« Il ne suffit pas d’entrer à l’X pour sortir de l’ordinaire »
Voici, de Jean-Pierre Jouannaud (X 67) à Jacques Rueff (X 19 S), mes petits portraits de polytechniciens Xtraordinaires et, de Antonin Baudry (X 94) à François Villeroy de Galhau (X 78), mes petits potins du mois écoulé.
*** PETITS PORTRAITS ***
- Jean-Pierre Jouannaud (X 67), réécrivain

Né le 21 mai 1947 d’un professeur d’histoire et d’une coiffeuse-couturière, Jean-Pierre entre à l’X en 67. Après une thèse d’Etat à Paris VI, il se spécialise dans la recherche en informatique. Il a enseigné à Paris VI, maintenant Paris Cité, à Nancy, à Paris Sud, à l’ENS Paris-Saclay et à Tsinghua University School of Sciences. Il a dirigé pendant 8 ans le labo d’informatique de l’X (LIX) et pendant 3 ans le Laboratoire d’informatique, automatique et mathématiques appliquées de Pékin (LIAMA).
Pionnier dans la théorie de la « réécriture », Jean-Pierre a été invité dans de nombreux colloques internationaux. Il en a ramené de nombreuses distinctions, dont une jeune Taïwanaise qu’il a épousé pour le meilleur et pour le pire. On lui doit notamment Rewrite systems, volume B of Handbook of Theoretical Computer Science (1990) et Rewriting Techniques and Applications (1997). Et je lui dois de nombreuses observations sur mon Répertoire affectueux des X, qui m’ont permis de préparer une deuxième édition revue et enrichie, notamment en ce qui concerne les informaticiens.
- Jean Mandel (X 26), mécanicien

Jean Mandel, né en 1907, entre à l’X en 1926. Il en sort dans le corps des Mines et fait un doctorat sur les Equilibres par tranches planes des solides à la limite d’écoulement en 1942, en pleine guerre. Il est professeur de mécanique à l’École des mines de Saint-Étienne (1932-48), à l’École des mines de Paris (1948-), à l’X comme maitre de conférences auxiliaire dès 1942 et professeur de 1951 à 1973.
Fondateur en 1961 du Labo de mécanique des solides à l’X, implanté dans des locaux vétustes sur la Montagne Ste Geneviève, près de l’Infi, fondateur et président de 1964 à 1967 du Groupe français de rhéologie, président de 1967 à 1970 du Comité français de mécanique des roches, il est honoré par le grand prix du CEA en 1981. Mort en 1982, Jean Mandel laisse derrière lui de nombreux écrits scientifiques ainsi que 2 fils nés pendant la guerre : Guy (X 60) et René (X 61). Un prix éponyme a été créé en 1982, pour encourager la recherche en mécanique. Le premier lauréat (1982) était Bernard Halphen (X 67), pour ses travaux sur l’équilibre des tunnels et des cavités souterraines. Le plus récent (2025) est Claire Lestringant (X 07), conjointement avec Léo Morin. Félicitations !
- Michel Pébereau (X 61), banquier

Né en 1942 d’un père simple bachelier nommé conservateur des hypothèques en fin de carrière, Michel entre à l’X en 1961, après des études supérieures à Louis le Grand, quelques années après son frère Georges Pébereau (X1950). Il poursuit sa formation à l’ENA dont il sort dans l’Inspection des finances. Il occupe différentes fonctions au ministère des Finances de 1970 à 1982, notamment aux cabinets de Valéry Giscard d’Estaing (X 44) et de René Monory et à la direction du Trésor.
Il entre en 1982 au CCF qu’il s’occupe de privatiser après le départ de Mitterrand et qu’il préside de 1986 à 1993, puis il préside de 1993 à 2011 la BNP qu’il s’occupe également de privatiser et qu’il développe fortement. En particulier, il réussit en 2000 à absorber Paribas après une bagarre homérique avec la Société Générale.
Professeur à Sciences Po de 1968 à 1981, Michel est élu en 2007 membre de l’Académie des sciences morales et politiques, qu’il préside en 2017. Il a présidé également l’Institut de l’Entreprise, la Fondation ARC et l’Institut Aspen et a été nommé Financier de l’année en 2001 et Stratège de l’année en 2009. Il a écrit plusieurs ouvrages dont La politique économique de la France (3 vol.1985-87-90) et un remarquable Rapport sur la dette publique (2006), dont le bandeau dit : « personne ne pourra dire qu’il ne savait pas ». Voilà hélas un ouvrage de science-fiction, genre dont Michel est un grand fan : la dette a doublé depuis lors en % du Pib et ce n’est pas fini !
- Jacques Rueff (X 19 S), libéral

Né en 1896 d’Adolphe Rueff, médecin, et de Caroline Lévy, Jacques Rueff fait une année de médecine après la guerre puis entre à l’X en 1919, dans une promotion spéciale réservée à ceux qui avaient été mobilisés pendant la guerre. Il poursuit ses études à Sciences Po et réussit le concours de l’inspection des Finances, à une époque où l’ENA n’existait pas et où on n’y était pas nommé sur dossier… Il conseille plusieurs gouvernements avant la deuxième guerre mondiale (Raymond Poincaré, Pierre Laval, Paul Reynaud), participe aux travaux du groupe X Crise et est nommé directeur du Trésor (1936) puis sous-gouverneur de la banque de France (1939) avant d’en être évincé par la loi sur le statut des juifs.
Après la guerre, il occupe différents postes dans les institutions européennes et est appelé en 1958 à élaborer avec Antoine Pinay, le Plan d’assainissement des finances publiques, dit Pinay-Rueff, à la demande du général de Gaulle soucieux d’avoir un Franc fort. Dans la foulée, il est chargé en 1960, avec Louis Armand (X 1924), du rapport du Comité pour la suppression des obstacles à l’expansion économique, dit Rapport Armand-Rueff. Ce rapport sera suivi jusqu’à nos jours de nombreux rapports sur le même thème, notamment par Jacques Attali (X 63). On en attend encore un début de mise en œuvre…
Economiste libéral, inspiré par les idées de Clément Colson (X 1873) et de Léon Walras, hostile aux idées de Keynes et aux accords de Bretton Woods, Jacques Rueff a écrit, outre les rapports cités ci-dessus, de nombreux ouvrages dont Des Sciences physiques aux sciences morales (1922), L’Ordre social (1945), Épître aux dirigistes (1949), Le lancinant problème de la balance des paiements (1965), La Réforme du système monétaire international (1973). Couvert d’honneurs, il est membre de l’Académiedes sciences morales et politiques (1944), de la société du Mont-Pèlerin (1947), du Conseil économique et social (1962), de l’Académie française (1964) et Chancelier de l’Institut (1964). Il est mort en 1978. Il est enterré au Père Lachaise.
*** PETITS POTINS ***

Antonin Baudry (X 94, ma lettre de décembre 22), diplomate et réalisateur sous le pseudo de Abel Lanzac, présentait hors compétition au Festival de Cannes 2026 La bataille de Gaulle, l’âge de fer, avec Simon Abkarian, premier volet d’un diptyque consacré à l’action militaire et politique du général de Gaulle pendant la seconde guerre mondiale. La deuxième partie, J’écris ton nom, doit sortir cet été.

Ernest Doudart de Lagrée (X 1842), explorateur mort lors d’une expédition scientifique sur le Mékong, est à l’honneur avec de nombreux autres X dont François Arago (X 1803), Louis Archinard (X 1868), Gustave Borgnis-Desbordes (X 1859), Gabriel Cazemajou (X 1862), André Citroën (X 1898), Alphonse Delamare (X 1812) … dans une grande exposition sur l’Exploration, une affaire d’Etat, 300 ans d’histoire, des abysses à l’espace, qui se tient au Musée de l’Armée jusqu’au 16 août.

Claude Gondard (X 65), ingénieur de l’Armement, graveur et grand donateur de la Sabix, est à l’honneur dans un exposition à la Monnaie de Paris intitulée La bande dessinée parle cash. On y trouve de nombreuses médailles qu’il a faites pour la Monnaie sur des sujets aussi variés que Astérix, Goscinny, Hergé, Lucky Luke, Picsou, les Schtroumpfs, Spirou et Tintin ! Jusqu’au 6 septembre, 11 quai de Conti, du mardi au dimanche.

Jean-Marc Jancovici (X 81, ma lettre de mars 22), fondateur du Shift project, partage avec le producteur Hugo Clément et l’écolo Marine Tondelier l’honneur de figurer en couverture du Figaro Magazine du 8 mai. Il y est tour à tour qualifié de marchand de peur, de collapsologue en costard, de Hulot bien coiffé ou de prophète de la fin des énergies fossiles. En voilà un qui doit se réjouir du blocus du détroit d’Ormuz !

Roland Lescure (X 87), ministre de l’Economie, était à Lacq début mai avec Sébastien Martin, ministre de l’Industrie, pour lancer un Plan national de résilience destiné à sortir de la dépendance de l’étranger et notamment de la Chine en matière de terres rares, matières indispensables par exemple pour fabriquer les aimants permanents utilisés dans les moteurs électriques, qui doivent se multiplier si on veut réduire notre dépendance aux énergies fossiles provenant par exemple du détroit d’Ormuz…

Loïc Rocard (X 91), président de l’AX et de Technicatome, lance un programme stratégique décennal, baptisé Cap 2035, prévoyant notamment la fabrication des chaufferies de nos sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) à livrer d’ici 2029, lanceurs d’engins (SNLE) dont le premier doit être livré en 2037 et du nouveau porte-avions, le (ou la ???) France Libre, à livrer en 2038. Bravo, cher Loïc, mais prudence ! Un Etat en quasi-faillite peut-il raisonnablement s’engager irrévocablement à financer un tel programme sur le long terme ?

François Villeroy de Galhau (X 78, ma lettre de mai 22), gouverneur de la Banque de France, sur le point de laisser sa place à Emmanuel Moulin, secrétaire général de l’Elysée, a publié le 4 mai sa onzième et dernière lettre au Président de la République. Analysant les performances de l’économie française depuis 2010, il explique que la France a aujourd’hui des dépenses publiques et un déficit parmi les plus élevés de la zone euro et une dette publique accrue de 30 points de PIB contre une quasi-stabilité dans les autres pays d’Europe. Il constate que nous avons fait implicitement des choix gérontocratiques, pour les seniors contre la jeunesse, par exemple en matière de retraites et de temps de travail. Il affirme que nous devons impérativement améliorer l’efficacité de nos dépenses publiques et travailler plus et mieux. Qui osera en faire son programme pour 2027 ? Peut-être devrait-il être candidat à l’Elysée plutôt qu’aux Apprentis d’Auteuil ?
Quoique… Il se vante d’avoir embauché 4000 personnes mais n’explique pas à quoi sert une Banque de France pléthorique, qui coûte 2 G€ par an, 6 fois plus que la Bank of England qui doit gérer la livre sterling alors que la BdF ne gère plus de monnaie depuis la création de l’Euro.
*** PETITS POULETS ***
Cher Hubert, Bravo pour cet ouvrage qui témoigne de la dynamique et de l’impact de la communauté polytechnicienne! Bien amicalement Eric Labaye (X 80)
Cher camarade, Bravo et félicitations pour ce Répertoire que j’ai découvert et feuilleté (je dirais même lu) avec beaucoup d’intérêt. Georges Ville (X 56)
*** PETIT ANNUAIRE ***
Cliquez ici pour voir l’index alphabétique des quelques 350 portraits que j’ai mis en ligne depuis le début de ma saga mensuelle en 2020.
*** LES X DE A A Z ***

Préfacé par Antoine Compagnon (X 70), de l’Académie française et postfacé par Laura Chaubard (X 99), dg et présidente de l’X pour quelques mois encore, ce livre Xtraordinaire contient 2.000 portraits d’X de toutes les promos, de 1794 à nos jours, répartis dans 140 rubriques, de A à Z.
Ce livre intéresse tous les publics. C’est ainsi que, après Haïm Korsia (D 17), grand rabbin et Mgr Luc Ravel (X 77), il serait, semble-t-il, entre les mains de SS Léon (X IV) qui appréciera qu’il n’a pas été fait par IA !
Cliquez ici si vous voulez le retirer à l’AX, 12 rue de Poitiers,
Cliquez ici si vous voulez le recevoir par la poste,
Ou commandez-le à votre librairie ! Et dépêchez-vous, car la première édition sera bientôt épuisée…
* * *
Vous connaissez des X vraiment Xtraordinaires ? Vous pouvez encore me les signaler !
Merci d’avance et bonne lecture !
Hubert Lévy-Lambert (X 53)
Laisser un commentaire