Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #27 : des écrivains !

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Ce numéro spécial est consacré à une catégorie de polytechniciens Xtraordinaires : ceux qui écrivent et, accessoirement, ceux qui les éditent.

La SABIX (Société des amis du musée, de la bibliothèque et de l’histoire de l’École Polytechnique) organise un

Salon des auteurs et éditeurs polytechniciens

samedi 25 novembre de 13h30 à 18h00

à la mairie du 6ème arrondissement, place St Sulpice

Plus de 70 auteurs et 7 éditeurs y présenteront leurs ouvrages, de Gérard Araud (X 73) à Michel Villaz (X 63), en passant par René Coulomb (X 51), Florian Coupé (X 06), Bernard Esambert (X 54), Philippe d’Iribarne (X 55), François Mayer (X 45), Alexandre Moatti (X 78), Jean Peyrelevade (X 58) et beaucoup d’autres.

Hubert Lévy-Lambert (X 53), créateur de X.Magnan décennal, vice-président de la Sabix

PS Pour la petite histoire, j’avais organisé, avec une équipe de représentants des promos en 3, le premier salon du livre polytechnicien dans le cadre du premier magnan décennal en mai 2013 à Palaiseau et sur la Montagne Sainte-Geneviève. Un deuxième salon l’avait suivi en 2014 et un troisième en 2015 avant que l’AX prenne les grands magnans en charge et les enterre sans autre forme de procès. Je crois savoir que Loïc Rocard (X 91), le nouveau président de l’AX entend les remettre en chantier. Qu’on se le dise…

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #26

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Michel Arnaud à Nathalie Stubler, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Michel Arnaud (X 48), urbaniste

Une fois n’est pas coutume, ce portrait a été écrit par un tiers, Michel Gérard (55) que je remercie vivement.

Né en 1929, Michel entre à l’X en 1948 et en sort dans le corps de Ponts où il a un parcours atypique : architecte DPLG et urbaniste international. Il est reconnu par le milieu “urbaniste” français, et notamment par ceux qui ont exercé ce métier dans les pays dits “en développement”, comme un précurseur et un formateur remarquable dans les domaines de l’aménagement urbain et territorial. Doué d’un sens de l’observation fantastique, il perçoit les “lois des villes” comme nul autre et s’efforce toujours, à l’inverse des nombreux et désastreux démiurges que compte la profession, de les utiliser à la façon du judoka pour obtenir les résultats souhaités. Il a aidé le CNES à planifier le centre de Kourou en prévoyant, contre l’opinion dominante à l’époque, que ce centre attirerait immanquablement des travailleurs du Brésil, du Surinam et d’ailleurs. Il a convaincu !

Chargé de la création d’Arlitte (Niger), il a su y éviter les maladies classiques de ces créations ex nihilo où les industriels jouent les dames patronnesses. Les difficultés des 20 dernières années dues aux incursions de Boko Haram ne peuvent faire oublier que les passagers à Arlitte y admirent tous une ville africaine parfaitement ordonnée que la SOMAÏR, l’entreprise minière de l’uranium, présentait, il y a 25 ans, comme n’ayant jamais connu d’urbaniste (perte de mémoire curieuse, mais élogieuse pour celui qui s’est fait oublier).  

A 94 ans, il continue à travailler, soucieux de transmettre son message réaliste dans un monde qui a mis presque 70 ans à se rendre compte de réalités qu’il avait perçues et enseignées dès les années 50 (croissance des métropoles, migrations nationales des campagnes vers les villes, migrations continentales et intercontinentales) et d’en tirer des conclusions pratiques et opérationnelles dans la gouvernance et la planification urbaine et territoriale. Longue vie, cher Michel !

  • Georges Besse (X 48), industriel
Georges Besse

Né en 1927 à Clermont-Ferrand d’un père poseur de lignes aux PTT, Georges fait ses études à Clermont-Ferrand et entre en 1948 à l’X où sa forte carrure en fait un membre éminent de l’équipe de rugby. Sorti dans le corps des Mines, il est embauché au CEA par Pierre Guillaumat (X 28) qui a décelé immédiatement ses capacités de meneur d’hommes. Nommé en 1958 directeur général de la société USSI créée pour développer des méthodes d’enrichissement de l’uranium, il livre en 1964 l’usine de Pierrelatte qui sera baptisée après sa mort usine Georges Besse. Georges est alors embauché par Richard Baumgartner (X 22) pour être président d’Alcatel qui fusionne bientôt avec CIT. En 1972, il devient DG d’Eurodif puis en 1976 DG de la Cogema, deux sociétés créées à l’initiative d’André Giraud (X 44). Sollicité par Pierre Dreyfus, il quitte le nucléaire en 1982 pour être nommé PDG de PUK (Péchiney-Ugine-Kuhlmann) qui état en grande difficulté et qu’il réussit à redresser rapidement, à tel point que le gouvernement le nomme en 1985 PDG de Renault qui accusait d’énormes pertes. Il est hélas assassiné le 17 novembre 1986, à 58 ans, en bas de chez lui par 2 femmes terroristes d’Action directe, condamnées à perpétuité mais libérées depuis longtemps…

Christian Marbach (X 56) a écrit une notice sur Georges dans la Jaune et la Rouge d’octobre 2011, un colloque a été organisé en novembre 2011 à l’Ecole des mines à sa mémoire et le Bulletin Sabix 49 de 2011 lui est consacré, avec des articles par Alexandre Moatti (X 78), Christian Marbach (X 56), François de Wissocq (X 53), qui lui succéda à la présidence de Cogema, Jacques Lesourne (X 48) et Raymond H Lévy (X 46), qui lui succéda chez Renault après son assassinat.

Brutalement veuve avec 5 enfants, sa courageuse épouse Françoise a créé en 1987 la Fondation Georges Besse pour soutenir des élèves à haut potentiel engagés dans des filières scientifiques et scolarisés en France, qui souhaitent devenir ingénieur malgré leurs difficultés matérielles.  Présidée par Claude Imauven (X 77), la Fondation a déjà attribué plus de 7 M€ de bourses à 774 lauréats et vient d’accueillir les 27 lauréats de 2023 avec un discours de Salim Eddé (X 78), fondateur de la société de logiciels financiers Murex et du musée de minéralogie de Beyrouth (Mim).

  • Jérôme Cerisier (X 92), visionnaire
Jérôme Cerisier

Jérôme entre à l’X en 1992 et en sort dans l’Armement qui l’envoie se former à Supaéro. Après 4 ans à la DGA (direction générale de l’Armement), Jérôme pantoufle chez Kearney en 2001 puis complète sa formation en allant à l’Insead en 2005. Il passe ensuite 10 ans chez Zodiac Aerospace à Elbeuf puis à Plaisir, pour s’occuper d’élastomères, d’oxygène puis d’équipement de cockpit. Il devient en 2016 PDG de Photonis. Cette société est détenue par le fonds HLD, créé par Jean-Bernard Lafonta (X 80) qui l’a acquise en 2021 auprès du fonds Ardian, créé par Dominique Sénéquier (X 72).

Leader mondial de la détection et de l’imagerie, Photonis, rebaptisée Exosens, a entrepris sous la houlette de Jérôme Cerisier de réduire la part de son chiffre d’affaires fait avec la Défense, qui était de 72 %, en se diversifiant vers les sciences de la vie, du contrôle industriel et du nucléaire avec des acquisitions tous azimuts comme le grenoblois DeviceALab, le canadien Telops, l’allemand Proxivision, le belge Xenics ou l’israélien El-Mul. Bravo Jérôme, continue !

  • André Dewavrin (X 32), résistant
André Dewavrin, le Colonel Passy

Né en 1911 dans une famille d’industriels, André fait sa prépa à Stanislas puis à Louis le Grand. Il entre à l’X en 32 et en sort dans le Génie qui l’envoie en appli à Versailles.

Nommé ensuite à Grenoble puis à Saint-Cyr, il participe comme capitaine en 1940 à la malheureuse expédition de Narvik (Norvège), destinée à couper aux nazis la route du fer. Il part ensuite à Londres où le général de Gaulle le charge, sous le pseudonyme de Passy, de monter un service de renseignements qui deviendra le BCRA (Bureau central de renseignements et d’action). Il fait une mission importante en France en 1943 avec Pierre Brossolette puis à Alger pour créer la DGSS (Direction générale des services secrets) qu’il quitte en février 44 pour devenir chef d’état-major du général Koenig. Il contribue à la libération de Paimpol en août 44, ce qui lui vaut l’honneur d’être l’un des 33 polytechniciens Compagnons de la Libération. A la Libération, il succède à Jacques Soustelle à la tête de la DGER (Direction générale des études et recherches) qu’il transforme en SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage). Après le départ de de Gaulle en 1946, il est accusé de détournement de fonds et de liens avec la Cagoule et passe 4 mois en prison préventive, ce que de Gaulle jugera infâme. Lavé de tout soupçon, il passe dans l’industrie privée mais n’aura pas la carrière que ses brillants états de service auraient pu lui faire espérer.

Nommé grand-croix de la Légion d’honneur peu avant sa mort en 1998, André a fait l’objet d’une belle notice dans la Jaune et la Rouge de février 2000. Il était le père de Daniel Dewavrin (X 58), président de l’AX de 2006 à 2010, qui a eu lui aussi injustement maille à partir avec la justice à propos des millions donnés en liquide par l’UIMM à la CGT, destinés à « fluidifier » les relations sociales.

André a écrit ses souvenirs en 3 tomes (deuxième bureau, Londres ; Duke Street, Londres ; Missions secrètes en France) .Sébastien Albertelli vient d’écrire un livre sur lui : Le Colonel Passy, le maitre-espion du général de Gaulle (Tallandier, 585 p).

  • Alexandre Lebrun (X 94), nablateur
Alexandre Lebrun

Alexandre entre à l’X en 1994. Il y participe au ski club et au binet robot et en sort dans les Télécom qui l’envoient passer 6 mois en Chine et autant à Taïwan. Il passe ensuite 2 ans chez KDS où il s’occupe de réservations de voyage, il crée en 2002 la société VirtuOz à Paris, lève 2 M$ en 2005, la transfère à San Francisco et lève 12 M$ en 2008 pour en faire le leader mondial des agents virtuels intelligents. Il la vend en 2012 à Nuance (achetée depuis par Microsoft), où il reste quelques mois avant de créer Asiance en 2004 à Séoul avec Kim Bosun et Olivier Mouroux. Revenu à San Francisco, il crée en 2013 Wit.ai, une plateforme d’IA qui permet aux développeurs de créer facilement une interface conversationnelle de type Siri pour leur application ou leur appareil, qu’il revend 2 ans après à Facebook à Menlo Park (Ca) où il reste 4 ans au FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research),avant de revenir à Paris pour créer Nabla en 2018.

Utilisant GPT 3 de Open AI, cette nouvelle pépite de l’IA générative facilite le travail des médecins grâce à son outil Nabla Copilot qui, pour 69 € par mois, les débarrasse de beaucoup de tâches administratives, comme la rédaction de comptes-rendus de consultations ou des ordonnances. Nabla a levé 17 M€ depuis sa création, notamment auprès de Xavier Niel et de François Pinault. Bien qu’installé à Paris, Nabla n’a pas encore percé en France mais son avenir est assuré grâce à un méga-contrat qui vient d’être conclu avec le groupe médical américain Kaiser Permanente qui mettra Copilot à la disposition de ses 10.000 médecins dans 39 hôpitaux et 600 centres de soins.

Avec Martin Raison (X 94), Alexandre  fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Bravo, Alexandre le Grand !

  • Nathalie Stubler (X 87), aviatrice
Nathalie Stubler

Nathalie Stubler née Rault est fille de 2 ingénieurs. Fana d’aviation, tout en pratiquant la voile en famille, elle obtient sa licence de pilote privé sur Cessna 150 à Toussus-le-Noble pendant ses études. Elle entre à l’X en 1987, un an après son époux Jérôme (X 86). Après l’X, elle fait une formation complémentaire à, l’Ecole des Ponts dont elle sort ingénieur civil. Après un service effectué naturellement dans l’armée de l’air, elle intègre la Direction de la stratégie d’Air Inter en 1992, à une époque où on pouvait encore prendre l’avion sans être déconsidéré par les écolos. Après l’absorption d’Air Inter par Air France en 1997, elle devient responsable des vols longs courrier d’Air France, devenu Air France KLM en 2003, avant de s’occuper de la stratégie du groupe, de sa politique tarifaire puis du développement durable. En 2014, le Pdg Alexandre de Juniac (X 81) la prend comme directrice de cabinet. En 2016, elle est nommée Pdg de Transavia France, filiale « low cost » d’Air France, à laquelle elle donne littéralement des ailes.

Début 2023, Nathalie quitte Transavia pour devenir conseillère spéciale sur la stratégie de décarbonation du groupe Air France KLM avant de s’envoler vers d’autres horizons, après 30 ans de bons et loyaux services dans le groupe Air France : elle entre chez l’équipementier Safran comme directrice du développement durable. Nous lui souhaitons une carrière fructueuse et durable 🙂

Nathalie est membre du conseil d’administration de l’Ecole des ponts depuis 2018. Elle est mariée et mère de 3 enfants.

Actualité

Une nuit au Mus’X : Les polytechniciens et l’exploration spatiale. Cliquez ici pour revoir cette première édition de l’émission Une nuit au Mus’X organisée le 14 octobre par par le Mus’X sur le thème du spatial avec le binet AstronautiX, l’association spatiale étudiante de l’X. Il y est question d’astronomie, d’exploration spatiale robotisée et de projets spatiaux étudiants. NB Il faut un peu de patience car les 16 premières minutes correspondent à la période d’attente de 19h45 à 20h – heure de début officielle de l’émission.

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Petits papiers : après Sébastien Bohler (X 92, ma lettre de juin) et Pascale Sourisse (X 81, ma lettre d’avril), les heureux élus à paraitre dans le numéro d’octobre de la Jaune et la Rouge sont Isabelle Panet (X 97, ma lettre de juillet) et les jumeaux Desjardins (X 08, ma lettre d’août).

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  • Bruno Angles (X 84), directeur général d’AG2R La Mondiale, ancien président de l’AX, vient d’être distingué à l’occasion du classement « Europe Awards 2023 » publié par CEO Today Magazine. Il figure également dans le Top 3 européen des lauréats (Featured Winners) parmi 22 dirigeants.
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Gérard Araud (X 73), commente pour le Point la situation en Israël, où il a été ambassadeur (ma lettre de mars 22) : « … Une religion plusieurs fois millénaire, une histoire infiniment tragique qui a culminé dans l’horreur absolue, la renaissance d’un État après dix-huit siècles au prix de multiples guerres dans une région longtemps unanimement hostile, la création d’une nation à partir de diasporas des quatre coins du monde et j’en oublie… Israël, c’est d’abord une expérience unique… … Ce que cherchait le Hamas, c’est de commettre des atrocités qui rendent tout compromis inacceptable. Je crains qu’il n’ait réussi…

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Etienne Chenevier (X 76) a donné un récital de piano avec des sonates de Schubert et de Chopin le 19 octobre salle Cortot, 78 rue Cardinet. Fils de Jean Chenevier (X 37), frère de François (X 64) et Philippe (X 67) et oncle de Thierry (X 88), Thomas (X 93) et Quentin (X 06), Etienne a commencé sa carrière au ministère de l’industrie avant de rejoindre Air Liquide puis de devenir Directeur Asie-Pacifique de Luzenac. Il est maintenant directeur Asie de Citystar, société d’investissement créée par Jean-Louis Charon (X 76). Cliquez ici pour plus de détails.

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René Coulomb (X 51) a préfacé le Journal de la libération de Paris, écrit en août-septembre 1944 par son père Jean, géophysicien, membre de l’Institut, né à Blida en 1904, mort à Paris en 1999. Nous y est décrite, dans un style haletant, une période troublée, pleine d’espoir et de craintes, où il était difficile de s’approvisionner pour survivre, où l’on risquait sa vie tous les jours, où les gens – résistants, collabos, occupants allemands, simples passants et libérateurs français et alliés – montraient leur vraie nature et leurs réflexes face à des situations souvent imprévues. Isidore Editions, 2023, 72 p.

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Vincent Laflèche (X 81), directeur de l’Ecole des Mines, qui a quitté Paris-Tech pour se rattacher à Paris Sciences et Lettres (PSL), se félicite que son école soit, grâce à son épreuve de culture générale, numéro 2 au classement des écoles d’ingénieurs du Figaro Etudiant du 16 octobre avec une note globale de 17,7 sur 20 derrière l’X, numéro un avec 19 !

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Hervé Le Bras (X 63) vient de sortir un nouveau livre : La réforme des retraites expliquée au gouvernement (Flammarion, septembre 23). Il y montre la cohérence des événements qui se sont précipités dans un mélange de machiavélisme amateur, d’incompétence arrogante, de calcul et de faiblesse pour aboutir à une réforme inefficace et coûteuse. Auteur de nombreux livres depuis Immigration positive (2006), où il démontre que l’immigration est une chance pour la France, jusqu’à Serons-nous submergés ? (2020), où il conteste la notion de grand remplacement, Hervé se dit plus compétent que Macron en matière de retraites, ce qui n’est pas difficile. Il se dit aussi élève de Sauvy (X 20 S, ma lettre de janvier 23), dont on regrette de ne plus entendre la voix irremplaçable.

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Arthur Mensch (X 11), DG de Mistral AI (ma lettre de juin 23), vient de sortir Mistral 7B, un modèle de langage qui, contrairement aux modèles propriétaires des mastodontes du marché, comme OpenAI, est en open source pour pouvoir être utilisé par des développeurs.

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Bertrand Meunier (X 77), PDG d’Atos depuis 2019, qui avait sauvé sa peau lors de l’AG du 28 juin 2023, avec le rejet des 4 résolutions de Sycomore, actionnaire activiste, tendant à le renverser, a finalement jeté l’éponge, face aux contestations liées à son projet de scission d’Atos et de vente de l’infogérance à Daniel Kretinski. Il est remplacé par Jean-Pierre Mustier (X 81). Nous lui souhaitons de réussir à redresser Atos.

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Thierry de Montbrial

Thierry de Montbrial (X 63, ma lettre de mars 22) présentait le 19 septembre la 42ème édition du rapport de l’IFRI. Cet ouvrage intitulé Ramsès 2024, un monde à refaire offre une traversée de la planète des crises, des acteurs et de leurs stratégies (Europe, USA, Chine, Moyen Orient, Afrique). Une brillante introduction de TdM identifie 3 enjeux majeurs : Ce que nous dit la guerre d’Ukraine, qui bouleverse les équilibres internes et institutionnels du continent européen – Inde, l’émergence inconnue : peut-être incarne-t-elle le monde nouveau ?  – Ebauches d’un nouveau monde : autour de quels grands facteurs se restructurera le monde demain ?

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Luc Ravel

Mgr Luc Ravel (X 77, ma lettre de juin 22), élu en novembre dernier à l’Académie des Sciences morales et politiques à la place de Jean Cluzel, vient d’y être reçu le 2 octobre par François d’Orcival. Pour rappeler l’école dont est sorti le nouvel élu, la cérémonie a été égayée par un intermède musical : l’Ode à Vaneau, chanté, comme il se doit, par la chorale de l’X dirigée par Me Patrice Holiner.

Courrier des lecteurs

  • Bonjour Hubert et merci pour cette initiative dont je suis heureux du succès qu’elle rencontre. Puisque tu sollicites des suggestions, je voudrais te signaler un de mes camarades de promotion, Marcel Cassou, pour qui j’ai autant d’amitié que d’admiration et … qui mérite de figurer dans le panthéon des X hors du commun.… Philippe Bonnamy (X 61). Merci . Je le mets dans ma liste d’attente. HLL
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  • Cher Fondateur du groupe X-Démographie, hélas en déshérence (tout à fait d’accord). Oui il y aurait bien intérêt à le revivifier. Mais ayant été mêlé quelque temps à la rédaction de J&R, j’ai souvenir que chaque fois que la démographie a fait l’objet d’un numéro de notre Revue, tout le Landerneau X et non-X s’est ému. N’étions-nous pas des soutiens du Front National ? Le Président de l’AX de l’époque a même fait rééditer un n° pour supprimer un article à cause d’une insinuation malveillante de “Libé”. PS Merci à nouveau pour ces bio express. Je soutiens l’idée émise par un camarade de Grimond(X 46)… Michel Gérard (X 55). C’est exact : j’avais obtenu de Jacques Lesourne (X 48) qu’il préside X Démographie et, au dernier moment, il a renoncé à cause de l’emprise supposée du FN. Pour Grimond, ce sera pour bientôt. HLL
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  • Cher camarade Lévy-Lambert, je te suggère pour ta prochaine moisson de l’accompagner d’un dictionnaire de façon à rendre compréhensible des paragraphes tels que : « Parmi les initiatives remarquables de Hugging face, on peut citer la création des librairies open source comme transformers ou datasets, et surtout le développement d’une plateforme collaborative appelée le Hub qui est un service similaire à GitHub mais spécifique pour l’IA. » Le français reste la langue de la République et donc de l’X, non ? « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots (français) pour le dire arrivent aisément » Non ? amicalement. J.-P. Guitton (X 61). Tu as tout à fait raison. Mais il se trouve que ce paragraphe a été ajouté par Chaumond lui-même, à qui j’avais soumis mon projet à l’avance, comme Berry me l’avait suggéré ! HLL
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  • Un grand merci pour ce joli texte.
    Respectueuses amitiés polytechniciennes, Sarah Lamaison (X 12). Tu vas avoir droit à la publication de ton portrait dans mes Petits Papiers de la Jaune et la Rouge de novembre ! HLL
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  • Cher camarade, Je viens de lire tes brefs portraits de certains de nos camarades.
  • En ce qui concerne Alexei Grinbaum, j’ai publié en 2014 dans la J&R une recension de son ouvrage Mécanique des étreintes. A propos d’autres Russes tu pourrais être intéressé par Alena Fargere. Par ailleurs, une petite remarque au sujet de la cérémonie sur Poincaré. Kees van der Beek et Directeur de la Recherche (et non Recherche et Enseignement), Laura Fioni Directrice de l’Enseignement, Dominique Rossin est leur patron (Directeur de la Recherche et de l’Enseignement). (à remarquer donc l’internationalisation : un néerlandais et une italienne). Amicalement. François Xavier MARTIN (X 63). Merci, j’ai complété pour Mécanique des Etreintes et rectifié pour KvdB. HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Israël

PS Je remercie les nombreux lecteurs qui m’ont adressé un message de sympathie à la suite de ma lettre sur Israël, pays extraordinaire et qui n’ont pas été dupes de la machination médiatique du Hamas tendant à faire croire à une bombe israélienne sur un hôpital de Gaza. Je recommande aussi les remarquables analyses de la situation par Xavier Bertrand (France Info) et par Abnousse Shalmani (LCI) et par Franz-Olivier Giesbert (Le Point) et l’article de Lyn Julius (MENA) qui rappelle les nombreux pogroms subis par les juifs dans le monde arabe au cours des siècles.

Portrait d’un pays Xtraordinaire

Chers camarades, chers amis lecteurs de mes portraits,

Je n’ai pas l’habitude de faire le portrait d’un pays. Mais, aujourd’hui, je ne peux rester passif face à l’horreur absolue des événements qui se sont déroulés samedi dernier en Israël, pays extraordinaire, cher à mon coeur de juif Français.

Israël a été attaqué il y a une semaine avec une brutalité, une cruauté et une barbarie qu’on n’avait pas vues depuis les exactions de l’état islamique. Certains ont comparé cette opération à la guerre du Kippour où Israël avait été attaqué sans préavis par plusieurs pays arabes, voire à Pearl Harbour ou au 11 septembre.

Le nombre d’israéliens civils assassinés dans la seule journée de samedi 7 octobre est le plus élevé parmi tous les jours des conflits, guerres et attentats ayant ensanglanté l’État d’Israël depuis sa création. Ces exactions rappellent d’horribles périodes de l’histoire où les pogroms et massacres en masse de juifs étaient fréquents, depuis les Croisades et l’Inquisition jusqu’à la Shoah.

Alors que les nazis avaient tenté de dissimuler et de nier leurs crimes contre l’humanité, leurs successeurs d’aujourd’hui publient sur les réseaux sociaux leurs exactions d’une barbarie inouïe qui dépassent l’entendement et tout ce que l’on a pu connaître : massacre systématique de centaines de jeunes assistant à une fête dans le désert, exécutions systématiques de centaines de familles de plusieurs kibboutz (femmes, enfants, vieillards sans distinction), dont plusieurs ont été brûlées, décapitations en série y compris d’enfants, massacres de femmes enceintes qui ont été éventrées et leur embryon déchiqueté, viols en série, kidnapping d’au moins 100 personnes, dont des bébés, des enfants, des femmes et des vieillards.

Des personnalités habituellement promptes à signer des pétitions et à défendre toutes sortes de victimes se sont honteusement tues. D’autres ont affiché implicitement si ce n’est explicitement leur soutien aux barbares. Dans les rues de plusieurs pays, des habitants ont manifesté et se sont réjouis à l’annonce de ces massacres. 

Certains ont voulu expliquer ce déchainement de haine par la situation de Gaza, qualifiée de prison à ciel ouvert, oubliant qu’Israël a quitté Gaza en 2005 et que la pauvreté qui y règne résulte de la politique agressive du Hamas qui en a pris le contrôle en 2007 et utilise les milliards que leurs « frères » arabes, l’ONU, l’Union européenne lui versent chaque année sans trop vérifier l’usage qui en est fait. Si le Hamas avait préféré, comme disent les économistes, privilégier le beurre plutôt que les canons, Gaza serait l’équivalent moyen-oriental de Singapour qui, comme Gaza, a une faible surface, une forte densité de population et une absence de ressources naturelles !

Une bonne cinquantaine de polytechniciens résident en Israël. Certains ne sont pas israéliens voire même ne sont pas juifs. Ils ont tous vécu la sidération puis la tristesse de ces derniers jours. Dans un petit pays comme Israël, une partie d’entre eux connaissent personnellement des victimes. Les plus jeunes d’entre eux ont été mobilisés pour une guerre contre le terrorisme qui sera longue et périlleuse. Les plus anciens ont vu leurs enfants ou leurs petits-enfants mobilisés.

Le groupe X Israël, que j’ai créé en 1994 pour célébrer là-bas le bicentenaire de l’X, a souhaité que la communauté polytechnicienne puisse exprimer sa solidarité avec nos camarades en Israël. Une adresse mail a été créée à cette fin : solidarite@x-israel.polytechnique.org.

Comme lors des attentats de Charlie, de Montrouge, de l’Hyper Cacher, de Nice, du Bataclan ou du lâche assassinat des professeurs Samuel Paty et Dominique Bernard par des terroristes tchètchènes, il est important de ne pas se taire et de réagir face à cette horreur absolue, cette antithèse de l’humanité et des valeurs que nous partageons. Nous devons tous nous sentir concernés et l’exprimer de la façon dont il conviendra à chacun.

Vous trouverez en annexe un choix de sources d’information sur Israël et un choix d’organismes pour aider les victimes et les secours.

Je remercie tous ceux qui marqueront leur condamnation de cette barbarie et leur soutien, que ce soit par leur pensée, leur message, par un don, même symbolique, ou en relayant ce message.

Bon dimanche et n’oubliez pas qu’après le samedi vient le dimanche…

Hubert Lévy-Lambert X 53, fondateur de X Israël

Annexe

1) Sources fournissant des informations sur Israël qu’on ne trouve en général pas dans la presse française :

https://israel247.org/

https://www.desinfos.com/

https://www.i24news.tv/fr

https://fr.timesofisrael.com/

https://infoequitable.org/

https://infos-israel.news/

https://israelmagazine.co.il/

https://israelvalley.com/

La chaîne i24 News est disponible en français sur l’application Molotov ou sur la TV des opérateurs internet.

2) Organismes pour aider les victimes en Israël et pour approvisionner le pays en équipements de secours vitaux :

Fondation France Israël

Maguen David Adom France

Hadassah France

Zaka France

Association France Israël

Keren Hayessod France

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #24

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Julien Chaumond à Nicolas Truelle en passant par Philippe Jost et d’autres, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Julien Chaumond (X 03), hugger
Julien Chaumond

Entré à l’X en 2003, Julien en sort dans les Télécom qui l’envoient faire de la recherche sur les bases de données à Stanford, où il rencontre un des fondateurs de youtube. En 2013, il quitte les Telecom pour co-créer Glose à New York. De retour à Paris, il passe un an chez Stupeflix une start-up qui est acquise par Gopro. Après quelques mois au Ministère des finances, il se met à son compte en créant avec Clément Delangue et Thomas Wolf (X 03) Hugging Face, une plate-forme d’IA initialement destinée aux ados (d’où son nom et son logo) et développant maintenant des outils open source sur laquelle la communauté d’apprentissage automatique (machine learning) collabore sur des modèles, des jeux de données et des applications.

Parmi les initiatives remarquables de Hugging face, on peut citer la création des librairies open source comme transformers ou datasets, et surtout le développement d’une plateforme collaborative appelée le Hub qui est un service similaire à GitHub mais spécifique pour l’IA.

Après avoir levé 40 M$ en 2021 et 100 M$ en 2022, Hugging face récidive en levant 235 M$ en 2023 auprès d’un impressionnant tour de table d’acteurs clés de l’IA comme Amazon, Google, Intel ou Nvidia, ce qui la valorise autour de 4,5 G$. Ouverte et agnostique contrairement à son concurrent Open AI, Hugging face a des clients prestigieux comme Meta, Pfizer ou Renault. Avec près de 200 salariés, moitié à New York, moitié à Paris, Julien montre que la vieille Europe a encore quelques atouts sur le plan intellectuel ! Bravo Julien, continue !!

  • Alexei Grinbaum (X 99), philosophe
Alexei Grinbaum

Né en 1978 à St Pétersbourg, alors appelée Léningrad, fils d’Oleg Greenbaum, docteur en philologie, Alexei fait ses études secondaires au célèbre lycée 239 et commence sa formation universitaire au SPbGU (Санкт-Петербургский Государственный Университет). Il entre à l’X en 1999 pour y faire des études avec la promo 97, en tant qu’auditeur du Programme international et soutient sa thèse de doctorat en philosophie des sciences au Centre de recherche en épistémologie appliquée de l’X en 2004. La même année, il obtient une maîtrise au Département de physique des hautes énergies et des particules élémentaires de l’Université de St Pétersbourg !

Après une formation complémentaire au CNRS Nancy, il entre au CEA en 2006 comme directeur de recherche. Il est depuis peu président de son Comité opérationnel pilote d’éthique du numérique et co-rapporteur pour les avis sur les questions éthiques de l’IA générative et des agents conversationnels.

Physicien et philosophe, Alexei donne depuis des années des cours sur les questions éthiques liées aux nouvelles technologies liées à la mécanique quantique, nanotechnologies, intelligence artificielle et robotique, à l’ENSTA (2008-20), à l’université d’Evry (2015-19) et à l’INRIA (2017-21), à Pasteur (2016-22) ainsi qu’à Centrale (depuis 2017), Paris-Diderot (depuis 2019) et plus récemment Sciences Po, Dauphine et Cachan. Il est également membre du CNPEN (comité national pilote d’éthique du numérique) et expert à la Commission européenne.

Alexei a écrit de nombreux articles et plusieurs ouvrages qui sont tout à fait d’actualité, dont Mécanique des étreintes : intrication quantique (2014, la Jaune et la Rouge de septembre 2014), Les robots et le mal (2019) et, tout récemment, suite au succès de ChatGpt, Parole de machines, dialoguer avec une IA (2023). On aimerait avoir son avis sur son compatriote Igor Bredev, dont le hasard nous a conduit à parler plus bas (cf infra) ?

  • Philippe Jost (X 80), reconstructeur
Philippe Jost (c) Romaric Toussaint

Né en 1960 de parents professeurs d’allemand et de lettres classiques, Philippe entre à l’X en 1980 et en sort dans l’Armement. A sa sortie de l’X, en plus de l’Ecole nationale supérieure des techniques avancées (ENSTA), mû sans doute par un sentiment de prédestination, il passe 3 ans à l’Ecole du Louvre avant d’entrer à la direction générale de l’Armement (DGA) en 1985. Il passe en 1995 à la division force nucléaire de l’état-major des armées. Après une formation complémentaire à la Harvard Kennedy School of Government suivie d’une année au Centre des hautes études de l’Armement en 1998, Philippe est nommé en 1999 sous-directeur de la politique d’exportation de la DGA puis sous-directeur des affaires industrielles en 2001. En 2005, il est nommé chef du service des affaires industrielles et de l’intelligence économique et, en 2006, directeur des plans, du budget et de la gestion de la DGA. A partir de 2013, Philippe quitte la DGA pour enseigner les mathématiques.

Après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019, dont beaucoup de gens peinent à croire qu’il s’agit vraiment d’un accident, Philippe est nommé bras droit du général Georgelin qui dirige avec maestria l’Établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris. A la suite du décès accidentel du général Georgelin le 18 août dans les Pyrénées, Philippe lui succède le 7 septembre avec pour tâche de rouvrir la cathédrale comme prévu fin 2024. Nous lui souhaitons un plein succès.

A l’heure des ignobles critiques concernant le don de 10 M€ de Bernard Arnault (X 69) aux Restaurants du Cœur, il n’est pas inutile de rappeler que notre généreux camarade a contribué pour 200 M€ aux travaux de restauration de Notre-Dame.

  • Sarah Lamaison (X 12), décarboneuse
Sarah Lamaison

Originaire du Pays basque, où elle participe régulièrement à l’Université d’été de l’association Du Pays Basque aux Grandes Ecoles, Sarah entre à l’X en 2012 après une prépa à Sainte-Geneviève. Elle s’y spécialise en chimie organique, tout en participant au binet Raid multisport.  Sortie dans le corps des Ponts, elle passe un Master en économie à Paris-Saclay. Elle passe quelques mois à l’Université de Californie à San Diego en 2015 puis part à Cambridge en 2016 pour étudier la photosynthèse artificielle. De retour à Paris, elle fait sa thèse au Collège de France sur les techniques catalytiques de conversion du CO2 puis, infatigable, elle part à Stanford en 2020 pour un post-doctorat de chimie industrielle. 

En janvier 2021, Sarah pose son baluchon et crée avec David Wakerley, qu’elle a rencontré à Cambridge, la société Dioxycle, un pionnier de la chimie durable installé en France et en Californie, qui vient de faire une levée de fonds de 17 M$ auprès de grands investisseurs spécialisés.

Dioxycle s’appuie sur des technologies d’électrolyse révolutionnaires pour convertir les émissions industrielles de CO2 en produits chimiques utiles, notamment en éthylène, avec une efficacité énergétique et économique sans précédent. Son ambition est de recycler plus de 600 Mt de CO2 chaque année. C’est énorme mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des 3.000 Gt que l’espèce humaine a déversées dans l’atmosphère depuis le début de l’ère industrielle, auxquelles nous ajoutons 30 Gt chaque année. C’est toutefois un bon début quand on sait que les seules solutions pour se débarrasser du CO2 sont planter des arbres, mais les hommes en détruisent plus, le capter dans les océans, mais le solde est-il positif ou l’enfouir sous terre, mais est-ce durable ?

Sarah a reçu en 2020 le prix Jeunes talents L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science et fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Toutes nos félicitations et nos vœux de réussite. L’avenir de la planète en dépend !

  • Thierry Schwab (X 66), galeriste
Thierry Schwab devant le Plaideur de David Daoud

Né à Paris en 1947, fils de Marc Fontenoy, avocat devenu auteur-compositeur, Thierry fait ses études aux lycées Claude Bernard puis Louis le Grand avant d’intégrer l’X en 66. Après 2 ans chez IBM puis 4 ans dans le Groupe Maurice Vidal, il se met à son compte en 1975 comme consultant en informatique et en organisation et crée en 1982 Picodata, une société de conseil et de service en informatique, dont une filiale nommée Webnet deviendra l’une des premières entreprises françaises d’ingénierie internet.

Grand amateur d’art et de poésie, Thierry, qui avait créé en 1996 Bonjour Poésie, un site web consacré à la poésie francophone, cède sa société en 2008 et ouvre en 2011, aidé de son fils Edouard, une galerie spécialisée dans l’art contemporain, qui n’hésite pas à innover en exposant des tableaux peints par IA !

J’habite depuis longtemps à deux pas de sa galerie qui est au 35 rue Quincampoix, tout près de Beaubourg mais il a fallu que Jean Sousselier (X 58, président de X Mines Auteurs) envoie aux membres de XMA une invitation au vernissage de l’exposition David Daoud (Réminiscences, jusqu’au 23 septembre) pour que je le découvre ! Mais je le reverrai le 25 novembre au Salon du livre polytechnicien (Mairie du VIème) où il aura un stand en tant qu’éditeur (L’ombre rouge) et en tant qu’auteur de romans de fiction qui font réfléchir, comme Un si lointain passé : recueil de nouvelles étranges, dont Jean d’Ormesson a beaucoup aimé la première et deux romans visionnaires dans lesquels l’IA joue un grand rôle : L’étrange histoire d’Igor Bredev, un robot russe demandeur d’asile en France ; Optima 2121 : le monde dans 100 ans, si proche, si différent. Quand je pense qu’au début de ma carrière, on préparait sérieusement des Réflexions pour 1985. Même Thierry Gaudin (X 59) peut aller se rhabiller avec son groupe Prospective 2100 !

  • Nicolas Truelle (X 80), apprenti
Nicolas Truelle

Né en 1961 à Belfort où son père Yves Truelle (X 47, Supéléc, mort en 2018) dirigeait l’usine d’Alsthom, Nicolas entre à l’X en 80 après une prépa à Louis le Grand. Il en sort dans le corps des mines qui l’envoie à l’Ecole des mines, où il ressent, nous dit-il, sa première vraie émotion économique pendant le cours de Claude Riveline (X 56, ma lettre du 16 mai). Il commence sa carrière de fonctionnaire en 86 à la DRIR et au SGAR de Haute Normandie. Il passe en 89 à la direction générale de l’Industrie et devient l’année suivante directeur de cabinet du directeur général. Il pantoufle chez Sanofi en 92 comme directeur d’un établissement avant d’en devenir DRH en 95, puis Pdg de Sanofi Pasteur en 97 et adjoint au directeur Europe en 99. Il quitte la santé en 2000 pour entrer chez Via Location comme DG puis président du directoire. Il change à nouveau d’activité en 2010 en devenant associé de Weinberg Capital qui a pris le contrôle de Via Location.

En 2015, Nicolas, qui était devenu peu avant administrateur de l’Arche, association qui accompagne les handicapés adultes, décide de quitter délibérément le secteur capitaliste pour entrer dans le secteur philanthropique en devenant directeur général des Apprentis d’Auteuil. L’objectif de cette fondation chrétienne qui vient de fêter son sesquicentenaire est, nous dit-il, « accompagner jeunes et familles fragilisés, les accueillir, participer à leur éducation, à leur formation et à leur insertion sociale et professionnelle ». Il est cousin éloigné de Jacques Truelle, diplomate français récemment célébré par le Mémorial de la shoah pour son action en faveur des juifs persécutés pendant la guerre, alors qu’il était en poste à Bucarest. Bon sang ne saurait mentir !

Père de 7 enfants et grand-père de 4 garçons, Nicolas a été nommé chevalier de la Légion d’honneur l’année dernière. Toutes nos félicitations pour cet honneur mérité et tous nos vœux de réussite dans ses fonctions dont l’importance croit exponentiellement, comme on le voir en ce moment avec les problèmes des Restos du Cœur.

Laura Chaubard inaugure l’exposition Poincaré

Actualités

  • Les petits papiers : tel est le titre de la page que la Jaune et la Rouge consacre dorénavant à mes portraits. Pour commencer, vous pouvez trouver dans le numéro d’août-septembre les portraits de Sébastien Bohler (X 92, ma lettre du 21 juin) et de Pascale Sourisse (X 81, ma lettre du 22 avril). Merci à Michel Berry (X 63), président du comité éditorial, qui a décidé, après mûre réflexion, d’adhérer à la branche lévy-lambertiste du Parti d’en rire 😊. Je suis certes, comme Pierre Dac, pour tout ce qui est contre et contre tout ce qui est pour, mais je ne qualifierais pas mes papiers de hilarants ! En tout cas, avec 180 portraits au compteur à ce jour depuis le début de l’année dernière, l’avenir de cette nouvelle rubrique est assuré au moins jusqu’à mon centenaire !
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  • Technocratisme, tel est le titre du nouveau livre d’Alexandre Moatti (X 78, ma lettre du 26 janvier). Sous-titré Les grands corps à la dérive, ce livre nous propose une plongée dans le monde de la technocratie, dont il retrace l’histoire et dénonce les dérives. La moitié des dirigeants du CAC 40, trois présidents de la République sur quatre depuis 30 ans sont issus des grands corps. Ceux-ci avaient jusqu’ici peu été étudiés en tant que tels. Ceux qui connaissent Alexandre ne seront pas étonnés que son analyse soit engagée, bien que lui-même soit membre d’un des corps qu’il fustige : relisant les 30 dernières années au prisme de l’action de ces corps, il montre leur intrication ontologique avec le néo-libéralisme. Elève de Maurice Allais (X 31) et fondateur de X Sursaut, lointain successeur de X Crise, je connais les défauts du libéralisme que je considère pourtant, pour paraphraser Churchill, comme le pire des systèmes à l’exception de tous les autres.
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  • L’exposition sur Henri Poincaré (X 1873, ma lettre de juin), modèle du savant universel, a été inaugurée le 7 septembre par Laura Chaubard (X 99), DGA de l’X et sans doute DG par intérim en attendant la nomination du successeur d’Eric Labaye (X 80), Frédéric Brechenmacher, professeur d’histoire des sciences et Kees Van der Beek, nouveau directeur de la recherche, avec l’intervention de la chorale des élèves dirigée par Me Patrice Holiner, dans des chants de carva que Poincaré a pu entendre dans sa carrière d’enseignant à l’X ! Vous pouvez lire dans Les Echos du 15 septembre un bel article sur cette exposition ouverte en semaine de 9 h à 17 h jusqu’au 22 décembre. Félicitations à Olivier Azzola et à toute l’équipe du Mus’X pour ce beau travail complété par un catalogue de 113 pages en vente sur place ou en s’adressant à la Sabix.
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  • La Maison Poincaré, le lieu où les maths prennent vie, ouvre ses portes le samedi 30 septembre. Ce n’est pas un hasard du calendrier si elle est inaugurée en septembre comme l’expo du Musix car on fête cette année le sesquicentenaire de la promo de Poincaré ! Sur 900 m2 en plein centre de Paris, divisés en 7 espaces (modéliser, devenir, partager, inventer, connecter, visualiser, respirer), on peut découvrir l’influence des mathématiques sur notre société et dans notre quotidien. Un bon complément à l’exposition temporaire du Musix ! Cliquez ici pour plus de détails.
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  • La cinquième chaine nous présentait le 12 septembre Patrimoine, de vieilles pierres très précieuses, un documentaire de 52’ de Valentine Amado donnant le portrait de quelques entrepreneurs passionnés par la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine. On y voyait notamment Kleber Rossillon (X 73, ma lettre du 25 février) dont la société gère pas moins de 12 lieux culturels,aussi variés que le musée de Montmartre, la grotte Chauvet 2, le château de Suscinio, la tour de Crest, le château de Murol, le site de Waterloo ou le train de l’Ardèche.
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  • Le Laboratoire interdisciplinaire de l’X (LinX) organise un colloque sur L’anthropocène, la fin de l’homme ? les 28 et 29 septembre à l’X (Amphi Becquerel). On se demande si le point d’interrogation n’est pas de trop ? 😊 Cliquez ici pour plus de détails.
Sylvie Benzoni, drectrice de l’Institut Poincaré
Kleber Rossilllon dans son train de l’Ardèche

Courrier des lecteurs

  • Cher camarade, je me permets de te signaler notre camarade Florian Coupé (X 06), qui je crois mérite de figurer dans ta longue liste. Il y a eu de nombreux reportages sur la Cyclodyssee cet été… personnellement je trouve que les valeurs de dépassement de soi, de rencontre et d’aventures méritent d’être montrées en exemple ! Bien à toi. Nathalie Charles (X 84). Tes désirs sont des ordres ! HLL
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  • Merci pour ces intéressants rappels, mais JJSS n’est-il pas pour le XX° siècle un prototype de la « légèreté » française, avec ses qualités et défauts…? Jean de Bodman (X 69).
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  • Cher camarade, cher Hubert, Merci pour tes portraits, toujours très vivants et intéressants. Tu demandes de signaler d’éventuels X-traordinaires, as-tu entendu parler de Henri Grimond (46), à l’origine du projet actuel du Tunnel sous la Manche ? Il est malheureusement décédé, il n’aurait peut-être pas aimé être mis en aucune sorte de lumière, mais j’ai toujours trouvé qu’il était X-traordinaire. Amicalement, Gérard Cohen (X 70). Bien noté, merci, je le mets sur la liste d’attente. HLL
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  • Cher Hubert, Merci beaucoup d’avoir ainsi croqué notre portrait ! C’est un beau cadeau. A très vite pour plus de nouvelles sur les qubits! Très belle journée, Pierre Desjardins (X 08).
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  • Merci Hubert pour la bio, et tous les portraits passionnant que tu as faits. Je reçois déjà des courriels de camarades, preuve s’il en était besoin que tu as une belle audience ! Camaradement. Ivan Gavriloff (X 81).
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  • Merci cher Hubert de ces riches moissons estivales. Torpeur et canicule n’ont donc pas raison de ton énergie inépuisable ! Découvreur de talents si divers, à la plume si affûtée. Amicalement. Philippe Georges (X 79)
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  • Merci pour ce portrait spécial [JJSS] très intéressant… Olivier Herz (X 79).
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  • Merci de cet excellent portrait de JJSS. Tu m’apprends beaucoup de choses que je ne connaissais pas de lui. Michel Marx (X 57).
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  • Bravo cher Hubert pour le portrait de ce personnage [JJSS] ; j’ai croisé sa route lorsque j’étais à la Délégation à l’Aménagement du Territoire et je vais essayer de t’en faire le récit – pour toi. F. de Wissocq (X 53). Avec plaisir HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne rentrée !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Démographie, groupe hélas en léthargie

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #23 Spécial JJSS

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

A l’approche du centenaire de sa naissance, il nous a paru opportun de consacrer un numéro spécial à Jean-Jacques Servan-Schreiber, alias JJSS, né le 13 février 1924, mort le 7 novembre 2006.

  • Jean-Jacques Servan-Schreiber (X 43), journaliste
Jean-Jacques_Servan-Schreiber en 1968 par Ron Kroon Anefo

Jean-Jacques est né le 13 février 1924 à Paris, d’Emile Schreiber, dit Servan-Schreiber, d’une famille juive originaire de Prusse Orientale, cofondateur des Echos avec son frère Robert, et de Denise Brésard, infirmière diplômée. Ainé de 5 enfants, il sera suivi par Brigitte (Gros), Bernadette (Gradis), Christiane (Collange) et Jean-Louis. Reçu à l’X en 1943 après des études secondaires brillantes au lycée Janson de Sailly et une prépa en pleine guerre au lycée Champollion de Grenoble, il passe en Espagne avec son père pour éviter le STO et arrive à l’Ecole de l’air, réfugiée à Marrakech, qui l’envoie dans la base de Craig à Selma (Alabama). Il n’obtient son brevet de pilote de chasse qu’en avril 45, trop tard pour participer aux combats. Celui qu’on appellera gentiment JJSS, et plus méchamment Kennedillon, Turlupin ou Zorro, entre à l’Ecole en octobre 1945 comme tous les X 42 et 43, ainsi que l’explique Gérard Brunschwig (X 43) dans la Jaune et la Rouge de septembre 2001. Il commence sa carrière en 1948 en essayant de vendre un petit avion français au Brésil, sans grand succès. Mais il en revient comme correspondant de journaux brésiliens et réussit à se faire remarquer par Hubert Beuve-Méry qui l’engage en 1949 – à 25 ans ! – comme éditorialiste au Monde, un journal alors aussi redouté que respecté. Mais la lune de miel ne dure pas, JJSS, atlantiste, se fâche avec Beuve, neutraliste et il fait quelques bourdes, comme d’affirmer le 27 juin 1950 que les USA n’interviendront pas en Corée, 4 jours avant qu’ils le fassent ! Ce ne sera pas sa seule erreur : n’avait-il pas prévu que de Gaulle, à l’égard duquel il éprouvait une hostilité irrépressible, ne resterait pas longtemps au pouvoir après mai 1958 ? Mais ceux qui avaient prévu les évènements de mai 68, la crise financière de 2008 ou l’attaque de l’Ukraine par Poutine en mars 2022 peuvent lui jeter la première pierre !

Création de l’Express

En 1953, tout en faisant des tournées de conférences aux USA et en reprenant ses éditoriaux dans le Monde, il crée l’Express avec Françoise Giroud, qui sera nommée en 1974 secrétaire d’Etat à la condition féminine, alors rédactrice en chef de Elle, sur le modèle de The Economist. L’équipe comprend son cousin Jean-Claude, codirecteur, Philippe Grumbach, rédacteur en chef, sa sœur Christiane Collange, qui assure la direction de Madame Express – elle lui rendra un magnifique hommage mortuaire en 2006 – et quelques pointures comme Louis Armand (X 24), Alfred Grosser, Simon Nora, sa future épouse Léone Georges-Picot, Alfred Sauvy (X 20 S) ou Pierre Viansson-Ponté et des journalistes pointus comme Michèle Cotta.

D’abord supplément hebdomadaire gratuit des Echos destiné à mettre en orbite Pierre Mendès-France, alias PMF, l’Express devient rapidement un hebdomadaire indépendant. François Mauriac, qui venait d’avoir le prix Nobel de littérature, devenu persona non grata auprès des lecteurs du Figaro suite à ses articles critiquant l’intervention de la France au Maroc et la déposition du sultan, y crée dès 1953 son Bloc-notes. Jean Daniel rejoint rapidement l’équipe, suivi par Jean-Paul Sartre. André Malraux y est régulièrement interviewé. La saisie du numéro 54 en mai 54, juste après le désastre de Dien Bien Phu, pour empêcher la publication d’indiscrétions sur un voyage des généraux Ely et Salan aux USA, donnera à la diffusion de l’Express un coup de pouce appréciable ! Albert Camus le rejoint en 1955 pour son 2ème anniversaire qui le voit transformé en quotidien pour tenter de remettre en selle PMF, tombé en février après seulement 8 mois de gouvernement, grâce au scrutin proportionnel, dont on voit les inconvénients en Israël et que certains rêvent de ressusciter en France ! Mais c’est Guy Mollet qui est nommé et l’Express redevient rapidement hebdomadaire.

Lieutenant en Algérie

Lieutenant en Algérie

En 1956, – punition du ministre de la guerre Maurice Bourgès-Maunoury (X 35) contre ses éditoriaux hostiles à la guerre d’Algérie ou simple application de la loi ? -, JJ est appelé à servir en Algérie. Lui qui avait été breveté pilote de chasse, se retrouve à la tête d’une compagnie d’infanterie à Rivet, dans la Mitidja. Malgré ses préventions, il prend ses fonctions d’officier très sérieusement et en revient début 57 avec un livre qui met les pieds dans le plat en parlant de tortures et met en fureur le camarade Bourgès-Maunoury. Lieutenant en Algérie, publié d’abord en feuilleton dans l’Express, lui vaut une inculpation pour atteinte au moral de l’armée. Opposé aux méthodes du général Massu, le général Pâris de Bollardière, qui prend la défense de JJSS dans le Monde, écopera même de 60 JAR (jours d’arrêt de rigueur).

En juin 1958, un entretien de Jean Daniel avec Krim Belkacem, un chef du FLN, lui vaut aussi sec une saisie de l’Express par le camarade Pierre Guillaumat (X 28), ministre de la guerre et une rupture brutale avec André Malraux, devenu ministre de la Culture, suivie peu après de sa rupture en 1960 avec Sartre puis en 1961 avec Mauriac qui retourne au Figaro Littéraire, critiquant l’antigaullisme obsessionnel de JJ et n’hésitant pas à qualifier l’Express d’anticlérical, antimilitariste, anarchiste et érotique ! Il rompra aussi en 1963 avec PMF qui essayait de placer sa maitresse Marie-Claire de Fleurieu, fille de Robert Servan-Schreiber, à la présidence des Echos dans le cadre de la bagarre sanglante entre les Robert et les Emile au sujet du contrôle des Echos, qui sera finalement acquis par Pierre et Jacqueline Beytout, mettant fin bêtement à plus d’un demi-siècle de direction des Echos par la famille Servan-Schreiber.

Mais la politique le démange. Après avoir essayé d’être candidat du parti radical en 1956 à Paris, la dissolution de 1962, suite à la motion de censure relative au référendum sur l’élection du président au suffrage universel, va lui fournir une première occasion : il se présente à Yvetot, dans le pays de Caux (Seine Maritime), où se trouve la maison familiale de Veulettes, sans succès. Sur la base de bruits laissant entendre que de Gaulle va anticiper l’élection présidentielle prévue en 65, il tombe dans le piège et décide de mettre en orbite dès octobre 63 Gaston Defferre, député-maire de Marseille, et lance à cet effet avec Simon Nora et Olivier Chevrillon l’opération Monsieur X, qui fera long feu. Rien à voir avec notre chère Ecole !

En 1964, après l’échec d’un projet de fusion avec le groupe de Jean Prouvost (Paris Match…), JJ transforme avec succès l’Express en News magazine avec l’aide de son jeune frère Jean-Louis, qui créera en 1967 l’Expansion et reprendra en 1997 Psychologie Magazine. Il embauche Claude Imbert comme rédacteur en chef et de nombreuses jeunes femmes comme Christine Clerc, Michèle Manceaux ou Catherine Nay suivent la piste de Michèle Cotta qui explique dans ses mémoires avoir obtenu de nombreuses révélations de la part d’hommes politiques en jouant de son charme féminin. Très consciencieux, JJ s’occupait personnellement du recrutement : son épouse Sabine ne dit-elle pas dans ses mémoires qu’il les a toutes essayées !

Le défi américain

Le défi américain

Puis en 1967, c’est la sortie du Défi américain, résultat de ses réflexions sur le sursaut requis par la France et l’Europe pour faire face au dynamisme des USA. Paru simultanément dans 8 langues, ce livre a un énorme succès avec plus d’un million d’exemplaires vendus en un an mais aujourd’hui la réussite insolente des Amazon, Apple, Facebook, Google, Microsoft, Space X ou Tesla montre qu’il faudrait remettre l’ouvrage sur le métier…

En 1969, après le départ de de Gaulle suite à l’échec de son référendum sur la décentralisation, JJ appuie, bien que Pompidou soit mieux placé, la candidature d’Alain Poher, appuyé par le Parti radical valoisien qui, pour le remercier, lui confie les fonctions de secrétaire général. A l’automne 69, le congrès de Nantes est l’aboutissement d’une sorte d’OPA sur ce vieux parti sclérosé, à l’image de l’OPA, très appréciée par l’Express, que venait de lancer BSN sur Saint-Gobain. Cent jours après, comme annoncé, JJ sort le Manifeste radical qui sera publié peu après sous le titre de Ciel et terre et sera, comme le Défi, un grand succès de librairie et le mettra sur le devant de la scène médiatique avec, par exemple, un débat A armes égales avec Valéry Giscard d’Estaing (X 45) en mars 1970 sur la 1ère chaine ou une interview par George Herman dans Face the Nation sur CBS.

Conscient des risques d’interférence, pour éviter que la ligne éditoriale de l’Express puisse être influencée par ses actionnaires, il décide alors, avec l’aide d’Olivier Chevrillon, d’en modifier les statuts en prévoyant que le directeur, nommé par les actionnaires, soit accepté par les trois collèges des cadres, des journalistes et des employés. Sage réforme qui aurait pu éviter 6 semaines de grève au JDD en 2023 ! Pour la petite histoire, la cheville ouvrière de cette réforme, Olivier Chevrillon, quittera l’Express en 1972 avec Claude Imbert et Michèle Cotta pour créer le Point après une grave crise de management, qui le verra refuser de continuer à payer sans barguigner les dépenses personnelles que JJ facturait à l’Express depuis l’origine, un pognon de dingue dirait-on aujourd’hui…

 Député de Lorraine

Mais il lui faut un siège de député. Après avoir envisagé de se présenter à Grasse, il se présente en juin 1970 à Nancy contre le gaulliste Roger Souchal qui avait cru bon de démissionner pour protester contre le passage de l’autoroute de l’Est par Metz. Il sera élu avec 55 % des voix, après une campagne somptuaire appuyée par l’Est Républicain et financée nolens volens par l’Express, l’abus de bien social n’était pas loin… Ironie de l’histoire, il y aura bien une liaison Nancy-Langres mais l’autoroute de l’Est passera finalement par Metz et pas par Nancy !

Mais un siège, ça va, deux sièges, bonjour les dégâts ! Celui qui se fait appeler député de Lorraine et qui avait juré de ne s’occuper que de la Lorraine, montre vite son cœur d’artichaut : suite au décès du suppléant de Jacques Chaban-Delmas, une élection partielle va avoir lieu en septembre 70 à Bordeaux. Ce sera une simple formalité, Chaban, premier ministre, sera forcément réélu. N’écoutant pas ses amis, JJ décide de se présenter contre Chaban ! Montrant son indépendance par rapport à son actionnaire, l’Express ne ménage pas ses critiques. Peine perdue, ce sera la Berezina ! Chaban sera réélu au premier tour avec 63,5 % des voix contre 16,6 % à JJ.

Malgré cette claque, JJ rebondit et se fait nommer au congrès de Suresnes en octobre 71 président du Parti radical en défendant une alliance centriste avec Lecanuet et Giscard contre Maurice Faure partisan de l’union avec le PS et le PCF. Dans la foulée, il crée le Mouvement réformateur avec Jean Lecanuet, entrainant le départ des Fauristes qui créent le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) et le dépérissement du parti radical.

Après la mort de Georges Pompidou en avril 74, JJ envisage de se présenter à l’élection présidentielle mais préfère sagement s’allier avec Giscard, comme le fait Chirac, pour barrer la route à Chaban et éviter l’élection de Mitterrand. Ce ne sera que partie remise, grâce à la trahison de Chirac en 81…

Ephèmère ministre

JJ ne sera pas premier ministre, poste que Giscard confie à Chirac mais il aura un poste créé spécialement pour lui : ministre des Réformes. Il aura un beau ministère rue de Varenne et René Mayer (X 47) sera son directeur de cabinet. Mais le 7 juin, parait au JO un décret annonçant la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique, contre lesquels JJ multipliait les articles dans l’Express depuis des mois. JJ ne peut s’empêcher de critiquer publiquement l’auteur de cette décision, Jacques Soufflet, ministre de la défense. Résultat : nommé le 28 mai, il est démis de ses fonctions le 9 juin. Ministre 13 jours, pas un record pour le Guinness, loin de Léon Schwartzenberg ou de Thomas Thévenoud, partis après 9 jours !

JJ reste néanmoins proche de Giscard et le conseille avec Michel Pinton (X 68) pour la création de l’UDF en vue de faire pièce au RPR que Chirac a créé après avoir quitté brutalement Matignon en 1976. Peu après, il décide de vendre ses actions de l’Express à Jimmy Goldsmith, flamboyant homme d’affaires britannique et il est battu en Lorraine aux législatives de 1978.

Le défi mondial

En 1979, JJ, qui croit toujours à son étoile, quitte l’UDF pour créer une liste Emploi Egalité Europe qui aura moins de 2 % aux Européennes ! Il sort en 1980 Le défi mondial qui aura un succès d’estime bien inférieur au Défi américain et crée en 1982, avec l’appui de François Mitterrand, le Centre mondial Informatique et Ressources humaines qui disposera d’un important budget pour initier les jeunes à l’informatique et aura une action très foisonnante mais, comme l’Institut Auguste Comte, liquidé par Mitterrand en 1981, il sera liquidé au bout de 4 ans au profit du nouveau plan Informatique pour tous.

JJ part alors pour Pittsburgh où il a été nommé président du comité international de l’Université Carnegie-Mellon, avec ses 4 fils qui suivront tous des brillantes études dans cette université. Revenu en France, il est malheureusement victime d’une maladie neurologique qui diminue progressivement ses capacités intellectuelles et s’éteint en 2006 à Fécamp.

Celui qui voulait tout changer

JJSS avait épousé Madeleine Chapsal en 1947, Georges Bidault étant témoin. Séducteur impénitent, après une liaison orageuse avec Françoise Giroud, il a épousé en 1960 Sabine Becq de Fouquières qui lui donnera 4 fils : David, filleul du général de Bollardière, neuropsychiatre, mort prématurément en 2011, Emile, filleul de Gaston Defferre, cogniticien et journaliste, Franklin, ingénieur électrique et journaliste, et Edouard, filleul de Madette Balick, mathématicien. Quatre garçons brillants, dont les œuvres écrites rappellent que Schreiber signifie scribe. Il y a d’ailleurs peu de Servan-Schreiber qui n’ont pas sacrifié au démon de l’écriture, depuis les fondateurs des Echos jusqu’à mes petites-cousines Catherine et Sylvie Servan-Schreiber. Bon sang ne saurait mentir !

Allée JJSS à Paris 16ème

Madeleine Chapsal, qui s’est occupée d’élever ses enfants, lui a consacré un livre en 2004 : L’homme de ma vie. Jean Bothorel a écrit sa biographie en 2005 : Celui qui voulait tout changer, les années JJSS, qui a fait l’objet d’une recension par Louis-Aimé de Fouquières (X 77, frère de Sabine) dans la Jaune et la Rouge de mai 2005. Il a écrit de nombreux livres dont Lieutenant en Algérie (1957), Le défi américain (1967), Le manifeste radical (1970), Le défi mondial (1981), Le choix des juifs (1988) et deux livres de mémoires : Passions (1991), et Les fossoyeurs (1993). Lors de son décès en 2006, de nombreuses personnalités lui ont rendu hommage dont Valéry Giscard d’Estaing, Robert Badinter ou Samuel Pisar. Son nom a été donné en 2016 à une partie de la contre-allée de l’avenue du président Wilson (Paris 16ème).

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #22

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Guillaume Boissonnat à Zuzanna Stamirowska, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Guillaume Boissonnat-Wu (X 09), colorant
Guillaume Boissonnat

Guillaume est né en 1989 à Nancy d’un père ingénieur et d’une mère dentiste. Il quitte Nancy en 2007 pour faire sa prépa à Louis le Grand. Entré à l’X en 2009, il fait ensuite une thèse au labo de chimie organique de l’Ecole supérieure de Physique et de Chimie industrielle (ESPCI) et obtient un PhD à l’Université Pierre et Marie Curie (2013-16).

Tout juste diplômé, Guillaume entre en 2016 comme directeur scientifique et industriel chez Pili, société de biotechnologie qui vient d’être créée avec pour ambition de décarboner l’industrie de la couleur, qui est très polluante. Pili conjugue la productivité de l’industrie chimique avec la renouvelabilité du végétal pour faire face au défi d’une production de couleur propre, sans pétrochimie, en utilisant des micro-organismes qui transforment efficacement la biomasse en pigments par le processus de fermentation – comme la bière, l’insuline ou les vitamines disponibles aujourd’hui.

Guillaume fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Il est marié (pour ne pas l’oublier, il a accolé à son nom patronymique celui de son épouse 😊) et père d’une petite fille. A ses moments perdus, il milite au PS comme secrétaire fédéral à l’écologie. Candidat malheureux sur la liste socialiste des municipales dans le 15ème et aux régionales d’île de France, nous lui souhaitons bonne chance pour les prochaines, l’écologie a besoin de gens sérieux !

  • Elisabeth Cunin (X 80), habilleuse
Elisabeth Cunin

Très cosmopolite dans sa jeunesse, Elisabeth a grandi en Australie, au Royaume Uni et au Japon. Arrivée en France après le bac, elle entre à l’X en 1980 après une prépa à St Louis et se perfectionne ensuite à l’ENSAE, à Sciences Po et à Dauphine où elle obtient un DEA d’économie et finance internationale en 1985. Elle commence sa carrière comme consultante chez McKinsey (85-90), puis enchaîne les postes de responsabilité dans la grande distribution et le textile : DG de DIA France, filiale de Promodès (90-96), directrice supply chain chez Dior (96-98), responsable des projets d’Etam à l’export (98-01), PDG de Vivarte (2001-05), DG d’Etam Lingerie (05-11), PDG de Comptoir des Cotonniers et Princesse Tam Tam (11-13), PDG de Camaïeu (13-18).

Après ce grand tour de piste, Elisabeth trouve en 2019 chaussure à son pied en succédant au gendre de Patrick Mulliez, à la présidence de Kiabi, numéro un français du prêt-à-porter avec plus de 10.000 employés, une pépite de la galaxie Mulliez.

Passionnée de théâtre, de littérature et du Japon, Elisabeth est administratrice de Mercialys (foncière créée par Casino) depuis 2012 et des ONG Solidarité femmes accueil et 1001 Fontaines depuis 2020.

  • Pierre et Matthieu Desjardins (X 08), jumeaux quantiques
Matthieu et Pierre Desjardins

Après des études au Lycée Henri IV, Pierre et Matthieu entrent à l’X en 2008. Pierre passe quelques mois à Casablanca en 2012 pour Planet Finance, créée par Jacques Attali (X 63) puis part à Columbia pour faire un MS en physique quantique puis passe quelques mois au labo de photonique quantique du MIT. De retour à Paris en 2016, il entre comme consultant chez Roland Berger.

A sa sortie de l’X, Matthieu passe un MS à la Freie Universität de Berlin en 2013 puis enseigne la physique à l’Université Pierre et Marie Curie pendant 3 ans avant de préparer un Phd en physique quantique à l’ENS (2013-17). Il y poursuit ses recherches jusqu’en 2019 tout en participant au programme Challenge+ de HEC.

Les jumeaux se retrouvent fin 2019 pour créer la société C12 Quantum Electronics qui a pour objectif de développer des processeurs quantiques fiables pour accélérer les tâches informatiques complexes, dans des domaines aussi variés que la chimie, la santé ou l’industrie. C12 se base sur un qubit de spin hébergé dans des nanotubes de carbone 12. Cet isotope du carbone dénué de spin nucléaire (à ne pas confondre avec le C14 radioactif utilisé en datation) est capable de réduire considérablement les erreurs des ordinateurs quantiques actuels. Elle est hébergée dans un laboratoire du CNRS et s’appuie sur les travaux du labo de physique de l’ENS.

C12 fait partie de la sélection de 100 start-ups pour demain parue dans Challenges en 2021. Elle a levé 8 M€ en 2021. Fort heureusement, Pierre et Matthieu ne sont pas de vrais jumeaux homozygotes et ne sont pas intriqués, ce qui fait qu’on peut les voir simultanément 😊

  • Ivan Gavriloff (x 81), nucléariste
Ivan Gavriloff

Né d’Irène et Nicolas Gavriloff, ingénieur des mines de Saint-Etienne, Ivan entre à l’X en 1981après une prépa au Lycée Descartes à Tours. Il commence sa vie professionnelle chez Havas pour s’occuper de recherche. En 1986, il crée Kaos Consulting, société de conseil en innovation, dont il est Pdg. Très éclectique, il est nommé en 2019 directeur scientifique de BWBW (Better We Better World, soutenu par le Dalai-Lama) après avoir été cofondateur de Nickel (1ère marque de soins pour homme), winamax.com, horoscope.com, Bio Diner Minceur et, tout dernièrement, Naarea (Nano Accessible Affordable Ressourful Energy for All).

Présidée par Jean-Luc Alexandre, Centrale-Supelec, ancien VP d’Alstom et DGA de Suez, Naarea a déposé un brevet pour développer des petits réacteurs nucléaires à neutrons rapides, aux sels fondus, fonctionnant avec du thorium et recyclant des déchets nucléaires, à partir d’un modèle conçu pour le spatial par Daniel Heuer, directeur de recherche au CNRS. Dénommé XAMR, ce réacteur, qui ressemble en beaucoup plus petit au surgénérateur Superphénix mis en service en 1986 et malheureusement démantelé en 1997, est lauréat de l’appel à projets Réacteurs Nucléaires Innovants du plan d’investissement France 2030.

Colonel de la réserve citoyenne, père de 3 enfants, Ivan est aussi enseignant, conférencier, écrivain et essayiste, avec des œuvres aussi variées que Une fourmi de 18 m, ça n’existe pas (2011, avec Bruno Jarrosson, la créativité au service des organisations), La dernière pilule (2014, théâtre d’anticipation), Oui, c’est encore possible (2019, avec Jean-Luc Alexandre, atteindre d’ici 2030 les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies) ou Hashtag 2065 (2022, le premier meurtre commis par une intelligence artificielle a déjà eu lieu !).

Ivan fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Il envisage de lever 2 milliards d’euros sur 5 ans pour industrialiser ses réacteurs. Nous lui souhaitons plein succès. A cœur vaillant, rien d’impossible !

  • Louis Jacquart (X 04), mobile
Louis Jacquart

Né en 1985, Louis entre à l’X en 2004. Il poursuit ses études à l’Ecole des Ponts en 2007 et, comme si cela ne lui suffisait pas, se dépêche de faire l’ENA en 2009 avant qu’elle ne soit supprimée. Il passe alors 4 ans à la Direction du budget où il s’occupe de culture puis de collectivités locales. Il passe 2 ans à l’Agence du service civique comme secrétaire général puis directeur général par intérim puis 3 ans à l’Agence de la mobilité de la Mairie de Paris, une agence dont il ne semble pas que l’objectif soit de faciliter la circulation dans Paris !

En 2020, Louis est nommé directeur général du musée Picasso. Alors que son prédécesseur Erol Ok était resté 7 ans, il en part au bout de 2 ans, en même temps que son président Laurent Le Bon, qui y était resté 7 ans et est nommé président du Centre Pompidou, poste occupé par Alain Seban (X 83) de 2007 à 2015.

Après ce bref épisode culturel, Louis se retrouve en 2022 à la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) comme adjoint de Pauline Lavagne d’Ortigue, cheffe de la mission Innovation Publique. Vous vous demandez à quoi peut servir cette administration ? Eh bien, son site internet nous explique qu’elle a été créée en 2015 pour placer le citoyen au centre de l’action publique. A cet effet, elle apprend aux fonctionnaires à travailler autrement et a inventé la facilitation : « un dispositif de co-construction au service de l’administration, qui met en place un cadre, des méthodes et des processus afin de permettre à un groupe d’opérer en intelligence collective avec l’objectif de favoriser l’émergence de solutions par le déroulé d’une méthodologie précise et la participation active des membres ». J’offre un exemplaire dédicacé de La Rationalisation des Choix Budgétaires (PUF, 1975), au premier qui m’expliquera comment ce gloubi-boulga permettra de réduire le déficit public !

  • Stanislas Polu (X 04), superintelligent
Stanislas Polu (c) Sequoia

Entré à l’X en 2004, Stanislas y brille dans l’équipe de rugby sans négliger l’entrainement au marathon. Après un MS en informatique à Stanford en 2009, il passe un an chez Oracle avant de participer à la création de la société Totems à San Francisco, achetée en 2015 par Stripe. Il passe en 2019 chez OpenAI, le créateur de ChatGPT.

Montrant qu’il y a aussi une vie dans la vieille Europe, il revient à Paris en 2022 pour créer la société Dust, dont l’objet est de développer des algorithmes d’intelligence artificielle générative basés sur des grands modèles de langage (LLM), avec son complice Gabriel Hubert, un Supelec rencontré à Stanford, qui l’avait déjà suivi chez Totems et chez Stripe avant de partir chez Alan. Emmanuel Macron leur a fait l’honneur de les recevoir à l’Elysée le 8 juin.

Dust vient de réaliser une première levée de fonds d’amorçage de 5 M€ pilotée par Sequoia Capital et fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Nous lui souhaitons un grand succès, tout en espérant qu’une super-intelligence artificielle ne réussira pas un jour à dominer l’humanité, contrairement aux prévisions de certains Cassandre, dont certains écrits d’Ivan Gavriloff cité plus haut !

  • Philippe Saint-Gil (X 43), écrivain
La meilleure part par Philippe St Gil, joué par Gérard Philipe

Né en 1923 à St Didier au Mont d’Or (69), Philippe Saint-Gil, de son vrai nom Philippe Gillet, fils de Pierre Gillet contrôleur général de l’armée puis chef d’entreprise, est reçu à l’X dans la promo 43 après des études secondaires à Janson de Sailly. Du fait de la guerre, il n’entre à l’Ecole qu’en octobre 1945 comme tous les X 42 et 43, ainsi que l’explique Gérard Brunschwig (X 43) dans la Jaune et la Rouge de septembre 2001.

Marié en 1957 avec Janine Couder, écrivain, Philippe a une vie professionnelle mouvementée : il débute comme ingénieur chez Sofra (46-55) puis passe chez Poliet et Chausson, dont son père est président (55-56) puis passe 20 ans dans les constructions métalliques chez Voyer où il finit DGA (57-78). Il est ensuite vice-président de Progress (79-88) puis chargé de mission chez Egor (89-91) puis Arco (92-97).

Membre de la société des Gens de lettres, Philippe a écrit de nombreux romans, souvent tirés de ses propres expériences professionnelles, comme La meilleure part (1954), couronné par l’Académie française, dont Yves Allégret a tiré un film en 1955 avec Gérard Philipe, Michèle Cordoue et Gérard Oury. Pour la petite histoire, le film se passe dans les Alpes alors que le vrai barrage avait été construit au Maroc où la France a construit de nombreux barrages pendant le Protectorat, comme Bin El Ouidane, mis en service en 1954 ! Considérait-on déjà la colonisation comme un crime contre l’humanité ?

On peut aussi citer La machine à faire des dieux (1956), Le barrage (1969), Romantismes (1975), Le prince noir (avec Janine St-Gil, 1977) ou Le vendredi des banquiers (1981), où il retrace les affres d’un chef d’entreprise qui apprend à la veille du pont du 14 juillet que son pool bancaire rejettera son échéance le mardi suivant. Il a également écrit des poèmes dont Dialogues à une voix, couronné par l’Académie, prix Jean Cocteau. Gérard Pilé (X 41) l’a interviewé dans la Jaune et la Rouge de mai 1995 et Christian Marbach (2015) lui a consacré un article dans la Jaune et la Rouge de novembre 2009 et une mention dans Portraits de polytechniciens (2015). Il est mort en 2009.

  • Zuzanna Stamirowska (M 13), polonaise
Zuzanna Stamirowska

Née à Katowice (Pologne) en 1989 d’un père et d’une mère ingénieurs-architectes, Zuzanna y fait des études secondaires au Lycée Copernic où elle passe son bac franco-polonais en 2008. Elle travaillera pendant 2 ans pour une ONG (2007-08). Elle part en France pour faire un bachelor à Sciences Po Paris sur le campus de Dijon puis un master (2008-13), tout en suivant les études de l’Ensae et en faisant un master à l’X (2011-13) où elle obtient le Prix du Centre de Recherche de la Promotion 2009 ! Non contente de tous ces diplômes, Zuzanna fait une thèse de doctorat à Paris-Sorbonne sur la prévision de la structure et de l’intensité du commerce maritime à l’aide de l’intelligence artificielle (2015-20) qui donne lieu à diverses publications dont Network effects govern the evolution of maritime trade (PNAS mai 2020).

Bardée de toutes ces peaux d’âne, Zuzanna fonde en 2020 Pathway, société deep-tech qui développe une technologie d’intelligence artificielle en temps réel pour extraire de la valeur des données de flux d’événements. Utilisée notamment par les leaders des industries de la chaîne d’approvisionnement et de la logistique, comme La Poste ou DB Schenker, Pathway permet de transformer et utiliser des données en temps réel et à grande échelle. Les benchmarks ont montré que Pathway est le moteur de traitement de données le plus puissant du marché à l’heure actuelle.

Pour implanter Pathway en France, Zuzanna a bénéficié de l’incubation au Drahix, grâce auquel elle vient de lever 4,5 M$ de capitaux d’amorçage. Elle dit : « Le Drahi-X Novation Center nous a aidé sur la phase d’itération avec des mentors pertinents. Grâce au programme, nous avons pu côtoyer d’autres entrepreneurs ambitieux qui partagent le même état d’esprit. Le réseau de l’X est un levier majeur pour notre croissance ». 

Mariée et mère de 2 enfants, Zuzanna fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Pomyślnych wiatrów (bon vent), chère Zuzanna !

Actualités

Le sacre du printemps par Jane Graverol 1960 * Musée de Montmartre
  • Un bon point à Roland Lescure (X 87), ministre de l’industrie, qui a décidé de ne pas participer aux journées d’été d’EELV en raison de la participation du rappeur Médine qui vient de publier un message sur X (anciennement Twitter) à caractère antisémite. Bravo, cher Roland. De toute façon, si tu veux rencontrer des vrais écologistes, ce n’est pas chez EELV que tu en trouveras ! Ni chez les voyous des Soulèvements de la Terre (cf infra) !!
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  • Une exposition dans le musée de Montmartre, créé par Kleber Rossillon (X 73, notre lettre de février 2023). Vous pouvez voir dans ce charmant écrin situé 12 rue Cortot, en haut de la butte Montmartre, une exposition originale sur les Femmes surréalistes. On y trouve des œuvres d’une cinquantaine d’artistes dont Nusch Eluard, Dora Maar ou Lee Miller. C’est jusqu’au 10 septembre. Courez-y !
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  • Un mauvais point à Didier-Roland Tabuteau (X 78, notre lettre du 31 mars 2022), pour la décision du Conseil d’Etat, dont il est vice-président, de rejeter en référé le 11 août le décret de dissolution des Soulèvements de la terre. Les optimistes peuvent dire que le Conseil d’Etat jugera l’affaire sur le fond à l’automne mais le mal est fait : désobéissance civile, sabotages et manifestations violentes sont considérés en haut lieu comme non répréhensibles.
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  • Une reprise du spectacle de Gala Vinogradova (D 14, notre lettre de mars 2022) qui joue le Journal d’Audrey à partir du 5 octobre au Théâtre des Mathurins : une émouvante biographie croisée de Audrey Hepburn et d’Anne Frank. Cliquez ici pour réserver.
Gala Vinogradova

Originaire du Caucase, sur la mer Caspienne, entre l’Arménie et l’Ouzbekistan, française et israélienne, elle prépare une nouvelle pièce, cette fois scientifique, Voyante et Physicien, qui interrogera l’intelligence des êtres vivants vis à vis de l’IA, effleurant la physique quantique. 

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Courrier des lecteurs

  • Je viens de lire avec intérêt et avec plaisir les portraits n° 21 et j’ai découvert dans vos notes votre très gentille, et amusante, mention en avant-première de mes 3 publications Amazon. Je vous en remercie cordialement ! Stéphane Berrebi (X 76).
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  • Cher camarade, tu m’honores, et je serai ravi de consulter tes portraits, fort bien faits. Cordialement. Ivan Gavriloff (X 81).
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  • Merci cher Hubert pour ta nouvelle moisson d’X traordinaires et pour ton humour ! Jacques Marvillet (X 61).
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les-moi !

Merci d’avance et bonnes vacances ou bonne rentrée !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #21

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Allouche à Ybert, voici la dernière moisson de polytechniciens qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé, une moisson abondante pour occuper vos longues soirées d’été…

  • Cyril Allouche (X 95), quantiste
Cyril Allouche

Originaire de Marseille, Cyril fait sa prépa au Lycée Thiers et entre à l’X en 1995. A sa sortie de l’X, il passe 2 ans au service de recherche de Philips qui lui fait faire un Phd en sciences informatiques à l’Université Paris-Saclay. Il passe à nouveau 2 ans chez GE comme architecte de systèmes médicaux puis encore 2 ans, c’est son rythme (!), chez Thalès pour s’occuper de systèmes d’identification biométrique, puis 3 ans chez Cap Gemini suivis, pour faire la moyenne, de 1 an chez Murex, puis, comprenant tout très vite, 1 an chez KDS et 1 an chez Accor. Enfin décidé à poser son bâton, il entre en 2013 chez Bull qui est absorbé par Atos dont il est nommé VP en charge du département de calcul quantique qui se retrouve en 2020 rattaché à Eviden suite à la scission d’Atos en 2 groupes. 

Lecteur de Jules Verne dans sa jeunesse et cavalier passionné, Cyril est marié à une normalienne en Philosophie et père de 3 enfants. Il est à l’origine de 13 brevets, dont 5 brevets en imagerie médicale déposés pendant son PhD ! Il a été membre du comité de pilotage de haut niveau pour les technologies quantiques de la Commission européenne.  Il vient d’être nominé au Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin, ainsi que plusieurs jeunes camarades qui suivent. Toutes nos félicitations ! 

  • Guillaume Autier (X 97), courtier
Guillaume Autier

Né en 1977 à Dunkerque, Guillaume entre en 1997 à l’X dont il sort administrateur de l’Insee. Après l’Ensae, il fait l’Institut des actuaires en 2002, ce qui lui vaut le Prix d’actuariat de la Scor, puis l’ENA en 2005 (promo Romain Gary). Il passe alors 3 ans à la direction générale du Trésor, puis autant au cabinet d’Eric Woerth, ministre du travail, avant d’entrer en 2011 à la banque Paribas pour s’occuper du financement du secteur des assurances à Paris puis à Londres. Il la quitte en 2017 pour devenir DGA de Meilleurtaux, un courtier immobilier créé en 1999, dont il devient DG en 2018 puis président en 2020.

Guillaume a écrit en 2016 une note pour l’Institut Montaigne : « Retraites, pour une réforme durable ». Macron ne l’a malheureusement pas lue ! Hostile au suivisme, il admire Tesla et Glenn Gould et vient d’écrire : « En déclarant que l’Europe devait se donner l’objectif de répliquer Open.ai à horizon 5 ans, Bruno Le Maire vient de donner une nouvelle illustration de ce qu’on peut appeler le syndrome Johnny Hallyday… dont l’objectif était qu’on parle de lui comme de l' »Elvis français… Google a ringardisé le Minitel, ChatGPT est en train de ringardiser Google. Ce que nous devons construire n’est pas ChatGPT, mais tout autre chose : ce qui va ringardiser ChatGPT !… Visons la médaille d’or, pas le podium ! ». As-tu une idée, cher Guillaume ??

  • Joëlle Barral (X 01), googliste
Joelle Barral

Après des études au Lycée Hoche à Versailles, elle intègre l’X en 2001. Partie à Stanford, elle obtient en 2010 un Phd en génie électrique, suivi d’un Post-Doctoral Fellowship en Medical Device Design & Entrepreneurship en 2011. Spécialisée dès le début dans l’application du numérique à la santé, elle entre alors comme senior software engineer chez Heartvista, spin off de l’Université de Stanford spécialisée dans les maladies du coeur, où elle dépose plusieurs brevets et développe un progiciel d’IRM pour l’évaluation des cardiopathies ischémiques et valvulaires. Elle passe en 2014 chez Verily, société sœur de Google dédiée aux sciences de la vie, comme lead software, avant devenir en 2022 engineering director puis directrice de la recherche en IA chez Google Deepmind. Revenue à Paris après 20 ans en Californie, elle supervise les équipes de la région Europe-Afrique-Moyen-Orient dédiées à la recherche fondamentale, ainsi que les équipes globales de Google dédiées à l’application de l’IA à la biologie.

Joëlle a reçu en 2019 le Prix Pierre Faurre, prix décerné en souvenir du major de la 60, qui était membre de l’Académie des Sciences et Président du Conseil d’administration de l’École, mort prématurément en 2001. Elle fait partie des Friends of Ecole polytechnique et a été élue en 2020 au conseil d’administration de l’AX.

  • Paul Benoit (X 95), carnotiste
Paul Benoit

Fils de Jean-Louis Benoit, informaticien (X 64) et d’une mère japonaise, Paul fait sa prépa au Lycée Carnot (tiens-tiens…) et entre à l’X en 1995 et continue en 1998 à l’Ecole des Télécom. Il passe 2 ans chez Stockho comme directeur de projets puis 7 ans à la Société Générale comme ingénieur R&D. Il saute le pas en 2010 en fondant avec Miroslav Sviezeny la société Qarnot computing dont il est président.

Baptisé en hommage à Sadi Carnot (X 1812), père du second principe de la thermodynamique, Qarnot propose de la puissance de calcul haute-performance bas carbone et souveraine en s’appuyant essentiellement sur la valorisation de la chaleur fatale informatique et sur une approche distribuée, en déployant principalement ses serveurs dans des bâtiments existants capables de valoriser la chaleur dégagée par les ordinateurs. Dans cette optique, Qarnot a développé un radiateur-ordinateur (QH.1) et une chaudière numérique (QB.1) qui embarquent des processeurs informatiques comme sources de chaleur. Parmi ses récents succès commerciaux, on peut noter que Qarnot a été choisi par IMG pour le rendu du film d’animation Les Minions 2 , ainsi que par Natixis pour ses besoins de calculs en position de risques, sur les sujets de performances, de sécurité et de coût et a conclu en Finlande un gros marché d’infrastructure au sein d’un réseau de chaleur…

Qarnot vient de faire une levée de fonds de 35 M€ pour déployer ses data centers nouvelle génération et pour doubler son chiffre d’affaires et recruter 50 salariés.

Marié et père de 4 enfants, Paul a été champion du pôle Systematic de la région Ile de France en 2021 et fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin 2023. Bravo Paul !

  • Isabelle Braun-Lemaire (X 90), douanière
Isabelle Braun

Née à Aix en Provence, Isabelle entre à l’X en 1990. Elle fait ensuite l’Ensae et un DEA d’analyse macro-économique à l’Ehess. Elle passe 6 ans à l’INSEE (1997-2001) où elle s’occupe notamment des comptes nationaux trimestriels, puis 8 ans à la direction générale des finances publiques (2001-09), en charge du programme Copernic (Programme de modernisation du SI fiscal autour du « compte fiscal » du contribuable). Elle passe ensuite 4 ans au ministère du travail (2009-12), en charge du financement et de la modernisation de la formation professionnelle (vaste programme !), Après 2 ans (2012-15) au CISIRH (Centre Interministériel de Services Informatiques relatifs aux Ressources Humaines), en charge de feu l’ONP (Opérateur National de Paie des fonctionnaires), elle entre au ministère des finances comme directrice des ressources humaines (2015-17) puis secrétaire générale (2017-19) avant d’être nommée directrice générale des douanes et droits indirects en août 2019.

Isabelle explique les objectifs des Douanes en matière de Mixité, diversité et jeunesse dans la Jaune et la Rouge de décembre 2021. On compte sur elle pour que ce qu’elle appelle l’administration de la frontière et de la marchandise empêche un peu mieux les personnes et les produits indésirables de s’introduire dans l’hexagone. Vaste programme !!

  • Paul Josse (X 43), santon
Paul Josse

Paul est né en 1924 à Paris, de Pierre Josse, président de section au Conseil d’Etat. Après des études aux lycées Rollin (Paris) et Blaise Pascal (Clermont-Ferrand), Paul entre à l’X en 1943, dans la même promo que Saint-Gil ou JJSS (portraits à venir) ou l’Amiral Bloch (notre lettre 19). Sorti dans ce qui était alors les Ponts colo, il est détaché en 1950 aux Chemins de fer de la France d’outre-mer et dirige le Chemin de fer Dakar-Niger jusqu’en 1959, ce qui lui permet d’affirmer que les Français n’ont pas à rougir de l’œuvre accomplie en Afrique, au contraire. Il quitte l’Afrique en 1959 pour être nommé ingénieur en chef des Ponts à Saintes jusqu’en 1964 avant de devenir adjoint du directeur des transports terrestres (1964-68), ce qui le conduira à travailler avec moi à la RCB (rationalisation des choix budgétaires).

Paul a aussi enseigné à l’Ecole des Ponts (il a écrit un manuel d’économie des transports) et a occupé d’éminentes fonctions administratives, dont la direction du Syndicat des transports parisiens, devenu STIF puis IdF Mobilité, entre 1971 et 1982 (il est le père de la carte orange, devenue pass Navigo).

S’intéressant aussi à la politique, il est élu conseiller municipal de Buc en 1965 puis maire de Saintes (1971-77), intermède de droite entre deux longs règnes socialistes. A ce titre, il lance la restauration des quartiers anciens et de l’Abbaye aux Dames et se bat avec succès pour que l’autoroute A10 Paris-Bordeaux (l’Aquitaine) passe par Saintes et y ait un échangeur.

Ingénieur général des Ponts et Chaussées, commandeur de la Légion d’honneur et du Mérite et officier du Mérite agricole, Paul avait épousé en 1948 Janine Bouffandeau, saintaise, qui lui a donné 4 enfants : Catherine, François, Isabelle et Philippe, conseiller d’Etat.

Paul est mort en juin 2018 à Saintes où un grand hommage lui a été rendu à l’Abbaye aux Dames où se tient chaque année un magnifique festival de musique classique. Une grande artère est-ouest, l’avenue de Saintonge, a été rebaptisée avenue Paul Josse.

  • Vincent Levita (X 86), investisseur
Vincent Levita

Vincent entre à l’X en 1986 et en sort administrateur de l’Insee. Il passe 13 ans chez Corporate Value Associates puis 3 ans chez Axa comme directeur de la stratégie et de l’innovation puis de l’infrastructure. Il crée en 2008 Infravia Capital Partners, pour investir dans les infrastructures avant de s’étendre en 2018 aux entreprises de la tech puis aux métaux critiques avec la création d’un nouveau fonds de 2 G€.

Vincent ajoute aujourd’hui une quatrième corde à son arc en achetant Oreima, une société qui gère 2 G€ d’immeubles de qualité, principalement à Paris. Etant moi-même fondateur d’une société d’investissement immobilier, aujourd’hui vendue à des Chinois, je suis admiratif du parcours de Vincent et je pense, comme lui, qu’il n’est pas idiot d’acheter maintenant, alors qu’on est plutôt en bas de cycle. Ne disait-on pas naguère qu’il fallait acheter au son du canon et vendre au son du violon ? Vincent nous dit : j’aime quand un plan se déroule sans accroc. C’est ce que nous lui souhaitons !

  • Isabelle Panet (X 97), géographe
Isabelle Panet

Née en 1977 à Villeneuve d’Ascq d’un ingénieur et d’une enseignante, Isabelle fait ses études au lycée François 1er de Fontainebleau puis au lycée Saint-Louis. Elle entre à l’X en 1997 puis intègre l’IGN où elle se spécialise en géodésie et géophysique interne. Elle soutient en 2005 une thèse de doctorat à l’Institut de Physique du Globe, suivie d’un post-doctorat au Geographical Survey Institute of Japan de 2006 à 2008, ce qui lui vaut le Prix de thèse du Comité National Français de Géodésie et Géophysique et le Best Student Paper Award du Geophysical Journal International en 2007.

Elle entre en 2008 au Laboratoire de Recherche en Géodésie de l’IGN, puis dans l’équipe de Géodésie de l’Institut de Physique du Globe qu’elle dirige depuis 2019. Son travail porte sur l’exploitation des observations de gravimétrie satellitaire pour détecter les signatures gravitationnelles des redistributions de masses en profondeur à l’intérieur de la Terre, souvent inaccessibles par d’autres méthodes géophysiques. Elle caractérise ainsi de manière originale des processus dynamiques liés au cycle sismique et à la convection mantellique.

Isabelle vient de recevoir le grand prix scientifique Del Duca (275.000 €) pour ses travaux sur les variations du champ de gravité autour de la ceinture de feu du Pacifique et l’identification de signaux associés à des mouvements profonds susceptibles d’impacter la sismicité des zones de subduction. Ses méthodes d’analyse ont ainsi permis de mettre en évidence des variations de gravité d’origine profonde dans les mois précédant le séisme du 11 mars 2011 au Japon (Mw 9.0) et le séisme du 27 février 2010 au Chili (Mw 8.8). Nous lui adressons toutes nos félicitations.

  • Alexandre Tisserant (X 99), kinéiste
Alexandre Tisserant

Né à Nancy, Alexandre passe sa jeunesse près d’Annecy. Entré à l’X en 1999, il en sort dans les Télécom, absorbées depuis lors par le Corps des mines. Après 2 ans à l’école des Télécom, il passe quelques mois au service informatique de l’Institut Pasteur puis 3 ans au service du premier ministre chargé de développer mon.Service-Public.fr, 4 ans à la direction du budget entre 2007 et 2014, entrecoupés par 2 ans chez Always Innovation à San Francisco (2009-11), 1 an à la direction financière de la Mairie de Paris (oui, il y en a une !) et 2 ans au cabinet d’Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au numérique (2015-17).

Passant dans le privé, il entre en 2017 chez CLS Group (Collecte Localisation Satellites), filiale du CNES à Toulouse, afin de lancer le projet Kinéis, dont l’objet est le développement et le lancement de 25 nanosatellites dédiés à la connectivité spatiale de l’internet des objets, qui pourront servir aussi bien à suivre les animaux sauvages qu’à surveiller les zones de pêche. Nommé président de Kinéis, Alexandre a levé à cet effet 100 M€ en 2020.

Joueur de jazz à ses moments perdus, Alexandre fait partie des nominés du Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin. Chapeau Alexandre !

  • Thomas Ybert (X 02), bioimprimeur
Thomas Ybert et son imprimante à ADN ERIC PIERMONT AFP

Entré à l’X en 2002, Thomas fait ensuite Agro dont il sort en 2007 avec un diplôme de biologie moléculaire. Il fait ensuite un Phd à l’X puis passe 4 ans comme doctorant chez Sanofi Aventis puis encore 4 ans chez Total dans la branche de biotechnologie, avant de sauter le pas en 2014 en co-fondant DNA Script avec Sylvain Gariel et Xavier Godron, ses collègues de chez Total, pour relever ce qu’il considère comme l’un des défis majeurs des sciences de la vie : pouvoir écrire de l’ADN aussi vite et aussi simplement que de le lire, un marché qu’il estime à plusieurs G$ d’ici quelques années, notamment pour tester de nouvelles thérapies. Son arme secrète : SYNTAX, la première imprimante ADN alimentée par technologie enzymatique, destinée à remplacer la synthèse chimique de papa, lente et risquée.

Après une levée de fonds de 35 M€ en 2019, il a quadruplé la mise en levant 140 M$ en 2021 auprès de grands investisseurs français, dont la PBI, et américains, dont Fidelity, afin de pouvoir rapidement mettre son imprimante sur le marché.

Thomas est le dernier nominé de la présente lettre (par ordre alphabétique) au Palmarès des inventeurs paru dans Le Point du 22 juin.

Actualité

  • Stéphane Berrebi (X 76), suite à sa recension de «Partir en croisade » dans la Jaune et la Rouge de juin-juillet,me raconte sa vie dans une longue lettre et m’écrit : «… je viens de sortir sur Amazon 3 petits livres : Nato Mori, poèmes ; Le Kikivalirsa, essai pataphysique drôle, sous-titré simulationnisme et aliénitude du singlevers au patavers ! et “Management Consulting in the Multiverse” : recueil culte de conseil en management et  investissement à l’intention des civilisations très avancées du multivers (K3) (en anglais). Le second sera lu avec intérêt par les avocats des rares voyous des banlieues qui n’ont pas réussi à échapper à la police. Il y explique que le principe d’Heisenberg interdit de prouver que son client était présent dans le magasin Nike au moment de son pillage !
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  • Laurent-Billès-Garabédian (X 83),ancien président de l’AX,a été renouvelé dans ses fonctions d’administrateur de la Maison des X lors de l’assemblée générale tenue le 28 juin. Celle-ci a également décidé le paiement d’un dividende de 7,95 € à chacune des 8.800 actions. Incidemment, l’AX, qui détient 6.711 actions, achète à 454 € les actions des petits porteurs, ce qui valorise la société à 4 M€. Celle-ci ayant environ 3 M€ de dettes, cela fait, sauf erreur, une valorisation de 7 M€ pour l’immeuble du 7 rue de Poitiers, soit environ 2000 €/m2. Je serais donc prêt à proposer un peu plus que 454 € s’il y a des vendeurs. Je suis en effet prêt à parier qu’un président de l’AX visionnaire suivra un jour la proposition figurant dans mon programme électoral de remplacer la rue de Poitiers, magnifique mais inadaptée, par une GMX (Grande Maison des X) avec tous les services que les Anciens d’une grande école qui se respecte sont en droit de trouver (salles de réunion, bibliothèque, salle de sport, piscine, chambres, restaurant, bureaux de passage…), pourquoi pas sur la Montagne Sainte-Geneviève ?  Le projet, controversé par certains, de création d’un auditorium à la place de la Boite à claque est-il une étape vers sa reconquête ? Ce serait une revanche de la bataille homérique perdue par le groupe GXM en 1976 contre le déménagement de l’X à Palaiseau avec armes et bagages, à l’exception du monument aux morts !
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  • Elisabeth Borne (X 81), première ministre depuis le16 mai 2022, qui avait dépassé la borne d’Edith Cresson en passant une année entière à Matignon (Edith Cresson n’y a passé que 10 mois et demi), vient de franchir une autre borne : elle a tenu le coup plus de 100 jours face à des ennemis plus agressifs que les Européens coalisés contre Napoléon en 1815…
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  • Fabrice Brégier (X 80), ancien directeur exécutif d’Airbus, est nommé président non exécutif de la SCOR, en remplacement de Denis Kessler, son irremplaçable président, décédé le 9 juin 2023.
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  • Bertrand Meunier (X 77), pdg d’Atos depuis 2019, a sauvé sa peau lors de l’AG du 28 juin 2023, avec le rejet des 4 résolutions de Sycomore, actionnaire activiste, tendant à le renverser.
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  • Elon Musk (pas X, mais assez eXtraordinaire quand même), qui a créé Tesla et Space X et vient de racheter Twitter pour 44 G$, va le relancer en le rebaptisant X, tout simplement. J’espère que la marque est déposée par l’Ecole et que nous allons pouvoir délester Elon de quelques millions…

Courrier des lecteurs

  • Bonjour, cher Monsieur, Je suis très touché de votre message (et j’ai dans ma bibliothèque « la vérité des prix », que j’ai lu en son temps avec grand intérêt !). La biographie de mon père est très bien… Philippe Josse, Conseiller d’Etat
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  • Dans cette séquence de Culture Bus sur la ligne de bus 91.10, le musée de l’X (mus’X) passe en premier (de 0’23 à 1’27) :  https://www.youtube.com/watch?v=43PZEwAp1W4. Philippe Moiroud (X 81), Président de la SABIX
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  • Cher Hubert, merci d’avoir signalé le livre exceptionnel de Sébastien Bohler. Je viens de le terminer, et je découvre mille applications de ces concepts, en particulier dans le comportement quotidien de nos congénères. J’enquiquine ma famille à longueur de journée en citant à toute occasion des passages éclairants sur notre comportement et l’influence du striatum. On devrait recommander ce texte à tous nos homme publics, tous nos yaquafaucon qui découvriraient l’insondable vacuité de leurs affirmations « de bon sens ». Bonne continuation à ton œuvre salutaire, Rolland Russier (X 67).
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bon été !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur d’Amusix

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #20

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

De Bohler à Verdet, voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes ou vieux, vivants ou morts, réels ou adoptés, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Sébastien Bohler (X 92), neurobiologiste
Sébastien Bohler

Né en 1970 à Strasbourg, dans une famille de l’Est de la France, Sébastien fait ses études à l’école Européenne de Luxembourg puis au Lycée Kléber de Strasbourg. Il entre à l’X en 92 et passe ensuite un DEA de pharmacologie moléculaire et cellulaire puis une thèse de neurobiologie moléculaire sur le fonctionnement des récepteurs neuronaux impliqués dans la dépendance à la nicotine. Il entre en 2001 comme journaliste au magazine Pour la science et participe à la création de la revue Cerveau & Psycho en 2002. Il collabore à Arrêt sur Images sur FR5 avec Daniel Schneidermann, à la Tête au carré sur France Inter et à 28 minutes sur Arte, puis à l’émission Grand bien vous fasse sur France Inter. 

Conseiller scientifique de l’association Origins créée en 2013 pour réfléchir sur les origines de l’univers, de la vie et de la conscience, Sébastien donne de nombreuses conférences sur la manipulation mentale, le transhumanisme, la fabrication des souvenirs ou les failles cognitives et comportementales à l’origine de la crise climatique planétaire du XXIe siècle.

Enfin, il est un écrivain prolifique. On lui doit une vingtaine d’ouvrages depuis La Chimie de nos émotions (2007) jusqu’à Human Psycho (2022) en passant par Sexe et cerveau (2009), Neuroland (2015) ou Le bug humain (2019). Ce dernier livre, qui a reçu le Grand Prix du Livre sur le Cerveau en 2020, décerné par la Société française de neurologie, analyse la crise écologique massive générée par l’humanité au travers du prisme des neurosciences. Très critiqué par Le Monde et par Mediapart – naturellement, car non politiquement correct – ce livre qui a inspiré Un monde sans fin, BD de Jean-Marc Jancovici (X 81, notre lettre de mars 2022), devrait être lu par tous ceux qui déplorent la destruction programmée de la planète sans essayer de s’attaquer à sa principale cause : l’expansion inconsidérée de l’espèce humaine.

  • Jacques Lesourne (X 48), économiste
Jacques Lesourne CB News

Fils d’officier, né en 1928 à La Rochelle, Jacques Lesourne entre en 1948 à l’X après des études au Lycée Montaigne à Bordeaux. Sorti major dans le Corps des mines, il suit les cours du professeur Allais à l’Ecole des mines de Paris et entre aux Charbonnages de France où il passe un an comme ingénieur du fond avant de partir aux USA pour un an en 1957 grâce à une bourse de la Fondation Rockefeller. A son retour, il devient chef du service économique des Charbonnages et professeur d’économie à l’Ecole des mines de Saint-Etienne et publie Technique économique et gestion industrielle (Dunod, 1958). Préfacé par Maurice Allais, ce pavé de 620 pages deviendra la bible d’une génération d’ingénieurs-économistes, dont votre serviteur. Il crée en 1958 avec Marcel Loichot (X 38) et Robert Lattès la SMA (Société de Mathématiques appliquées), devenue rapidement SEMA par adjonction du E pour Economie, puis Sema-Metra, dont Paribas prend le contrôle en 1972 et qu’il dirige jusqu’en 1975, passant alors la main à Jean Saint-Geours. La Sema qui avait à l’époque plus de 30.000 employés, a aujourd’hui disparu, après avoir sa fusion en 1988 avec Cap, son achat en 2001 par Schlumberger et son absorption en 2004 par Atos.

S’orientant alors vers la recherche et l’enseignement, Jacques devient directeur du projet Interfuturs à l’OCDE dont il tirera Les mille sentiers de l’avenir (Seghers 1981). Il sera aussi professeur d’Économie et Statistique industrielles au CNAM pendant 25 ans, de 1974 à 1998, directeur d’enseignement à l’éphémère Institut Auguste Comte et président de l’Association française de science économique. Pour la petite histoire, il avait accepté de présider le groupe X Démographie que j’ai créé en 1995 mais avait renoncé à prendre ses fonctions suite à ce que nous avions considéré comme une tentative de putsch d’extrême droite. Longtemps dirigé par Christian Marchal (X 58) et dernièrement par Jean-Claude Prager (X 64), ce groupe essentiel est hélas en état de mort cérébrale. Y aura-t-il un candidat pour prendre le relais parmi les auteurs des articles du dernier numéro de la Jaune et la Rouge sur la biodiversité ? Mais, comme aurait dit le général de Gaulle à propos des chercheurs, des observateurs qui alertent sur la biodiversité en péril, on en trouve, mais des réalistes qui dénoncent les dégâts causés par l’explosion démographique humaine, on en cherche !

Poussé par Alain Minc, président du conseil de surveillance de la SA Le Monde, qui cherchait depuis un an un successeur à André Fontaine, Lesourne accepte de diriger Le Monde en 1991, à une époque où ce journal pouvait encore prétendre avoir le statut de quotidien de référence. Excédé par des manoeuvres hostiles, il en démissionne en 1994 pour être remplacé par Jean-Marie Colombani. C’est un euphémisme de dire que cette période de sa carrière n’est pas celle qui lui laisse les meilleurs souvenirs.

Mort en 2020, Jacques était marié et père de 4 enfants. Il avait écrit une trentaine de livres sur l’économie, l’éducation et la prospective, dont les deux livres mentionnés plus haut. Il était commandeur de la Légion d’honneur. Denis Randet (X 59) et Richard Armand (X 57) ont écrit sa notice nécrologique dans la Jaune et la Rouge d’avril 2020, complétée par un article de Christian Marbach (X 56) sur ses relations avec l’X, dans le numéro de mai 2020.

  • Arthur Mensch (X 11), intelligent
Guillaume Lample, Arthur Mensch et Timothée Lacroix, cofondateurs de Mistral AI. (c) David Atlan

Arthur entre à l’X en 2011. Il y est Président du Triathlon Caroline Aigle. Il passe ensuite un master en maths, vision et apprentissage en 2015 à l’ENS Paris Saclay, suivi d’un doctorat sur les modèles prédictifs et techniques d’optimisation pour l’analyse des grands jeux de données IRMf en 2018 à l’Inria Saclay. En 2019 il est chercheur invité au Courant Institute of Mathematical Sciences de l’Université de New York et obtient en 2020 sa dernière peau d’âne en post-doctorat sur transport optimal – optimisation stochastique – apprentissage automatique à l’ENS Paris Saclay. Il passe ensuite 3 ans chez Deep Mind, filiale de Google spécialisée dans l’IA avant de se mettre à son compte avec Guillaume Lample (X 11) et Timothée Lacroix, deux anciens de Meta, maison mère de Facebook, afin de créer Mistral AI, une alternative à ChatGPT, pas moins !

Valorisée 240 M€, Mistral AI démarre sur les chapeaux de roue en réalisant une première levée de fonds de 100 M€, avec l’aide du fonds de capital-risque américain Lightspeed Venture avec des Français comme Xavier Niel, Rodolphe Saadé, JC Decaux, la BPI, et des américains comme Eric Schmidt, l’ancien patron de Google. On est encore loin des 10 G$ déjà engloutis par Microsoft dans Open AI mais Mistral AI compte livrer ses premiers modèles de langage en open source dès le début de l’année prochaine ! Bonne chance, cher Arthur, tu es un vrai Mensch !!

  • Matthieu Rouif (X 05), photographe
Matthieu Rouif

Après une prépa à Ste Geneviève à Versailles, Matthieu entre à l’X en 2005 et y perfectionne ses aptitudes de commando parachutiste. Il passe un stage de recherche en matériaux en 2008 à l’Université de Rio puis parfait sa formation avec un Master of Science de Stanford complété par une formation intensive d’entrepreneuriat à la Stanford Business school en 2009. Muni, de toutes ces peaux d’âne, il se jette à l’eau et crée As-App qui développe avec succès une trentaine d’applis pour iPhone, dont une appli très performante pour stations de ski, tout en travaillant sur le photovoltaïque chez Ineo. Il revend As-App en 2011 pour créer HeyCrowd avant d’entrer en 2014 chez Stupeflix. En 2016, GoPro rachète Stupeflix où il s’occupe des applications d’edition. Il crée en 2019 avec Eliot Andres la société Photoroom, une appli utilisant l’IA générative, utilisée par des dizaines de millions de personnes pour retoucher professionnellement leurs photos sur un simple smartphone.

Matthieu a obtenu une médaille d’argent de LeWeb en 2011, et par deux fois Apple et Google lui ont décerné la récompense de meilleure application de l’année pour PhotoRoom et Replay. Sam Altman, Pdg d’Open AI, fondateur de ChatGpt, de passage à Paris récemment, vient de se déclarer un grand fan de Photoroom, qui est une des start-up lauréates de la première promotion du #FrenchTech2030.  Bravo Matthieu ! 

  • Cyril Rousseau (X 96), trésorier
Cyril Rousseau

Sorti de l’X dans l’Armement, Cyril fait l’ENSTA dont il sort en 2001 à la Délégation générale pour l’armement. Il passe en 2004 au service des affaires internationales de la Direction générale du Trésor et devient en 2006 responsable des opérations de marché à l’Agence France Trésor jusqu’en 2009. Chef du bureau de l’aide au développement et des institutions multilatérales de développement de 2009 à 2011, il rejoint ensuite l’Ambassade de France à Pékin comme conseiller économique et financier. En 2014, il devient directeur délégué du service à compétence nationale nouvellement créé pour soutenir les collectivités locales françaises exposées aux emprunts à risque. De retour à la Direction générale du Trésor en novembre 2015, il occupe successivement les fonctions de sous-directeur des affaires financières multilatérales et du développement et à ce titre vice-président du Club de Paris et membre des conseils d’administration de la Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest et du Fonds Vert pour le Climat. Il est nommé directeur général adjoint de l’Agence France Trésor en février 2020 et dg en août 2021.

Si les taux de la dette française montent inexorablement, ce n’est pas la faute à Fitch qui a dégradé notre note à AA-, ni à Voltaire, c’est la faute à Rousseau (Jean-Jacques, pas Sandrine !).

  • Alix Verdet (X d’honneur), journaliste

Après Gustave Eiffel, qui affiche des X sur la tour éponyme, Patrice Holiner, qui les fait chanter dans les églises et Pierre Laszlo qui les décrit d’une plume alerte, notre comité éditorial vient de nommer à l’unanimité polytechnicienne d’honneur Alix Verdet qui les fait défiler d’une main de maître. Jugez-en !

Alix interroge Antoine Compagnon sous l’oeil narquois de Jérôme Bastianelli

Née en 1978 à Moissac d’un père ingénieur agronome et d’une mère HECJF qui lui ont donné un prénom prédestiné, Alix a succédé en 2022 à Robert Ranquet (X 72) comme rédactrice en chef de la Jaune et la Rouge depuis 2022 après avoir fait ses preuves comme rédactrice en chef adjointe depuis 2017. Elle a été en khâgne au Lycée Pierre de Fermat (1996-97), obtenu une licence en lettres modernes à Toulouse II ((1999), suivie d’une maitrise à la Sorbonne (2000), enseigné le français à Meaux (2013-15) et a été journaliste à l’AFCP (2015-17). Outre des qualités professionnelles indéniables, qu’elle a approfondies au CFPJ en 2018, elle a hérité d’un nom patronymique neutre, Verdet, car Jaunet ou Rouget auraient trop marqué une préférence inappropriée à sa haute fonction et Alix de Stercarva était déjà pris du côté de Guermantes…

Après avoir publié un numéro dédié à Proust et les polytechniciens (N° 785, mai 2023), Alix a réussi le tour de force d’en faire défiler les dix auteurs depuis Jérôme Bastianelli (X 90, patron du musée du quai Branly et président des amis de Proust, notre lettre de décembre 2022) jusqu’à Yohan Boulard (X 19) en passant par Antoine Compagnon (X 70, académicien, auteur de Proust du côté juif, notre lettre de mars 2022) et François Mayer (X 45, trompettiste aux Dixieland Seniors, auteur de La digue de sable, qui devrait avoir le prix Goncourt, notre lettre d’août 2022) et bien d’autres. Ce défilé s’est tenu dans un lieu approprié, l’hôtel Le Swann, 15 rue de Constantinople, un lieu éminemment proustien. La maitresse de cérémonie y arborait une tenue qui ne serait pas passée inaperçue chez Madame Verdurin !

Un dernier mot pour ceux qui me soupçonneraient de flagornerie, sachant que je fais des pieds et des mains depuis plus d’un an pour que mes portraits soient publiés dans la Jaune et la Rouge : je crois savoir qu’ils vont l’être enfin, dès cet automne !

Actualités

–        Le prix Maurice Allais (X 31), prix de science économique créé en 2013 par sa fille Christine en hommage à son père, prix Nobel d’Economie 1988, a été décerné le 2 juin dans l’espace Maurice Allais de l’Ecole des Mines de Paris par un jury présidé par le professeur Bertrand Munier à Odran Bonnet (M 11), Guillaume Chapelle, Alain Trannoy et Etienne Wasmer pour un article intitulé « Land is back, it should be taxed, it can be taxed » (European economic review, 2021).

Les lauréats et le jury du Prix Maurice Allais 2023

L’intention des auteurs, reprenant une idée chère à Allais, est de remplacer des taxes existantes par une taxe sur la valeur des terres. On sait hélas qu’en France tout nouvel impôt ne remplace pas les impôts existants mais s’y ajoute…

 

–        Jacques Attali (X 63) sort son 82ème livre : Le monde, mode d’emploi.

Sous-titré Comprendre, prévoir, agir, protéger, il nous explique en préambule : « J’ai rassemblé ici, aussi clairement que possible, sans langue de bois et sans rien cacher des enjeux, tout ce que chacun devrait savoir sur la marche du monde et son avenir. Tout. Des mécanismes du pouvoir aux enjeux de la science. De l’histoire à la technologie. De la finance à la politique. De la géopolitique à l’écologie. De la culture à l’éthique. Des luttes sociales aux combats des femmes et des minorités… Flammarion, mai 2023, 304 p.

Patrice Holiner dirige le te Deum de Charpentier à St Germain des Prés
Valéry Giscard d’Estaing
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  • Valéry Giscard d’Estaing (X 45) donne son nom à la partie du quai Anatole France qui longe le musée d’Orsay, non loin du quai Conti où, ayant voulu être Flaubert ou Maupassant, il avait été élu en 2003 au seizième fauteuil à la place de Léopold Sedar Senghor, avec 16 voix de plus que Balzac !
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  • Patrice Holiner (X X, notre lettre d’octobre) a dirigé avec maestria le 10 juin un concert de l’Orchestre Via Luce et l’Ensemble vocal de l’X dans le Te deum de Charpentier et le Gloria de Vivaldi dans l’abbaye de Saint Germain des Prés. Toutes nos félicitations aux 5 solistes, aux 18 instrumentistes et aux quelques 50 choristes dont nombre de jeunes camarades et à Patrice Holiner, qui a bien mérité son diplôme de polytechnicien d’honneur bien qu’il ait dû renoncer in extremis, sous la pression de je ne sais quel groupe de pression, à entonner la traditionnelle Marseillaise à l’issue du concert. J’ose espérer qu’il ne s’agit pas de ce que Le Monde Campus, (30 mai 2023) désigne par « mal-être des élèves étrangers » ?
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  • Jean-Marc Jancovici (X 81, notre lettre de mars 2022), grand écologiste devant l’Eternel, auteur de Un monde sans fin, BD dont les ventes talonnent celles de Harry Potter voire de la Bible, n’hésite pas à enfoncer le clou dans la plaie en proposant que les habitants des pays développés ne soient autorisés qu’à faire 4 voyages en avion dans leur vie. En quelque sorte, en détournant l’objurgation faussement attribuée à Raymond Cartier, qu’ils aillent plutôt en Corrèze qu’au Zambèze. Adepte du calcul coût-avantages, que j’ai professé naguère, il propose aussi que les décisions soient prises en fonction de leur rentabilité écologique. Il propose ainsi que les vieux soient moins bien soignés que les jeunes, ce que Luc Ferry, qui est quelquefois mieux inspiré, n’hésite pas à qualifier de nazisme, alors que tout le monde sait que l’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé est l’un des critères de choix des traitements lourds dans tous les pays développés, France compris. C’est un rescapé tant du nazisme que d’un lymphome qui le dit !
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  • Marwan Lahoud (X 83), président de l’AX depuis 2019, a fait ses adieux lors de l’assemblée générale de l’AX tenue le 19 juin dans une salle clairsemée de la Maison des X plus 27 en ligne. Outre les résolutions classiques, largement adoptées, l’assemblée a procédé à un sacré rajeunissement en élisant 4 X du 3ème millénaire : Antoine Huard (X 07), Alice Albizzati (X 06), Mathieu Audouy (X 21) et Anne-Laure de Chammard (X 02), tous proposés par le comité de recrutement, et a approuvé la création de 3 nouveaux groupes X, dont le Groupe X actifs de Provence, brillant oxymore, ou le Groupe X féministes d’Afrique noire, théoriquement ouvert aux mâles blancs… J’ai proposé aux 5 battus, Pierre Couveinhes (X 70), qui avait pourtant eu l’onction du comité de recrutement, Marie-Louise Tronc (X 74), Tru Do-Khac (X 79), Patricia Langrand (X 83) et Franck Poirrier (X 79),de créer le Groupe X Refusés, dont je serais naturellement membre de droit vu mes antécédents !
Marwan Lahoud avec son cadeau de départ
Loic Rocard

Réuni le lendemain, le conseil a élu Loïc Rocard (X 91) à sa présidence. J’espère que ce brillant fils de Michel Rocard veillera à la suppression de ce décalage temporel qui date de l’époque des diligences, quand il fallait plusieurs jours pour dépouiller les votes. L’assemblée d’HEC, qui s’est tenue quelques jours avant celle de l’AX, devant plusieurs centaines d’alumni, dont moi, a résolu élégamment cette question en prévoyant une césure de quelques minutes au milieu de l’AG pour permettre au conseil nouvellement élu de choisir son président. J’espère aussi qu’il relancera les grands magnans, que j’avais lancés en 2013 et qui sont tombés en désuétude quelques années après avoir été pris en charge par l’AX, et je l’autorise à mettre en œuvre les autres mesures qui figuraient dans mon programme électoral 🙂

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  • Henri Poincaré (X 1873) et l’École polytechnique : du serpent major à Point K – Henri Poincaré entrait à l’X il y a 150 ans, le 2 novembre 1873. Cette grande figure de la science déborde tout projet d’exposition tant par l’ampleur de son œuvre que par la multiplicité de ses implications sur les scènes scientifiques, le monde technique, le champ philosophique ou la sphère publique. Mais elle permet aussi de porter un regard original sur une École polytechnique alors en pleine évolution : si Poincaré a souvent été célébré comme un savant universel, c’est sous l’angle particulier de sa relation avec son école que l’envisage cette exposition que vous pouvez voir au Mus’X du lundi au vendredi de 9 h à 17 h (et le samedi pour les groupes, sur inscription). Parmi les nombreux trésors exposés, vous pouvez voir ses notes dithyrambiques, sauf en lavis, les vains efforts de Gnouf pour le convaincre d’y aller, son buste par Joseph Cartier, sa silhouette sur la Fée électricité de Dufy, ses nombreuses  démonstrations, dont celle de l’innocence de Dreyfus ou son uniforme d’académicien, qui montre que ce n’est pas lui qui a démontré l’égalité tgX=0 mais Antoine Compagnon (X 70, notre lettre de mai). Cliquez ici pour plus de détails.

Courrier des lecteurs

  • Cher Hubert, je ne manque jamais de lire tes portraits de polytechniciens Xtraordinaires et te remercie pour ce travail de mémoire. Je me permets de suggérer de t’intéresser à Jean-Pierre Brulé (X 50) qui a une page sur Wikipédia. Je ne l’ai pas connu personnellement, mais je suis passé par la division militaire d’IBM qu’il a créée. Amicalement.  Hubert Jacquet (64). Bien noté, merci. HLL.
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  • René Bloch (43), que j’ai à peine connu au Centre d’essais des Landes et bien mieux plus tard quand j’étais conseiller industriel du ministre et lui conseiller du président de General Electric, était Ingénieur général du génie maritime. Au moment de la fusion des corps militaires en corps des ingénieurs de l’armement, il a refusé d’enlever une rangée de boutons à sa vareuse d’où son surnom l’amiral. Après un accident survenu à un missile M4, où les équipes qui sont devenues les miennes quelques années plus tard avaient une responsabilité certaine, Collet-Billon père, théoriquement directeur central de Bloch, envoie une mission d’inspection. Le « roi René » Bloch a interdit l’accès du PC champ de tir aux inspecteurs, tout en les traitant : séjour à la résidence des Écureuils, repas pantagruéliques, réunions de travail avec lui seul. Le rapport d’inspection se concluait : « l’IGA Bloch considère que si sanction il devait y avoir, ce serait lui qui devrait être sanctionné ». Il a été quitte avec une bonne engueulade de son ancien camarade Collet-Billon (X41) également ancien des FFL. Il est vrai que l’IGA Bloch connaît bien les sanctions militaires aveugles. Alors qu’il était le second de Bonte à la Direction des affaires internationales du Ministère des armées, s’apprêtant à prendre la succession de son chef appelé à devenir directeur des constructions aéronautiques, l’affaire des vedettes de Cherbourg les a fait évincer tous les deux. Bonte n’a plus eu que des postes de second rang et Bloch a été exilé à Biscarrosse. Ce fut la meilleure nouvelle jamais arrivée au Centre d’Essais des Landes où j’ai eu l’honneur de commencer ma carrière. Marwan Lahoud (84).
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  • Merci beaucoup pour ce portrait. Pour l’activité média chez Orange que j’ai créée et dirigée pendant 6 ans, avec mes équipes nous avons réalisé plusieurs premières mondiales dont le premier service de télévision de rattrapage sur tous les écrans y compris mobiles et surtout le premier service au monde de Vidéo à la demande à l’abonnement (SVOD) : un Netflix européen avant que Netflix existe… Mille mercis pour ton soutien. Patricia Langrand (83). Bravo pour ta candidature. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre… HLL
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  • Merci cher Hubert ! J’aime beaucoup ces envois où tu nous racontes la vie des X qui le « valent bien » pour m’exprimer comme l’une de nos grandes firmes. J’ai bien ri quand tu as écrit sur Mme Langrand à qui on a préféré « une simple centralienne » pour diriger France Télévisions 🤗. Je ne me lasse pas de lire ta prose ! M-P. Samitier (Fr 2).
  • De manière totalement partiale, mais j’espère, utile, je te signale le parcours de ma femme : Isabelle Mordant, qui mériterait d’apparaître dans ton blog de polytechniciens extraordinaires. Xette 92, elle a dû se dévouer à l’éducation puis l’accompagnement de nos 2 fils et surtout du premier Thomas : atteint d’une maladie génétique rare, ne pouvant ni écrire, ni tenir assis, il a réussi à faire une scolarité de premier plan : bac mention très bien avec 3 ans d’avance, entrée à l’ENS Ulm, concours mathématique. Thomas vient de soutenir sa thèse en géométrie algébrique à Orsay, à 24 ans. Ce parcours exceptionnel a malheureusement été jonché de multiples obstacles, surmontés avec pugnacité et conviction. Isabelle est aussi auteur de l’ouvrage Mystère de la Fragilité, aux éditions du Seuil, qui a reçu le prix Montyon de l’Académie Française. Au-delà du témoignage, ce livre appelle à une évolution du regard de la société sur la différence et à la reconnaissance de la valeur de toute vie. Pour mémoire, notre second est X2018 ! Bien cordialement.  Paul Mordant, X92. C’est fait ! HLL.
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Dernière heure

A peine son successeur Loïc Rocard (X 91) nommé à la tête de l’AX, Marwan Lahoud (X 83) a démissionné de ses fonctions de membre du conseil d’administration de l’AX et en a été nommé président d’honneur, conformément aux usages.

Pierre Couveinhes

De ce fait, Pierre Couveinhes (X 70), premier refusé, a démissionné du groupe X refusés auquel il venait d’être inscrit d’office, pour prendre la place que Marwan venait de libérer.

Je m’étais demandé, comme beaucoup d’entre vous, pourquoi le comité de recrutement avait choisi 5 candidats alors qu’il n’y avait que 4 postes à pourvoir. Voilà l’explication : c’était un coup monté, le comité savait que Marwan allait démissionner !

Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Démographie

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #19

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • René Bloch (X 43), amiral

Né à Francfort en 1923 de David Bloch, industriel juif alsacien et de Irma Benjamin, petit-fils du rabbin de Saverne, René Bloch fait ses études à Strasbourg, Paris, Limoges et Alger où sa famille s’est réfugiée au début de la guerre. Il s’engage dans les FFL en 1942, ce qui ne l’empêche pas d’être reçu second au concours de l’X, dont une partie était alors organisée à Alger, dans la promo dite « 43A ». Affecté à l’Ecole des élèves aspirants de Cherchell, il devient officier de la 1re Division de la France libre et prend part à la campagne de Tunisie et d’Italie et au débarquement de Provence à Cavalaire en août 1944. Il n’entre à l’X qu’en septembre 45, avec les promos 42 et 43 A, B et C, comme expliqué par Gérard Brunschwig (X 43) dans la Jaune et la Rouge de septembre 2001.

Sorti de l’X en août 1946 dans le Génie Maritime (GM, devenu Armement), il accumule les peaux d’âne avec une licence de sciences physiques à l’Université de Paris, un master of Art à Harvard en 46, l’Ecole du GM en 47, Supaéro en 48, où il côtoie Serge Dassault (X 46) et le CPA (devenu MBA d’HEC) en 1950, sans parler de l’Advanced management program de Harvard en 68 ! Affecté au Service aéronautique des constructions navales de Toulon en 1952, il s’occupe notamment du développement du Breguet 1150 Atlantic, un grand succès de coopération internationale. Très apprécié par Pierre Messmer, alors ministre des Armées, il devient en 1965 directeur des Affaires internationales puis en 1969 directeur du Centre d’études des Landes, où sont testés les missiles de notre Force de dissuasion, poste qu’il conservera jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 qui le mettra en « disgrâce active ». Il n’aura plus de poste à sa mesure et sera à regret admis à la retraite en 1985. Nommé membre (1987) puis président (1998) de l’Académie de marine, il continuera à œuvrer comme ingénieur conseil pour diverses sociétés. A sa mort en 2016, les honneurs lui sont rendus dans la cour des Invalides avec un vibrant éloge de Jacques Godfrain, président de la Fondation Charles de Gaulle et d’Olivier Dassault, fils de Serge, mort en 2021 dans un accident d’hélicoptère. Emmanuel Hecht, qui vient de lui consacrer une biographie (Perrin, 2023), le qualifie d’ingénieur d’ancien régime ! Il s’était marié à l’âge de 50 ans avec une grande pianiste Lucienne Marino. Il n’avait pas digéré que les ingénieurs du GM deviennent en 1968 ingénieurs de l’Armement et appréciait qu’on continue à l’appeler gentiment Amiral Bloch. Il était Grand officier de la Légion d’honneur et avait reçu de nombreuses décorations étrangères mais la médaille qu’il préférait était Pingouin d’honneur de l’Aéronautique navale !

Alain Crémieux (X 55) lui a consacré une notice dans la Jaune et la Rouge de mars 2017, intitulée la passion de la France. Son successeur à l’Académie de marine, le contre-amiral Jacques Petit a prononcé son éloge funèbre le 18 décembre 2019.

On ne connait pas les liens de René avec son homonyme Albert Bloch, dont il est beaucoup question dans la Recherche, ainsi que dans Proust du côté juif, le dernier livre d’Antoine Compagnon (X 70, cf infra),  ni avec Richard Bloch (X 1872) ou Marcel Bloch (X 1901), deux as de l’aviation dont il parle dans Proust du côté polytechnicien dans la Jaune et la Rouge de mai 2023 (p 32).

  • Gustave Eiffel (X honoris causa)

Gustave Bonickhausen, dit Eiffel, n’est pas polytechnicien mais centralien. Personne n’est parfait ! Mais il a bien mérité de cette confrérie. Jugez-en : il a fait inscrire en lettres d’or sur le bandeau qui court autour du premier étage de la Tour les noms de 72 savants dont 34, soit près de la moitié, seraient sortis de l’X. Si on en enlève les 15 savants nés avant 1775, qui n’ont donc pas pu entrer à l’X, on obtient un ratio de 60 % de polytechniciens. Cet honneur fait à notre école valait bien à Gustave Eiffel d’être nommé X d’honneur, comme l’ont été avant lui Patrice Holiner et Pierre Laszlo.

Les 72 scientifiques de la Tour Eiffel

Ces noms, apparemment classés dans le désordre, sont assez grands pour pouvoir être vus depuis le sol. On ne sait comment Eiffel les a choisis, si ce n’est qu’il n’y a aucune femme, pas même Sophie Germain, et que ce sont uniquement des Français qui ont vécu après la Révolution et qui étaient morts lors de l’inauguration de la Tour, qui célébrait le centenaire de la Révolution, sauf Fizeau et Chevreul, morts peu après. Un autre critère, un peu curieux, est que leur nom ne pouvait faire plus de 12 lettres !

J’offre un exemplaire de Portraits de polytechniciens par Christian Marbach au premier qui me donnera la liste intégrale des 34 X, avec prénom courant et promotion. Mais attention aux pièges : seuls les noms patronymiques sont inscrits sur la Tour et certains prénoms proposés par Wikipedia sont sujets à caution …

Il serait intéressant de savoir si ce travail a été réédité pour le bicentenaire de la Révolution en 1989 ?

  • Nicolas Gaudemet (X 98), iconoclaste
Nicolas Gaudemet

Après le collège Lakanal à Sceaux, puis Louis-le-Grand et Saint-Louis à Paris, Nicolas entre à l’X en 98 et en sort dans le Corps des Ponts – où il suit le MBA de l’Ecole des Ponts Business School. Il complète sa formation à l’Institut Multi-Médias et en IA à Stanford. Il débute sa carrière à la direction du Trésor avant d’être nommé chef de l’audiovisuel public au ministère de la Culture en 2006 puis d’entrer chez Orange où il reste de 2008 à 2017, un record pour ce touche-à-tout ! Il prend en 2017 la tête du pôle Culture de Fnac Darty qu’il quitte en 2018 pour diriger le cabinet de Mounir Mahjoubi, Secrétaire d’Etat au Numérique. Il rejoint en 2020 Onepointune société de conseil et de technologie créée en 2002 par David Layani, qui vient de le nommer Chief AI Officer, pour accompagner la transformation de l’entreprise et de ses clients dans le domaine de l’intelligence artificielle. 

Nicolas a écrit La fin des idoles, une critique sévère de notre univers médiatique (Ed. Tohu Bohu 2018, prix Jules Renard, 2019, voir la Jaune et la Rouge de juin 2018). Ce roman a été adapté en 2020 en série audio par Nextory. Il a également créé la collection Fidelio chez Plon où il vient de sortir deux opuscules, l’un sur Yukio Mishima et l’autre sur Jim Morrison.

Cliquez ici pour plus de détails sur Nicolas, une véritable idole des médias ! 

  • Patricia Langrand (X83), artiste

Née en 1963 à Marseille de deux professeurs, Patricia Bonnet entre à l’X en 1983. Elle en sort dans les Télécom comme son mari Franck Langrand (X 63) avec lequel elle a un enfant. Elle commence sa carrière chez France Télécom dont elle est directrice du marketing stratégique en 1992. Elle passe en 1996 au ministère des finances comme sous-directeur de l’Électronique grand public, de l’audiovisuel, des réseaux et des télécoms puis pantoufle en 1999 chez Canal+ comme directeur de l’Innovation et directeur technique. Elle revient en 2002 chez Orange comme directrice de cabinet de Thierry Breton puis directrice générale des activités Media. En désaccord avec Didier Lombard (X 62), elle saute à nouveau le pas en 2009 pour devenir vice-présidente exécutive chargée du Business développement, de l’innovation, du marketing et de la communication de Steria.

Patricia Langrand à Art Paris 2023

Patricia quitte Steria en 2015 pour se présenter à la présidence de France Télévision, dont elle était administrateur depuis 2009 mais le CSA lui préfère Delphine Ernotte, une simple centralienne ! Elle se console avec des tas d’activités dont administrateur d’Eurovision Services, Membre du Comité d’Audit des JO de Paris 2024, DG de MMBu et … artiste-peintre ! Paysagiste passionnée, elle a suivi à l’X les cours d’Hervé Loilier (X 67) et peint à ses moments perdus (elle en a !) des tableaux qui rappellent son enfance marseillaise et sa résidence à la Ciotat. Cliquez ici pour plus de détails. Un tel éclectisme suffirait à justifier sa présence dans cette lettre. Mais ce n’est pas tout : elle est candidate au conseil de l’AX. Candidate libre !!

Cette année, il y a 9 candidats pour 4 postes. Je rappelle à ceux qui trouvent normal qu’il y ait plus de candidats que de postes que cette situation est très récente. Jusqu’à ce que je rue dans les brancards pendant plusieurs années – d’où la création de ce blog, qui a maintenant changé de ligne éditoriale – les candidats étaient cooptés par le conseil et tout candidat non coopté était poliment dissuadé de se présenter. Et cela marchait. Sauf avec moi ! A la septième fois, les murailles tombèrent : Serge Delwasse (X 86) a été élu en 2021 alors qu’il était candidat « libre » ! Il subsiste toutefois de l’ancien régime l’existence d’un soi-disant comité de recrutement qui dit pour qui il recommande de voter. Mais pour montrer sa bienveillance envers les électeurs, il recommande 5 candidats, soit un de plus que le nombre de postes mais il en rejette 4 dont Patricia.

Je vous recommande donc de voter pour Patricia, ainsi que pour ses camarades d’infortune : Marie-Louise Casademont (X74), brillante organisatrice du grand magnan 2014, Tru Do-Khac (X79), le seul à m’avoir accompagné à une AG contestable et Franck Poirrier (X79), que je ne connais pas mais qui se dit magouilleur, c’est tout un programme !

  • Jean Peyrelevade (X 58), banquier
Jean Peyrelevade Par Marie-Lan Nguyen

Né en 1939 à Marseille de Paul Peyrelevade, professeur et de Nadia Benveniste, Jean entre à l’X en 1958 et en sort dans l’Aviation civile où il passe dix ans sur les grands programmes de construction aéronautique civile avant d’entrer au Crédit Lyonnais en 1973. Après l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République en 1981, il devient directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy, chargé des questions économiques, jusqu’au tournant de la rigueur de 1983. Puis il a été président de Suez (1983-86), de la banque Stern (1986-88), de l’UAP (1988-93) et du Crédit lyonnais, dont il assure le redressement après la période de fuite en avant de Haberer (1993-2003). Il passe ensuite dans des petites banques d’affaires (Toulouse, Léonardo, Degroof et Petercam) avant de devenir consultant indépendant en 2019, à 80 ans, loin des 62 ans auxquels s’accrochent ses amis du PS, dont il est membre depuis 1964, tout en soutenant Bayrou en 2007 et en faisant partie quelques mois de la petite équipe de conseillers politiques de Macron fin 2015 – début 2016.

Marié en 1962 avec Anne Chavy, qui lui a donné 4 enfants, Jean est diplômé de l’IEP de Paris et a un DES en sciences économiques. Il a enseigné l’économie à l’X de 1969 à 1993 et a été éditorialiste au Nouvel Obs. Il a écrit de nombreux ouvrages dont L‘économie de spéculation (1974), Pour un capitalisme intelligent (1993), France état critique (2011) ou Journal d’un sauvetage (2016). Dans le dernier, Réformer la France, qui vient de paraitre (Odile Jacob, 2023, 276 p), il décrit le fonctionnement du gouvernement Mauroy, selon lui l’unique gouvernement vraiment réformiste de la Ve République. Il propose en conclusion des pistes concrètes pour réformer la France d’aujourd’hui et affirme l’espoir d’une France réformiste, installée sur la voie de la guérison. Tâche apparemment sans espoir quand on voit comment les Français réagissent devant une mini-réforme des retraites ! Mais il est vrai que Guillaume d’Orange disait qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre…

Pour la petite histoire, en 1986, lorsqu’il était chez Suez, Jean avait été séduit par mon projet de banque sans guichet, alors dénommée Télémaque, projet révolutionnaire à l’époque, hélas abandonné suite à un changement de gouvernance. Poursuivi à la Société Générale sous le nom de Dynabanque, il était à son tour abandonné suite à la tentative de dénoyautage de la SG par Georges Pébereau (X 50, frère de Michel) et les « golden papys » avec l’appui de la CDC.

Lorsque j’ai créé X Sursaut en 2005, Jean m’avait accompagné pour mon examen de passage devant le conseil de l’AX réuni un soir au grand complet afin de statuer sur son agrément en tant que groupe X. Le débat était houleux, certains membres éminents étaient opposés à ce qu’ils considéraient comme une immixion des polytechniciens dans le terrain politique en violation des statuts de l’AX. Lassé, Jean s’est levé et a dit : « Messieurs, nous avons eu la courtoisie de venir vous demander votre agrément mais, si vous ne voulez pas nous le donner, nous n’en avons rien à f… ». L’agrément a été obtenu aussi sec !

  • Claude Riveline (X 56), intellectuel

Né en 1936 à Paris d’un père négociant en chaussures, dans une famille originaire de Lituanie, Claude entre à l’X en 56 et en sort dans le Corps des mines dont il est maintenant ingénieur général. Il commence sa carrière en Algérie dans le cadre du Plan de Constantine (61-62) puis fait un tour du monde avec une bourse de la Fondation Singer-Polignac (62-63) avant d’entrer à l’Ecole des mines de Paris comme chef de travaux d’exploitation des mines (63-67) puis comme professeur de gestion (1967-2006), donnant sur la base de ses recherches un cours original de gestion des organisations et d’évaluation des coûts aux ingénieurs civils et au Corps des mines. Il a fondé en 1967 un laboratoire pionnier : le Centre de gestion scientifique de l’Ecole des mines.

Claude Riveline

Parallèlement, Claude a éclairé la vie intellectuelle du judaïsme francophone dès ses premières participations aux Colloques des intellectuels juifs de langue française dans les années 60, côtoyant les plus grandes figures du monde de la pensée de l’après-guerre (Levinas, Neher, Jankélévitch, Wahl, Amado Lévy-Valensi, Léon Askénazi…). Figure majeure de la pensée juive contemporaine, il est un des derniers représentants de l’Ecole française de pensée juive.

Claude a écrit de nombreux ouvrages dont vous pouvez trouver la liste en cliquant ici. Il a aussi écrit de nombreux articles. C’est ainsi qu’il a écrit pendant des années une page « Idées » dans le Journal de l’École de Paris du management, un peu à la manière des Propos d’Alain. 60 de ces pages ont été regroupées en 2006 dans Idées, tome 1, un superbe livre de chevet qui vous fait du bien, selon la Jaune et la Rouge. Le tome 2 est sorti en 2019 avec de nouvelles réflexions éclairantes et malicieuses sur le management…

L’Institut Elie Wiesel a organisé une soirée en l’honneur de Claude le 10 mai à la mairie du XVIème arrondissement avec diverses personnalités dont Michel Berry (X 63) et Claude Trink (X 71).

Actualités

  • Elisabeth Borne (X 81, notre lettre numéro 5) vient de fêter son premier anniversaire à Matignon. Estimant que sa biographe Bérengère Bonte, auteur de La secrète, avait dépassé les bornes en divulguant des secrets, concernant notamment son orientation sexuelle et sa vie familiale, elle a demandé à la Justice que lesdits secrets soient occultés dans les futures éditions. Alors, si vous voulez en savoir plus sur ces secrets inavouables (?), achetez vite La secrète avant que la première édition soit épuisée.

Dépêchez-vous car la publicité gratuite que lui a faite notre Première ministre en la poursuivant a sans doute décuplé ses ventes ! A moins que le livre finisse au pilon si notre Maitre des horloges décide un grand remaniement à l’issue des Cent jours, qui n’ont pas porté bonheur à son prédécesseur il y a 208 ans ?

  • Antoine Compagnon (X 70, notre lettre numéro 1) s’est vu remettre son épée d’académicien le 10 mai à la BNF Richelieu par Michel Zink, de l’Académie française. Une épée en verre (tel Harry Potter !) faite par le joaillier Boucheron, avec un renard déguisé en hérisson sur le pommeau, le rappel de la torsade de la tangente polytechnicienne sur la poignée et, gravée sur sa lame, sa devise Zut, zut, zut, zut, dérivée du début de la Recherche du temps perdu, son livre de chevet.
Antoine Compagnon avec son épée invisible

Un chic à la promo 70 qui faisait partie de son Comité de l’épée.

Dans un habit vert de Balenciaga qui, contrairement à son épée, n’était pas transparent, il a été reçu le lendemain 11 mai au quai Conti pour, selon la coutume, faire l’éloge de son prédécesseur au fauteuil 35, Yves Pouliquen, mort en 2020. Grand opthalmologue, ancien président de la Fondation Singer-Polignac, Yves Pouliquen avait succédé en 2001 à Louis Leprince-Ringuet (X 20 N) élu en 1966 dans ce fauteuil qui avait été occupé de 1918 à 1931 par le Maréchal Joffre (X 1869).

Dans sa réponse, Pierre Nora l’a qualifié de militaire en littérature, en rappelant qu’il était fils d’un général saint-cyrien, petit-fils d’un colonel saint-cyrien et arrière-petit-fils d’un colonel polytechnicien, Charles Compagnon (X 1865), lequel était demi-boursier et fils d’agriculteur – l’aXcenseur social existait déjà sous le second Empire ! –  et qu’il était le mélange d’une érudition impeccable, implacable et d’une sensibilité littéraire qui n’a cessé de l’habiter… avec une place centrale au cœur des intérêts dont l’Académie est dépositaire, la langue, la critique, la littérature, qui rend son arrivée dans cette Compagnie précieuse, nécessaire, attendue.

Toutes nos félicitations et longue vie d’Immortel à ce véritable polytechnicien Xtraordinaire !

  • Patrice Holiner (X d’honneur) dirige un grand concert de l’ensemble vocal de l’X samedi 10 juin à St-Germain des Prés : Splendeur du baroque.

Au programme : Haëndel: Zadok the Priest, Charpentier: Te Deum, Vivaldi: Gloria.

Vous pouvez réserver vos places sur vialuce.fr.

  • Henri Poincaré (X 1873) est à l’honneur au Mus’X qui organise une grande exposition à l’occasion de son sesquicentenaire.

L’exposition ouvre le 5 juin et dure jusqu’à l’automne. Le mus’X est ouvert tous les jours sauf le dimanche.

–        Laure Thibaut née Provost (X 84), née en 1966, professeur de maths à l’Institut Notre-Dame, ancienne élève de Blanche de Castille puis de Louis le Grand, vient de sortir avec son mari Michel un livre qui donne une vision croisée du parcours de deux cadres : Le combat d’une vie, ou comment être polytechnicienne et mère, et s’affranchir des réseaux (Le lys bleu, 2023).

Confrontés aux dysfonctionnements de la société actuelle, Laure et Michel se sont attachés à y faire face tout en conservant leurs valeurs. Comment être une femme cadre supérieure ? Comment concilier vie professionnelle et vie privée ? Comment lutter contre l’emprise des réseaux en privilégiant les compétences ? Autant de questions qu’ils illustrent avec leur vécu, tout en proposant des pistes de réflexion et d’amélioration.

Léonce Verny

Ingénieur du Génie Maritime, Léonce Verny dirigea à partir de 1865 la construction de l’arsenal naval de Yokosuka, permettant au Japon de commencer sa modernisation.

Clément Altman (X 2012) lui a consacré un article dans la Jaune et la Rouge (déc 2014).

Vous pouvez réserver l’ouvrage au prix de souscription de 25 € au lieu de 32 € jusqu’au 31 mai. Cliquez ici pour plus de détails.

François Villeroy de Galhau © Eric PIERMONT © 2019 AFP

Gouverneur de la Banque de France, vient de remettre sa lettre annuelle au Président de la République. Intitulée Comment la France et l’Europe vont vaincre l’inflation, il y insiste sur la priorité qui doit être donnée à la lutte contre l’inflation. Il pense que l’inflation devrait rapidement redescendre sous les 2 % mais n’exclut pas quelques nouvelles hausses des taux de la BCE. Il recommande de sortir absolument du « quoi qu’il en coûte » et de réussir à augmenter les capacités de production grâce à 2 transformations au niveau européen : énergétique/ climatique et numérique, et 2 spécifiquement françaises : transformation publique et surtout, dans un dialogue social relégitimé, transformation du travail, qui doit être collectivement plus abondant, et individuellement plus qualifié et plus attractif.

Courrier des lecteurs

  • Cher Hubert, Bravo pour ce mail très intéressant ! Amitiés. Jean Beunardeau (83).
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  • Cher camarade, bravo pour ces, portraits passionnants. En attendant que quelqu’un se lance dans ton portrait, je ne sais pas si tu as déjà fait celui de Jean Peyrelevade ? Je le connais bien, pour moi c’est un homme remarquable, malgré ses « erreurs de jeunesse » de nationalisations en 81. Je l’ai connu président du Crédit Lyonnais, lis ce qu’il écrit, et le vois de temps en temps. C’est le portrait de Philippe Herzog qui m’y a fait penser (X de gauche de quasiment la même promo). Avec toute mon admiration pour ton énergie débordante et ta contribution à la vie de l’AX et de l’X et des X. Pierre Debray (84). Merci de ton gentil message. Mon portrait a été fait par Pierre Laszlo dans la J et la R de  numéro 776. Reste ma nécro si tu veux mais je ne suis pas pressé 🙂 Concernant Peyrelevade, je l’adore. Je raconterai comment il a convaincu l’AX de donner son agrément à la création de X Sursaut qui suscitait des réactions variées… HLL
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  • Bonjour cher ami, Toujours un grand merci pour vos envois avec ces personnalités judicieusement présentées et si variées. Je vous propose un garçon atypique: Maxime Radmacher, X2014, ancien GénéK au parcours très original et parfaitement réussi. Vous pouvez le joindre de ma part, nous nous connaissons bien…. Bien à vous et bonne continuation. Patrice Holiner (X d’Honneur). Bien noté, merci, je le mets sur ma liste d’attente. Et au 10 juin. HLL.
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  • Je suis tombé, par un hasard de librairie, sur une biographie de l' »AMIRAL » René BLOCH (X 43), homme tout fait remarquable, qui a par ailleurs toujours préféré son titre d' »Ingénieur général du Génie maritime ». Cela pourrait relever d’une hagiographie, mais non, mon admiration de simple lecteur a été sollicitée par la précision, certes parfois un peu trop lassante, de ses hauts faits, guidés par une magnifique personnalité. Amicalement. Georges Jaskulké (55). Merci, je le mets sur ma liste d’attente, juste derrière Gilles Bloch (81). HLL
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  • C’est très bien Hubert, et merci. Avec juste deux erreurs (ce qui est beaucoup pour un polytechnicien !) … Amitiés. Jean Peyrelevade (55).  Merci, j’ai rectifié cf supra). HLL
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  • Cher Hubert, je me sens tout petit (mais tout fier) à côté des camarades de cet opus, qui, effectivement, sortent de l’ordinaire. Merci de ce clin d’oeil sympathique.  Amikhtiés. Rolland Russier (67).
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  • Bonjour Hubert, j’espère que tu vas bien. Qu’il soit « mainstream » ou « bifurquant » , Xtraordinaires apporte à l’élève-ingénieur polytechnicien une galerie de rôle models et de soft skills. Merci à toi pour cet outil ! Tru Do-Khac (X79).  Merci de ton message. Je suppose que les 17 et 18 sont partis dans les spams, pour le plus grand plaisir de Michel Berry qui n’a donné aucune suite au déjeuner tripartite organisé par Marwan Lahoud pour tenter de le convaincre de publier mes lettres dans la Jaune et la Rouge…HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut

Portraits de polytechniciens Xtraordinaires #18

« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »

Voici la dernière moisson de polytechniciens, jeunes et vieux, vivants et morts, qui ont attiré mon attention au cours du mois écoulé.

  • Jean-Paul Bouttes (X 77), énergéticien
Jean-Paul Bouttes

Fils de Jacques Bouttes (X 52, ingénieur général de l’Armement, président de l’AX de 1982 à 1986) et père de David (X 06), Jean-Paul est né en 1957 à Neuilly sur Seine. Après des études préparatoires à Janson, il entre à l’X en 1977 et en sort dans le corps des administrateurs de l’Insee qu’il quitte rapidement pour entrer à EDF en 1982 où il finit comme directeur de la stratégie et de la prospective et chef économiste en 2007.

JP vient d’écrire un rapport sur La transition énergétique (Fondation pour l’innovation politique, Fondapol, 2 tomes, 2023). Le premier volume rappelle les décisions qui ont permis le déploiement rapide du programme nucléaire français dans les années 1960-75 et rend hommage aux ingénieurs qui, grâce à l’impulsion donnée par le Général de Gaulle et Georges Pompidou, ont été les artisans de cette réussite : Besse (X 48), Giraud (X 44), Guillaumat (X 28), Hug (X 49), Massé (X 16) …

Souveraineté énergétique par JP Bouttes

En s’appuyant sur l’analyse des réussites des Américains et des Chinois, le second volume passe en revue les erreurs qui ont abouti à la situation catastrophique actuelle du secteur électrique et de l’industrie française et décrit les conditions pour qu’un Etat stratège et pédagogue réalise une transition énergétique cumulant coût abordable, sécurité d’approvisionnement et respect de la planète Terre. Vaste programme !

Les travaux de JP résonnent avec ceux de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France. Rédigé par Antoine Armand, député Renaissance, arrière-petit-fils de Louis Armand (X 24), le rapport de la commission pointe six grandes erreurs qui ont conduit la France à accumuler un retard considérable en souveraineté énergétique et en tire six leçons générales et six chantiers opérationnels déclinés en 30 propositions à mettre en avant pour les décennies à venir.

J-P a été conseiller scientifique de l’Inria (1986-93) et professeur chargé de cours de sciences économiques à l’X (1992-2004). Ila également été membre du Comité d’orientation de la Chaire Développement Durable à l’X et professeur invité de North China Electric Power University à Pékin. Parmi ses œuvres, on peut citer une brochure sur L’Europe de l’électricité (IFRI, 2016, avec François Dassa), un livre audio sur L’énergie, histoire et enjeux (Frémeaux, 2022, avec Dominique Bourg) et un gros rapport sur Les déchets nucléaires (Fondapol, 5 tomes, 2022).

  • Philippe Herzog (X 59), eurocommuniste
Philippe Herzog

Philippe est né en 1940 à Bruay-en-Artois. Son père était ingénieur métallurgiste, grand prix de la recherche scientifique nationale, ses grands-parents paternels juifs croates morts à Auschwitz en 1943. Après des études à Nancy puis au lycée Saint Louis, il entre à l’X en 1959 et y crée un groupe de gauche. Il en sort dans le corps des administrateurs de l’INSEE et s’illustre avec la création d’un modèle macroéconomique dénommé ZOGOL (contraction de Herzog et du co-auteur Olive). Il enseigne l’économie comme professeur des universités de 1969 à 2004, notamment à Paris X Nanterre. Membre du PCF dès 1965, il y a un rôle actif au Comité central et au Bureau politique, dirige la revue Économie et politique mais il le quitte en claquant la porte en 1996, en plein XXIXe congrès, en raison de ses divergences sur l’Europe et regrettant que le PC n’ait plus de projet. Il a été député européen, conseiller spécial auprès de Michel Barnier, Commissaire au Marché intérieur et aux Services, membre du Conseil économique et social, membre du Conseil d’Analyse économique. Militant passionné de l’Europe, il est membre du Conseil de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe et président fondateur de l’association Confrontations Europe qu’il a créée en 1991 avec Michel Rocard. Depuis une vingtaine d’années, il poursuit une recherche d’ordre philosophique et historique sur la civilisation européenne.

Philippe a trois enfants de son premier mariage avec Helen. Il s’est remarié en 1994 avec Claude Fischer, fondatrice des Entretiens Européens et Eurafricains et animatrice d’Open world, un Cercle cinéphile.

Il a écrit de nombreux ouvrages dont La France peut se ressaisir (1987), D’une révolution à l’autre (2018) ou Les failles de la raison, pour un nouveau discours de la méthode (2022, la Jaune et la Rouge, avril 2023). Il est chevalier de la Légion d’honneur. Cliquez ici pour plus de détails sur sa carrière. 

  • Robert Hirsch (X 32), grand commis de l’Etat
Robert Hirsch lieutenant à Tours en 1937

Né en 1912 à Paris de Jules Hirsch, industriel et de Naïda Ach, Robert Henry Hirsch fait sa prépa à Janson et entre en 32 à l’X dont il sort dans l’Armée de l’air. Il vole d’abord sur Bloch 200, avec lequel il fait des prouesses en septembre 39 puis sur LeO451. Descendu en flammes par la Luftwaffe en mai 40 sur la route de Montcornet (là ou de Gaulle tentait d’arrêter les Allemands), il poursuit son action jusqu’à l’Armistice puis entre en Résistance sous le nom de Lassus.

Robert Hirsch en fin de carrière

Après la guerre, Robert a différentes fonctions administratives : Préfet de Charente Maritime, directeur général de la Sûreté nationale, période pendant laquelle survient l’affaire des fuites, préfet de Seine inférieure, préfet Igame de la Région Nord. Il est administrateur général du CEA de 1963 à 1970, période d’intense activité tant en matière de nucléaire civil, avec la guerre des filières, gagnée par le PWR américain contre l’UNGG français en 1969, et la mise en service du réacteur à neutrons rapides Phénix en 1973, qu’en matière militaire avec notre première bombe H qui explose dans le Pacifique en 1968. Il devient ensuite Pdg du Gaz de France en 1970, de la Sodern (Société anonyme d’études et de réalisations nucléaires) en 1975, de LEP (Laboratoires d’électronique et de physique appliquée) et de TRT (Télécommunications radio-électriques et téléphoniques) en 1980.

Outre ses fonctions de management, Robert a été Administrateur d’EDF, du CNES, d’Elf-Aquitaine, de La Radiotechnique et Président du Comité permanent des réformes administratives.

Il avait épousé en 1937 Jacqueline Ogé qui lui a donné 5 enfants (par ordre alphabétique !) : Antoine, Brigitte, Catherine, Daniel, Elisabeth. Il avait reçu de nombreuses décorations dont Grand-Officier de la Légion d’honneur et Médaille de la Résistance. Il est mort en 2003 à Gif-sur-Yvette. On trouve deux articles sur Robert Hirsch dans la Jaune et la Rouge mais il ne s’agit que de son illustre homonyme de la Comédie française…

  • Vincent Luciani (X 05), artefacteur
Vincent Luciani

Né à Paris en 1985 d’un père chercheur en physique théorique à l’X, d’origine corse et d’une mère éditrice d’origine iranienne, Vincent fait ses études secondaires à Lakanal (Sceaux) puis sa prépa à Henri IV. Il entre à l’X en 2005 et manifeste rapidement son sens de l’action collective en étant membre de l’équipe de handball, son sens de l’organisation en étant président de l’association Point Gamma (2007) et son sens du concret en complétant son diplôme de l’X par un mastère en management stratégique (HEC 2009), tout en se ménageant des temps de repos pour s’oxygéner sur ses terres corses en arpentant le GR 20.

Après quelques mois comme analyste chez Axa Private equity, devenu Ardian (2009-10), Vincent entre en 2010 chez McKinsey comme project manager pour l’aéronautique puis fonde en 2014 avec Guillaume de Roquemaurel (X 03)  Augusta consulting, société de conseil en marketing et publicité, spécialiste de data driven marketing, qui fusionne en 2016 avec Little big data, spécialiste de data creativity, puis en 2017 avec l’agence de medias Net Booster, cotée sur Euronext, pour devenir Artefact, une alliance unique entre experts du marketing digital et pionniers des technologies data, réunis autour d’une même vision : faire du marketing un service. Pour les annonceurs, comme Accor, Carrefour, Estée Lauder, Orange, l’Oréal ou Seb, Artefact c’est « Art » (intuition et créativité) et « Fact » (Data science) et c’est aujourd’hui un leader dans le conseil et le service en Data et IA avec 1300 collaborateurs.

Marié avec une restauratrice d’oeuvres d’art anciennes, Vincent a deux filles. Il figure sous le numéro 25 dans le Choiseul 100 de cette année (les 100 dirigeants français de moins de 40 ans qui vont compter, selon l’Institut Choiseul). Vincent nous dit : On a le vent dans le dos, notre ambition est de créer un champion français et de le porter à l’échelle internationale. Bon vent, cher Vincent, la France a besoin de jeunes entrepreneurs comme toi, qui n’ont pas froid dans le dos !

  • Rolland Russier (X 67), voyageur
Rolland Russier

Rolland est né en 1948 à Valence (Drôme), dans une famille provinciale aisée. Son père était dentiste et il a 3 grands-parents instituteurs, bonne preuve que les X ne sont pas tous fils d’archevêques ! Il a toujours aimé les chemins de traverse. Il voulait être animateur sportif, il fit beaucoup de ski pendant ses études secondaires à Valence puis en prépa au Lycée du Parc à Lyon. Il réussit quand même à intégrer l’X mais ne fut pas un cocon lambda : GénéK ! Il en parlera dans un prochain livre…

A sa sortie de l’X, passionné non seulement de ski mais aussi de moto, il profite des nouvelles règles (merci mai 68) de remboursement de la pantoufle pour faire l’ENSPM (Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs). Il décide ensuite d’explorer le monde, avec cinq sous en poche comme Lavarède, à la recherche d’aventures et de lieux inattendus, et il a été servi ! Le hasard, un grain de folie aidant, lui fit côtoyer nombre de lieux magiques, mais aussi de précipices, où il faillit plusieurs fois sombrer.

Après 3 ans de voyage autour du monde, Rolland va vivre une passion pour le monde des grands projets de travaux publics et de transport avec Artelia, leader européen de conseil, ingénierie et management de projet, dont il a été un cadre fondateur. Mais il doit commencer par faire le CHEBAP (Centre de Hautes Études du Béton Armé et Précontraint) car son patron lui dit : « Russier, vous êtes polytechnicien, donc vous ne savez rien faire. Il vous faut une école d’application ».

Le bonheur de l’ingénierie, nous dit Rolland, est de voir en vrai le fruit d’années de rêves et de travail. La retraite venue, il vient d’écrire le récit de son voyage initiatique : Incessantes tribulations, sous-titré A la recherche des neiges perdues. Voyage, humour, aventure, insouciance ! Et la découverte de notre monde, beau et chaleureux parfois, souvent sombre ou sulfureux aussi : vaste programme, qu’il prend plaisir à mettre en mots, mêlant insouciance et humour à des pages plus sombres et dramatiques.

  • Pascale Sourisse (X 81), thalèsienne
Pascale Sourisse

Née à Nantes en 1962 d’un père médecin, ancien président de la Société française d’anesthésie et de réanimation et d’une mère également médecin, Pascale Dixneuf prépare l’X à Louis le Grand. Elle intègre l’X à 19 ans et en sort dans les Télécom. Après quelques sauts de puce pour se former à la Compagnie générale des Eaux (84-85), chez Jeumont-Schneider (85-86), France Télécom (87-90) et au ministère de l’Industrie (90-94), elle entre en 1995 chez Alcatel Space. Elle en est nommée PDG en 2001 et devient PDG d’Alcatel Alenia Space en 2005 suite à la fusion avec Alenia Spazio et PDG de Thalès Alenia Space et membre du Comité Exécutif de Thalès après le transfert des activités spatiales d’Alcatel à Thalès dont elle est nommée DG de la division Systèmes d’information et communication sécurisés en 2008 et PDG de Thalès International en 2013.

Pascale est commandeur de la Légion d’honneur et du Mérite. Elle a épousé en 1989 Rémi Sourisse, son camarade de promo, qui lui a donné deux enfants. Elle est administrateur de Renault et de Vinci et membre de l’Académie des Technologies. Solveig Godeluck lui a consacré un article dans le numéro spécial de la Jaune et la Rouge consacré aux Femmes de Polytechnique.

Passionnée de voile, comme tout breton qui se respecte, Pascale sait se faire respecter. Ne l’appelle-t-on pas la dame de fer ? Dixneuf serait d’ailleurs une déformation de Guezennec qui signifie combat en vieux breton !

Notes de lecture

  • L’engagement, par Arnaud Montebourg

Dans cette autobiographie, le démondialisateur raconte comment il a vécu la fermeture des hauts fourneaux de Florange, les déboires de Peugeot, la vente d’Alstom aux Américains, ses actions contre la technostructure, la bataille du Made in France pour une reconquête industrielle, ses démêlés avec Bruxelles et la confrontation avec Macron, Valls et Hollande, menant à la rupture et à la reconversion dans l’apiculture avec Bleu, blanc, ruche

Dédicace d’Arnaud à Hubert

Si nous donnons asile dans notre blog aux mémoires de l’ancien ministre du Redressement productif, ce n’est pas en raison de sa gentille dédicace mais pour sa plume acide contre ceux qu’il appelle le Cercle de la raison et les Enarques bercyens payés à vie pour passer d’un poste à un autre en s’évitant le moindre risque, et surtout pour ses portraits de polytechniciens pas piqués des vers. Jugez-en : Emmanuel Sartorius (X 69), auteur d’un rapport critique sur le groupe Peugeot en difficulté en 2012 : hardi et rusé qui ne s’en laisserait pas conter… guère causant, ne souriant jamais… que son austérité janséniste rassurait… Bernard Esambert (X 54) : un gaulliste pur sucre, amoureux de la France, un homme passionné et délicieux. Ambroise Roux (X 40), extraordinaire bâtisseur de la CGE. Serge Tchuruk (X 58) : tristement célèbre inventeur du concept idiot de la France sans usines. Mais c’est à Patrick Kron (X 73), dont il n’a pas digéré qu’il ait vendu Alstom à General Electric en 2014, qu’il réserve ses plus vives critiques, frisant quelquefois la diffamation : aimant à rappeler qu’il avait été major de sa promotion… une tête de biscuit manqué… un invétéré courtisan… cynique et odieux… tellement antipathique… Mais il n’épargne pas non plus les hommes politiques, y compris ses propres « amis » dont chacun en prend pour son grade, sauf Colbert, créatif et bâtisseur… qui disait que rien n’est impossible… ! C’est ainsi que Manuel Valls est un de ces types qu’on trouvait en quantité au PS de l’époque, François Hollande un excellent sismographe… qui craignait la confrontation et Emmanuel Macron : Comment ai-je pu m’entendre avec ce garçon … déguisé en homme de gauche… qui sortait des arrière-cuisines de la fabrique de l’argent ?

Dans une postface datée de novembre 2022, Arnaud nous dit que la France doit se retrousser les manches sans délai. Bien vu ! Mais il ajoute que ce serait un contresens et une injustice que de faire peser sur ceux qui sont déjà actifs le besoin d’effort supplémentaire… Pour lui, ce sont ceux qui ne travaillent pas, ou pas assez, ou trop peu, qu’il faut remettre au travail…  L’un n’empêche pas l’autre, cf nos voisins allemands et autres !

Courrier des lecteurs

  • Cher Hubert, Merci infiniment pour cette belle évocation de mon père et ton amicale référence à mon livre. Le démarrage se passe plutôt bien … Amitiés, Vianney Bollier (64).
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  • Bonjour Hubert, Merci de m’avoir inscrit sur cette liste. Tu fais un travail remarquable et la lecture des faits d’armes de nos congénères est très enrichissante. Il faudra bien un jour que tu figures dans cette liste ! Amitiés. Jean-Pierre Hauet (64).
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  • Cher ami, Je vous remercie d’avoir pensé à mon père. Daniel Hirsch
  • J’ai découvert X Mines Auteurs (XMA) de façon fortuite, au détour d’un article de la série Dallax de Hubert Lévy-Lambert (53) dans lequel il évoquait XMA et conseillait la lecture d’une nouvelle… Jean-Jacques Lavigne (74). C’était Greta et la malédiction de la fée verte. HLL
  • Bravo et merci de cette nouvelle moisson de portraits passionnants. Je note que : 1/ Bollier, héros tragique, a épousé Noëlle avant d’être arrêté à Noël ; 2/ tu diffuses des preuves de l’existence de D.ieu (dues à un HEC) ; 3/ tu partages l’histoire pionnière de ta courageuse camarade Jennifer ; 4/ tu fais la promotion d’un des actifs de Vivapierre (Village club du soleil à Soustons, proche de Latché) et le président t’en remercie ; 5/ visionnaire l’extrait de la préface de la RCB par Massé ; 6/ https://mgm-ec.fr/ semble passionnant même s’il croit au hasard. Guillaume LL (HEC 82).
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  • Bonjour Hubert, et merci beaucoup ! Je suis très touché et fier que tu aies choisi de faire mon portrait ! Cela va donner un beau coup de pouce à Artefact ! … Encore merci et bravo pour tout ce que tu as fait pour les X, je suis un lecteur régulier de ta tribune. Vincent Luciani (05). Voir ci-dessus. HLL.
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  • Cher camarade, cher Hubert, je suis très touché par ta proposition. Quand je vois la liste impressionnante des camarades qui m’ont précédé, j’ai peur de ne pas leur arriver à la cheville. Mais je ne vais pas bouder mon plaisir. Rolland Russier (67). Voir ci-dessus. HLL.
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  • Cher Camarade, Un grand merci de tes efforts de mémoire toujours passionnants mais qui cette fois m’ont permis de découvrir la vie courte mais si héroïque du beau-frère de ma grand-tante André Bollier. Frédéric Tronel (96). Merci. Je fais suivre ton message à Vianney. HLL
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Vous connaissez des Xtraordinaires ? Signalez-les moi !

Merci d’avance et bonne lecture !

Hubert Lévy-Lambert (X 53), fondateur de X Sursaut