Les grands fauves, par Christophe Labarde

A paraitre en abrégé dans la Jaune et la Rouge

Sous ce titre cynégétique se cache une biographie, ou plutôt une hagiographie, de Claude Bébéar, X 1955, fondateur d’AXA, écrite par un témoin privilégié, grand spécialiste de name dropping.[i]

Plon, 2021, 520 p.

On comprend mieux de quoi il s’agit en lisant le bandeau : « L’histoire secrète du capitalisme français » et le sous-titre : « L’histoire secrète d’Entreprise et Cité ». Il s’agit en effet, à travers l’histoire de ce club très privé créé par Claude Bébéar (ci-après désigné par ses initiales CB) en 1984 et fermé en 2007, de raconter l’histoire de CB depuis sa naissance en 1935 à Issac, un petit village du Périgord jusqu’à son apogée au début du XXIème siècle.

On y découvre comment, entré 4ème à l’X en 1955, il passe plus de temps à s’occuper de la Kès et de ses cocons que de ses cours et en sort dans les derniers, ce qui ne l’empêchera pas de donner son nom au stade de rugby de l’Ecole. Comment il se retrouve – par hasard dit-il – embauché par le père d’un de ses camarades de promo, André Sahut d’Izarn (X 1924, 1905-1972), fondateur des Anciennes Mutuelles, société d’assurances rouennaise dont la part de marché n’est que 1 %. Il en transfère le siège à Belbeuf en 1969 et en prend la direction en 1975, à la suite de ce que l’auteur décrit comme son premier putsch. Il y en aura d’autres !

Inspiré par Georges Tattevin (X 1917, 1898-1972), patron du groupe Drouot, considéré comme un grand visionnaire, il absorbe diverses petites mutuelles pour créer les Mutuelles Unies avant de frapper un premier grand coup en enlevant en 1982 le groupe Drouot, beaucoup plus gros que lui, au nez et à la barbe de Francis Bouygues et en quittant la Normandie pour s’installer à Marly, siège de Drouot. Il est alors premier assureur privé français et donne à son groupe le nom d’AXA malgré les critiques qui y voient plutôt un nom de lessive !

Il lance peu après, via une petite société exotique dénommée Bayas Tudju, une OPA hostile contre la Providence, dirigée par Bernard Dubois de Montreynaud (X 1944, 1925-2002) et le Secours, dirigé par Victor-Claude Rosset (X 1944). Il l’emporte après une bataille épique sur Bernard Pagezy (Compagnie du Midi et AGP) qui tente de jouer le rôle de chevalier blanc.

Curieusement, Pagezy demandera à CB en 1988 de jouer le rôle de chevalier blanc pour le protéger des visées d’Antoine Bernheim (Generali) sur la Compagnie du Midi. Mal lui en prend ! CB en prend le contrôle après une nouvelle bataille épique qui en fait le deuxième assureur français, derrière l’UAP mais devant les AGF et le GAN.

Après avoir pris pied aux USA en 1992 avec la prise de contrôle d’Equitable, CB passe en 1996 un accord avec Jacques Friedmann (UAP), pour fusionner avec l’UAP mais en fait pour l’absorber via une OPE qui lui permet de payer l’opération en actions. Le voila numéro un, alors que la devise de l’UAP était Numéro un oblige !

Plutôt que de diriger le CNPF (ancien nom du Medef) ou l’AFEP (club des grandes entreprises), dirigé par Ambroise Roux (X 1940, 1921-1999), CB concrétise en 1984 son idée de création d’un club de grands patrons soucieux de faire du social. Entreprise et Cité voit le jour autour d’un noyau dur constitué par Bernard Dumon, Jean-René Fourtou (X 1960), et Philippe Midy, auxquels se joignent rapidement Serge Kampf, Jean-Louis Beffa (X 1960), David de Rothschild, puis Michel Pébereau (X 1961), Bernard Arnault (X 1968), Vincent Bolloré, Michel François-Poncet, Didier Pineau-Valencienne et tout le gotha des grands patrons en place ou en devenir, qu’il serait fastidieux de citer ici.

En 2000, alors qu’il cède les rênes d’Axa à Henri de Castries, CB crée l’Institut Montaigne avec la participation de cadres d’entreprises, de hauts-fonctionnaires, d’universitaires et de représentants de la société civile. On y trouve Henri Lachmann, Alain Mérieux, Guy Carcassonne, Nicolas Baverez, Ezra Suleiman, Olivier Blanchard, Yazid Sabeg, Gilles Kepel…  Cette « boite à idées », qui a pour objectif de concilier les enjeux de compétitivité et de cohésion sociale, s’illustre par des rapports sur l’égalité des chances, l’identité nationale ou la régulation financière, qu’on aurait plutôt attendus du côté de Terra Nova, mais défend aussi des orientations libérales, notamment en matière de réduction des dépenses publiques. C’est ainsi qu’il préconise l’augmentation du temps de travail dans les secteurs public et privé, la dégressivité de l’indemnisation du chômage ou la création d’une franchise de remboursement médical, toutes propositions que le fondateur de X Sursaut ne peut qu’approuver si on veut que la France sorte du gouffre financier dans lequel l’ont mise quatre décennies de déficit public, accru par deux années de « quoi qu’il en coûte »…

Pour en savoir plus sur Entreprise et Cité, sur la formidable histoire de la création d’AXA, sur l’Institut Montaigne et sur tous ceux qui ont gravité autour de ces institutions et de CB, lisez les Grands fauves. Vous saurez la différence entre les gascons ashkenazes (comme Michel Pébereau) et les gascons séfarades (comme CB) et vous saurez tout sur les matches de rugby, les parties de chasse et les repas gastronomiques bien arrosés auxquels participaient les membres d’Entreprise et Cité tout en refaisant le monde entre la poire et le fromage…

Hubert Lévy-Lambert X 1953

Fondateur de X Sursaut


[i] HEC 1984, Christophe Labarde est journaliste au Figaro, auteur, entrepreneur et DG de la French American Foundation.

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