Lettres et contes du Barrandien, par Christian Marbach (X 1956)

Mon cher Barrande,

Tu as vraiment de la chance que Christian Marbach (X 1956), l’immortel organisateur des festivités du bicentenaire de notre chère Ecole en 1994, t’ait sorti de l’injuste oubli où tu étais tombé, ainsi que ton fils putatif Jan Neruda, avec l’artistique aide de Claude Gondard (X 1965), alias Claudius Gramedex Gondarov, et l’appui de la précieuse Sabix et des Presses des Ponts (Editions Sabix et Presses des Ponts, 2020, 264 p.).

Pour compléter la présentation de son livre par Marbach lui-même (la Jaune et la Rouge, avril 2020, pp76-78), je me permets de sortir à nouveau de ma réserve, comme je l’avais fait à l’été 2016 en réponse à la préface que Monge avait bien voulu écrire aux Portraits de Polytechniciens du même Marbach (la Jaune et la Rouge, juin-juillet 2016, pp 42-43).

Tu n’avais pas besoin d’expliquer pourquoi tu as choisi, comme ton modèle Chateaubriand, d’écrire ton autobiographie apocryphe en français plutôt qu’en tchèque ou en allemand, puisqu’au début du XIXème siècle l’Europe parlait français. Le traité de Vienne, qui marquait la fin des tentatives napoléoniennes d’unification de l’Europe, n’a-t-il pas été rédigé en français ? Tu n’aurais d’ailleurs pas compris que l’Europe parle maintenant anglais alors même que les Anglais en sont sortis !

J’ai adoré tes anachronismes du genre « The rain in Spain… » de My fair lady (p 61), « candidater » (p 76), les peintres impressionnistes (p 91), les couleurs jaune et rouge qui résument toute la science du monde (p 104), l’éléphant Babar ou Kiri le clown (p 109), l’allusion à la Métamorphose de Kafka (p 121), le soldat Schweik (p 137) ou la nouvelle bête du Gévaudan, rebaptisée Trabant (p 144), voire la première gorgée de bière de Delerm (p 145), les amours d’une blonde de Forman (p 149), Cyrano de Bergerac (p 223) ou Asterix (p 224).

J’encourage mes jeunes camarades nés deux siècles après moi à lire tes lettres et contes, qui leur montreront que la Margeride n’a pas enfanté que la Bête-te-te du Gévaudan, dan, dan mais aussi des polytechniciens dont le Major de la 1819 qui se passionnera pour la géologie de la Bohême, ses fossiles et ses trilobites (rien à voir avec le trio de l’opéra éponyme de Puccini) et en décrira le Système silurien en pas moins de 8.000 pages, après avoir construit un pont sur la Loire avec le Saint-Simonien Paulin Talabot (X 1819 aussi) puis été le précepteur puis l’exécuteur testamentaire du duc de Bordeaux, alias comte de Chambord, alias Henri V, fils miraculeux de l’extravagante duchesse de Berry et petit-fils de Charles X, exilé en 1830 au profit de Louis Philippe l’usurpateur, lui-même remplacé en 1848 par une brève République que j’ai eu l’honneur de diriger quelques jours.

Je suis convaincu que les progrès des études généalogiques permettront bientôt, avec l’appui des tests ADN, du genre My Heritage ou 23andme, de vérifier si Barbora Nérudova était pour toi plus qu’une simple gouvernante et si son fils Jan aurait pu t’appeler papa et non tonton…

François Arago (X 1803) pcc H Lévy-Lambert (X 1953), vice-président de la Sabix

Réponse de Joachim Barrande

Cher ami,

Je viens de lire avec plaisir ton texte, j’ai envie de le commenter mais je me trouve bien embarrassé pour le faire. Dois-je prendre la plume d’oie de Joachim, ou l’ordinateur de Christian ? Dois-je répondre à Arago, un Arago d’ailleurs véritable prophète puisqu’il traite d’anachronismes des faits ou des citations qu’il n’a pas connus de son vivant, ou à Hubert qui se meut dans ce mélange de passé et de futur avec son habituelle dextérité ?

Merci donc pour ton essai, qui me semble indiquer intérêt et indulgence pour ma présentation de notre ancien : sans avoir la vision politique, souvent  lucide, d’Arago, ni son aura scientifique incomparable, Barrande mérite bien quelques pages.

Je pourrais en dire autant de Neruda. Et prenant délibérément l’identité barrandienne, je peux te faire ici une confidence : moi aussi, j’aimerais savoir si je suis son père.

Bien à toi, et excellente année malgré les difficultés de notre époque. Mais Arago et Barrande en ont vécu des bien plus rudes !

Joachim Barrande pcc Christian Marbach

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