent la Setec à ses cadres, qui en étaient déjà actionnaires depuis 20 ans, ce qui à l’époque était très novateur et s’avère une excellente manière de développer durablement une société de matière grise en France. N’y voir aucune allusion aux déboires actuels d’une grande société de services du numérique…

Fondation Guy Saïas

Après sa retraite, Guy se lance dans une seconde carrière en continuité avec sa passion d’entreprendre et, parce que son humanisme s’est élargi à des préoccupations sociétales, il se consacre à la réhabilitation de bâtiments historiques, comme l’hôtel Saint-James et Albany à Paris ou le cloître Saint-Louis à Avignon. Désireux de « rendre un peu de ce que ce métier lui a donné et d’ouvrir un peu l’accès trop étroit aux élites », il crée en 2008 la Fondation Guy Saïas avec Georges Mercadal (X 56), qui a co-écrit le présent portrait, pour faciliter l’accès au métier d’ingénieur de jeunes bacheliers méritants. Cette fondation, qu’il a richement dotée, va désigner cette année son centième boursier.

Guy a eu 2 enfants : Eric, chercheur en math à Jussieu, dont la mère est morte jeune et Daniel (X 94), fondateur d’une société d’ingénierie de capteurs, dont la mère Lone, danoise, a beaucoup œuvré pour la Fondation Saïas. Il est mort en 2012. Ses successeurs ont écrit son panégyrique dans la Jaune et la Rouge de mars 2013 : Guy Saïas, la passion de créer et d’entreprendre.

  • Olivier Silberzahn (X 82), cyclo-nageur
Olivier Silberzahn

Né en 1962 en Tunisie de Claude Silberzahn (1935-2020, successivement administrateur des colonies, préfet, patron de la DGSE…), Olivier est dans sa jeunesse ballotté d’écoles en écoles : Tunisie, Région parisienne, Martinique, Côte d’Azur, Normandie, Franche-Comté… Poussé dans la voie d’une prépa à Saint Louis sur les conseils d’un grand-oncle normalien, prof de math en prépa et syndicaliste engagé, Olivier entre à l’X en 1982. Après une formation complémentaire aux Télécom, il entre en 1986 chez Télésystèmes comme développeur à New York, puis chef de projet à Paris et enfin directeur du département multimédia. Il passe en 1992 chez Cap Gemini où il termine vice-président pour le secteur public. Il rejoint ensuite Dell EMC en 2006, où il est en charge du développement du secteur public en Europe, Moyen-Orient et Afrique. Il y gravit les échelons jusqu’à être maintenant directeur en charge de la transformation des grands clients dans le domaine du Cloud, de l’intelligence artificielle générative et de la cybersécurité. Il envisage pour cette année une reconversion professionnelle dans le cyclisme si une récente prothèse de la hanche n’y fait pas trop obstacle ! 

Marié avec une Allemande qui lui a donné 3 enfants, montagnard, cycliste, nageur, ancien champion de triathlon et écrivain à ses moments perdus, Olivier était présent au Salon du livre X le 25 novembre à la Mairie du VIème, pour présenter ses œuvres de politique-fiction matinée de sport et de science-fiction. Avec Journal d’un nageur de l’ère post-Trump (Maurice Nadeau, 2017), on vit dans une uchronie natatoire basée sur l’élection de Marine Le Pen en 2017. Nous y avons alors échappé, mais cette hypothèse ne risque-t-elle pas d’être réalité en 2027 ? Dans Augmentus, chroniques du cyclocentaure à l’ère de l’intelligence artificielle (Maurice Nadeau, 2019), Olivier invente un demi-siècle de mutation de l’humanité à l’ère de l’avènement du dieu IA et de l’hybridation homme-machine, avec l’émergence d’une véritable intelligence artificielle forte et toutes ses conséquences, soit le paradis sur Terre, soit l’enfer. Vertigineux !

Actualité

Jean-Loup Bertaux (X 61, ma lettre de novembre 22), grand astronome mais aussi brillant démographe, auteur de Démographie, climat, migrations : l’état d’urgence (2017), a écrit un des 23 chapitres de Surpopulation… mythe ou réalité ?, un livre collectif qui regrette que le passage à 8 milliards d’humains en 2022 n’ait pas provoqué un choc dans l’opinion et qu’on ne considère pas qu’un milliard de terriens de plus tous les 10 ans, c’est trop et trop vite. J’ajouterai que c’est trop déséquilibré car, en même temps que la population africaine explose, avec un indice conjoncturel de fécondité (ICF) voisin de 5, y compris à Gaza où on peut difficilement parler de génocide, l’Europe est en hiver démographique, y compris en France où la natalité est en chute libre, avec un ICF de 1,68 (dont 2,3 pour les femmes nées à l’étranger), nettement en dessous des 2,1 nécessaires pour éviter une baisse de population avec ses conséquences dramatiques sur le niveau de vie et sur les retraites. Pour certains, la solution résiderait dans l’immigration. Roland Lescure (X 87) a fait un beau discours dans ce sens au CESE en octobre dernier. D’un autre côté, Emmanuel Macron vient d’annoncer le lancement d’un réarmement démographique. Pour aider à y voir clair, ce serait bien que Jean-Loup reprenne le groupe X-démographie, dont je parle plus haut à la fin du portrait de Philippe Kourilsky.

Vianney Bollier (X 64), président de X Résistance, fait une conférence vendredi 26 janvier à 14 h au lycée Janson de Sailly, salle Clermont, sur son père André Bollier alias Vélin (X 38, 1920-44, ma lettre de mars 2023), ancien élève de Janson, artisan héroïque des journaux clandestins. Entrée libre mais inscription obligatoire

Elisabeth Borne (X 81, ma lettre du 30 mai 2022) a été remerciée par Macron pour être remplacée par Gabriel Attal. Philippe Georges (X79) m’a demandé de lui faire suivre le message qui suit : « Madame la Première Ministre, chère camarade, Apprenant avec une certaine émotion votre démission convenue, je souhaitais vous faire savoir combien j’avais apprécié votre action au service de notre pays, dans des conditions particulièrement difficiles. Votre dignité, votre résilience, votre engagement, votre fiabilité et votre loyauté forcent l’admiration et font honneur à vous-même et aux fonctionnaires que vous représentez, ainsi qu’à l’Ecole dont vous êtes issue. En une époque de voyeurisme, de victimisation et de scénarisation, comme il est rassurant de savoir des capitaines solides, dévoués et fermes à la barre. Recevez mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année et votre nouvelle vie, probablement prometteuse. Avec ma plus haute considération ».  Cher Philippe, elle doit effectivement avoir des grands projets pour avoir refusé le maroquin de la Défense mais elle peut d’ores et déjà être fière d’avoir largement battu le score d’Edith Cresson. HLL

Patrice Holiner

Patrice Holiner (X d’honneur, ma lettre d’octobre 22)dirigera l’ensemble vocal de l’École dimanche 11 février à 16h30 à l’auditorium Saint-Germain (Paris 6e). Des élèves des promotions 21 et 22 y chanteront des chants militaires de tradition. Je suis ravi de voir qu’il y a des traditions qui ne se perdent pas et j’espère qu’on y entendra le petit nange et la peau de c😊 S’inscrire auprès de Patrice Holiner avant le 28 janvier.

Elodie Perthuisot-Ziegler (X 96, ma lettre de juin 22), nommée récemment directrice exécutive E-Commerce, données et transformation numérique de Carrefour, en remplacement d’Amélie Oudéa-Castera, était en mai en Israël pas seulement pour inaugurer avec Alexandre Bompard et Philippe Houzé les 50 magasins qui viennent d’y passer sous l’enseigne Carrefour mais surtout pour nouer des partenariats avec six start-up israéliennes, dont une aide à la gestion des ruptures de produits. Succédera-t-elle à nouveau à AOC, dont les jours de ministre semblent comptés ???

Petits papiers : après Stefanie Stantcheva (M 08) et Philippe Englebert (M 15), tous deux dans ma lettre de novembre, dont les portraits viennent d’être publiés dans la Jaune et la Rouge de janvier, les heureux élus à paraitre dans le numéro de février sont Arnaud Prost (X12), Stanislas Polu (X04) et Zuzanna Stamirowska (M13).

Souvenirs

Catherine et Hubert Lévy-Lambert saluent le président Radha-Krishna – Delhi janvier 1966

Je suis allé en Inde en janvier 2023 pour la deuxième fois de ma vie. La fois précédente, c’était en janvier 1966 à l’occasion d’un congrès international de l’eau.

Les mêmes à Bhubaneshwar en janvier 2024

Cette fois-ci, c’était pour le mariage de ma petite-fille Sara qui, bien que domiciliée ainsi que son fiancé à San Francisco, a choisi de se marier en Inde, pays dont les parents de son conjoint sont originaires, loin de la Basse Californie où sa sœur jumelle s’est mariée en 2023 et de Berlin où l’ainée s’est mariée en 2022. Quand je vous dis que le soleil ne se couche jamais sur ma famille !

Courrier des lecteurs

  • Cher camarade, J’admire depuis longtemps la force qui t’anime. Je t’adresse mes vœux les meilleurs en espérant te lire encore longtemps. Bernard Basset (X 59). Merci beaucoup. HLL
  • Bonsoir Hubert, Merci beaucoup pour cette compilation. Je te signale néanmoins que certains liens … pointent dans une mauvaise direction. Avec tous mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année. J’aurai très grand plaisir à continuer à lire tes portraits, toujours très intéressants et bien écrits ! Amicalement, Pascal Bouillon (X 79). Merci de ton message. Cette anomalie est due au fait que le tri sur Excel ne trie pas les liens. J’ai rectifié les 200 liens un par un. Amitiés. HLL
  • Cher Hubert, Merci de cette liste alphabétique, qui permet d’avoir une belle vue d’ensemble ! Je sais que le portrait de Grimond est en préparation, mais à la consultation de cette liste un autre absent me saute aux yeux – si je peux m’exprimer ainsi : Jacques Attali ! Quelles que soient les opinions que l’on peut avoir de sa personnalité, de ses actions, de ses travaux, c’est indubitablement un X traordinaire. Amicalement. Gérard Cohen (X 70). Merci de ton message et de ta patience ! HLL
  • Merci Hubert pour cette nouvelle moisson, riche et diverse. Nous avons bien noté la qualité exceptionnelle des promos en 3 : Arago, Poincaré et HLL, beau triptyque ! Joyeux Noël… Permets-moi d’exprimer ma gratitude pour l’excellente animation régulière et ta contribution déterminante à la vitalité de notre association, pour en révéler la richesse, l’histoire et la diversité. Dans un esprit d’ouverture bienveillante et stimulante, avec un regard acéré et une plume enjouée, où les fermes convictions sont distillées subtilement. Excellente fin d’année et reçois mes meilleurs vœux pour une année 2024 au moins aussi pétillante. Au plaisir de te lire et de te revoir. Bien amicalement. Philippe Georges (X 79). Merci de ton adorable message. Paix sur la terre pour tous les hommes de bonne volonté ! HLL
  • Je voudrais te suggérer d’ajouter à ta liste Lionel Stoléru (X 56) et Laurent Schwartz (bien qu’il ne soit pas X, il a très profondément marqué les camarades qui l’ont eu comme prof.). Joyeux Noël et meilleurs voeux pour 2024. Christian Guittet (X 70). Bien noté, merci. HLL
  • Je lis tous tes messages avec plaisir et jusqu’au bout… je ne dis pas la même chose de TOUS les messages que je reçois… Bonne fête de fin d’année et même…joyeux Noël… Amicalement. Philippe Hervé (X 74). Merci HLL
  • Bonjour Hubert, Notre camarade de promotion 61 Frédéric d’Allest mérite à mon avis de figurer dans la liste…Il a été l’homme de l’espace pour la France. À toi de voir. Amitiés. Pierre Linden (X 61). C’est fait ! HLL
  • Merci pour cette mise en lumière de notre Communauté. De cette liste, peut-on mettre en évidence, à défaut de conclusions plus certaines, quelques tendances quant à des relations entre divers paramètres, tels que – en pagaille – âge à l’entrée, en 1/2 ou 7/2, Paris-Villes-Campagne, ascendants/ tradition, carrières voulues/pilotées ou providentielles, école ou premier emploi à la sortie, écart entre rangs entrée-sortie, etc. Ton quasi-contemporain, Pierre Moulin (X 49). Tu es le bienvenu, cher Pierre ! HLL

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne année encore !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Démographie

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #30 Liste alpha

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De A à Z, voici la liste alphabétique des portraits de polytechniciens, jeunes et vieux, garçons et filles, vivants et morts, réels et adoptés, que j’ai publiés depuis le début de ce blog en mars 2022.

PS Signalez-moi les Xtraordinaires de votre connaissance mais soyez patient car j’ai déjà une liste d’aXttente impressionnante !

Merci d’avance !

Hubert Lévy-Lambert (X 53)

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires publiés depuis mars 2022

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #29

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Bruno Bensasson (X 92) à François de Witt (X 64), voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, vivants ou morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé. Parmi eux, beaucoup d’écrivains que j’ai rencontrés le 25 novembre à la mairie du VIème au salon du livre X (mais pas nécessairement porno 😊) et trois X ayant père et mère médecins !

  • Bruno Bensasson (X 92), électricien
Bruno Bensasson

Bruno est né à Paris en 1972, d’un père né à Tunis et d’une mère née à Paris, tous deux médecins, comme les parents de Pierre Guerci (X 09) et de Jacques Mistral (X 67) dont portraits ci-dessous ! Dernier de trois enfants, il a grandi à Paris, passant notamment par le lycée Henri IV et les classes préparatoires de Louis-Le-Grand, comme moi quelques années avant !!

Il entre à l’X en 1992 (section rugby, pilier droit) et en sort dans le Corps des mines. Il y bénéficie de deux stages d’un an, le premier comme ingénieur d’essais à la centrale nucléaire d’EDF à Civaux (Vienne), le second chez Total raffinage et distribution, à Johannesburg (Afrique du Sud). Il débute son parcours professionnel à l’Autorité de sûreté nucléaire, en Normandie puis à Paris, avant d’être conseiller technique sur des sujets relatifs à l’industrie, à l’environnement et au transport, au cabinet du ministre de l’industrie puis à l’Elysée. Il entre en 2007 dans le groupe Suez, fusionné en GDF Suez, rebaptisé depuis Engie. Il y est directeur des études économiques puis directeur de la stratégie et du développement durable, avant de prendre des responsabilités opérationnelles dans la production et la commercialisation d’énergie en France, en Europe et enfin en Afrique. Depuis 2018, il a rejoint le comité exécutif d’EDF pour diriger son Pôle énergies renouvelables (hydroélectricité, éolien et solaire) à travers le monde.

Bruno était présent au Salon du livre X à la Mairie du VIème arrondissement de Paris, pour présenter son dernier livre : L’économie n’est pas qu’une affaire d’argent (Presses des Mines, 2023, préface de Jean-Marc Daniel (X 74, ma lettre de septembre 2022). Ce livre-fable débute sur une île où un certain Robinson vit seul et partage son temps entre repos, loisir et travail, produisant et mangeant des fruits, biens de consommation, au moyen d’échelles, biens d’équipement. La fable va s’enrichir au fur et à mesure des chapitres pour aborder tous les aspects de l’économie : production, consommation, échanges ; biens privés et publics ; innovation et globalisation ; épargne et investissement ; croissance et chocs ; politiques macroéconomiques ; concurrence, externalités et fiscalité ; inégalités, comptes extérieurs et richesses… A mettre entre toutes les mains, y compris des princes qui nous gouvernent et ne semblent pas avoir bien compris les rouages essentiels de l’économie…

  • Jean-Louis Bobin (X 54), graaliste
Jean-Louis Bobin

Avec des parents enseignants, des grands parents de petite bourgeoise provinciale côté maternel et paysans du côté paternel et une arrière-grand-mère sorcière de village, Jean-Louis se considère comme le produit très ordinaire de l’ascenseur social tel qu’il fonctionnait pendant la première moitié du XXe siècle. Après des études au Lycée du Parc à Lyon de la 5ème à Math Spé, il entre à l’X en 1954 et en sort comme officier des bases de l’air mais il passe aussitôt un diplôme d’ingénieur en génie atomique à l’Institut national des sciences et techniques nucléaires. Il entre en 1958 au CEA comme ingénieur de recherches et y reste jusqu’en 1981. Entre temps, il passe un doctorat-es-sciences à Paris Sud (1974). Il est professeur à l’Université Pierre et Marie Curie de 1981 à 2002, date à laquelle il est nommé professeur émérite, rattaché au laboratoire de physique atomique des plasmas denses, antenne parisienne du LULI (Laboratoire pour l’Utilisation des Lasers Intenses de l’X). « Le laser, quand on y a gouté au cours de sa vie scientifique, il est impossible de s’en défaire », nous dit-il !

Jean-Louis était présent au Salon du livre X à la Mairie du VIème arrondissement de Paris, pour présenter son dernier livre : Insaisissable Graal, la fusion nucléaire par laser au temps des pionniers (2023). Loin des pérégrinations des chevaliers de la Table ronde, il y décrit les recherches sur la fusion contrôlée depuis l’invention du laser dans les années 60 jusqu’à l’époque des grands projets qui commence au milieu des années 70. Il a auparavant écrit de nombreux livres et articles de vulgarisation dont Dialogues impertinents sur le climat (2020), Demain, quelle Terre ? dialogue sur l’environnement et la transition énergétique (2015), E=Mc2 (2010), Prospectives énergétiques à l’horizon 2100 (2013) ou L’énergie (1996). On aimerait savoir ce qu’il pense de la décision de la COP 28 de se passer des énergies fossiles et d’arriver à la neutralité carbone à partir de 2050.

  • Grégoire Genest (X 13), albertien
Grégoire Genest

Après des études secondaires à l’École internationale de Luxembourg, une médaille aux Olympiades Internationales de Mathématiques, et une prépa à Louis le Grand, Grégoire entre à l’X en 2013, initié au plaisir des maths par son père Pascal (X 85). Bon sang ne saurait mentir !

Si au vu de son parcours scolaire, on peut penser qu’il a esprit sain, à Polytechnique, Grégoire semble surtout avoir décidé de mettre en pratique la deuxième partie de la maxime. Jugez-en : responsable de la cohésion au sein de l’association X-parachutisme ; membre de la cellule chargée d’organiser la sécurité du Point Gamma (5000 personnes) ; membre de l’équipe de rugby ! Il passe ensuite un an comme aspirant à la brigade des sapeurs-pompiers de Paris sans oublier de poursuivre ses études en probabilité, finance et calcul stochastique à l’Université Pierre et Marie Curie. Il met ensuite ses connaissances algorithmiques en pratique en étant trader chez Jane Street à New York. En 2017 il crée NEOS, une fintech de scan and go, « le shopping libéré », destinée à accélérer les paiements en caisse dans les magasins, qu’il revend en 2020 à BNP Paribas. Il passe ensuite un an comme associé chez Advent International, où il s’occupe de la vente de Circet à ICG.

Grégoire Genest (à droite) signe un partenariat stratégique avec Vincent Laflèche (X 81), directeur de l’Ecole des mines de Paris (à gauche)

Si Grégoire a la bosse des maths, il aussi la bosse de l’entrepreneuriat. Il se dit qu’il va réconcilier les deux dans un projet un peu fou de créer une école mi-maths, mi-business pour former des matheux-managers (ou des managers-matheux) car pour lui l’avenir est à l’hybride capable de maitriser la data et l’IA mais avec l’objectif de développer le business.  Roi de la démonstration, Grégoire lève 8 M€ auprès d’un groupe d’investisseurs, dont Bernard Arnault, Xavier Niel et Pierre-Edouard Stérin pour créer Albert School, la nouvelle école de la data, dont j’ai déjà parlé dans ma lettre 9, avec une particularité : il y a un seul enseignement académique, les maths, le reste du cursus se fait par la pratique et des « business dives » sous la férule de managers des entreprises partenaires.

Il se dit qu’avant d’être happy at work, il faut être happy at school et il installe sa première promo de 60 pionniers dans de superbes locaux ressuscitant l’ancien Manoir de Paris (rue de Paradis). Mais l’esprit cool n’empêche pas l’exigence pédagogique. Une excellence aujourd’hui reconnue avec la signature d’un partenariat stratégique avec l’École des Mines de Paris, en lançant des doubles diplômes de bachelor et de master dans les champs de l’IA/data et du business. Bravo, cher Albert, continue ! 

  • Pierre Guerci (X 09), écrivain
Pierre Guerci

Pierre est né en 1987 à Nancy d’un grand cancérologue sexagénaire d’origine italienne qui, poussé par le démon de midi, a eu deux fils sur le tard avec une de ses jeunes internes, sans quitter pour autant son épouse et ses deux filles. Il entre à l’X en 2009 pour se consacrer à la physique quantique.

Pierre était présent au Salon du livre X à la Mairie du VIème arrondissement de Paris, pour présenter Ici-Bas (Gallimard, 2021), son premier livre qui a eu l’honneur d’être publié dans la prestigieuse collection Blanche. Dans ce roman autobiographique, il raconte l’histoire de deux fratries issues d’un même père qui a eu simultanément deux ménages. Mais c’est lui, le fils adultérin, qui se charge de l’accompagner dans ses derniers instants à son domicile de Villerupt en Moselle. Il n’hésite pas à donner des détails sordides sur la décrépitude des vieux, le lit médicalisé et la chaise percée, « ce qui reste d’un homme quand il n’en reste rien ». On comprend à la lecture de ce roman la raison d’être de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).

Si Pierre cherche des idées pour un deuxième roman, qui pourrait s’appeler Là-haut, peut-être pourrait-il s’inspirer des réflexions de François de Witt (X 64, cf infra) sur la vie après la mort :  la Preuve par l’âme ?

  • Catherine Lucet (X 79), éditrice
Catherne Lucet

Catherine entre à l’X en 1979 et fait ensuite les Mines comme école d’appli puis l’Insead.  Elle commence sa carrière au ministère des Affaires étrangères puis rejoint le cabinet McKinsey (1986-91) avant de se tourner vers le monde de l’édition. Elle y fait ses premières armes chez Harlequin (1991-96) avant de devenir PDG des Éditions scientifiques et médicales du groupe Elsevier puis présidente des Editions Nathan en 2001 puis des dictionnaires Le Robert. Elle devient en 2007 Directrice générale du pôle Education et Référence d’Editis (Nathan, Bordas, Le Robert). Elle quitte Editis en octobre 2022 pour « se consacrer à des projets personnels » mais elle est rappelée en novembre 2023 par son président Denis Olivennes pour remplacer sa directrice générale Michèle Benbunan ! Créé en 2004 par scission de Vivendi Universal Publishing, Editis, leader français de l’édition, avec 55 maisons prestigieuses, vient de quitter le giron de Vivendi pour rejoindre la galaxie du milliardaire tchèque Daniel Kretinski avec le feu vert de la Commission européenne.

Catherine est présidente du comité éditorial de la revue Polytechnique insights. Elle a été administrateur indépendant du groupe Casino de 2011 à 2021. Elle a deux enfants.

  • Jacques Mistral (X 67), historien
Jacques Mistral

Né en 1947 de parents médecins, Jacques entre à l’X en 1967. Il commence sa carrière comme chercheur au Cepremap et obtient son doctorat en sciences économiques à Paris IX puis son agrégation en 1977. Il enseigne à l’Université Paris XIII (1978-92), à Sciences Po (1982-95), à l’X (1983-93), à l’Université des Antilles‐Guyane (1977-07) ainsi qu’aux universités de Harvard, du Michigan et de Nankin. Il a été aussi directeur-adjoint de l’ENSAE (1981-88). Il a même tâté de l’entreprise comme directeur central du groupe AXA (1992-2000).

Peu avare de ses conseils, Jacques est membre du Conseil d’analyse économique, du Cercle des économistes, du Conseil économique de la Défense, du Conseil du CEPII et du Conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique et président de l’association Paul Ricoeur. Il a été président de la Société d’économie politique (2008-12), conseiller économique de Michel Rocard (1988-91) et de Laurent Fabius (2000-01) et conseiller financier à l’ambassade de France à Washington (2001-06).

Jacques a écrit de nombreux ouvrages d’économie, dont La Troisième révolution américaine (Prix du livre d’économie 2008), Guerre et paix entre les monnaies (2014) ou La science de la richesse (2019). Il vient de sortir Economie et politique en France (Gallimard, 351 p), une grande fresque de l’histoire économique et politique qui a forgé la France moderne, son État et sa société au cours des quelques 2000 ans écoulés depuis la Gaule romaine jusqu’à la Révolution de 1789.  Cette œuvre originale sera suivie de 2 tomes allant jusqu’à nos jours. Rien à voir avec Mistral AI (voir plus bas) !

  • Pascale Senellart (X 93), physicienne
Pascale Senellart

Née en 1972 à Corbeil, Pascale fait sa prépa à Louis-le-Grand et intègre l’X en 1993. Après un mastère de physique quantique à Normale et un doctorat à Paris 6, elle entre en 2001 au LPN (Laboratoire de photonique et nanostructures du CNRS), devenu C2N (Centre de Nanosciences et de Nanotechnologies) après intégration dans l’Université Paris-Saclay). Elle y étudie le couplage de boîtes quantiques semi-conductrices dans des cavités optiques, recherche située à l’interface entre les nanosciences, la physique des semiconducteurs et l’optique quantique. Elle est professeur de mécanique quantique à l’X depuis 2014 et cofondatrice en 2020 du cursus de formation ARTEQ en technologies quantique.

Pascale a co-fondé en 2017 la startup Quandela pour commercialiser une source de photons uniques et pour développer un ordinateur quantique à base de photons, qui vient de lever 50 M€. Elle a reçu en 2014 la Médaille d’argent du CNRS, a été nommée Fellow de la Société d’Optique Américaine (OSA) en 2018, a reçu en 2021 le Grand Prix Mergier-Bourdeix de l’Académie des Sciences où elle a été élue en 2022. Enfin, elle vient de recevoir le prix Jean Ricard de la Société française de physique et d’être nommée membre du Conseil présidentiel de la science créé par Emmanuel Macron pour faire le lien entre l’exécutif et le monde de la recherche. L’autre X qui fait partie de ce conseil est Jean Tirole (X 73, prix Nobel d’économie), ce qui confirme bien la grande qualité des promos en 3, que les élèves vérifient tous les jours en se rendant à l’amphi Arago (X 1803) ou au PoinK (X 1873).

  • François de Witt (X 64), journaliste
François de Witt

Né en août 1944 à Abbots Ripton (GB) d’un père qui s’était enrôlé dans l’armée britannique avant de partir aux USA puis en France, François de Witt fait ses études primaires au Greenwich country day school puis fait ses études secondaires à l’École des Roches et sa prépa à Ginette où il est ZG (président des élèves). Il entre à l’X en 1964 puis fait Sciences Po en 1968. Il commence sa carrière en 1969 comme journaliste économique à L’Expansion où il est chargé d’animer le Forum de l’Expansion. Il y reste 20 ans avant de devenir directeur de la rédaction de La Vie française en 1987 puis directeur de la rédaction de Challenges en 1993 puis rédacteur en chef de Mieux vivre votre argent en 1996. En 2007, retiré de la presse écrite, il devient président de Finansol (Finance solidaire).

François a assuré en outre régulièrement des chroniques économiques à la radio : Europe 1, Radio Monte-Carlo, Radio Classique et France Info. Il a écrit de nombreux livres de vulgarisation économique, comme Les Français à la corbeille (1985, avec Ph. Sassier), Appauvrissez-vous (2004), Argentissime (2006 avec Nathalie Cot) ou 150 Idées reçues sur l’économie (2010) et un dernier livre à connotation philosophique : La Preuve par l’Âme : Un polytechnicien démontre notre immortalité (2015).

François a eu 4 enfants de son mariage avec Natalie de Kergorlay : Nicolas, Julien, Clément et Valentine. Il est mort d’un infarctus en décembre 2016. Un émouvant hommage lui a été rendu par sa famille et ses amis au Temple protestant de l’avenue de la Grande Armée. René de Gaillande (X 64) lui a consacré une notice nécrologique dans la Jaune et la Rouge de février 2017.

Actualité

Petits papiers : après Sébastien Bohler (X 92, ma lettre de juin), Pascale Sourisse (X 81, ma lettre d’avril), Isabelle Panet (X 97, ma lettre de juillet), les jumeaux Desjardins (X 08, ma lettre d’août), Sarah Lamaison (X 12) et Nicolas Truelle (X 80), tous deux dans ma lettre de septembre, Marion Guillou (X 73, ma lettre de mars), Jérôme Cerisier (X 92, ma lettre d’octobre), les heureux élus à paraitre dans la Jaune et la Rouge de janvier sont Stefanie Stantcheva (M 08)et Philippe Englebert (M 15), tous deux dans ma lettre de novembre.

Aimant du Musix, exposé à Carnavalet

Carnavalet : Le musée Carnavalet, rue de Sévigné à Paris, présente une belle exposition sur la Régence à Paris (1715-1723) jusqu’au 25 février. Sous-titrée l’aube des lumières, on n’y trouve pas trace de l’X qui n’existait pas encore mais on y trouve un aimant naturel avec une monture de Pierre Lemaire (A l’enseigne de la pierre d’aimant, 1722), provenant de la collection Louis-Léon Pajot (1678-1754), prêté par le Mus’X.

Anciens des grandes écoles dans les ComeX

ComeX : dans ComeX, il y a X, bien sûr. Et même beaucoup d’X, nous explique Valentin Autié dans le Figaro Etudiant du 2 décembre : « l’Ecole polytechnique apparait toujours comme la voie royale pour occuper les plus hauts postes dans les entreprises françaises, n’en déplaise à Alexandre Moatti (voir son dernier livre Technocratisme) …

Mus’X : L’exposition sur Henri Poincaré (X 1873, ma lettre de juin), modèle du savant universel, est prolongée jusqu’au 9 février. Allez-y vite si ce n’est déjà fait. Cette belle exposition est ouverte en semaine de 9 h à 17 h. Elle est assortie d’un catalogue de 113 pages en vente sur place ou en s’adressant à la Sabix.

René Coulomb (X 51, ma lettre de septembre 22) présentait Jalons au salon du livre X. Sous-titré A sauts et à gambades, ce livre de poèmes écrits de 1975 à nos jours et joliment illustré de la main de l’auteur, est édité par Isidore Editions, l’éditeur du Journal de la libération de Paris, de Jean Coulomb, père de René et   des 7 chats du général Dufour de Christian Marbach (X 56, ma lettre de décembre 22).

La démonstration de Gérondeau en 3 lignes

Christian Gérondeau (X 57, ma lettre d’avril 22) présentait aussi ses œuvres au salon du livre X et y faisait une conférence très animée où il distribuait un opuscule intitulé L’impossible transition énergétique. Sous-titré « Nous nous ruinons pour rien, même le GIEC le dit sans le vouloir », cet opuscule de 6 pages se fait fort de vous faire tout comprendre en 5 minutes. Il y montre que les efforts coûteux des pays de l’OCDE, dont la France, pour réduire leur empreinte carbone sont annihilés par la croissance exponentielle des émissions de la Chine et des pays sous-développés dont la population croit sans limite…

Philippe D’Iribarne

Philippe d’Iribarne (X 55, ma lettre de mai 22)présentait également ses œuvres au salon du livre X et y faisait une conférence très animée sur Le grand déclassement dont souffre la France (pourquoi les Français n’aiment plus leur travail), dont l’origine est théorisée par Olivier Rey (X 83 cf infra).

Eric Labaye

Eric Labaye (X 80), ancien président de l’X et de l’IPP, président et co-fondateur d’IDEL Partners, rejoint le comité d’orientation d’Anticipations, présidé par Jean-Christophe Fromantin. Anticipations a pour mission d’éclairer les dirigeants sur le monde de demain, en proposant un programme d’immersion sur la prospective, pour comprendre les grandes métamorphoses de notre société et éclairer les prises de décision stratégiques.

François Mayer (X 45, ma lettre d’août 22), en pleine forme à 98 ans, présentait La digue de sable au salon du livre X. Je réitère mon avis que ce livre mérite le Prix Goncourt et j’attends avec impatience que la suite de cette passionnante autobiographie romancée soit publiée. Avec son groupe Dixieland Seniors, qu’il a créé à sa sortie de l’X, il continue à jouer du trombone tous les mois au Petit journal Saint Michel, juste en face de l’Ecole des mines.

Arthur Mensch © Toby Melville APSIPA

Arthur Mensch (X 11), DG de Mistral AI (ma lettre de juin 23), vient de lever 385 M€, portant le total levé depuis le début de l’année à près de 500 M€. Créée il y a quelques mois seulement, cette jeune pousse parisienne d’intelligence artificielle générative Open source, qui ambitionne de supplanter ChatGPT, vaudrait près de 2 G€ !

Olivier Rey (c) Fabien Clairefond

Olivier Rey (X 83, ma lettre de mars 22) déplore dans Le Figaro du 15 décembre le déclin de notre niveau en mathématiques et l’attribue à l’extension de la société de consommation, qui est antithétique à la culture scolaire et porte atteinte à la faculté d’attention, comme en témoigne le temps passé par les jeunes sur les réseaux, bien décrit par Michel Desmurget dans La fabrique du crétin digital (Le Seuil, 2019). Ce déclin est général à l’Occident mais est encore plus marqué en France par le nivellement par le bas créé par le collège unique, auquel Gabriel Attal veut s’attaquer avec la création de groupes de niveau – si les syndicats laissent faire ce qu’ils appellent un tri social – et par ce que Jean-Claude Milner appelait il y a 40 ans la « triple alliance des gestionnaires, de la Corporation et des chrétiens-démocrates » (De l’Ecole, 1985)

Des X allument les bougies au Mémorial de la shoah

Gilbert Scemla (X 38), né en Tunisie en 1918, assassiné par les Allemands le 15 juillet 1944 à Halle (Allemagne) avec son père et son frère, a été honoré le 10 décembre lors d’une cérémonie organisée par la Société d’histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) au Mémorial de la shoah, rue Geoffroy l’Asnier, commémorant la rafle des juifs de Tunis faite par les Allemands le 9 décembre 1942. A cette occasion, des élèves de l’X en GU ont allumé des bougies du souvenir.

Gala Vinogradova

Gala Vinogradova (D 14,ma lettre de mars 2022), originaire du Caucase, entre l’Arménie et l’Ouzbekistan, joue jusqu’au 30 décembre Le Journal d’Audrey au Studio Mathurins, du jeudi au samedi à 19 h : une émouvante biographie croisée de Audrey Hepburn et d’Anne Frank. Cliquez ici pour réserver.

Bernard Zimmern (X 49, mort en 2020, ma lettre de juin 2022) vient de sortir un livre posthume : Inégalités : Ressorts de la croissance des entreprises et de l’emploi (Le Publieur, 2023). Il y explique que, depuis le début des années 2000, Thomas Piketty et quelques autres économistes ont prétendu démontrer que les inégalités de revenus et de fortunes n’ont jamais été aussi fortes dans les pays occidentaux. Ils en concluent qu’il faut mettre un terme à cette situation en taxant davantage les plus riches. Sous un habillage pseudo-scientifique, ils reformulent des analyses déjà développées par Marx au XIXème siècle. Mais les thèses de Piketty sont de plus en plus contestées…

Promos en 3

HLL aux 50 ans de la 1903 entre le délégué René Duval et Mgr Charles Yanka

1953 : Cinquantenaire de la 03 : à peine entré à l’X comme petit maj et petit nange, j’était invité au magnan des cinquante ans de la promo 03. C’est ainsi qu’à l’époque on appelait la 1903 ! Je me souviens, comme si c’était hier, de cette réunion mémorable au cours de laquelle de vieux messieurs compassés ont évoqué leurs souvenirs de l’Ecole en prose et en vers. J’étais assis entre le délégué de promo René Duval et un ecclésiastique, Mgr Yanka, tout de violet vêtu (ma lettre de juin 22).

HLL aux 50 ans de la 53 avec Franck Lirzin, major de la 03

2003 : Cinquantenaire de la 53 : un demi-siècle plus tard, j’ai convié Franck Lirzin, major de la 2003, à la grande fête que j’avais organisée au théâtre du Gymnase avec une représentation de la Tour Eiffel qui tue, en le priant instamment de faire de même en 2053. La promo 1903, dont tous les membres ont aujourd’hui disparu depuis longtemps, vit encore un peu dans mon souvenir. Comme disait le poète, que le souvenir de la 1953 coure encore dans les rues en 2053, longtemps, longtemps après que tous ses membres auront disparu.

Magnan décennal 2013

2013 : Magnan des promos en 3 : dix ans plus tard, j’ai invité toutes les promos existantes dont le millésime se termine par 3, soit 8 promos de 1933 (dont il ne restait qu’un membre, Jean Panhard, kessier) à 2003, dont c’était la première réunion de promo décennale, en passant par 1963, dont c’était le mi-centenaire, à se réunir à Palaiseau samedi 25 mai 2013. Le site 10nplus3 raconte les tenants et aboutissants de cette formidable aventure qui comportait un Salon du livre X, un Forum des groupes polytechniciens, un Salon des artistes X et des tas d’autres évènements et s’était poursuivie le lendemain sur la Montagne. Commune dans les universités américaines, cette initiative a été poursuivie avec succès en mai 2014 par Marie-Louise Tronc (X 74) pour les promos en 4 puis en octobre 2015 pour les promos en 5 avant d’être pris en charge par l’AX pour être doublement dévoyée (mélange de promos et mélange de publics) et finir malheureusement en eau de boudin. J’en ai parlé à Loïc Rocard et j’espère l’avoir convaincu de l’intérêt de reprendre cette tradition mort-née…

Courrier des lecteurs

Bonjour Hubert… Merci pour le portrait [ci-dessus] et félicitations pour l’ensemble de cette galerie qui illustre, s’il en était besoin, toute la diversité de notre communauté polytechnicienne. Bien cordialement. Jean-Louis Bobin (X 54)

Bonjour Hubert, Merci pour ce partage. Mais concernant Francis MER, paix à son âme, est-ce qu’on pourrait souligner qu’il était Ministre de l’Economie au moment de tous les renoncements français sur la désindustrialisation de notre pays. La perte de souveraineté que nous payons tous les jours depuis, et dans l’absolu, ça veut dire quoi être « un grand européen » ? Ne plus rien décider et être une chambre d’enregistrement de la réglementation européenne. A ta disposition pour échanger sur ce sujet, mais il y a des choses qui deviennent difficiles à entendre ou à lire sans réagir. Bien cordialement. Lionel NATAF (X 88). Cher Lionel, Je n’ai pas l’impression que Mer soit responsable de la dramatique désindustrialisation du pays. N’a-t-il pas conduit plusieurs privatisations importantes ? HLL

Si vous connaissez des Xtraordinaires, signalez-les moi !

Merci d’avance et joyeux Noël !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur du Mus’X

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #28

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Francis Bach à Stefanie Stantcheva en passant par Francis Mer ou Patrick Sayer, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Francis Bach (X 94), apprentisseur
Francis Bach

Né en 1974 dans une famille de chercheurs, Francis fait sa prépa à Louis-le-Grand. Il entre à l’X en 1994 et en sort dans le Corps des mines qui l’envoie faire un DEA en maths app. à l’ENS Cachan. Il part ensuite faire un PhD à l’université de Californie à Berkeley, où il est élève de Michael Jordan. Sa thèse porte sur Machine learning for blind source separation (2005). Il est détaché à l’INRIA en 2007 dans l’équipe WILLOW. En 2011, il crée à l’ENS Paris le laboratoire SIERRA d’apprentissage statistique (une des facettes de l’intelligence artificielle, machine learning en anglais). Ses travaux concernent en particulier les réseaux de neurones, les méthodes à noyaux, les méthodes parcimonieuses, l’optimisation à grande échelle ou le traitement du signal. 

Francis est co-éditeur du Journal of Machine Learning Research, revue scientifique de référence en machine learning et a été Président de l’International Conference on Machine Learning. Il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées et notamment dans le Journal of Machine Learning Research, ce qui lui vaut de figurer dans le Clarivate Analytics, qui répertorie les chercheurs les plus cités dans des publications scientifiques, ce qui ne l’empêche pas de se détendre en arpentant en vélo le bois de Vincennes ou le bois de Boulogne, la vallée de Chevreuse ou les cols des Alpes ou du Jura. 

Francis a épousé une camarade de promo, Corinne Souchet et a 3 enfants, dont une fille qui vient d’entrer à l’X. Elu à l’Académie des sciences en 2020, il a reçu de nombreuses distinctions, dont le prix Inria jeune chercheur (2012), le prix Lagrange (2018), le prix Jean-Jacques-Moreau (2019), la médaille des Assises des mathématiques (2022). Cliquez ici pour plus de détails sur ses œuvres. Bravo, Francis ! 

  • Jean Delacarte (X 47), poudrier
Jean Delacarte

Né en 1927 à Neuilly sur Seine, fils de Louis Delacarte (X 23, directeur du PLM puis de la SNCF), Jean entre à l’X en 47 et en sort dans les Poudres où il reste jusqu’en 1960. Il gravit ensuite toutes les échelons à la Société chimique de la Grande Paroisse jusqu’à PDG. Idem à l’Air liquide où il finit secrétaire général et directeur.

Très éclectique, Jean a été aussi conseiller du Délégué général pour l’Armement, membre de l’Association Aéronautique et Astronautique de France (3AF), vice-président de l’Académie de l’Air et de l’Espace et Secrétaire général de la Fondation du patrimoine. Il a été plus de 20 ans administrateur de la Maison des X puis membre du comité d’audit. Il avait créé avec Jacques Bouttes (X 52) les Entretiens de Toulouse.

Soucieux de permettre à des élèves de l’X d’accompagner des jeunes en difficulté, comme on peut le lire dans La jaune et la rouge de mai 2015, il avait obtenu en 2004 du général de Nomazy, commandant l’Ecole, la création d’une formation humaine en 1ère année auprès des Apprentis d’Auteuil où il oeuvrait bénévolement depuis 20 ans et dont il était très proche du DG Nicolas Truelle (X 80, ma lettre de septembre).

En septembre 22, à 95 ans, Jean animait avec brio une conférence de 3AF à la mairie du XVème sur l’hydrogène dans tous ses états ! Il est mort le 2 novembre, jour des morts. Toutes nos condoléances à son épouse Marie-Antoinette et à ses quatre filles Elisabeth, Chantal, Catherine et Valérie.

  • Philippe Englebert (M 15), financier
Philippe Englebert

Après une enfance en Alsace puis à Montpellier et des classes préparatoires au Lycée Pierre de Fermat à Toulouse, Philippe intègre Sup de Co, dont il est diplômé en 2015. Il obtient la même année un master en économie de Sciences Po et de l’X.  

Philippe commence sa carrière en 2015 chez Goldman Sachs à Londres comme banquier d’affaires en fusions acquisitions. Il entre en 2017 à la direction générale du Trésor au service du financement des entreprises technologiques avec Philippe Tibi (X 77) dont le rapport de juillet 2019 Financer la IVème révolution industrielle, dit Rapport Tibi, conduit à la mobilisation de 5G€ de crédits pour les jeunes pousses de ce secteur. Il est parallèlement chargé de mission auprès de Christian Noyer, gouverneur honoraire de la Banque de France, dans sa mission de promotion et d’amélioration de l’attractivité de la place financière de Paris dans le contexte du Brexit. 

Philippe entre en 2019 au cabinet de Cédric O, secrétaire d’Etat chargé du numérique et, en 2020, il est nommé conseiller d’Emmanuel Macron à l’Elysée et en même temps conseiller de Jean Castex à Matignon ! 

Alors que son nom était avancé pour succéder à Cédric O, Philippe revient en 2022 à ses premières amours en entrant comme gérant à la banque Lazard, en charge notamment des entreprises technologiques. 

Fruit de son expérience, Philippe a écrit Les startups en France (Que Sais-je, 2021). Il est classé numéro 70 du « Choiseul 100 » (les 100 dirigeants de moins de 40 ans qui vont compter, selon l’Institut Choiseul), derrière Vincent Luciani (X 05, classé 25ème, ma lettre d’avril 23). Toutes nos félicitations ! 

  • Jean-Pierre Gérard (X 60), génie maritime
Jean-Pierre Gérard

Encore un portrait signé Michel Gérard (55) et pas n’importe lequel : son petit frère !

Né en 1940 d’une lignée d’ingénieurs de l’école des mines de Saint-Étienne, Jean-Pierre fait ses études au collège et au lycée de Longwy, puis au collège des jésuites Saint Clément à Metz et, naturellement à Ginette. Entré à l’X en 1960, il en sort dans le GM qui l’envoie à l’Ecole du génie maritime puis à Brest où il met au point Circé, un chasseur de mines qui a été longtemps le meilleur au monde. Après un passage à Sciences Po en 1967, il est rapporteur général de la Commission de l’Industrie du VIIe Plan et chargé de mission auprès du ministre du Commerce extérieur. Il suit une formation complémentaire en 1973 au CPA, devenu Mba de HEC, puis intègre en 1979 le groupe Thomson qui le nomme président de Thomson Jeumont Câbles. Il devient en 1984 directeur général Europe de Générale Biscuit. En 1987, il décide de se mettre à son compte et achète des petites sociétés de mesure pour construire un ensemble français dédié à la mesure, la société Instruments et Mesures Industrielles (IMI), qui devient n°1 mondial dans ce secteur, ce qui le conduit à être nommé président du Symecora (Syndicat de la mesure, du contrôle et de la régulation automatique) puis du LNE (Laboratoire national d’essais), devenu LNME.

Outre ses activités industrielles, Jean-Pierre a créé le club des n°1 français dans leur domaine, qui va de très grosses entreprises (Air Liquide) à de très petites (production de lombrics !). Il a également créé un groupe de réflexion sur la politique monétaire, baptisé Pomone G21, qui publie des notes sur l’état de l’industrie française et le lien subtil que ses réussites et ses échecs entretiennent avec la monnaie. Enfin, il a été membre du conseil de politique monétaire de la Banque de France, sur proposition de Philippe Séguin.

Jean-Pierre a 6 enfants. L’un d’eux, Antoine, a repris le groupe IMI aujourd’hui basé à Besançon, capitale française de la précision, de la micromécanique, et des microtechniques.

  • Francis Mer (X 59), industriel
Francis Mer, 2003. CHARLES PLATIAUREUTERS

Né en 1939 à Pau d’un père ingénieur du Génie rural, Francis entre à l’X en 59 après des études secondaires à Bordeaux. Il en sort dans le Corps des mines qui l’affecte d’abord à la Direction des mines (64-66). Il est ensuite conseiller technique au Conseil de l’entente à Abidjan (66-68) puis au SGCI (68-70) avant d’entrer à Saint Gobain comme responsable du plan puis DGA et PDG de Pont à Mousson (70-86). Il est ensuite nommé PDG d’Usinor qui vient de fusionner avec Sacilor (86-01) puis coprésident d’Arcelor. Très impliqué dans les organisations professionnelles, il a été Président de la Chambre syndicale de la sidérurgie française, du CNAM, d’Eurofer, du Cercle de l’Industrie, de l’ANRT et du CEPII et administrateur indépendant du Crédit Lyonnais et d’Air France.

En 2002, Francis est nommé ministre de l’économie, des finances et de l’industrie dans les gouvernements Raffarin, ce qui ne manque pas de faire grincer des dents, car rares sont les chefs d’entreprise à entrer en politique. Il y conduit la privatisation de Renault, Air France et France Télécom, avant de céder sa place à Nicolas Sarkozy en 2004.

Francis est ensuite président du conseil de surveillance puis vice-président de Safran (07-14) et président puis membre du conseil de la Fondation pour l’innovation politique depuis 2004. Il est mort le 31 octobre 2023 à Bourg la Reine, après une longue maladie.

Grand européen, Francis a participé à la création de Confrontations en 1991 avec son cocon Philippe Herzog (X 59) et était président d’honneur du Cercle économique franco-allemand. Il a écrit plusieurs ouvrages, dont Le grand espoir du xxie siècle (1995), Vous les politiques (2005) et Vous les candidats (2007) et, plus dernièrement, Nouvelle entreprise et valeur humaine (Fondapol 2015). Il était un grand homme, et pas seulement par sa taille ! Nous nous joignons à tous ses amis pour adresser toutes nos condoléances à son épouse Catherine, à ses 3 enfants et à ses petits-enfants.

  • Patrick Sayer (X 77), juge
Patrick Sayer

Né en 1957 à Neuilly sur Seine d’un père administrateur de sociétés et d’une mère psychiatre,Patrick fait ses études au lycée Pasteur de Neuilly. Il entre à l’X en 77 et fait ensuite l’Ecole des mines à titre civil. Il commence sa carrière professionnelle en 1982 à la banque Lazard qu’il quitte en 2002 pour devenir président du directoire d’Eurazeo jusqu’en 2018. Il se consacre alors à Augusta, sa société d’investissement patrimoniale, tout en étant senior advisor de Jean-Marie Messier (X 76) qu’il a connu chez Lazard à ses débuts.

Marié et père de 4 enfants, Patrick est officier de la Légion d’honneur. Il a été administrateur indépendant d’Accor (2009-19) et de TD Synnex (2010-20). Il est conseiller municipal de Glaville (Normandie) depuis 2020. Pédagogue enthousiaste, il est président du comité d’orientation du master X-HEC. Il a enseigné le capital investissement à Dauphine de 2013 à 2017 et a écrit Les 100 mots du capital-investissement (avec Maxime de Bentzmann, Que sais-je, 2013) ainsi que plusieurs articles dans la Jaune et la Rouge, sur Eurazeo, le capital investissement et les LBO. Il n’a peur de rien, ainsi que le dit son incipit de René Char sur LinkedIn : Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.

Membre fondateur du Club des juristes, Patrick est nommé en 2014 président de la 7e chambre du Tribunal de commerce de Paris (droit monétaire et financier) et passe à cette occasion licence et maitrise en droit. Il est en 2020 dans l’équipe Amber qui tente, sans succès, de renverser Lagardère. Il vient d’être élu président du Tribunal de commerce et prendra ses fonctions en janvier. Toutes nos félicitations.

  • Stefanie Stantcheva (M 08), star bulgare
Stefanie Stantcheva

Née en 1986 à Kritchim (Кричим, Bulgarie) de parents tous deux ingénieurs venus en France pour des raisons professionnelles quand elle était enfant, Stefanie suit ses études secondaires au lycée international de Saint-Germain-en-Laye. Elle obtient sa licence d’économie à Cambridge en 2007 puis une maîtrise en économie et en finance à l’X en 2008. Après un master en économie de l’EHESS, l’ENSAE et l’École d’économie de Paris, elle va au MIT passer un PhD en 2014. Elle enseigne ensuite l’économie à Harvard où elle est professeur titulaire depuis 2018. Elle a reçu de nombreux prix aux USA et en France, dont le prix du Meilleur jeune économiste de France en 2019 et le prix Maurice Allais en 2021.

Spécialisée dans les finances publiques, la taxation optimale, la redistribution et l’innovation, Stefanie a été sélectionnée en 2018 par The Economist comme l’un des 8 meilleurs jeunes économistes de la décennie. Elle a écrit de nombreux articles dans l’American Economic Review, le Journal of Political Economy et la Review of Economic Studies. Cliquez ici pour plus de détails sur les nombreuses récompenses et publications de Stefanie.

Stefanie est membre du Conseil d’analyse économique (CAE). On espère que celle que notre Nobel Jean Tirole (X 73) qualifie de star y fera des contributions au redressement de nos finances publiques plus originales que la surtaxation des riches (Optimal Taxation of Top Labor In comes, AEE 2014, avec le sulfureux Thomas Piketty !) ou que l’augmentation des droits de succession (Repenser l’héritage, CAE, décembre 2021) …

Actualité

Le monument aux morts de l’X sur la Montagne Sainte-Geneviève

X Mémorial organise, comme chaque année, 3 cérémonies en hommage aux camarades morts dans l’année écoulée. 1) le 17 novembre à 17 h avec Haïm KORSIA (D 17), Grand Rabbin de France et aumônier de l’X, à la synagogue ACCI-16, 14 avenue du général Mangin ; 2) le 18 novembre à 10 h, dépôt de gerbe au Monument aux morts de l’ancienne École 21 rue Descartes ; 3) le même jour à 10 h 30, messe à l’Eglise St Etienne du Mont, présidée par le Père Dominique DEGOUL (X 93) s.j., avec  l‘Ensemble vocal de l’Ecole polytechnique dirigé par Me Patrice Holiner, avec La Messe Solennelle de Louis Vierne (Choeur à quatre voix et deux orgues) avec Odilon FORMERY (X 13) au grand-orgue. A noter la prédominance des promos en 3, merci à X Mémorial !

La SABIX (Société des amis du musée, de la bibliothèque et de l’histoire de l’École Polytechnique) organise un Salon des auteurs et éditeurs polytechniciens samedi 25 novembre de 13h30 à 18h00 à la mairie du 6ème arrondissement, place Saint-Sulpice. Plus de 70 auteurs et 7 éditeurs y présentent leurs ouvrages, de François Adrien (X 70) à Michel Villaz (X 63), en passant par René Coulomb (X 51), Florian Coupé (X 06), Bernard Esambert (X 54), Christian Gérondeau (x 57), Philippe d’Iribarne (X 55), François Mayer (X 45), Alexandre Moatti (X 78), Jean Peyrelevade (X 58) et beaucoup d’autres. Entrée libre.

Les Xcrivains qui vous attendent le 25 novembre à la Mairie du VIème

Petits papiers : après Sébastien Bohler (X 92, ma lettre de juin), Pascale Sourisse (X 81, ma lettre d’avril), Isabelle Panet (X 97, ma lettre de juillet), les jumeaux Desjardins (X 08, ma lettre d’août), Sarah Lamaison (X 12) et Nicolas Truelle (X 80), tous deux dans ma lettre de septembre, les heureux élus à paraitre dans la Jaune et la Rouge de décembre sont Marion Guillou (X 73, ma lettre de mars) et Jérôme Cerisier (X 92, ma lettre d’octobre).

Le Mus’X poursuit sa grande exposition sur Henri Poincaré (X 1873, ma lettre de juin) jusqu’au 22 décembre, avec un beau catalogue de 113 pages contenant un avant-propos de Laura Chaubard (X 99) en vente sur place ou à la Sabix. Vous pouvez y voir une lettre de Poincaré démolissant les méthodes employées par Bertillon pour tenter de prouver la culpabilité d’Alfred Dreyfus (X 1878, mon article dans la Jaune et la Rouge de janvier 1995) ou une litho de Dufy la Fée électricité faisant apparaitre Poincaré, que j’ai offerte au Mus’X il y a quelques années.

Une litho originale de la fée électricité par Dufy, avec Poincaré en bas à gauche. Mus’X

Jacques Attali (X 63) sort son 87ème livre : Bienheureux soit notre monde.  Ce livre de politique fiction se passe en 2029, c’est-à-dire demain. Donald Trump a été élu en 2024 et réélu en 2028 et Marine le Pen a été élue en 2027… Un groupe de résistants, les « Vivants », tente d’éliminer les dirigeants insaisissables qui se cachent derrière les gouvernants et qui seraient selon eux responsables de tous les dérèglements de la planète, qu’ils appellent les « sombres » … Flammarion, 304 p, 2023.

Pierre-Olivier Gourinchas (X 87, ma lettre d’avril 22), chef économiste du FMI, interviewé par Alexandra Bensaïd sur France Inter le 21 octobre, considère que la prévision du gouvernement français d’un déficit de 2,7 % en 2027 sera difficile à atteindre sans un effort supplémentaire. Mais ce n’est pas pour demain car le chéquier de Bercy reste largement ouvert. L’iFRAP, créé par le regretté Bernard Zimmern (X 49, ma lettre de septembre 22) rappelle d’ailleurs que la France est lanterne rouge de la zone euro pour son déficit public 2024…

Roland Lescure (87), Bruno Le Maire, Luc Rémont (X 88), Agnès Pannier- Runacher Eric TSCHAENREA

Luc Rémont (X 88, pdg d’EDF), face à ses trois ministres, Bruno Le Maire (Économie), Agnès Pannier-Rucher (Transition énergétique) et Roland Lescure (X 87, Industrie), a réussi à conclure un accord sur le prix de l’électricité, pour remplacer l’Arenh après 2025. Il s’agissait en quelque sorte de la quadrature du cercle : préserver la santé de l’entreprise et sa capacité d’autofinancement et, en même temps, limiter les hausses des prix pour ses clients, tant particuliers qu’entreprises.

Jean-Eric Schoettl (X 67, ma lettre de juin 22), ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, participe à une tribune collective des membres du Cercle Droit et débat public qui fustige le silence de certaines ONG dont l’objet est la défense des droits de l’homme, comme Amnesty International ou Greenpeace France après les massacres du 7 octobre en Israël et souhaite que leur financement soit soumis aux règles de transparence qu’elles savent si bien exiger des autres (Quand les ONG dévoilent leur vraie nature…).

Gala Vinogradova

Gala Vinogradova (D 14, ma lettre de mars 2022), originaire du Caucase, entre l’Arménie et l’Ouzbekistan, nous enchante avec le Journal d’Audrey jusqu’au 30 décembre au Studio Mathurins, du jeudi au samedi à 19 h : une émouvante biographie croisée de Audrey Hepburn et d’Anne Frank. Cliquez ici pour réserver.

Souvenirs

Mariage de ma petite-fille Dina avec Max au Mexique

Mexique : je suis allé au Mexique cette année pour la deuxième fois de ma vie, pour assister au mariage de ma petite-fille Dina à Tijuana en Baja California. La première fois, c’était en 1953, il y a 70 ans ! En récompense de mes bons résultats au schicksal de 53, mon oncle m’avait offert une traversée de l’Atlantique en bateau, du Havre à Québec, puis en Greyhound de Québec à Mexico, pour voir ma sœur Yvette qui y gérait une imprimerie.

La cathédrale d’Evreux

Evreux : je suis allé à Evreux cette année pour la deuxième fois de ma vie, dans le cadre d’une visite touristique organisée pour les retraités du ministère des Finances. La première fois, c’était en 1953, il y a 70 ans ! Dans le cadre du bahutage, la Khomiss 52 m’avait embarqué dans un train allant à Evreux où je me suis retrouvé en pleine nuit en fillonneau-fillonnette. J’ai dû mon salut en m’accrochant à un camion transportant des chevaux aux abattoirs de la Villette où j’ai fait la manche pour pouvoir prendre le premier métro et arriver à l’heure à l’X avant l’appel du matin !

Courrier des lecteurs

  • Cher Camarade, Je suis toujours un lecteur attentif de tes publications. Je me demandais s’il t’était possible de rédiger quelques lignes sur Jean Delacarte (X 47), ce grand homme (dans les deux sens du mot !)…. Jean-Pierre Begon-Lours (X 62). C’est fait ! HLL
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  • Cher Camarade, Bravo tout d’abord pour le travail important que tu accomplis pour la communauté polytechnicienne comme, sur un autre registre au sein de X Israël et avec le musée du monde sépharade. Au croisement des deux, pourquoi ne pas mentionner, parmi les X remarquables, Haim Korsia, grand rabbin de France mais aussi doctorant de polytechnique (D17) avec un remarquable travail sur le suicide dans les armées… Au-delà du poids de ses fonctions dans un contexte si dur, son parcours est particulièrement intéressant notamment comme aumônier des Grandes écoles, ayant vécu de près et accompagné les victimes du dramatique accident d’’Air France, et comme auteur de plusieurs ouvrages importants. Pierre-Jean Benghozi (X 76). Merci de ton gentil message. Bonne idée de parler de Haïm Korsia. Je le mets sur ma liste d’attente ! HLL
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  • Cher Hubert, Je me permets de te proposer d’inscrire dans ta liste des polytechniciens eXtraordinaires Léon BOYER (X 1869). Mort à 35 ans de la fièvre jaune alors qu’il prenait la direction du Canal de Panama, il avait déjà une vie bien remplie et ce n’était pas par hasard que De Lesseps l’avait recruté. Michel Gérard (X55). Bien noté, merci pour ma file d’attente. HLL
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  • Je les lis régulièrement, parfois avec intérêt. Je regrette toutefois la présence régulière de commentaires qui dénotent un parti pris politique qui n’a rien à voir avec la personne honorée. Comme la sortie sur les écolos : « à une époque où on pouvait encore prendre l’avion sans être déconsidéré par les écolos. » Car on peut être aviatrice et écolo … Jean-Pierre Jouannaud (X 67). Tu as raison de dire que mes portraits peuvent traduire un parti pris politique. Je crois que c’est la règle du jeu. Il n’y a pas de commentateur neutre. HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), vice-président de la Sabix

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #27 : des écrivains !

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Ce numéro spécial est consacré à une catégorie de polytechniciens Xtraordinaires : ceux qui écrivent et, accessoirement, ceux qui les éditent.

La SABIX (Société des amis du musée, de la bibliothèque et de l’histoire de l’École Polytechnique) organise un

Salon des auteurs et éditeurs polytechniciens

samedi 25 novembre de 13h30 à 18h00

à la mairie du 6ème arrondissement, place St Sulpice

Plus de 70 auteurs et 7 éditeurs y présenteront leurs ouvrages, de Gérard Araud (X 73) à Michel Villaz (X 63), en passant par René Coulomb (X 51), Florian Coupé (X 06), Bernard Esambert (X 54), Philippe d’Iribarne (X 55), François Mayer (X 45), Alexandre Moatti (X 78), Jean Peyrelevade (X 58) et beaucoup d’autres.

Hubert Lévy-Lambert (X 53), créateur de X.Magnan décennal, vice-président de la Sabix

PS Pour la petite histoire, j’avais organisé, avec une équipe de représentants des promos en 3, le premier salon du livre polytechnicien dans le cadre du premier magnan décennal en mai 2013 à Palaiseau et sur la Montagne Sainte-Geneviève. Un deuxième salon l’avait suivi en 2014 et un troisième en 2015 avant que l’AX prenne les grands magnans en charge et les enterre sans autre forme de procès. Je crois savoir que Loïc Rocard (X 91), le nouveau président de l’AX entend les remettre en chantier. Qu’on se le dise…

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #26

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Michel Arnaud à Nathalie Stubler, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Michel Arnaud (X 48), urbaniste

Une fois n’est pas coutume, ce portrait a été écrit par un tiers, Michel Gérard (55) que je remercie vivement.

Né en 1929, Michel entre à l’X en 1948 et en sort dans le corps de Ponts où il a un parcours atypique : architecte DPLG et urbaniste international. Il est reconnu par le milieu “urbaniste” français, et notamment par ceux qui ont exercé ce métier dans les pays dits “en développement”, comme un précurseur et un formateur remarquable dans les domaines de l’aménagement urbain et territorial. Doué d’un sens de l’observation fantastique, il perçoit les “lois des villes” comme nul autre et s’efforce toujours, à l’inverse des nombreux et désastreux démiurges que compte la profession, de les utiliser à la façon du judoka pour obtenir les résultats souhaités. Il a aidé le CNES à planifier le centre de Kourou en prévoyant, contre l’opinion dominante à l’époque, que ce centre attirerait immanquablement des travailleurs du Brésil, du Surinam et d’ailleurs. Il a convaincu !

Chargé de la création d’Arlitte (Niger), il a su y éviter les maladies classiques de ces créations ex nihilo où les industriels jouent les dames patronnesses. Les difficultés des 20 dernières années dues aux incursions de Boko Haram ne peuvent faire oublier que les passagers à Arlitte y admirent tous une ville africaine parfaitement ordonnée que la SOMAÏR, l’entreprise minière de l’uranium, présentait, il y a 25 ans, comme n’ayant jamais connu d’urbaniste (perte de mémoire curieuse, mais élogieuse pour celui qui s’est fait oublier).  

A 94 ans, il continue à travailler, soucieux de transmettre son message réaliste dans un monde qui a mis presque 70 ans à se rendre compte de réalités qu’il avait perçues et enseignées dès les années 50 (croissance des métropoles, migrations nationales des campagnes vers les villes, migrations continentales et intercontinentales) et d’en tirer des conclusions pratiques et opérationnelles dans la gouvernance et la planification urbaine et territoriale. Longue vie, cher Michel !

  • Georges Besse (X 48), industriel
Georges Besse

Né en 1927 à Clermont-Ferrand d’un père poseur de lignes aux PTT, Georges fait ses études à Clermont-Ferrand et entre en 1948 à l’X où sa forte carrure en fait un membre éminent de l’équipe de rugby. Sorti dans le corps des Mines, il est embauché au CEA par Pierre Guillaumat (X 28) qui a décelé immédiatement ses capacités de meneur d’hommes. Nommé en 1958 directeur général de la société USSI créée pour développer des méthodes d’enrichissement de l’uranium, il livre en 1964 l’usine de Pierrelatte qui sera baptisée après sa mort usine Georges Besse. Georges est alors embauché par Richard Baumgartner (X 22) pour être président d’Alcatel qui fusionne bientôt avec CIT. En 1972, il devient DG d’Eurodif puis en 1976 DG de la Cogema, deux sociétés créées à l’initiative d’André Giraud (X 44). Sollicité par Pierre Dreyfus, il quitte le nucléaire en 1982 pour être nommé PDG de PUK (Péchiney-Ugine-Kuhlmann) qui état en grande difficulté et qu’il réussit à redresser rapidement, à tel point que le gouvernement le nomme en 1985 PDG de Renault qui accusait d’énormes pertes. Il est hélas assassiné le 17 novembre 1986, à 58 ans, en bas de chez lui par 2 femmes terroristes d’Action directe, condamnées à perpétuité mais libérées depuis longtemps…

Christian Marbach (X 56) a écrit une notice sur Georges dans la Jaune et la Rouge d’octobre 2011, un colloque a été organisé en novembre 2011 à l’Ecole des mines à sa mémoire et le Bulletin Sabix 49 de 2011 lui est consacré, avec des articles par Alexandre Moatti (X 78), Christian Marbach (X 56), François de Wissocq (X 53), qui lui succéda à la présidence de Cogema, Jacques Lesourne (X 48) et Raymond H Lévy (X 46), qui lui succéda chez Renault après son assassinat.

Brutalement veuve avec 5 enfants, sa courageuse épouse Françoise a créé en 1987 la Fondation Georges Besse pour soutenir des élèves à haut potentiel engagés dans des filières scientifiques et scolarisés en France, qui souhaitent devenir ingénieur malgré leurs difficultés matérielles.  Présidée par Claude Imauven (X 77), la Fondation a déjà attribué plus de 7 M€ de bourses à 774 lauréats et vient d’accueillir les 27 lauréats de 2023 avec un discours de Salim Eddé (X 78), fondateur de la société de logiciels financiers Murex et du musée de minéralogie de Beyrouth (Mim).

  • Jérôme Cerisier (X 92), visionnaire
Jérôme Cerisier

Jérôme entre à l’X en 1992 et en sort dans l’Armement qui l’envoie se former à Supaéro. Après 4 ans à la DGA (direction générale de l’Armement), Jérôme pantoufle chez Kearney en 2001 puis complète sa formation en allant à l’Insead en 2005. Il passe ensuite 10 ans chez Zodiac Aerospace à Elbeuf puis à Plaisir, pour s’occuper d’élastomères, d’oxygène puis d’équipement de cockpit. Il devient en 2016 PDG de Photonis. Cette société est détenue par le fonds HLD, créé par Jean-Bernard Lafonta (X 80) qui l’a acquise en 2021 auprès du fonds Ardian, créé par Dominique Sénéquier (X 72).

Leader mondial de la détection et de l’imagerie, Photonis, rebaptisée Exosens, a entrepris sous la houlette de Jérôme Cerisier de réduire la part de son chiffre d’affaires fait avec la Défense, qui était de 72 %, en se diversifiant vers les sciences de la vie, du contrôle industriel et du nucléaire avec des acquisitions tous azimuts comme le grenoblois DeviceALab, le canadien Telops, l’allemand Proxivision, le belge Xenics ou l’israélien El-Mul. Bravo Jérôme, continue !

  • André Dewavrin (X 32), résistant
André Dewavrin, le Colonel Passy

Né en 1911 dans une famille d’industriels, André fait sa prépa à Stanislas puis à Louis le Grand. Il entre à l’X en 32 et en sort dans le Génie qui l’envoie en appli à Versailles.

Nommé ensuite à Grenoble puis à Saint-Cyr, il participe comme capitaine en 1940 à la malheureuse expédition de Narvik (Norvège), destinée à couper aux nazis la route du fer. Il part ensuite à Londres où le général de Gaulle le charge, sous le pseudonyme de Passy, de monter un service de renseignements qui deviendra le BCRA (Bureau central de renseignements et d’action). Il fait une mission importante en France en 1943 avec Pierre Brossolette puis à Alger pour créer la DGSS (Direction générale des services secrets) qu’il quitte en février 44 pour devenir chef d’état-major du général Koenig. Il contribue à la libération de Paimpol en août 44, ce qui lui vaut l’honneur d’être l’un des 33 polytechniciens Compagnons de la Libération. A la Libération, il succède à Jacques Soustelle à la tête de la DGER (Direction générale des études et recherches) qu’il transforme en SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage). Après le départ de de Gaulle en 1946, il est accusé de détournement de fonds et de liens avec la Cagoule et passe 4 mois en prison préventive, ce que de Gaulle jugera infâme. Lavé de tout soupçon, il passe dans l’industrie privée mais n’aura pas la carrière que ses brillants états de service auraient pu lui faire espérer.

Nommé grand-croix de la Légion d’honneur peu avant sa mort en 1998, André a fait l’objet d’une belle notice dans la Jaune et la Rouge de février 2000. Il était le père de Daniel Dewavrin (X 58), président de l’AX de 2006 à 2010, qui a eu lui aussi injustement maille à partir avec la justice à propos des millions donnés en liquide par l’UIMM à la CGT, destinés à « fluidifier » les relations sociales.

André a écrit ses souvenirs en 3 tomes (deuxième bureau, Londres ; Duke Street, Londres ; Missions secrètes en France) .Sébastien Albertelli vient d’écrire un livre sur lui : Le Colonel Passy, le maitre-espion du général de Gaulle (Tallandier, 585 p).

  • Alexandre Lebrun (X 94), nablateur
Alexandre Lebrun

Alexandre entre à l’X en 1994. Il y participe au ski club et au binet robot et en sort dans les Télécom qui l’envoient passer 6 mois en Chine et autant à Taïwan. Il passe ensuite 2 ans chez KDS où il s’occupe de réservations de voyage, il crée en 2002 la société VirtuOz à Paris, lève 2 M$ en 2005, la transfère à San Francisco et lève 12 M$ en 2008 pour en faire le leader mondial des agents virtuels intelligents. Il la vend en 2012 à Nuance (achetée depuis par Microsoft), où il reste quelques mois avant de créer Asiance en 2004 à Séoul avec Kim Bosun et Olivier Mouroux. Revenu à San Francisco, il crée en 2013 Wit.ai, une plateforme d’IA qui permet aux développeurs de créer facilement une interface conversationnelle de type Siri pour leur application ou leur appareil, qu’il revend 2 ans après à Facebook à Menlo Park (Ca) où il reste 4 ans au FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research),avant de revenir à Paris pour créer Nabla en 2018.

Utilisant GPT 3 de Open AI, cette nouvelle pépite de l’IA générative facilite le travail des médecins grâce à son outil Nabla Copilot qui, pour 69 € par mois, les débarrasse de beaucoup de tâches administratives, comme la rédaction de comptes-rendus de consultations ou des ordonnances. Nabla a levé 17 M€ depuis sa création, notamment auprès de Xavier Niel et de François Pinault. Bien qu’installé à Paris, Nabla n’a pas encore percé en France mais son avenir est assuré grâce à un méga-contrat qui vient d’être conclu avec le groupe médical américain Kaiser Permanente qui mettra Copilot à la disposition de ses 10.000 médecins dans 39 hôpitaux et 600 centres de soins.

Avec Martin Raison (X 94), Alexandre  fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Bravo, Alexandre le Grand !

  • Nathalie Stubler (X 87), aviatrice
Nathalie Stubler

Nathalie Stubler née Rault est fille de 2 ingénieurs. Fana d’aviation, tout en pratiquant la voile en famille, elle obtient sa licence de pilote privé sur Cessna 150 à Toussus-le-Noble pendant ses études. Elle entre à l’X en 1987, un an après son époux Jérôme (X 86). Après l’X, elle fait une formation complémentaire à, l’Ecole des Ponts dont elle sort ingénieur civil. Après un service effectué naturellement dans l’armée de l’air, elle intègre la Direction de la stratégie d’Air Inter en 1992, à une époque où on pouvait encore prendre l’avion sans être déconsidéré par les écolos. Après l’absorption d’Air Inter par Air France en 1997, elle devient responsable des vols longs courrier d’Air France, devenu Air France KLM en 2003, avant de s’occuper de la stratégie du groupe, de sa politique tarifaire puis du développement durable. En 2014, le Pdg Alexandre de Juniac (X 81) la prend comme directrice de cabinet. En 2016, elle est nommée Pdg de Transavia France, filiale « low cost » d’Air France, à laquelle elle donne littéralement des ailes.

Début 2023, Nathalie quitte Transavia pour devenir conseillère spéciale sur la stratégie de décarbonation du groupe Air France KLM avant de s’envoler vers d’autres horizons, après 30 ans de bons et loyaux services dans le groupe Air France : elle entre chez l’équipementier Safran comme directrice du développement durable. Nous lui souhaitons une carrière fructueuse et durable 🙂

Nathalie est membre du conseil d’administration de l’Ecole des ponts depuis 2018. Elle est mariée et mère de 3 enfants.

Actualité

Une nuit au Mus’X : Les polytechniciens et l’exploration spatiale. Cliquez ici pour revoir cette première édition de l’émission Une nuit au Mus’X organisée le 14 octobre par par le Mus’X sur le thème du spatial avec le binet AstronautiX, l’association spatiale étudiante de l’X. Il y est question d’astronomie, d’exploration spatiale robotisée et de projets spatiaux étudiants. NB Il faut un peu de patience car les 16 premières minutes correspondent à la période d’attente de 19h45 à 20h – heure de début officielle de l’émission.

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Petits papiers : après Sébastien Bohler (X 92, ma lettre de juin) et Pascale Sourisse (X 81, ma lettre d’avril), les heureux élus à paraitre dans le numéro d’octobre de la Jaune et la Rouge sont Isabelle Panet (X 97, ma lettre de juillet) et les jumeaux Desjardins (X 08, ma lettre d’août).

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  • Bruno Angles (X 84), directeur général d’AG2R La Mondiale, ancien président de l’AX, vient d’être distingué à l’occasion du classement « Europe Awards 2023 » publié par CEO Today Magazine. Il figure également dans le Top 3 européen des lauréats (Featured Winners) parmi 22 dirigeants.
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Gérard Araud (X 73), commente pour le Point la situation en Israël, où il a été ambassadeur (ma lettre de mars 22) : « … Une religion plusieurs fois millénaire, une histoire infiniment tragique qui a culminé dans l’horreur absolue, la renaissance d’un État après dix-huit siècles au prix de multiples guerres dans une région longtemps unanimement hostile, la création d’une nation à partir de diasporas des quatre coins du monde et j’en oublie… Israël, c’est d’abord une expérience unique… … Ce que cherchait le Hamas, c’est de commettre des atrocités qui rendent tout compromis inacceptable. Je crains qu’il n’ait réussi…

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Etienne Chenevier (X 76) a donné un récital de piano avec des sonates de Schubert et de Chopin le 19 octobre salle Cortot, 78 rue Cardinet. Fils de Jean Chenevier (X 37), frère de François (X 64) et Philippe (X 67) et oncle de Thierry (X 88), Thomas (X 93) et Quentin (X 06), Etienne a commencé sa carrière au ministère de l’industrie avant de rejoindre Air Liquide puis de devenir Directeur Asie-Pacifique de Luzenac. Il est maintenant directeur Asie de Citystar, société d’investissement créée par Jean-Louis Charon (X 76). Cliquez ici pour plus de détails.

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René Coulomb (X 51) a préfacé le Journal de la libération de Paris, écrit en août-septembre 1944 par son père Jean, géophysicien, membre de l’Institut, né à Blida en 1904, mort à Paris en 1999. Nous y est décrite, dans un style haletant, une période troublée, pleine d’espoir et de craintes, où il était difficile de s’approvisionner pour survivre, où l’on risquait sa vie tous les jours, où les gens – résistants, collabos, occupants allemands, simples passants et libérateurs français et alliés – montraient leur vraie nature et leurs réflexes face à des situations souvent imprévues. Isidore Editions, 2023, 72 p.

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Vincent Laflèche (X 81), directeur de l’Ecole des Mines, qui a quitté Paris-Tech pour se rattacher à Paris Sciences et Lettres (PSL), se félicite que son école soit, grâce à son épreuve de culture générale, numéro 2 au classement des écoles d’ingénieurs du Figaro Etudiant du 16 octobre avec une note globale de 17,7 sur 20 derrière l’X, numéro un avec 19 !

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Hervé Le Bras (X 63) vient de sortir un nouveau livre : La réforme des retraites expliquée au gouvernement (Flammarion, septembre 23). Il y montre la cohérence des événements qui se sont précipités dans un mélange de machiavélisme amateur, d’incompétence arrogante, de calcul et de faiblesse pour aboutir à une réforme inefficace et coûteuse. Auteur de nombreux livres depuis Immigration positive (2006), où il démontre que l’immigration est une chance pour la France, jusqu’à Serons-nous submergés ? (2020), où il conteste la notion de grand remplacement, Hervé se dit plus compétent que Macron en matière de retraites, ce qui n’est pas difficile. Il se dit aussi élève de Sauvy (X 20 S, ma lettre de janvier 23), dont on regrette de ne plus entendre la voix irremplaçable.

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Arthur Mensch (X 11), DG de Mistral AI (ma lettre de juin 23), vient de sortir Mistral 7B, un modèle de langage qui, contrairement aux modèles propriétaires des mastodontes du marché, comme OpenAI, est en open source pour pouvoir être utilisé par des développeurs.

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Bertrand Meunier (X 77), PDG d’Atos depuis 2019, qui avait sauvé sa peau lors de l’AG du 28 juin 2023, avec le rejet des 4 résolutions de Sycomore, actionnaire activiste, tendant à le renverser, a finalement jeté l’éponge, face aux contestations liées à son projet de scission d’Atos et de vente de l’infogérance à Daniel Kretinski. Il est remplacé par Jean-Pierre Mustier (X 81). Nous lui souhaitons de réussir à redresser Atos.

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Thierry de Montbrial

Thierry de Montbrial (X 63, ma lettre de mars 22) présentait le 19 septembre la 42ème édition du rapport de l’IFRI. Cet ouvrage intitulé Ramsès 2024, un monde à refaire offre une traversée de la planète des crises, des acteurs et de leurs stratégies (Europe, USA, Chine, Moyen Orient, Afrique). Une brillante introduction de TdM identifie 3 enjeux majeurs : Ce que nous dit la guerre d’Ukraine, qui bouleverse les équilibres internes et institutionnels du continent européen – Inde, l’émergence inconnue : peut-être incarne-t-elle le monde nouveau ?  – Ebauches d’un nouveau monde : autour de quels grands facteurs se restructurera le monde demain ?

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Luc Ravel

Mgr Luc Ravel (X 77, ma lettre de juin 22), élu en novembre dernier à l’Académie des Sciences morales et politiques à la place de Jean Cluzel, vient d’y être reçu le 2 octobre par François d’Orcival. Pour rappeler l’école dont est sorti le nouvel élu, la cérémonie a été égayée par un intermède musical : l’Ode à Vaneau, chanté, comme il se doit, par la chorale de l’X dirigée par Me Patrice Holiner.

Courrier des lecteurs

  • Bonjour Hubert et merci pour cette initiative dont je suis heureux du succès qu’elle rencontre. Puisque tu sollicites des suggestions, je voudrais te signaler un de mes camarades de promotion, Marcel Cassou, pour qui j’ai autant d’amitié que d’admiration et … qui mérite de figurer dans le panthéon des X hors du commun.… Philippe Bonnamy (X 61). Merci . Je le mets dans ma liste d’attente. HLL
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  • Cher Fondateur du groupe X-Démographie, hélas en déshérence (tout à fait d’accord). Oui il y aurait bien intérêt à le revivifier. Mais ayant été mêlé quelque temps à la rédaction de J&R, j’ai souvenir que chaque fois que la démographie a fait l’objet d’un numéro de notre Revue, tout le Landerneau X et non-X s’est ému. N’étions-nous pas des soutiens du Front National ? Le Président de l’AX de l’époque a même fait rééditer un n° pour supprimer un article à cause d’une insinuation malveillante de “Libé”. PS Merci à nouveau pour ces bio express. Je soutiens l’idée émise par un camarade de Grimond(X 46)… Michel Gérard (X 55). C’est exact : j’avais obtenu de Jacques Lesourne (X 48) qu’il préside X Démographie et, au dernier moment, il a renoncé à cause de l’emprise supposée du FN. Pour Grimond, ce sera pour bientôt. HLL
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  • Cher camarade Lévy-Lambert, je te suggère pour ta prochaine moisson de l’accompagner d’un dictionnaire de façon à rendre compréhensible des paragraphes tels que : « Parmi les initiatives remarquables de Hugging face, on peut citer la création des librairies open source comme transformers ou datasets, et surtout le développement d’une plateforme collaborative appelée le Hub qui est un service similaire à GitHub mais spécifique pour l’IA. » Le français reste la langue de la République et donc de l’X, non ? « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots (français) pour le dire arrivent aisément » Non ? amicalement. J.-P. Guitton (X 61). Tu as tout à fait raison. Mais il se trouve que ce paragraphe a été ajouté par Chaumond lui-même, à qui j’avais soumis mon projet à l’avance, comme Berry me l’avait suggéré ! HLL
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  • Un grand merci pour ce joli texte.
    Respectueuses amitiés polytechniciennes, Sarah Lamaison (X 12). Tu vas avoir droit à la publication de ton portrait dans mes Petits Papiers de la Jaune et la Rouge de novembre ! HLL
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  • Cher camarade, Je viens de lire tes brefs portraits de certains de nos camarades.
  • En ce qui concerne Alexei Grinbaum, j’ai publié en 2014 dans la J&R une recension de son ouvrage Mécanique des étreintes. A propos d’autres Russes tu pourrais être intéressé par Alena Fargere. Par ailleurs, une petite remarque au sujet de la cérémonie sur Poincaré. Kees van der Beek et Directeur de la Recherche (et non Recherche et Enseignement), Laura Fioni Directrice de l’Enseignement, Dominique Rossin est leur patron (Directeur de la Recherche et de l’Enseignement). (à remarquer donc l’internationalisation : un néerlandais et une italienne). Amicalement. François Xavier MARTIN (X 63). Merci, j’ai complété pour Mécanique des Etreintes et rectifié pour KvdB. HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Israël

PS Je remercie les nombreux lecteurs qui m’ont adressé un message de sympathie à la suite de ma lettre sur Israël, pays extraordinaire et qui n’ont pas été dupes de la machination médiatique du Hamas tendant à faire croire à une bombe israélienne sur un hôpital de Gaza. Je recommande aussi les remarquables analyses de la situation par Xavier Bertrand (France Info) et par Abnousse Shalmani (LCI) et par Franz-Olivier Giesbert (Le Point) et l’article de Lyn Julius (MENA) qui rappelle les nombreux pogroms subis par les juifs dans le monde arabe au cours des siècles.

Portrait d’un pays Xtraordinaire

Chers camarades, chers amis lecteurs de mes portraits,

Je n’ai pas l’habitude de faire le portrait d’un pays. Mais, aujourd’hui, je ne peux rester passif face à l’horreur absolue des événements qui se sont déroulés samedi dernier en Israël, pays extraordinaire, cher à mon coeur de juif Français.

Israël a été attaqué il y a une semaine avec une brutalité, une cruauté et une barbarie qu’on n’avait pas vues depuis les exactions de l’état islamique. Certains ont comparé cette opération à la guerre du Kippour où Israël avait été attaqué sans préavis par plusieurs pays arabes, voire à Pearl Harbour ou au 11 septembre.

Le nombre d’israéliens civils assassinés dans la seule journée de samedi 7 octobre est le plus élevé parmi tous les jours des conflits, guerres et attentats ayant ensanglanté l’État d’Israël depuis sa création. Ces exactions rappellent d’horribles périodes de l’histoire où les pogroms et massacres en masse de juifs étaient fréquents, depuis les Croisades et l’Inquisition jusqu’à la Shoah.

Alors que les nazis avaient tenté de dissimuler et de nier leurs crimes contre l’humanité, leurs successeurs d’aujourd’hui publient sur les réseaux sociaux leurs exactions d’une barbarie inouïe qui dépassent l’entendement et tout ce que l’on a pu connaître : massacre systématique de centaines de jeunes assistant à une fête dans le désert, exécutions systématiques de centaines de familles de plusieurs kibboutz (femmes, enfants, vieillards sans distinction), dont plusieurs ont été brûlées, décapitations en série y compris d’enfants, massacres de femmes enceintes qui ont été éventrées et leur embryon déchiqueté, viols en série, kidnapping d’au moins 100 personnes, dont des bébés, des enfants, des femmes et des vieillards.

Des personnalités habituellement promptes à signer des pétitions et à défendre toutes sortes de victimes se sont honteusement tues. D’autres ont affiché implicitement si ce n’est explicitement leur soutien aux barbares. Dans les rues de plusieurs pays, des habitants ont manifesté et se sont réjouis à l’annonce de ces massacres. 

Certains ont voulu expliquer ce déchainement de haine par la situation de Gaza, qualifiée de prison à ciel ouvert, oubliant qu’Israël a quitté Gaza en 2005 et que la pauvreté qui y règne résulte de la politique agressive du Hamas qui en a pris le contrôle en 2007 et utilise les milliards que leurs « frères » arabes, l’ONU, l’Union européenne lui versent chaque année sans trop vérifier l’usage qui en est fait. Si le Hamas avait préféré, comme disent les économistes, privilégier le beurre plutôt que les canons, Gaza serait l’équivalent moyen-oriental de Singapour qui, comme Gaza, a une faible surface, une forte densité de population et une absence de ressources naturelles !

Une bonne cinquantaine de polytechniciens résident en Israël. Certains ne sont pas israéliens voire même ne sont pas juifs. Ils ont tous vécu la sidération puis la tristesse de ces derniers jours. Dans un petit pays comme Israël, une partie d’entre eux connaissent personnellement des victimes. Les plus jeunes d’entre eux ont été mobilisés pour une guerre contre le terrorisme qui sera longue et périlleuse. Les plus anciens ont vu leurs enfants ou leurs petits-enfants mobilisés.

Le groupe X Israël, que j’ai créé en 1994 pour célébrer là-bas le bicentenaire de l’X, a souhaité que la communauté polytechnicienne puisse exprimer sa solidarité avec nos camarades en Israël. Une adresse mail a été créée à cette fin : solidarite@x-israel.polytechnique.org.

Comme lors des attentats de Charlie, de Montrouge, de l’Hyper Cacher, de Nice, du Bataclan ou du lâche assassinat des professeurs Samuel Paty et Dominique Bernard par des terroristes tchètchènes, il est important de ne pas se taire et de réagir face à cette horreur absolue, cette antithèse de l’humanité et des valeurs que nous partageons. Nous devons tous nous sentir concernés et l’exprimer de la façon dont il conviendra à chacun.

Vous trouverez en annexe un choix de sources d’information sur Israël et un choix d’organismes pour aider les victimes et les secours.

Je remercie tous ceux qui marqueront leur condamnation de cette barbarie et leur soutien, que ce soit par leur pensée, leur message, par un don, même symbolique, ou en relayant ce message.

Bon dimanche et n’oubliez pas qu’après le samedi vient le dimanche…

Hubert Lévy-Lambert X 53, fondateur de X Israël

Annexe

1) Sources fournissant des informations sur Israël qu’on ne trouve en général pas dans la presse française :

https://israel247.org/

https://www.desinfos.com/

https://www.i24news.tv/fr

https://fr.timesofisrael.com/

https://infoequitable.org/

https://infos-israel.news/

https://israelmagazine.co.il/

https://israelvalley.com/

La chaîne i24 News est disponible en français sur l’application Molotov ou sur la TV des opérateurs internet.

2) Organismes pour aider les victimes en Israël et pour approvisionner le pays en équipements de secours vitaux :

Fondation France Israël

Maguen David Adom France

Hadassah France

Zaka France

Association France Israël

Keren Hayessod France

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #24

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Julien Chaumond à Nicolas Truelle en passant par Philippe Jost et d’autres, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Julien Chaumond (X 03), hugger
Julien Chaumond

Entré à l’X en 2003, Julien en sort dans les Télécom qui l’envoient faire de la recherche sur les bases de données à Stanford, où il rencontre un des fondateurs de youtube. En 2013, il quitte les Telecom pour co-créer Glose à New York. De retour à Paris, il passe un an chez Stupeflix une start-up qui est acquise par Gopro. Après quelques mois au Ministère des finances, il se met à son compte en créant avec Clément Delangue et Thomas Wolf (X 03) Hugging Face, une plate-forme d’IA initialement destinée aux ados (d’où son nom et son logo) et développant maintenant des outils open source sur laquelle la communauté d’apprentissage automatique (machine learning) collabore sur des modèles, des jeux de données et des applications.

Parmi les initiatives remarquables de Hugging face, on peut citer la création des librairies open source comme transformers ou datasets, et surtout le développement d’une plateforme collaborative appelée le Hub qui est un service similaire à GitHub mais spécifique pour l’IA.

Après avoir levé 40 M$ en 2021 et 100 M$ en 2022, Hugging face récidive en levant 235 M$ en 2023 auprès d’un impressionnant tour de table d’acteurs clés de l’IA comme Amazon, Google, Intel ou Nvidia, ce qui la valorise autour de 4,5 G$. Ouverte et agnostique contrairement à son concurrent Open AI, Hugging face a des clients prestigieux comme Meta, Pfizer ou Renault. Avec près de 200 salariés, moitié à New York, moitié à Paris, Julien montre que la vieille Europe a encore quelques atouts sur le plan intellectuel ! Bravo Julien, continue !!

  • Alexei Grinbaum (X 99), philosophe
Alexei Grinbaum

Né en 1978 à St Pétersbourg, alors appelée Léningrad, fils d’Oleg Greenbaum, docteur en philologie, Alexei fait ses études secondaires au célèbre lycée 239 et commence sa formation universitaire au SPbGU (Санкт-Петербургский Государственный Университет). Il entre à l’X en 1999 pour y faire des études avec la promo 97, en tant qu’auditeur du Programme international et soutient sa thèse de doctorat en philosophie des sciences au Centre de recherche en épistémologie appliquée de l’X en 2004. La même année, il obtient une maîtrise au Département de physique des hautes énergies et des particules élémentaires de l’Université de St Pétersbourg !

Après une formation complémentaire au CNRS Nancy, il entre au CEA en 2006 comme directeur de recherche. Il est depuis peu président de son Comité opérationnel pilote d’éthique du numérique et co-rapporteur pour les avis sur les questions éthiques de l’IA générative et des agents conversationnels.

Physicien et philosophe, Alexei donne depuis des années des cours sur les questions éthiques liées aux nouvelles technologies liées à la mécanique quantique, nanotechnologies, intelligence artificielle et robotique, à l’ENSTA (2008-20), à l’université d’Evry (2015-19) et à l’INRIA (2017-21), à Pasteur (2016-22) ainsi qu’à Centrale (depuis 2017), Paris-Diderot (depuis 2019) et plus récemment Sciences Po, Dauphine et Cachan. Il est également membre du CNPEN (comité national pilote d’éthique du numérique) et expert à la Commission européenne.

Alexei a écrit de nombreux articles et plusieurs ouvrages qui sont tout à fait d’actualité, dont Mécanique des étreintes : intrication quantique (2014, la Jaune et la Rouge de septembre 2014), Les robots et le mal (2019) et, tout récemment, suite au succès de ChatGpt, Parole de machines, dialoguer avec une IA (2023). On aimerait avoir son avis sur son compatriote Igor Bredev, dont le hasard nous a conduit à parler plus bas (cf infra) ?

  • Philippe Jost (X 80), reconstructeur
Philippe Jost (c) Romaric Toussaint

Né en 1960 de parents professeurs d’allemand et de lettres classiques, Philippe entre à l’X en 1980 et en sort dans l’Armement. A sa sortie de l’X, en plus de l’Ecole nationale supérieure des techniques avancées (ENSTA), mû sans doute par un sentiment de prédestination, il passe 3 ans à l’Ecole du Louvre avant d’entrer à la direction générale de l’Armement (DGA) en 1985. Il passe en 1995 à la division force nucléaire de l’état-major des armées. Après une formation complémentaire à la Harvard Kennedy School of Government suivie d’une année au Centre des hautes études de l’Armement en 1998, Philippe est nommé en 1999 sous-directeur de la politique d’exportation de la DGA puis sous-directeur des affaires industrielles en 2001. En 2005, il est nommé chef du service des affaires industrielles et de l’intelligence économique et, en 2006, directeur des plans, du budget et de la gestion de la DGA. A partir de 2013, Philippe quitte la DGA pour enseigner les mathématiques.

Après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019, dont beaucoup de gens peinent à croire qu’il s’agit vraiment d’un accident, Philippe est nommé bras droit du général Georgelin qui dirige avec maestria l’Établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. A la suite du décès accidentel du général Georgelin le 18 août dans les Pyrénées, Philippe lui succède le 7 septembre avec pour tâche de rouvrir la cathédrale comme prévu fin 2024. Nous lui souhaitons un plein succès.

A l’heure des ignobles critiques concernant le don de 10 M€ de Bernard Arnault (X 69) aux Restaurants du Cœur, il n’est pas inutile de rappeler que notre généreux camarade a contribué pour 200 M€ aux travaux de restauration de Notre-Dame.

  • Sarah Lamaison (X 12), décarboneuse
Sarah Lamaison

Originaire du Pays basque, où elle participe régulièrement à l’Université d’été de l’association Du Pays Basque aux Grandes Ecoles, Sarah entre à l’X en 2012 après une prépa à Sainte-Geneviève. Elle s’y spécialise en chimie organique, tout en participant au binet Raid multisport.  Sortie dans le corps des Ponts, elle passe un Master en économie à Paris-Saclay. Elle passe quelques mois à l’Université de Californie à San Diego en 2015 puis part à Cambridge en 2016 pour étudier la photosynthèse artificielle. De retour à Paris, elle fait sa thèse au Collège de France sur les techniques catalytiques de conversion du CO2 puis, infatigable, elle part à Stanford en 2020 pour un post-doctorat de chimie industrielle. 

En janvier 2021, Sarah pose son baluchon et crée avec David Wakerley, qu’elle a rencontré à Cambridge, la société Dioxycle, un pionnier de la chimie durable installé en France et en Californie, qui vient de faire une levée de fonds de 17 M$ auprès de grands investisseurs spécialisés.

Dioxycle s’appuie sur des technologies d’électrolyse révolutionnaires pour convertir les émissions industrielles de CO2 en produits chimiques utiles, notamment en éthylène, avec une efficacité énergétique et économique sans précédent. Son ambition est de recycler plus de 600 Mt de CO2 chaque année. C’est énorme mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des 3.000 Gt que l’espèce humaine a déversées dans l’atmosphère depuis le début de l’ère industrielle, auxquelles nous ajoutons 30 Gt chaque année. C’est toutefois un bon début quand on sait que les seules solutions pour se débarrasser du CO2 sont planter des arbres, mais les hommes en détruisent plus, le capter dans les océans, mais le solde est-il positif ou l’enfouir sous terre, mais est-ce durable ?

Sarah a reçu en 2020 le prix Jeunes talents L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science et fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Toutes nos félicitations et nos vœux de réussite. L’avenir de la planète en dépend !

  • Thierry Schwab (X 66), galeriste
Thierry Schwab devant le Plaideur de David Daoud

Né à Paris en 1947, fils de Marc Fontenoy, avocat devenu auteur-compositeur, Thierry fait ses études aux lycées Claude Bernard puis Louis le Grand avant d’intégrer l’X en 66. Après 2 ans chez IBM puis 4 ans dans le Groupe Maurice Vidal, il se met à son compte en 1975 comme consultant en informatique et en organisation et crée en 1982 Picodata, une société de conseil et de service en informatique, dont une filiale nommée Webnet deviendra l’une des premières entreprises françaises d’ingénierie internet.

Grand amateur d’art et de poésie, Thierry, qui avait créé en 1996 Bonjour Poésie, un site web consacré à la poésie francophone, cède sa société en 2008 et ouvre en 2011, aidé de son fils Edouard, une galerie spécialisée dans l’art contemporain, qui n’hésite pas à innover en exposant des tableaux peints par IA !

J’habite depuis longtemps à deux pas de sa galerie qui est au 35 rue Quincampoix, tout près de Beaubourg mais il a fallu que Jean Sousselier (X 58, président de X Mines Auteurs) envoie aux membres de XMA une invitation au vernissage de l’exposition David Daoud (Réminiscences, jusqu’au 23 septembre) pour que je le découvre ! Mais je le reverrai le 25 novembre au Salon du livre polytechnicien (Mairie du VIème) où il aura un stand en tant qu’éditeur (L’ombre rouge) et en tant qu’auteur de romans de fiction qui font réfléchir, comme Un si lointain passé : recueil de nouvelles étranges, dont Jean d’Ormesson a beaucoup aimé la première et deux romans visionnaires dans lesquels l’IA joue un grand rôle : L’étrange histoire d’Igor Bredev, un robot russe demandeur d’asile en France ; Optima 2121 : le monde dans 100 ans, si proche, si différent. Quand je pense qu’au début de ma carrière, on préparait sérieusement des Réflexions pour 1985. Même Thierry Gaudin (X 59) peut aller se rhabiller avec son groupe Prospective 2100 !

  • Nicolas Truelle (X 80), apprenti
Nicolas Truelle

Né en 1961 à Belfort où son père Yves Truelle (X 47, Supéléc, mort en 2018) dirigeait l’usine d’Alsthom, Nicolas entre à l’X en 80 après une prépa à Louis le Grand. Il en sort dans le corps des mines qui l’envoie à l’Ecole des mines, où il ressent, nous dit-il, sa première vraie émotion économique pendant le cours de Claude Riveline (X 56, ma lettre du 16 mai). Il commence sa carrière de fonctionnaire en 86 à la DRIR et au SGAR de Haute Normandie. Il passe en 89 à la direction générale de l’Industrie et devient l’année suivante directeur de cabinet du directeur général. Il pantoufle chez Sanofi en 92 comme directeur d’un établissement avant d’en devenir DRH en 95, puis Pdg de Sanofi Pasteur en 97 et adjoint au directeur Europe en 99. Il quitte la santé en 2000 pour entrer chez Via Location comme DG puis président du directoire. Il change à nouveau d’activité en 2010 en devenant associé de Weinberg Capital qui a pris le contrôle de Via Location.

En 2015, Nicolas, qui était devenu peu avant administrateur de l’Arche, association qui accompagne les handicapés adultes, décide de quitter délibérément le secteur capitaliste pour entrer dans le secteur philanthropique en devenant directeur général des Apprentis d’Auteuil. L’objectif de cette fondation chrétienne qui vient de fêter son sesquicentenaire est, nous dit-il, « accompagner jeunes et familles fragilisés, les accueillir, participer à leur éducation, à leur formation et à leur insertion sociale et professionnelle ». Il est cousin éloigné de Jacques Truelle, diplomate français récemment célébré par le Mémorial de la shoah pour son action en faveur des juifs persécutés pendant la guerre, alors qu’il était en poste à Bucarest. Bon sang ne saurait mentir !

Père de 7 enfants et grand-père de 4 garçons, Nicolas a été nommé chevalier de la Légion d’honneur l’année dernière. Toutes nos félicitations pour cet honneur mérité et tous nos vœux de réussite dans ses fonctions dont l’importance croit exponentiellement, comme on le voir en ce moment avec les problèmes des Restos du Cœur.

Laura Chaubard inaugure l’exposition Poincaré

Actualités

  • Les petits papiers : tel est le titre de la page que la Jaune et la Rouge consacre dorénavant à mes portraits. Pour commencer, vous pouvez trouver dans le numéro d’août-septembre les portraits de Sébastien Bohler (X 92, ma lettre du 21 juin) et de Pascale Sourisse (X 81, ma lettre du 22 avril). Merci à Michel Berry (X 63), président du comité éditorial, qui a décidé, après mûre réflexion, d’adhérer à la branche lévy-lambertiste du Parti d’en rire 😊. Je suis certes, comme Pierre Dac, pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour, mais je ne qualifierais pas mes papiers de hilarants ! En tout cas, avec 180 portraits au compteur à ce jour depuis le début de l’année dernière, l’avenir de cette nouvelle rubrique est assuré au moins jusqu’à mon centenaire !
  •  
  • Technocratisme, tel est le titre du nouveau livre d’Alexandre Moatti (X 78, ma lettre du 26 janvier). Sous-titré Les grands corps à la dérive, ce livre nous propose une plongée dans le monde de la technocratie, dont il retrace l’histoire et dénonce les dérives. La moitié des dirigeants du CAC 40, trois présidents de la République sur quatre depuis 30 ans sont issus des grands corps. Ceux-ci avaient jusqu’ici peu été étudiés en tant que tels. Ceux qui connaissent Alexandre ne seront pas étonnés que son analyse soit engagée, bien que lui-même soit membre d’un des corps qu’il fustige : relisant les 30 dernières années au prisme de l’action de ces corps, il montre leur intrication ontologique avec le néo-libéralisme. Elève de Maurice Allais (X 31) et fondateur de X Sursaut, lointain successeur de X Crise, je connais les défauts du libéralisme que je considère pourtant, pour paraphraser Churchill, comme le pire des systèmes à l’exception de tous les autres.
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  • L’exposition sur Henri Poincaré (X 1873, ma lettre de juin), modèle du savant universel, a été inaugurée le 7 septembre par Laura Chaubard (X 99), DGA de l’X et sans doute DG par intérim en attendant la nomination du successeur d’Eric Labaye (X 80), Frédéric Brechenmacher, professeur d’histoire des sciences et Kees Van der Beek, nouveau directeur de la recherche, avec l’intervention de la chorale des élèves dirigée par Me Patrice Holiner, dans des chants de carva que Poincaré a pu entendre dans sa carrière d’enseignant à l’X ! Vous pouvez lire dans Les Echos du 15 septembre un bel article sur cette exposition ouverte en semaine de 9 h à 17 h jusqu’au 22 décembre. Félicitations à Olivier Azzola et à toute l’équipe du Mus’X pour ce beau travail complété par un catalogue de 113 pages en vente sur place ou en s’adressant à la Sabix.
  •  
  • La Maison Poincaré, le lieu où les maths prennent vie, ouvre ses portes le samedi 30 septembre. Ce n’est pas un hasard du calendrier si elle est inaugurée en septembre comme l’expo du Musix car on fête cette année le sesquicentenaire de la promo de Poincaré ! Sur 900 m2 en plein centre de Paris, divisés en 7 espaces (modéliser, devenir, partager, inventer, connecter, visualiser, respirer), on peut découvrir l’influence des mathématiques sur notre société et dans notre quotidien. Un bon complément à l’exposition temporaire du Musix ! Cliquez ici pour plus de détails.
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  • La cinquième chaine nous présentait le 12 septembre Patrimoine, de vieilles pierres très précieuses, un documentaire de 52’ de Valentine Amado donnant le portrait de quelques entrepreneurs passionnés par la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine. On y voyait notamment Kleber Rossillon (X 73, ma lettre du 25 février) dont la société gère pas moins de 12 lieux culturels,aussi variés que le musée de Montmartre, la grotte Chauvet 2, le château de Suscinio, la tour de Crest, le château de Murol, le site de Waterloo ou le train de l’Ardèche.
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  • Le Laboratoire interdisciplinaire de l’X (LinX) organise un colloque sur L’anthropocène, la fin de l’homme ? les 28 et 29 septembre à l’X (Amphi Becquerel). On se demande si le point d’interrogation n’est pas de trop ? 😊 Cliquez ici pour plus de détails.
Sylvie Benzoni, drectrice de l’Institut Poincaré
Kleber Rossilllon dans son train de l’Ardèche

Courrier des lecteurs

  • Cher camarade, je me permets de te signaler notre camarade Florian Coupé (X 06), qui je crois mérite de figurer dans ta longue liste. Il y a eu de nombreux reportages sur la Cyclodyssee cet été… personnellement je trouve que les valeurs de dépassement de soi, de rencontre et d’aventures méritent d’être montrées en exemple ! Bien à toi. Nathalie Charles (X 84). Tes désirs sont des ordres ! HLL
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  • Merci pour ces intéressants rappels, mais JJSS n’est-il pas pour le XX° siècle un prototype de la « légèreté » française, avec ses qualités et défauts…? Jean de Bodman (X 69).
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  • Cher camarade, cher Hubert, Merci pour tes portraits, toujours très vivants et intéressants. Tu demandes de signaler d’éventuels X-traordinaires, as-tu entendu parler de Henri Grimond (46), à l’origine du projet actuel du Tunnel sous la Manche ? Il est malheureusement décédé, il n’aurait peut-être pas aimé être mis en aucune sorte de lumière, mais j’ai toujours trouvé qu’il était X-traordinaire. Amicalement, Gérard Cohen (X 70). Bien noté, merci, je le mets sur la liste d’attente. HLL
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  • Cher Hubert, Merci beaucoup d’avoir ainsi croqué notre portrait ! C’est un beau cadeau. A très vite pour plus de nouvelles sur les qubits! Très belle journée, Pierre Desjardins (X 08).
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  • Merci Hubert pour la bio, et tous les portraits passionnant que tu as faits. Je reçois déjà des courriels de camarades, preuve s’il en était besoin que tu as une belle audience ! Camaradement. Ivan Gavriloff (X 81).
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  • Merci cher Hubert de ces riches moissons estivales. Torpeur et canicule n’ont donc pas raison de ton énergie inépuisable ! Découvreur de talents si divers, à la plume si affûtée. Amicalement. Philippe Georges (X 79)
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  • Merci pour ce portrait spécial [JJSS] très intéressant… Olivier Herz (X 79).
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  • Merci de cet excellent portrait de JJSS. Tu m’apprends beaucoup de choses que je ne connaissais pas de lui. Michel Marx (X 57).
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  • Bravo cher Hubert pour le portrait de ce personnage [JJSS] ; j’ai croisé sa route lorsque j’étais à la Délégation à l’Aménagement du Territoire et je vais essayer de t’en faire le récit – pour toi. F. de Wissocq (X 53). Avec plaisir HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne rentrée !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Démographie, groupe hélas en léthargie

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #23 Spécial JJSS

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

A l’approche du centenaire de sa naissance, il nous a paru opportun de consacrer un numéro spécial à Jean-Jacques Servan-Schreiber, alias JJSS, né le 13 février 1924, mort le 7 novembre 2006.

  • Jean-Jacques Servan-Schreiber (X 43), journaliste
Jean-Jacques_Servan-Schreiber en 1968 par Ron Kroon Anefo

Jean-Jacques est né le 13 février 1924 à Paris, d’Emile Schreiber, dit Servan-Schreiber, d’une famille juive originaire de Prusse Orientale, cofondateur des Echos avec son frère Robert, et de Denise Brésard, infirmière diplômée. Ainé de 5 enfants, il sera suivi par Brigitte (Gros), Bernadette (Gradis), Christiane (Collange) et Jean-Louis. Reçu à l’X en 1943 après des études secondaires brillantes au lycée Janson de Sailly et une prépa en pleine guerre au lycée Champollion de Grenoble, il passe en Espagne avec son père pour éviter le STO et arrive à l’Ecole de l’air, réfugiée à Marrakech, qui l’envoie dans la base de Craig à Selma (Alabama). Il n’obtient son brevet de pilote de chasse qu’en avril 45, trop tard pour participer aux combats. Celui qu’on appellera gentiment JJSS, et plus méchamment Kennedillon, Turlupin ou Zorro, entre à l’Ecole en octobre 1945 comme tous les X 42 et 43, ainsi que l’explique Gérard Brunschwig (X 43) dans la Jaune et la Rouge de septembre 2001. Il commence sa carrière en 1948 en essayant de vendre un petit avion français au Brésil, sans grand succès. Mais il en revient comme correspondant de journaux brésiliens et réussit à se faire remarquer par Hubert Beuve-Méry qui l’engage en 1949 – à 25 ans ! – comme éditorialiste au Monde, un journal alors aussi redouté que respecté. Mais la lune de miel ne dure pas, JJSS, atlantiste, se fâche avec Beuve, neutraliste et il fait quelques bourdes, comme d’affirmer le 27 juin 1950 que les USA n’interviendront pas en Corée, 4 jours avant qu’ils le fassent ! Ce ne sera pas sa seule erreur : n’avait-il pas prévu que de Gaulle, à l’égard duquel il éprouvait une hostilité irrépressible, ne resterait pas longtemps au pouvoir après mai 1958 ? Mais ceux qui avaient prévu les évènements de mai 68, la crise financière de 2008 ou l’attaque de l’Ukraine par Poutine en mars 2022 peuvent lui jeter la première pierre !

Création de l’Express

En 1953, tout en faisant des tournées de conférences aux USA et en reprenant ses éditoriaux dans le Monde, il crée l’Express avec Françoise Giroud, qui sera nommée en 1974 secrétaire d’Etat à la condition féminine, alors rédactrice en chef de Elle, sur le modèle de The Economist. L’équipe comprend son cousin Jean-Claude, codirecteur, Philippe Grumbach, rédacteur en chef, sa sœur Christiane Collange, qui assure la direction de Madame Express – elle lui rendra un magnifique hommage mortuaire en 2006 – et quelques pointures comme Louis Armand (X 24), Alfred Grosser, Simon Nora, sa future épouse Léone Georges-Picot, Alfred Sauvy (X 20 S) ou Pierre Viansson-Ponté et des journalistes pointus comme Michèle Cotta.

D’abord supplément hebdomadaire gratuit des Echos destiné à mettre en orbite Pierre Mendès-France, alias PMF, l’Express devient rapidement un hebdomadaire indépendant. François Mauriac, qui venait d’avoir le prix Nobel de littérature, devenu persona non grata auprès des lecteurs du Figaro suite à ses articles critiquant l’intervention de la France au Maroc et la déposition du sultan, y crée dès 1953 son Bloc-notes. Jean Daniel rejoint rapidement l’équipe, suivi par Jean-Paul Sartre. André Malraux y est régulièrement interviewé. La saisie du numéro 54 en mai 54, juste après le désastre de Dien Bien Phu, pour empêcher la publication d’indiscrétions sur un voyage des généraux Ely et Salan aux USA, donnera à la diffusion de l’Express un coup de pouce appréciable ! Albert Camus le rejoint en 1955 pour son 2ème anniversaire qui le voit transformé en quotidien pour tenter de remettre en selle PMF, tombé en février après seulement 8 mois de gouvernement, grâce au scrutin proportionnel, dont on voit les inconvénients en Israël et que certains rêvent de ressusciter en France ! Mais c’est Guy Mollet qui est nommé et l’Express redevient rapidement hebdomadaire.

Lieutenant en Algérie

Lieutenant en Algérie

En 1956, – punition du ministre de la guerre Maurice Bourgès-Maunoury (X 35) contre ses éditoriaux hostiles à la guerre d’Algérie ou simple application de la loi ? -, JJ est appelé à servir en Algérie. Lui qui avait été breveté pilote de chasse, se retrouve à la tête d’une compagnie d’infanterie à Rivet, dans la Mitidja. Malgré ses préventions, il prend ses fonctions d’officier très sérieusement et en revient début 57 avec un livre qui met les pieds dans le plat en parlant de tortures et met en fureur le camarade Bourgès-Maunoury. Lieutenant en Algérie, publié d’abord en feuilleton dans l’Express, lui vaut une inculpation pour atteinte au moral de l’armée. Opposé aux méthodes du général Massu, le général Pâris de Bollardière, qui prend la défense de JJSS dans le Monde, écopera même de 60 JAR (jours d’arrêt de rigueur).

En juin 1958, un entretien de Jean Daniel avec Krim Belkacem, un chef du FLN, lui vaut aussi sec une saisie de l’Express par le camarade Pierre Guillaumat (X 28), ministre de la guerre et une rupture brutale avec André Malraux, devenu ministre de la Culture, suivie peu après de sa rupture en 1960 avec Sartre puis en 1961 avec Mauriac qui retourne au Figaro Littéraire, critiquant l’antigaullisme obsessionnel de JJ et n’hésitant pas à qualifier l’Express d’anticlérical, antimilitariste, anarchiste et érotique ! Il rompra aussi en 1963 avec PMF qui essayait de placer sa maitresse Marie-Claire de Fleurieu, fille de Robert Servan-Schreiber, à la présidence des Echos dans le cadre de la bagarre sanglante entre les Robert et les Emile au sujet du contrôle des Echos, qui sera finalement acquis par Pierre et Jacqueline Beytout, mettant fin bêtement à plus d’un demi-siècle de direction des Echos par la famille Servan-Schreiber.

Mais la politique le démange. Après avoir essayé d’être candidat du parti radical en 1956 à Paris, la dissolution de 1962, suite à la motion de censure relative au référendum sur l’élection du président au suffrage universel, va lui fournir une première occasion : il se présente à Yvetot, dans le pays de Caux (Seine Maritime), où se trouve la maison familiale de Veulettes, sans succès. Sur la base de bruits laissant entendre que de Gaulle va anticiper l’élection présidentielle prévue en 65, il tombe dans le piège et décide de mettre en orbite dès octobre 63 Gaston Defferre, député-maire de Marseille, et lance à cet effet avec Simon Nora et Olivier Chevrillon l’opération Monsieur X, qui fera long feu. Rien à voir avec notre chère Ecole !

En 1964, après l’échec d’un projet de fusion avec le groupe de Jean Prouvost (Paris Match…), JJ transforme avec succès l’Express en News magazine avec l’aide de son jeune frère Jean-Louis, qui créera en 1967 l’Expansion et reprendra en 1997 Psychologie Magazine. Il embauche Claude Imbert comme rédacteur en chef et de nombreuses jeunes femmes comme Christine Clerc, Michèle Manceaux ou Catherine Nay suivent la piste de Michèle Cotta qui explique dans ses mémoires avoir obtenu de nombreuses révélations de la part d’hommes politiques en jouant de son charme féminin. Très consciencieux, JJ s’occupait personnellement du recrutement : son épouse Sabine ne dit-elle pas dans ses mémoires qu’il les a toutes essayées !

Le défi américain

Le défi américain

Puis en 1967, c’est la sortie du Défi américain, résultat de ses réflexions sur le sursaut requis par la France et l’Europe pour faire face au dynamisme des USA. Paru simultanément dans 8 langues, ce livre a un énorme succès avec plus d’un million d’exemplaires vendus en un an mais aujourd’hui la réussite insolente des Amazon, Apple, Facebook, Google, Microsoft, Space X ou Tesla montre qu’il faudrait remettre l’ouvrage sur le métier…

En 1969, après le départ de de Gaulle suite à l’échec de son référendum sur la décentralisation, JJ appuie, bien que Pompidou soit mieux placé, la candidature d’Alain Poher, appuyé par le Parti radical valoisien qui, pour le remercier, lui confie les fonctions de secrétaire général. A l’automne 69, le congrès de Nantes est l’aboutissement d’une sorte d’OPA sur ce vieux parti sclérosé, à l’image de l’OPA, très appréciée par l’Express, que venait de lancer BSN sur Saint-Gobain. Cent jours après, comme annoncé, JJ sort le Manifeste radical qui sera publié peu après sous le titre de Ciel et terre et sera, comme le Défi, un grand succès de librairie et le mettra sur le devant de la scène médiatique avec, par exemple, un débat A armes égales avec Valéry Giscard d’Estaing (X 45) en mars 1970 sur la 1ère chaine ou une interview par George Herman dans Face the Nation sur CBS.

Conscient des risques d’interférence, pour éviter que la ligne éditoriale de l’Express puisse être influencée par ses actionnaires, il décide alors, avec l’aide d’Olivier Chevrillon, d’en modifier les statuts en prévoyant que le directeur, nommé par les actionnaires, soit accepté par les trois collèges des cadres, des journalistes et des employés. Sage réforme qui aurait pu éviter 6 semaines de grève au JDD en 2023 ! Pour la petite histoire, la cheville ouvrière de cette réforme, Olivier Chevrillon, quittera l’Express en 1972 avec Claude Imbert et Michèle Cotta pour créer le Point après une grave crise de management, qui le verra refuser de continuer à payer sans barguigner les dépenses personnelles que JJ facturait à l’Express depuis l’origine, un pognon de dingue dirait-on aujourd’hui…

 Député de Lorraine

Mais il lui faut un siège de député. Après avoir envisagé de se présenter à Grasse, il se présente en juin 1970 à Nancy contre le gaulliste Roger Souchal qui avait cru bon de démissionner pour protester contre le passage de l’autoroute de l’Est par Metz. Il sera élu avec 55 % des voix, après une campagne somptuaire appuyée par l’Est Républicain et financée nolens volens par l’Express, l’abus de bien social n’était pas loin… Ironie de l’histoire, il y aura bien une liaison Nancy-Langres mais l’autoroute de l’Est passera finalement par Metz et pas par Nancy !

Mais un siège, ça va, deux sièges, bonjour les dégâts ! Celui qui se fait appeler député de Lorraine et qui avait juré de ne s’occuper que de la Lorraine, montre vite son cœur d’artichaut : suite au décès du suppléant de Jacques Chaban-Delmas, une élection partielle va avoir lieu en septembre 70 à Bordeaux. Ce sera une simple formalité, Chaban, premier ministre, sera forcément réélu. N’écoutant pas ses amis, JJ décide de se présenter contre Chaban ! Montrant son indépendance par rapport à son actionnaire, l’Express ne ménage pas ses critiques. Peine perdue, ce sera la Berezina ! Chaban sera réélu au premier tour avec 63,5 % des voix contre 16,6 % à JJ.

Malgré cette claque, JJ rebondit et se fait nommer au congrès de Suresnes en octobre 71 président du Parti radical en défendant une alliance centriste avec Lecanuet et Giscard contre Maurice Faure partisan de l’union avec le PS et le PCF. Dans la foulée, il crée le Mouvement réformateur avec Jean Lecanuet, entrainant le départ des Fauristes qui créent le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) et le dépérissement du parti radical.

Après la mort de Georges Pompidou en avril 74, JJ envisage de se présenter à l’élection présidentielle mais préfère sagement s’allier avec Giscard, comme le fait Chirac, pour barrer la route à Chaban et éviter l’élection de Mitterrand. Ce ne sera que partie remise, grâce à la trahison de Chirac en 81…

Ephèmère ministre

JJ ne sera pas premier ministre, poste que Giscard confie à Chirac mais il aura un poste créé spécialement pour lui : ministre des Réformes. Il aura un beau ministère rue de Varenne et René Mayer (X 47) sera son directeur de cabinet. Mais le 7 juin, parait au JO un décret annonçant la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique, contre lesquels JJ multipliait les articles dans l’Express depuis des mois. JJ ne peut s’empêcher de critiquer publiquement l’auteur de cette décision, Jacques Soufflet, ministre de la défense. Résultat : nommé le 28 mai, il est démis de ses fonctions le 9 juin. Ministre 13 jours, pas un record pour le Guinness, loin de Léon Schwartzenberg ou de Thomas Thévenoud, partis après 9 jours !

JJ reste néanmoins proche de Giscard et le conseille avec Michel Pinton (X 68) pour la création de l’UDF en vue de faire pièce au RPR que Chirac a créé après avoir quitté brutalement Matignon en 1976. Peu après, il décide de vendre ses actions de l’Express à Jimmy Goldsmith, flamboyant homme d’affaires britannique et il est battu en Lorraine aux législatives de 1978.

Le défi mondial

En 1979, JJ, qui croit toujours à son étoile, quitte l’UDF pour créer une liste Emploi Egalité Europe qui aura moins de 2 % aux Européennes ! Il sort en 1980 Le défi mondial qui aura un succès d’estime bien inférieur au Défi américain et crée en 1982, avec l’appui de François Mitterrand, le Centre mondial Informatique et Ressources humaines qui disposera d’un important budget pour initier les jeunes à l’informatique et aura une action très foisonnante mais, comme l’Institut Auguste Comte, liquidé par Mitterrand en 1981, il sera liquidé au bout de 4 ans au profit du nouveau plan Informatique pour tous.

JJ part alors pour Pittsburgh où il a été nommé président du comité international de l’Université Carnegie-Mellon, avec ses 4 fils qui suivront tous des brillantes études dans cette université. Revenu en France, il est malheureusement victime d’une maladie neurologique qui diminue progressivement ses capacités intellectuelles et s’éteint en 2006 à Fécamp.

Celui qui voulait tout changer

JJSS avait épousé Madeleine Chapsal en 1947, Georges Bidault étant témoin. Séducteur impénitent, après une liaison orageuse avec Françoise Giroud, il a épousé en 1960 Sabine Becq de Fouquières qui lui donnera 4 fils : David, filleul du général de Bollardière, neuropsychiatre, mort prématurément en 2011, Emile, filleul de Gaston Defferre, cogniticien et journaliste, Franklin, ingénieur électrique et journaliste, et Edouard, filleul de Madette Balick, mathématicien. Quatre garçons brillants, dont les œuvres écrites rappellent que Schreiber signifie scribe. Il y a d’ailleurs peu de Servan-Schreiber qui n’ont pas sacrifié au démon de l’écriture, depuis les fondateurs des Echos jusqu’à mes petites-cousines Catherine et Sylvie Servan-Schreiber. Bon sang ne saurait mentir !

Allée JJSS à Paris 16ème

Madeleine Chapsal, qui s’est occupée d’élever ses enfants, lui a consacré un livre en 2004 : L’homme de ma vie. Jean Bothorel a écrit sa biographie en 2005 : Celui qui voulait tout changer, les années JJSS, qui a fait l’objet d’une recension par Louis-Aimé de Fouquières (X 77, frère de Sabine) dans la Jaune et la Rouge de mai 2005. Il a écrit de nombreux livres dont Lieutenant en Algérie (1957), Le défi américain (1967), Le manifeste radical (1970), Le défi mondial (1981), Le choix des juifs (1988) et deux livres de mémoires : Passions (1991), et Les fossoyeurs (1993). Lors de son décès en 2006, de nombreuses personnalités lui ont rendu hommage dont Valéry Giscard d’Estaing, Robert Badinter ou Samuel Pisar. Son nom a été donné en 2016 à une partie de la contre-allée de l’avenue du président Wilson (Paris 16ème).

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut